Vendredi 27 février 2015 5 27 /02 /Fév /2015 16:08

Comme chaque premier lundi du mois, nous sommes invités à nous unir au jeûne et (ou) la réflexion du groupe A.D.N. (Alerte Désarmement Nucléaire) le lundi 2 mars.

 

Pour ceux qui le peuvent, RDV à la salle de réunion de la mairie de Dampierre de 14h00 à 17h00, ce lundi 2 mars.

 

Au programme :

- lecture et échange à partir de la lettre de Jean-Marie MULLER : La foi nucélaire de François HOLLANDE. 

- Pour alimenter notre débat, Yves nous invite à écouter l'émission "A quoi sert la dissuasion nucléaire française ?" réalisée par Francetv Info. 

 

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- Préparation et organisation de la visite de Jean-Marie MULLER du 14 au 18 avril 2015.

Par luluencampvolant - Publié dans : Désarmement nucléaire
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Vendredi 27 février 2015 5 27 /02 /Fév /2015 15:38

« Le danger le plus redoutable, ce n’est pas tant que la bombe explose, c’est qu’elle existe déjà. Le danger, ce n’est pas le feu nucléaire, mais la foi nucléaire. »

                                                                                 Paul Virilio[1]

 

Hollande Istres Le Parisien Le 19 février 2015, François Hollande s’est rendu sur la base aérienne d’Istres pour vanter les mérites de la dissuasion nucléaire française. Tout au long de son intervention, il a proclamé les articles de foi du catéchisme nucléaire et récité les dogmes de la théologie nucléaire sur le ton d’une conviction qui n’entend laisser place à aucun doute. Cette cérémonie fut en quelque sorte un culte voué à la divinité nucléaire qui comble la nation française de tous les bienfaits et la protège de tous les maux. « Le temps de la dissuasion nucléaire n’est pas dépassé, affirme le Président de la République, Il ne saurait être question, y compris dans ce domaine, de baisser la garde. » ; « La dissuasion nous permet de préserver notre liberté d’action et de décision en toute circonstance, parce que c’est elle qui me permet d’écarter toute menace de chantage d’origine étatique qui viserait à nous paralyser. » ; « L’intégrité de notre territoire, la sauvegarde de notre population constituent le cœur de nos intérêts vitaux. Quels que soient les moyens employés par l’adversaire étatique nous devons préserver la capacité de notre nation à vivre. Tel est le sens de la dissuasion nucléaire. » ; « Il s’agit, à travers la force de dissuasion, de la survie et de la souveraineté de la France. » ; «  Ce que la Force de dissuasion permet, c’est d’assurer à une Nation, à la France, à votre pays, ce qu’il y a de plus cher, de plus précieux, de plus essentiel, c'est-à-dire son indépendance. Et il n’y a pas d’indépendance s’il n’y a pas de liberté pour choisir son destin. La Force de dissuasion, c’est ce qui nous permet d’avoir la capacité de vivre libres et de pouvoir, partout dans le monde, porter notre message, sans rien craindre, sans rien redouter, parce que nous sommes sûrs de la capacité que nous avons à nous défendre. » ; « Indépendance, liberté, capacité à faire prévaloir nos valeurs, voilà pourquoi nous devons chaque jour, assurer la permanence de la dissuasion nucléaire et être capables, à chaque instant, d’en améliorer encore l’organisation, le fonctionnement et les armes. »


Ainsi, rien ne semble pouvoir venir dérégler la mécanique de la dissuasion nucléaire qui, en toutes circonstances, permettrait à l’État français d’assurer la sécurité de la population. Pourtant, il existe une difficulté majeure, décisive, irréductible, qui vient non seulement mettre à mal le beau dispositif décrit par le Président de la République, mais lui enlève toute pertinence et toute crédibilité. Cette difficulté réside tout simplement dans un éventuel emploi de l’arme nucléaire. Car, il  ne faut pas s’y tromper, contrairement à ce qui est dit parfois, l’arme nucléaire n’est pas une arme de non-emploi et François Hollande, comme malgré lui, est obligé de le reconnaître. « En raison des effets dévastateurs de l’arme nucléaire, affirme-t-il, elle n’a pas sa place dans le cadre d’une stratégie offensive, elle n’est conçue que dans une stratégie défensive. » Mais comment François Hollande feint-il de ne pas avoir conscience que les effets de l’arme nucléaire seraient également dévastateurs dans le cadre d’une stratégie défensive ? « Les forces de dissuasion, précise-t-il encore, permettent de garantir que les engagements internationaux de la France seront toujours honorés, même si l’emploi de l’arme nucléaire n’est concevable que dans des circonstances extrêmes de légitime défense. » Et dans le cas de l’échec de la dissuasion qui n’aurait pas été capable de retenir un adversaire étatique d’entrer en conflit avec notre pays, la France n’hésiterait pas à déclencher une « tir d’avertissement » : « La France peut, en dernier ressort, marquer sa volonté à défendre nos intérêts vitaux par un avertissement de nature nucléaire ayant pour objectif le rétablissement de la dissuasion. » Même dans les situations extrêmes envisagées par le Président de la République, l’arme nucléaire n’est pas une arme légitime de défense, mais une arme criminelle de terreur, de destruction, de dévastation et d’anéantissement.

