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21 mai 2016 6 21 /05 /mai /2016 20:45

Il y a 20 ans, le 21 mai 1996, sept moines trappistes étaient assassinés en Algérie. Leur mort a soulevé l’émotion de la communauté internationale. 

 

 

Hymne inspirée par la vie et la mort des moines de Tibhirine

 

O vous qui donnez tout

O vous qui donnez tout

Jusqu’à l’extrême de la vie,

Jusqu’à l’extrême de l’amour,

Dans l’agonie de votre attente,

Vous voici devenus

Les témoins de l’espérance.

 

Martyrs de l’amitié

Sans rien savoir du jour qui vient,

Dans les ténèbres de la foi,

Vous annoncez le Dieu fidèle,

Vous serez dans la nuit

Les témoins de sa présence.

 

Martyrs de Jésus Christ,

Vous le suivrez jusqu’à la croix,

Jusqu’à sa mort dans l’abandon,

Dans l’inconnu de votre épreuve

Vous serez en mourant

Les témoins de son offrande.

 

Martyrs en un pays

Marqué du feu de la douleur,

A lui vos cœurs se sont donnés,

Dans la passion qui vous rassemble

Vous voici devenus

Simplement une semence.

 

CFC (s. Marie-Benoît) 2007 

"Hommage aux sept frères de Tibhirine". Huile de MALEL

"Hommage aux sept frères de Tibhirine". Huile de MALEL

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18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 13:18
Pourquoi tant de guerres ?
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18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 11:33

Mardi 10 mai 2016

 

 

   SIMPLES ET CLAIRES COMME L'EAU QUI COULE DANS LE

            RUISSEAU DU MOULINOT A NEUFCHATEAU



Nos amies religieuses de la communauté des sœurs dominicaines des campagnes d'Orchamps, m'avaient dit : « Alphonse Georger dont tu présentes le livre intitulé " Journal d'un séminariste en Algérie "  Alphonse !  Mais nous le connaissons ! Sa sœur Denise fait partie de notre congrégation … Elle est à Neufchâteau avec une autre sœur qui s'appelle aussi Denise. Je leur avais dit : « Mais c'est là qu'est la sœur Thérèse Favre avec son frère Claude. » Et les sœurs m'avaient dit: " Tu retrouveras sûrement encore d'autres sœurs … entre autres Mauricette "


Merci Rosaline et Geneviève de m'avoir emmené ce mardi matin 10 mai jusqu'aux portes de Neufchâteau, en allant à Vittel pour vos soins. Merci à vous Pauline et Damien,  jeunes qui m'avez pris en stop dans votre voiture alors que vous vous rendiez à votre travail. Vous m'avez fait entrer dans ce coin de la terre vosgienne, alors que tombaient des sacs d'eau sur nos têtes.

 

Rencontre à Neufchâteau

Me voici devant la maison Justine Pernot, 12 rue du Moulinot. Comme elle est belle et pure l'eau qui coule dans le ruisseau. J'y étais venu il y a une dizaine d'années voir Thérèse et Claude Favre originaires de Falletans, avec qui nous avions réalisé des balades mémorables au pas des ânes. Je sais en appuyant sur la sonnette à l'entrée que je vais les rencontrer tout à l'heure… Je les trouverais éprouvés dans leur santé et mobilité … J'apporte dans un petit sac un petit âne gris en peluche … Ce sera pour Claude, afin d'évoquer et aider à faire mémoire des merveilleux liens créés ensemble durant nos randonnées des années 1995-2000 ... Je me souviens particulièrement de la balade qui s'était réalisée entre Salins et Port-Lesney il y a une quinzaine d'années. Le blog n'existait pas encore. J'avais alors raconté par écrit dans mon cahier,  comme on ramasse dans un panier tout ce qui s'était vécu durant cette randonnée, avec des gosses de Salins, des adultes du CAT d'Arbois, accompagnés par Geneviève, François et mes sœurs Elisabeth et Bernadette. Cette journée avait débouché dans un climat de pardon des offenses et des blessures que nous nous étions faites. « Ne sachant pas toujours ce que nous nous faisions les uns aux autres » et « ne nous connaissant pas encore beaucoup les uns les autres, porteurs de handicaps, traversant des difficultés bien empêchantes ".