 

Cependant, François Hollande semble n’avoir aucune conscience que tout emploi de l’arme nucléaire constituerait un « crime contre l’humanité et la civilisation » (résolution  des Nations Unies du 24 novembre 1961) qui discréditerait la France aux yeux du monde entier. Surtout, il est remarquable que le Président n’envisage aucunement quelles seraient les conséquences catastrophiques irréparables de ces frappes nucléaires pour les autres et pour nous-mêmes, pour la terre et pour l’humanité.  Combien de milliers, combien de millions de morts ? Il est dans le déni le plus total de la réalité des destructions illimitées qui seraient provoquées. Ce déni confine à l’irresponsabilité. À aucun moment, dans aucune crise internationale, la menace de l’emploi de l’arme nucléaire ne pourrait être opérationnelle. La menace serait dépourvue de toute crédibilité parce que l’emploi provoquerait la pire des catastrophes humaines qui serait totalement ingérable.

 

Il est remarquable que dans tous les conflits dans lesquels la France a été engagée ces dernières années – que ce soit en Afrique, au Moyen-Orient ou à l’Est de l’Europe -, il ne soit venu à l ‘idée de quiconque de faire valoir l’argument nucléaire.

 

Il est toujours facile de proclamer sur une estrade une rhétorique vantant les mérites de la dissuasion nucléaire en assurant qu’elle est garante à la fois de la grandeur de la France et de la sécurité des Français. Mais lorsque surviendrait le moment du passage à l’acte qui est l’épreuve de vérité de la dissuasion nucléaire, il apparaîtrait clairement que la rhétorique n’a aucune prise sur la réalité. La rationalité supposée de la doctrine s’effacerait alors pour céder la place à l’irrationalité la plus totale. On peut gager qu’aucun Président de la République française ne prendra jamais la décision de passer à l’acte nucléaire. Celui-ci serait totalement insensé, une pure folie.

 

À l’évidence, le réalisme conduit à affirmer que la dissuasion nucléaire ne protège la France d’aucune des menaces qui pèsent sur elle. Tout particulièrement, l’arme nucléaire n’est d’aucun recours conte la menace terroriste. La puissance apocalyptique de l’arme nucléaire sera toujours dérisoire face au pouvoir assassin de la kalachnikov. Le passage raisonnable à l’acte nucléaire est impossible tout simplement parce qu’il est impensable. Face à la préméditation du crime nucléaire qui fonde la dissuasion, les impératifs de l’éthique de responsabilité rejoignent très précisément ceux de l’éthique de conviction pour affirmer l’impensabilité de l’acte nucléaire. Dès que la raison veut penser l’acte nucléaire, elle se heurte à un obstacle infranchissable. C’est cela qui est décisif : l’acte nucléaire ne peut pas être pensé. Et cela est définitif.

 

En poursuivant la modernisation de son système d’armes nucléaires la France ne peut qu’accroître la probabilité d’une catastrophe nucléaire accidentelle du fait de la double prolifération verticale et horizontale. C’est pourquoi le renoncement à l’arme nucléaire est un impératif catégorique tant du point de vue de l’exigence éthique que du réalisme politique. Notons également que l’argument économique plaide fortement en faveur du renoncement à l’arme  nucléaire. Les milliards d’Euros dépensés en vain chaque année au profit de l’arsenal nucléaire pourraient être investis dans d’autres domaines socialement utiles.