Après avoir sonné à la porte d'entrée, je me présente. Tout de suite, je suis invité à entrer et quelqu'un me conduit auprès de la sœur Denise Georger ... Je lui dis en me présentant: " Bien que je n'ai encore jamais rencontré votre frère Alphonse … je le connais déjà un petit peu par son livre : « Journal d'un séminariste en Algérie." Je compte beaucoup sur notre rencontre d'aujourd'hui pour que vous m'aidiez à pouvoir un jour causer avec votre frère de vive voix ...


De manière très belle et fraternelle, une autre religieuse, Denise Desbouis se trouve à nos côtés alors que je balbutie comment, grâce à la médiation du frère Jean-Pierre Shumacher survivant de Tibhirine, je suis en train d'accomplir cette recherche. 

Rencontre à Neufchâteau

Je sors de mon sac à dos les trois livres qui sont comme cousus ensemble avec le même fil, celui-là de l'amour fraternel, de la lutte non-violente pour sortir de l'horreur de la guerre… notamment sortir de la guerre d'Algérie, celle-là qu'Alphonse et moi malheureusement nous avons faite, et de toutes celles que nous continuons à faire subir partout dans le monde. 


Lucien : "C'est Jean-Pierre Shumacher qui m'a offert le livre de votre frère Alphonse, alors que je me trouvais à Midelt au Maroc en septembre de l'année dernière … dans le monastère de Notre Dame de l'Atlas ... Et qu'est-ce que je trouve en dévorant les pages du journal d'Alphonse ! Des citations très importantes du petit livre réalisé avec mes amis Bernard Robe et Jean-Claude Paulay ainsi que notre aumônier Marcel Jégo, que nous avions fait imprimer en 1959. Ce témoignage d'amour cité par Alphonse à la page 128 avait été fait avec les lettres que notre ami Jean-Marie Buisset nous avait envoyées durant les trois mois d'opérations qu'il avait faites en Algérie. Jean-Marie se fit tuer au cours d'une opération dans l'Ouarsenis, pas très loin de Tibhirine. Nous étions alors Bernard, Jean-Claude et moi soldats en France. Nous nous préparions à partir pour l'Algérie, dans le même coin où Alphonse votre frère allait arriver soldat lui aussi en juillet 1960, dans une compagnie de transports à Castiglione. Votre frère m'a peut-être transporté avec mon régiment, quand nous nous déplacions pour des opérations, puisqu'il est arrivé en Algérie en juillet 1960 et que j'y étais déjà depuis septembre 1959 à Sidi-Ferruch. Il y a tellement de faits bouleversants que nous avons vécus !  Ces faits nous appellent à nous rencontrer avec votre frère Alphonse ! Je compte beaucoup sur vous Denise !

 

Et voilà que les deux sœurs Denise s'aident l'une et l'autre, à plonger et dans leur mémoire et dans la corbeille en osier où sont merveilleusement rangées une multitude de documents, qui vont étayer tout ce qu'elles vont vouloir m'offrir et me donner comme trésors d'action non-violente.

Ce n'est pas tous les jours que, dans l'immédiat de la prononciation ou de l'évocation du nom d'un homme, d'une femme, d'un livre, d'un mouvement, d'une date, d'une manifestation, tout de suite, les êtres qui se rencontrent vivent à l'unisson.

Voilà ce qui nous est offert pendant près de deux heures.

 
14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 20:29

Midelt, mardi 15 septembre 2015

 

FRERE JEAN-PIERRE, SONNEZ LES MATINES …

 

Réveillé à 3 heures et demi, je suis heureux de pouvoir me rendre à la chapelle et participer à l'office de matines. Je revois et je repense à la vie de nos frères de Tibhirine … Je nous sens en communion les uns avec les autres, avec les moines de l'abbaye d'Acey, les moniales de l'abbaye de la Grace Dieu maintenant à Igny, et par là avec tous nos frères et sœurs religieuses et religieux à travers le monde. Et voilà que se met à retentir la voix du muezzin dans un minaret proche dans la ville de Midelt … Quelle merveille que cette reconnaissance que le Dieu clément et miséricordieux est notre Père à tous ... Quel ressourcement pour l'établissement effectif de cette fraternité, dans nos cités, dans nos villages, de pays à pays, d'état à état, de nation à nation …

Quand je sors de l'office, il continue à venir en mon être une multitude de merveilles. Je prends conscience en cette nuit étoilée sous la voûte des cieux, que ces merveilles me sont offertes en permanence. Cela nécessite un travail pour en avoir conscience. Comme il fait bon s'y mettre très tôt le matin, juste au moment où va naître le jour. Est-ce que ce ne serait pas cela prier, contempler ?