 

Alors que les propos de François Hollande laissent croire que le renoncement à l’arme nucléaire porterait atteinte à la « grandeur de la France », c’est certainement tout le contraire qui se produirait. Comment ne pas croire en effet qu’il en résulterait un surcroît de prestige pour notre pays ? « Le prestige, déclarait M. Ban Ki-moon, le Secrétaire général des Nations Unies, lors de l’allocution qu’il prononça à Hiroshima le 6 août 2010, appartient non pas à ceux qui possèdent des armes nucléaires, mais à ceux qui y renoncent. » Sans nul doute la capacité de notre pays de faire entendre sa voix dans les grands débats de la politique internationale ne serait non pas affaiblie mais fortifiée. On peut gager que partout dans le monde des femmes et des hommes salueraient la décision de la France comme un acte de courage qui leur redonne un peu d’espérance.

 

La France est l’un des cinq États dotés de l’arme nucléaire qui sont membres du Traité de Non-Prolifération (TNP). L’article VI de ce traité précise : « Chacune des parties au Traité s’engage à poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée. » Mais ces cinq États nucléaires violent délibérément cette obligation, non seulement en n’ouvrant aucune négociation sur lé désarmement nucléaire, mais en menant une politique délibérée de modernisation de leur arsenal nucléaire. C’est ainsi que le 5 février dernier, lors d’une conférence de presse, François Hollande a déclaré : « J’entends que notre force de dissuasion soit modernisée autant qu’il est nécessaire. » Á Istres, il n’a pas osé utiliser le mot de « modernisation ». Pour traduire dans les faits les évolutions technologiques dans le domaine des armes nucléaires, il parle de leur « adaptation », ce qui signifie la même chose. « Et puis, précise-t-il, il y a ce qui doit être fait pour renouveler les armes, sans effectuer d’essais nucléaires. C’est donc le programme de simulation qui est en pleine conformité avec le traité d’interdiction complète des essais nucléaires. » En réalité, le programme de simulation du Laser Mégajoule n’a d’autre fonction que de contourner l’interdiction des essais nucléaires.

 

François Hollande évoque la question du désarmement nucléaire, mais c’est essentiellement pour assurer que son heure n’est pas encore venue : « La France doit être lucide. Elle sait qu’il ne suffit pas de proclamer le désarmement nucléaire immédiat et total, il faut que la réalité des actes de chacun soit cohérente avec les discours. » Cela est vrai assurément. Mais, précisément, le drame c’est que cette cohérence fait gravement défaut : « Dans un monde dangereux – et il l’est – la France n’entend pas baisser la garde. Mais en même temps qu’elle est prête à se défendre, elle ne veut pas pour autant renoncer à l’objectif même du désarmement, y compris du désarmement nucléaire. La France, c’est une puissance de paix, et c’est pourquoi elle se défend, pour la paix ! (…) Je partage donc l’objectif, à terme, de l’élimination totale des armes nucléaires, mais j’ajoute : quand le contexte stratégique le permettra. La France continuera d’agir sans relâche dans cette direction. Elle le fera avec constance, avec transparence, avec vérité, j’allais dire avec sagesse et en bonne intelligence avec les Alliés. » Mais il ne s’agit que de l’hommage que le vice rend à la vertu.

 

Le problème c’est que tous les États dotés – au premier rang desquels la France – sont unanimement déterminés à maintenir et à moderniser leur arsenal nucléaire et que, par conséquent, le désarmement mondial est impossible dans un avenir prévisible. La déclaration de François Hollande est la preuve française qui confirme, s’il en était besoin, que la prochaine Conférence d’examen du TNP qui doit se tenir cette année a déjà échoué et qu’elle ne parviendra sûrement pas à signer une Convention d’élimination mondiale des armes nucléaires. C’est pourquoi, il est de la responsabilité de chaque citoyen français de décider s’il consent ou non à cautionner le choix nucléaire du Président de la République. S’il n’y consent pas, il lui appartient alors d’exiger le désarmement nucléaire unilatéral de la France.

 

Dans une démocratie, ce sont les citoyens, et non les dirigeants, qui sont dépositaires du pouvoir souverain. C’est donc à eux qu’appartient la responsabilité de ne pas accepter l’inacceptable. Mais encore faut-il qu’ils décident d’exercer leur pouvoir…

 

Jean-Marie MULLER, Philosophe et écrivain.

Auteur notamment de Libérer la France des armes nucléaires, Face à la préméditation d’un crime contre l’humanité, Chronique Sociale, 2014.

Lauréat 2013 du Prix international de la fondation indienne Jamnalal Bajaj pour la promotion des valeurs gandhiennes.



[1]

                 Paul Virilio, L’insécurité du territoire, Paris, Stock, 1976, p. 143.

 

 

Note du Webmaster : D'autres réactions se font entendre, notamment le mouvement de la paix, voir ICI.

 

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Lundi 2 février 2015 1 02 /02 /Fév /2015 11:16

Comme tous les 1ers lundis du mois, vous êtes invités à vous associer par le jeûne et(ou) la réflexion, à l'action du groupe ADN "Alerte Désarmement Nucléaire" qui se réunit à la salle de la mairie de Dampierre (39). 

 

Chaque le 1er vendredi du mois à Paris, d'autres militants jeûnent aussi et se manifestent silencieusement devant le ministère de la défense. CLIC  ICI !

 

 

« Nous ne voulons plus de guerres,

Nous ne voulons plus de sang,

Halte aux armes nucléaires

Halte à la course au néant.

Devant tous les peuples frères

Qui s’en porteront garants

Déclarons la PAIX sur terre

Unilatéralement » (Jean Ferrat)

Par luluencampvolant - Publié dans : Désarmement nucléaire
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Dimanche 1 février 2015 7 01 /02 /Fév /2015 14:29

Homélie de Père Daniel Federspiel, provincial des Salésiens, 4ème dimanche du temps ordinaire B bi-centeanire de la naissance de Dom Bosco. (Messe télévisée sur France 2)

 

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Qui a peur ? Qui fait peur ? Dans cette rencontre que nous raconte l’Évangile entre Jésus et un homme, s’installe une véritable crainte. En effet, un esprit mauvais habitait là, aux prises avec ce pauvre homme. Et cet esprit devant Jésus se lève et se met à crier ! Jésus était paisible, il écoutait, il enseignait, il priait… Et voilà qu’il est violemment pris à partie.

Aujourd’hui encore, le mal peut être présent. Il peut nous enchaîner. Il est contagieux dans nos esprits. Par nos paroles. Il occupe nos pensées et nous entraine vers la crainte. Doucement mais sûrement… Le mal se donne à voir dans nos réseaux d’informations. Il se met en scène par des gestes obscènes. Des paroles assassines qui nous révulsent jusqu’à l’indignation ou nous effraient jusqu’au scandale.

Dieu qui se révèle en Jésus est tout le contraire de ce mal qui sévit. Car Jésus est le Fils. Il est l’aimé du Père. Il « révèle » même l’Amour du Père. Alors que se passe-t-il ? Il n’y a pas de combat ! Dieu n’entre pas en guerre… mais il libère avec autorité. L’autorité de l’amour. L’immense force du pardon : « Sors de cet homme ! »

Quelle joie ! Quelle force dans cette parole d’autorité ! Et Dieu parle encore aujourd’hui à ton cœur. Il se manifeste encore aujourd’hui, pour peu qu’il puisse se donner à entendre dans ton regard, tes paroles, tes baisers de tendresse, ta volonté à vouloir du bien…

Dans le monde de 2015, nous fêtons un témoin de cette tendresse : Don Bosco. Un prêtre de Turin qui est né il y a maintenant 200 ans. Je le vois pleurer dans la prison de Turin lorsqu’il croise ces jeunes. Lorsqu’il entend ces adolescents incarcérés. Lorsqu’il s’imprègne de leur souffrance… Don Bosco n’a pas la force, ni l’autorité de Jésus, pour dire : «Sors de ce jeune ! » Alors, il rassemble autour de lui des hommes et des femmes à qui il demande d’aimer les adolescents. De les comprendre. De les écouter pour leur donner leur chance. Le droit d’exister et la capacité de réaliser leurs rêves. Ce sont les Salésiens.

Aujourd’hui, les jeunes de nos villes sont là, par milliers. Les adolescents de nos familles. Blessés pour beaucoup d’entre eux… Mais ils risquent de ne même pas croiser le regard de Jésus aux moments de leurs détresses si nous n’avons pas l’audace d’aller à leur rencontre. Si nous faiblissons dans nos prières… Si nous continuons à ne voir en eux que du « mal » ou tout ce qui nous fait peur.