 

Frère Jean-Pierre, sonnez les matines...

En entrant dans cette nuit étoilée, je fais ce que j'ai aimé réaliser durant certaines nuits de mon voyage en direction de Bethléem. J'accroche les noms des membres de ma famille à chacune des étoiles que je vois naitre de la nuit. Et je fais de même pour les noms de mes amis. Je les nomme, je les verbalise, je dis le verbe de leurs noms à chacun. A travers l'immensité de l'univers qui paraît-il, ne cesse de cavaler en extension, je ficelle votre prénom à une étoile, mes chéris. Oh, qu'elle est belle cette nuit, où j'entends retentir et résonner vos noms enchanteurs : Suzanne et Marius, mes parents, Christiane, Edwige, Elisabeth et Bernadette mes soeurs, et Georges mon petit frère. Je fais pareil avec les prénoms de ceux que vous aimez et qui vous aiment, de vos enfants et petits-enfants … Et au fur et à mesure, il y a toujours une étoile qui accepte que je lui accroche votre prénom, que j'attache à elle votre nom … Il me revient alors que Jésus disait un jour où plein de choses s'embrouillaient dans l'esprit des apôtres, dans leur rapport au pouvoir : «  Ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis, réjouissez-vous de ce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux. » (Luc 10, 20)

Sur la route en direction de Bethléem

Sur la route en direction de Bethléem

Je découvre alors que je suis appelé à faire de même pour les membres de la communauté de Tibhirine. J'accroche vos noms à chacun à une étoile : Christian, Christophe, Bruno, Michel, Célestin … Je cherche dans la nuit le nom des deux autres, ça y est, je les vois écrits sur le livre de Jean-Marie Muller dédicacé à Gaby Maire, je trouve Luc et Paul. Je fais quelques pas dans la cour du monastère pour accrocher leur nom à une étoile et je les attache avec le nom d'Amédée à des étoiles qui sont à côté de celle à laquelle est lié le nom de frère Jean-Pierre Shumacher : Vénus. « Jean-Pierre a toujours aimé les étoiles » (L'esprit deTibhirine, page 142)  J'accroche alors les noms des autres frères de la communauté avec lesquels nous venons de chanter matines: l'autre frère Jean-Pierre le jeune, Antoine qui nous aide si bien à chanter, José-Luis qui vient de partir en Allemagne, Nuno très discret mais non moins servisant, Omar et Bahra nos hôtes d'accueil ainsi que Corine, les sœurs de Tatiouine et Benoit grâce à qui j'ai pu venir ici à Midelt. J'accroche alors aussi à une étoile le nom de Daniel* de l'abbaye d'Acey afin qu'il sorte de la maladie qui l'éprouve … Et voilà qu'en continuant d'accrocher les noms des moines d'Acey à une étoile : Jean-Marc, Benjamin, François, Elie, Bernard, Pierre, Albert, Benoit, Marie-Bernard, Emile, Philippe … je tente de faire pareil avec le frère Marie-Bernard de l'abbaye de Latroun en Palestine Israël qui m'avait accueilli là-bas en juin 2013. Je tente dans ma prière de relier à des étoiles le nom des sœurs de la Grace-Dieu : Marcelle, Marie-Ange, elles sont maintenant à Igny avec plein d'autres sœurs … et me voici aussi à Poligny chez les clarisses, en train de ficeler les noms de Marie-Elisabeth, Marie-Monique, Géraldine … Je fais de même avec Odile et les sœurs carmélites de Saint Maur, la sœur de Louis Grillot, la sœur de Bernadette Baudet, la tante de Jean-Yves Pointelin : Denise, la tante de Jean-François David : Thérèse.

Les moines d'Acey, janvier 2016

Les moines d'Acey, janvier 2016

Je prends conscience alors dans cette nuit comblée d'étoiles, toute ruisselante de luminosité, je découvre en essayant d'accrocher à une étoile les prénoms d'Alain, Jean-Marc, Fabrice, Michel, Raymond, Nicole, Caroline, avec qui j'étais venu en campement ici au Maroc il y a une dizaine d'années, que vos noms sont déjà écrits dans le ciel. Une main m'a précédé. En tentant d'accrocher vos prénoms à une étoile, vous tous à qui je vais écrire une carte de Midelt : » Jacques et Elisabeth, Rachel, Maguy et Bernard, vos enfants et petits-enfants … en écoutant que le nom de Jean-Pierre est attaché à l'étoile de Vénus, je vois que quelqu'un bien avant moi a écrit vos noms dans la paume de ses mains au profond de son cœur. C'est ce qu'avait découvert une nuit la petite Thérèse de Lisieux. Dans la configuration d'un groupe d'étoiles, elle voyait se dessiner le T de Thérèse. C'est souvent comme ça dans la prière. Alors que je vous nomme Roberte, Patrice, vos enfants et petits-enfants ainsi que vous Rosaline, Jacques-Henri et vos enfants Anne, Ajay et leur petite Olivia ainsi qu'Elisabeth et Marie, notre amie Rosine, par grâce, ce que je crois faire est déjà en train de se réaliser et s'écrire par la main du Père. Je découvre que vos noms à vous tous mes amis, ceux que je viens de nommer et ceux que je n'ai pas encore prononcés, sont gravés dans le cœur même de Dieu. C'est toi Jésus, ami des femmes et des hommes que nous sommes, c'est toi qui nous le dis. Ce que nous tentons de réaliser est déjà commencé et entrepris : «  Vos noms sont écrits dans les cieux »

Faire ce que je vais essayer de faire, c'est découvrir que «  Ces choses sont cachées depuis le commencement du monde » (Mt, 13, 35 ; Ps,17, 2)

 

Notre travail, c'est de nous les laisser révéler afin que nous les contemplions, et d'entendre, alors que tu es tenté de croire que les choses ne se font que parce que tu es en pleine action : «  Ma grâce te suffit » (2 Cor,12, 9) … et d'entendre aussi cette autre parole que tu adresses à ton Père, ami Jésus : «  Abba, je te bénis, Seigneur du ciel étoilé et de la terre habitée, d'avoir caché cela au sage que je croyais être et de le révéler aux tout-petits que je rencontre ici au Maroc et bientôt à nouveau en France, celles et ceux pour qui tu voudrais que les choses évoluent et changent grâce à ta présence à leur côté . Qu'eux aussi découvrent que ta grâce leur suffit. » (Mt, 11, 25)

C'est probablement quelque chose qui conditionne la façon et la manière d'intensifier la culture de la non-violence. En ne faisant pas violence à Dieu dans la prière, cela me donne la grâce de ne pas faire violence à mes frères, de me démunir de toute violence même par rapport à moi-même.

L'angélus ne va pas tarder de sonner. Je pense à la Vierge Marie, enceinte de Jésus, à Marie une amie résidente ici au Maroc m'ayant confié récemment qu'elle est enceinte d'une petite fille, je pense à ma maman enceinte de moi, puis de mes petites sœurs et de notre petit-frère, sous le regard émerveillé de notre papa. Je pense à toutes les mamans. D'elles, l'Humanité est en perpétuelle extension.

Je comprends un petit peu plus, que prier ça peut être ce que je viens de vivre et d'expérimenter. Sentir en vous nommant amis, en n'arrêtant pas d'évoquer de nouveaux noms qu'il y a longtemps que je n'avais pas nommés, à qui il y a longtemps que je n'avais pas pensé, cette façon de prier, contribue à ce qu'il y ait de la place pour vous tous dans le monde, à la surface de la terre, et jusque dans la voûte des cieux. Cela je le veux un peu comme le Père Joseph Wrezinski, qui dit : «  A gauche et à droite de celles et ceux avec qui tu chemines, il y en a d'autres qui n'ont pas encore senti qu'ils avaient leur place dans la société … »  La découverte que ta grâce nous suffit, se réalise à travers tout le mouvement de l'humanité en perpétuelle extension. Je pense à la lutte tenace, de jour et de nuit, que mènent les migrants depuis tous temps et particulièrement aujourd'hui en traversant la Méditerranée pour trouver une place, essayant de faire tomber les murs de nos indifférences. Je pense à la lutte que nous sommes interpellés à mener, pour vivre notre devoir de les accueillir, de leur faire une place parce qu'ils ne pourront découvrir que leurs noms sont écrits dans le ciel, que si nous écrivons leurs noms sur un papier qui leur signifie, qu'ils ont un logement, du travail, une place sur la terre.