Oui, mes frères, la Parole de Dieu, qui nous illumine aujourd’hui, nous invite à la nécessaire « révolution de la tendresse ». Celle qui redresse nos peurs. Celle qui nous rappelle qu’un adolescent, un jeune, quel qu’il soit, où qu’il vive, est d’abord un enfant. Un enfant d’une mère, un enfant d’un père… un enfant de Dieu. C’est le message du Christ, relayé par Don Bosco et la Famille salésienne, jaillit de son audace apostolique. C’est la prise au sérieux de la révélation de Dieu qui marque le visage humain.

Je confie à votre prière tous les enfants. Ceux que vous chérissez comme ceux que vous ne connaissez pas. Ceux qui jaillissent devant vos écrans de télévision, arme au poing. Soldats de nos guerres d’adultes ou ventres creux affamés par nos systèmes économiques. Oui, ne fermons pas les yeux, ne les maudissons pas. Comme Don Bosco, éduquons-les ! Ayons le courage de dire que nous aimons les jeunes, car Dieu les aime.

 

Par luluencampvolant - Publié dans : Coup de projecteur
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Jeudi 29 janvier 2015 4 29 /01 /Jan /2015 12:40

Jeudi 29  janvier 2015

 

Un jour, pendant que nous nous promenions avec des enfants de l’Association Floriane, dans les coteaux des environs de Salins, un orage très violent nous était tombé dessus. Cela avait beaucoup tendu nos relations les uns avec les autres. Chacun avait eu tendance à se comporter en «  Sauve qui peut », en abandonnant à leur sort les plus faibles, ceux qui avaient du mal de marcher. Nous avions réussi cependant à nous réfugier avec nos ânes dans une maison qui est sur le flanc du Val d’Héry, la ferme d’Arloz, chez Bernard.


Très sympathique, cet homme nous avait dit : « Entrez ! Venez vite vous mettre à l’abri ! En attendant que le gros de l’orage se passe, vous allez boire quelque chose de chaud. Vous reprendrez ensuite votre chemin … » Cet accueil nous avait fait du bien. Une grande part de la tension agressive qui régnait entre nous était retombée.

 

Nous avions longuement et profondément causé avec cet homme. Il avait pris le temps de nous recevoir. Puis l’orage s’était un peu calmé au dehors et aussi entre nous. Bien que le ciel soit encore sombre, nous décidions de reprendre le chemin afin d’arriver à notre lieu de ralliement avant la tombée de la nuit. C’est alors que Bernard nous dit : » Oh, regardez ! Voila que se dessine un arc en ciel. Vous le voyez, entre le Fort Belin et le Fort Saint André. »

 

 

Oh ! Comme c’était beau ce qui se réalisait sous nos yeux ! L’arc en ciel reliait les deux forts. C’était comme une anse de panier, soutenant la ville de Salins blottie dans le fond de la vallée.

 

Je me souviens aujourd’hui que Bernard au moment de partir, nous avait invité en souriant à ce que nous allions chercher au pied de l’arc en ciel : « Vous creuserez. Vous allez y découvrir des trésors, ne passez pas à côté sans chercher »

 

Après l’avoir salué et remercié pour la manière dont il nous avait accueillis, nous nous étions dirigés en direction du pied de l’arc en ciel, en dessous du Fort Belin. C’était justement notre point de ralliement : le Rayon de Soleil.

 

C’était merveilleux alors, comment nous avions continué à traverser l’orage qui empestait notre groupe. Il me revient que nous avions cherché et trouvé la manière d’aménager l’allure de notre marche, ainsi que l’ambiance de notre équipée. Il était devenu essentiel que la solidarité imprègne intensément nos comportements, les uns vis-à-vis des autres. Nous nous rendions compte que, pour que l’ensemble de notre groupe aille bien, il nous fallait d’abord être attentifs aux plus petits, aux plus fragiles, à celles et ceux qui avaient le plus de difficulté de marcher. L’orage avait fait surgir en nous des agressivités les uns à l’égard des autres. Ce n’était pas très beau comme nous nous étions dévisagés au lieu de nous envisager. N’étant pas tous du même quartier, ni non plus de même niveau social, la façon dont nous étions habillés, avait fait surgir de nos bouches, des moqueries les uns envers les autres : « Oh ! T’as vu comme il est fringué ! … T’aurais pu trouver d’autres  godasses pour venir marcher avec nous … La prochaine fois, tu trouveras un autre anorak que celui que t’as sur le dos ! » C’était même allé jusqu’à des mots et des gestes durs et violents par rapport à nos origines, concernant nos mamans.