Photo lequotidien.lu

Photo lequotidien.lu

C'est ça ta grâce, ami Jésus, et c'est celle-là qui nous suffit. Voilà le soleil que je vois se lever dans ma conscience, alors qu'il est un peu plus de six heures et demi. Dans le sillage de l'angélus, nous allons célébrer la messe, faire eucharistie. Dans cette part de la pâte humaine, fermente déjà ce levain qui nous vient de toi, ami Jésus, et qui faisait chanter à Dieu par ta maman, alors qu'elle était en train de te concevoir sous l'action du souffle de l'Esprit :

Lever de soleil sur Jérusalem, cliché de Lulu en juin 2013

Lever de soleil sur Jérusalem, cliché de Lulu en juin 2013

« Sa miséricorde s'étend d'âge en âge, sur ceux qui l'aiment ; il a renversé les puissants de leurs trônes et élevé les humbles, il a rassasié de biens les affamés, renvoyé les riches les mains vides. » (Luc 1, 50-54)

 

*frère Daniel est décédé le 25 octobre 2015

13 mai 2016 5 13 /05 /mai /2016 06:00

Midelt, dimanche 13 septembre 2015

 

PAR QUELS PETITS CANAUX, NOUS VIENT UNE TELLE ABONDANCE D'EAU SI LIMPIDE ET SI PURE ?

 

Jean-Pierre Schumacher sait me faire comprendre que si nous éprouvons une profonde joie à nous rencontrer lui et moi, il n'est pas le seul à pouvoir alimenter mes batteries. Afin de ramasser ce que j'aurai à donner et à ensemencer comme graines de non-violence à mon retour en France, il me faut aussi aller écouter les autres membres de la communauté monastique, ainsi que les gens qui viennent au monastère.

Je raconterai ce que j'ai découvert en écoutant Jean-Pierre Flachaire le prieur, les sœurs franciscaines de Marie, celles-là qui ont donné la maison Ksar-Meriem aux frères cisterciens en l'an 2000, celles qui vivent avec les nomades des plateaux qui sont au pied du mont Ayachi, à partir de Tatiouine. J'écrirai aussi ce que m'ont fait découvrir Manuela et Estéban, jeune couple, argentins l'un et l'autre, qui se sont connus en Inde, et qui comme moi, sont venus à Midelt pour boire à ce qui coule de Tibhirine. Je serai heureux aussi de continuer à me laisser imprégner du souffle qui habite l'être de Corinne, une française venue habiter le Maroc, vivant dans la pauvreté, mais me disant : «  Même si on vit pauvrement, on ne sait pas ce que c'est que d'être pauvre. On ne peut pas savoir ce que c'est, parce que nous avons une certaine sécurité. On sait de quoi nos lendemains seront faits. »

Alors, quand les frères m'invitent à célébrer la messe de ce dimanche 13 septembre et me disent : «  Tu feras l'homélie », Omar et Benoit m'ayant fait découvrir les canaux de leur jardin, je vais pouvoir dire : «  Chers amis de Midelt ! Je me sens comme un petit arbre dans le grand verger de la création. J'ai envie de laisser pousser en moi et autour de moi tous ces fruits de l'amour, du respect mutuel, de la compréhension, de la situation de l'autre, toutes ces graines de la non-violence. Voulez-vous que nous vivions un moment de paix et de silence, pour laisser trésir, pousser et croitre en nos jardins intérieurs et communaux, ce que nous sentons bien, cela qu'attendent les damnés de la terre, les exclus du travail, les gens arrachés du petit coin de terre où ils avaient pu faire pousser à leurs enfants quelques-unes de leurs racines, obligés de se sauver sur des embarcations de misère, risquant de couler en mer, pas du tout sûrs de parvenir en une terre d'asile. »

 

Soeur Anna et Frère Jean-Pierre Flachaire avec Caroline qui a fêté Pâques avec les soeurs et les frères de Midelt

Soeur Anna et Frère Jean-Pierre Flachaire avec Caroline qui a fêté Pâques avec les soeurs et les frères de Midelt

Nous voici à table chez les sœurs franciscaines de Marie. Nous bénissons la TABLE. Nous n'allons pas arrêter de dire du bien autour de cette table. Monique me tend le plat en me disant : «  Les invités sont toujours servis les premiers. Puis, en rigolant, nous parlons des ANES, de l'âne Isidore et de l'ânesse Joséphine qui m'ont permis de pouvoir entrer dans les territoires occupés palestiniens en juin 2013, de découvrir au cœur de Bethléem, que des massacres d'innocents s'y perpétuent, que nous y pouvons quelque chose pour l'empêcher, qu'à cet impossible nous sommes tenus. Il n'est pas fatal que de tels drames se continuent.

Je me rends compte en écoutant les sœurs, qu'elles ont eu une MULE dans la montagne pour faciliter leurs pérégrinations avec les nomades. Elles connaissent tout ce que peut délier et relier le fait de se mettre à marcher au pas d'un âne, sur les sentiers muletiers.

Bibiane en me présentant une petite corbeille me dit : «  Le PAIN que voici a été fait par notre voisine. »

A plusieurs reprises, au cours du repas, nous causons sur le don qui nous est fait de pouvoir marcher au pas des ânes ou des mules.

Lucien : «  Ce sont eux qui nous permettent et nous aident à déligoter et dénouer des situations très enfermantes, à défaire des noueux fortement oppresseurs. »

Chacune des sœurs raconte son expérience.

Barbara : «  Nous avions une mule dans la montagne. Un jour elle refusa de passer dans un chemin étroit. Elle avait senti que si le bât qu'elle portait buttait contre le rocher, elle-même basculerait dans le vide. Nous l'avons laissé prendre un autre chemin. En bas dans la vallée, nos chemins se sont rejoints. »

Bibiane : «  Il faut passer par l'affect et non par la force. »

Barbara : «  Quand la mule descendait certains chemins, elle les descendait en travers, les pattes disposées comme ça et non pas comme ça. Elle se mettait pour avoir un angle de vue plus grand et plus large. »

Et voilà qu'en continuant notre repas avec ces sœurs mi-nomades, mi-sédentaires, nous parlons du MIEL pour guérir les blessures que nous avons pu nous faire en marchant. Les sœurs sourient à cette évocation, car elles pratiquent ce remède.

Barbara : «  A condition d'avoir du vrai miel. »

Et voilà que nous nous mettons à parler de la PIERRE NOIRE.

Barbara : « Vous connaissez Lucien ? » 

Lucien : « Non »

Barbara : « La pierre noire a été trouvée par les Pères Blancs »

Et voilà que les sœurs se mettent à me raconter toutes les vertus de cette pierre noire.

Barbara : « Vous mettez un os long dans une boite en fer, et vous le passez au feu de bois. »

Marie : «  Et vous prenez l'os, une fois devenu noir. Vous le coupez en petits morceaux, et vous le disposez, si vous avez été piqué par un serpent, sur la veine, en contre-haut, à l'incision pratiquée juste avant la piqure du serpent, et le mauvais s'en va … »

 

 

Marie et Barbara avec Caroline lors du chemin de Croix à Tataouine

Marie et Barbara avec Caroline lors du chemin de Croix à Tataouine

Puis Barbara me demande pourquoi je suis venu aujourd'hui à Midelt. Je raconte alors ce qui m'a amené en ce lieu.

Lucien : «  J'ai malheureusement fait la guerre d'Algérie. Toute ma génération, de 1956 à 1962 : 400.000 soldats français en permanence en Algérie, deux millions quatre cent mille en tout durant cette guerre. La méthode de la bataille d'Alger exportée à l'école de guerre de l'Argentine, via celle des Etats-Unis... »

Fidela : «  Et au Chili aussi . »

 

Lucien : «  Quand j'ai entrepris la marche de la paix, de Dampierre à Bethleem, afin de demander l'arrêt de l'armement nucléaire de la France, une fois à Bethleem, je n'ai pas pu passer en Egypte, Lybie, Tunisie, Algérie, comme j'en avais eu le projet ...

Lorsque j'ai pu aller en Algérie, à Tibhirine en 2014, grâce à Nelly, Bernard et Claude Chauvin, à Jean-Marie et Hélène Muller, à Hubert et Anne Ploquin, à Jean-Marie Lasausse, quand j'ai pu aller dans l'Ouarsenis, au barrage de l'Oued Fodda, chez mes amis de la famille Harmel, puis à Oran dans le foyer d'accueil de Pierre Claverie... j'ai compris qu'il me fallait venir rencontrer Jean-Pierre à Midelt ainsi que vous tous, Sœurs et Frères qui demeurez ici avec lui, que vous soyez chrétiens ou musulmans.