 

Grâce à notre halte chez Bernard et son appel à creuser au pied de l’arc en ciel, les membres de l’équipe animatrice et moi, nous étions intervenus pour découvrir et dire qu’il y a des paroles et des attitudes qu’il faut savoir nous interdire les uns envers les autres lorsque l’atmosphère est orageuse. En effet, ça peut devenir explosif. Particulièrement quand ça touche à l’image que nous avons de notre Maman. Nous devons nous interdire d’exprimer ce que l’on est tenté de dire des mamans des autres. C’est d’elles dont nous venons, d’où nous sommes originaires. Il est tellement délicat de toucher à cet essentiel. Il est sage de poser là, des interdits.

 

C’était beau ce que nous mettions à jour en reprenant notre chemin en direction du pied de l’arc en ciel. Que de trésors nous découvrions !

 

Je me souviens même des mots que l’un des enfants, Olivier, juché sur le dos de l’âne Isidore avait dit à l’un des plus petits qui était très fatigué : » Viens Maxime, je te donne ma place » il était alors descendu de l’âne et avait aidé Maxime à grimper à son tour sur le dos d’Isidore pour qu’il y trouve repos et joie. J’avais alors écrit sur mon cahier, que j’avais tiré de ma poche de veste : « Merveille sur un dos d’âne. » Nous arrivions devant la Beline. Le ciel se dégageait. Nous chantions notre joie. Simone notre vieille amie était sortie sur le pas de la porte de sa maison, pour nous donner à nous des chocolats et des carottes à nos ânes. Nous étions juste au pied de l’arc en ciel. Comme il faisait beau et bon à ce moment là et en ce lieu. De manière rigolote, nous nous étions creusés les méninges pour trouver comment faire, afin que chacun de nous découvre sa place, en commençant par les plus petits. Il me revenait les paroles du Père Joseph Wrezinski que Bernard et Colette Berthet m’avaient apprises à Champdivers au sein du Mouvement ATD quart Monde : « Commençons à faire de la place pour les plus faibles, comme ça on sera sûrs de n’oublier personne »

 

Aujourd’hui dans l’ouragan de  violence qui vient de nous tomber dessus en France, les 7, 8 9 janvier, nous prenons un peu plus conscience que des drames comme celui ci, s’abattent depuis plusieurs décennies en de multiples endroits de la terre.

 

En certains lieux de la planète terre, ce sont des cyclones de violence qui déchirent des pans entiers de notre humanité : Kobané à la frontière turco-syrienne, mis à feu et à sang par Daesch, Nigéria et Niger où des populations entières subissent pillages, viols et tueries de toutes sortes par Boko Haram et tant d’autres endroits où des personnes souffrent. Une question doit se poser à nos consciences. Il y a des origines à toutes ces violences. Ayons la lucidité et le courage de remonter en amont de ces guerres larvées, jusqu’aux violences premières. Nous en décelons quelques unes. L’omniprésence de l’idole argent. Ne devons nous pas entreprendre, à commencer par moi-même, de chercher et trouver des moyens pour arrêter de tout sacrifier à cette idole. Ne démissionnons pas de nos projets de construire notre humanité, mais démunissons nous de manière unilatérale, des violences qui barrent la route au souffle de l’Esprit : la fabrication et le commerce de tout armement, et particulièrement du nucléaire.

 

Comme nous y appelle sans cesse Jean-Claude Guillebeaud : « Arrêtons de foncer à grande vitesse de manière parallèle les uns et les autres, car, c’est alors que nous nous éloignons les uns des autres, nous nous individualisons. Prenons le temps de causer, de creuser au pied de nos arcs en ciels, de nous écouter, en donnant valeur à la parole de l’autre. Comme il fait bon de déceler dans ce que l’autre vient de nous dire, la part de vérité qui y est cachée, laissant à l’autre le temps de nous l’offrir. Evitons de  nous croire obligés d’aller jusqu’à caricaturer et tourner en dérision l’attitude et la parole de l’autre, sous le prétexte de la liberté d’expression. C’est la transversalité.