Et voilà que je vous rencontre tous, c'est merveilleux. »

 

Nous poursuivons notre partage durant ce repas de midi, le pain et la tajine préparés par nos amies religieuses ont un goût de don et de communication dont la saveur me reste encore dans la bouche, alors que je suis en train d'en ramasser toutes les miettes afin que rien ne se perde «  Qu'il est bon, qu'il est doux d'habiter en frères et sœurs tous ensemble … C'est comme une huile parfumée qui se répand sur nos corps et nos vêtements … » ( Psaume 130 )

J'écoute avec joie et bonheur la vie de nomades expérimentée par nos amies religieuses, partageant la vie des tribus peuplant les pentes du Mont Ayachi (3700 m ) C'est de là que nous vient l'eau que nous buvons à table, que nos amis répandent sur leurs jardins, et qui alimente les canaux d'irrigation permettant la plantation et la culture des pommiers qui font la renommée de Midelt. Je suis témoin en cet endroit merveilleux du Maroc, que la vie des êtres humains que nous sommes, pour être plénière, est appelée à se tendre entre ces deux pôles : la nomadisation et la sédentarisation.  

 

11 mai 2016 3 11 /05 /mai /2016 19:42

Vendredi 11 septembre 2015

 

VEUX-TU NOUS DIRE ENCORE JEAN-PIERRE, CE QUE TU AS VU EN CHEMIN ?

 

Il est dix heures, Omar vient de nous appeler à boire le thé, tous ensemble, les moines et tous les gens présents dans le monastère.

Ayant conscience que c'est un plein panier de trésors de graines de non-violence que je viens de recevoir de la part de Jean-Pierre, et que c'est encore un autre panier qui est en train de se remplir d'autres trésors de partage. Je veille à ce que rien ne se perde. 

Je dis à Jean-Pierre.

Lucien : « Veux-tu nous dire encore Jean-Pierre ce que tu as vu en chemin grâce à Christian ? »

Jean-Pierre : « Le frère Christian nous a accueillis et reconnus tels que nous étions. Nous n'étions pas novices par rapport à l'Islam. Il nous regardait et nous rencontrait sur un plan d'égalité dans notre connaissance de l'Islam, afin de progresser ensemble. Nous avions quelque chose de très important à recevoir de lui. Et lui, voulait beaucoup recevoir de nous. Nous ne voulions pas de la relation maitre-élève. Il avait cette qualité spirituelle et nous aussi. Nous avions à apprendre et à progresser ensemble. Chacun avait sa propre richesse. Il avait la sienne, nous avions la nôtre. Ça  ne veut pas dire que nous n'étions pas unis. Il y a l'image de la roue et du moyeu. Il y a aussi l'image du moteur électrique. S'il n'y a pas de tension dans un moteur électrique, c'est plat, ça ne marche pas. Il faut le positif et le négatif. S'il n'y a pas de différence de potentiel, le moteur ne peut pas tourner.  En présence des capacités de chacun, il ne faut pas que l'un ou l'autre soit éliminé. Pour que le moteur tourne, il faut mettre les capacités ensemble. Coopérer ensemble, avec les capacités de chacun pour faire un tout. C'est à faire ça, qu'est appelé un vrai supérieur. Ce sont Saint Pierre et Saint Paul, s'il n'y avait eu que Saint Pierre ou que Saint Paul, quelle pauvreté ça aurait été. Paul avait le souci de garder le lien avec Jérusalem.

 

Photo du net :  Bruno Zanzottera

Photo du net : Bruno Zanzottera

Lucien : « Veux tu me dire Jean-Pierre comment a été vécu le Ribat es Salam à Tibhirine ? »

Jean-Pierre : « Il y a surtout eu Christian, Christophe et Michel de notre communauté, qui y ont été engagés. J'y étais très ouvert. Je craignais que ce soit un pôle unique. Le Ribat es Salam avait été fondé par Christian et Claude Rault, devenu évêque de Ghardaïa – Sahara. Nous voulions rester des cisterciens, mais aussi continuer d'entrer en devenir. Christian a demandé aux soufis s'ils voulaient bien venir à Tibhirine deux fois par an. Nous ne voulions pas que tout soit tiré dans ce sens-là. Mais ça ne veut pas dire que nous étions fermés. Nous vivions une tension tout en cherchant à garder l'unité. Nous cultivions les deux tendances.