 

Dans beaucoup d’endroits de la planète, surgissent des arcs en ciels, des groupes de gens, qui en raison de leur manière de vivre, nous signifient que nous pouvons éviter de nous laisser engloutir dans nos ouragans de violence et de détresse. Il vient d’arriver un de ces arcs en ciels à nos yeux de lecteur, ce sont : Lettres à un ami fraternel, de Christian de Chergé, le prieur de Tibhirine aux éditions Bayard. Ce livre vient de paraitre il y a 15 jours, des amis me l’ont offert, c’est un merveilleux outil pour creuser au pied de l’arc en ciel qu’est Tibhirine, afin de sortir de nos violences pour nous libérer les uns grâce aux autres. Lorsqu’il y a un an, j’étais allé grâce à des amis, à Tibhirine en Algérie, j’avais deviné que la mort des 7 moines n’avait pas fini de nous mener à la vie. Je repensais à notre ami Gaby Maire, qui en 1989, quelques temps avant d’être assassiné au Brésil disait : « Je préfère une mort qui mène à la vie, plutôt qu’une vie qui mène à la mort ».

 

Quelques mois avant d’être emmenés prisonniers avec ses compagnons, Christian de Chergé écrivait à Maurice Borrmans (qui avait été son professeur à l’institut pontifical d’Islamologie de Rome) : « Chacun se sait voué au même témoignage d’amour auprès de ce peuple meurtri et trompé… Il y a ce qui mûrit en secret et qui fait que rien ne sera plus comme avant, y compris dans l’approche de l’Islam. »

 

Depuis que j’ai ce livre entre les mains, je dévore chaque jour quelques unes de ces lettres de Christian, afin de me nourrir pour le combat journalier et non violent contre ce qui n’est pas juste. J’y trouve une multitude de connivences avec ce qu’un certain galiléen nommé Jésus, a dit et fait dans le pourtour de la montagne qui nous permet de contempler la mer de Tibériade. C’est comme un arc de lumière afin de nous arrêter d’assombrir la situation de notre humanité : « On vous a dit : Aimez vos petits copains mais haïssez vos ennemis … il faut tous les descendre … Eh bien, moi je vous dis : Aimez vos ennemis, priez pour ne pas entrer dans la tentation de croire que c’est par la fabrication et le trafic des armes que vous arriverez à vous en débarrasser (Matthieu 5, 43-44 et 26, 41)

 

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Il arrive dans nos ciels d’orage, qu’à côté d’un arc en ciel en surgisse un second. En même temps que la parution de ce livre, nous arrivait par Internet un très profond document de Jean-Marie Muller : « Face à la tragédie de Charlie Hebdo » Ainsi, je peux écrire à Jean-Marie : « Merci pour ce bel arc en ciel dans nos épreuves que tu viens de nous faire parvenir. Comme les lettres de Christian de Chergé, comme l’Evangile de la non violence, aujourd’hui, vous nous permettez de creuser au fond de nos êtres, et de trouver les ressources pour empêcher nos malheurs. Nous sommes appelés à nous démunir de nos pouvoirs et de nos forces agressives, de nos armements de manière unilatérale et à faire confiance à la conjonction de nos trésors d’amour, de justice et de vérité.

 

Au moment même où je finis d’écrire cette lettre, il nous apparait encore un autre arc en ciel : c’est ce que fait et écrit Latifa, la maman de la première victime de Mohammed Merah. En allant rencontrer dans les cités et les écoles les jeunes, Latifa les aide à trouver des chemins de fraternité en abandonnant les tentations de violence.

C’est par la lecture d’un article écrit par Jacques et Elisabeth Lamy et paru ce matin même dans la Voix du Jura, que m’apparait la lumière de cet arc en ciel.

Par luluencampvolant - Publié dans : Lettres de Lulu
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Présentation

  • : Lulu en camp volant
  • Lulu en camp volant
  • : Lucien Converset, dit Lulu est prêtre. A 75 ans, il est parti le 25 mars 2012 avec son âne Isidore en direction de Bethléem, où il est arrivé le 17 juin 2013. Il a marché pour la paix et le désarmement nucléaire unilatéral de la France. De retour en France, il poursuit ce combat. Merci à lui !
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Aujourd'hui, Lulu réside dans son village natal de Dampierre dans le Jura.

Désarmement nucléaire

Journée de jeûne pour demander le désarmement nucléaire unilatéral de la France,

tous les 1ers lundis du mois de 14h à 17h à Dampierre (39) avec un temps de partage et de réflexion animé par Lulu.

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