Lucien : « Une sorte de tension créatrice ? »

Jean-Pierre : « C'est ça. »

Lucien : « Et en plein milieu de ces années noires, c'est quoi qui a contribué à ce que vous restiez ? »

Jean-Pierre : « Il fallait chercher l'unanimité sans exclure celui qui n'est pas conforme à la tendance la plus forte. Il a fallu plusieurs séances pour savoir si, unanimement, nous restions ou pas. En 1993, nous avions déjà choisi que si nous partions, nous nous rejoindrions à Fes au Maroc. Si nous ne pouvions pas revenir en Algérie, nous irions ensemble dans un autre pays musulman. Nous voulions rester ensemble, quoi qu'il arrive. Nous avons choisi de rester. Nous voulions ne pas abandonner la population. Il y a eu des pressions pour que nous partions, de la part du gouvernement algérien et de l'ambassade de France. A Rome, les autorités de notre ordre cistercien nous ont laissé libres de choisir, « selon votre conscience commune ». Les autorités algériennes ont poussé très fort pour que nous partions, ainsi que certaines opinions françaises. «  Qu'est-ce que vous fichez là-bas en Algérie ? … Vous êtes fous … » , nous disait-on. Un jour, c'est Christophe qui causait avec un algérien, un habitant de Tibhirine. Il lui disait : « Nous ne sommes pas sûrs de rester, nous sommes comme les oiseaux sur la branche. » Mais l'algérien lui a dit : « En fait, la branche, c'est vous, et les oiseaux, c'est nous. 

« Quelqu'un a dit aussi : » Est ce que le pasteur se sauve lorsque les brebis sont en danger ? » et en plus, nous avions fait un vœu dans la stabilité, celui-là d'être fidèle au peuple algérien. C'est comme dans la vie conjugale. Quand le GIA en 1993 a dit : « Ordre aux européens et étrangers de partir d'Algérie » nous avons dit : «  Est ce que c'est le GIA ou notre maitre Jésus qui nous a envoyé en mission ? »

Lucien : «  Je suis émerveillé et touché ami Jean-Pierre de tout ce que tu rends possible que je puisse ramasser de graines de non-violence en t'écoutant. Tu n'es pas trop fatigué ?

Jean-Pierre : « Non ! J'aime bien parler de tout cela. C'est le Seigneur qui nous porte tous et qui est à l'origine de tout cela. »

28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 13:36
Photo de frère Jean-Pierre prise par Caroline le jour de Pâques à Midelt

Photo de frère Jean-Pierre prise par Caroline le jour de Pâques à Midelt

Vendredi 11 septembre 2015

 

 

DIS-NOUS, FRERE JEAN-PIERRE ! QU'AS TU VU EN CHEMIN ?

 

Ces paroles que j'adresse au frère Jean-Pierre Schumacher, survivant de Tibhirine, en ce matin de présence intense dans le monastère de Midelt, ce sont les paroles que, dans sa liturgie pascale, l'Eglise adresse à Marie-Madeleine. L'Eglise  pose cette question à Marie-Madeleine au matin de Pâques, quand elle revient de prendre soin du corps de Jésus, déposé dans le tombeau et que, Jésus lui-même lui apparaît ressuscité dans le jardin.

 

Dis-nous Jean-Pierre ce que tu vois sur ce chemin sur lequel tu continues de marcher, depuis, voilà bientôt 20 ans que tes compagnons de vie ont été enlevés à ton regard pour être mis à mort. A voir ton humble comportement, ne sont-ils pas vivants à tes yeux ? La vie leur a-t-elle été prise ? Ne l'avaient-ils pas donnée pour Dieu et pour l'Algérie ? Et la manière dont vous avez vécus et dont vous vous êtes aimés avec les gens de Tibhirine, la façon dont, ni la violence ni la haine n'ont eu raison de vous, le comment vous êtes restés branchés avec les habitants, tout cela n'est-il pas chemin d' Emmaüs où Jésus est en train de nous rattraper ? Merci d'être là Jean-Pierre, de prendre le temps de causer avec nous. Nous avons l'impression que tu chemines avec nous afin de mieux nous laisser rattraper par Jésus.

 

Dis-nous Jean-Pierre comment tu es arrivé à Tibhirine ?

Jean-Pierre : « J'ai été ordonné prêtre à Lyon en 1953 chez les frères maristes. Certains supérieurs dans notre ordre, après l'indépendance de l'Algérie voulaient faire arrêter l'expérience de l'abbaye de Tibhirine, où le frère Luc était présent depuis 1946... En 1955, Luc est fait prisonnier par le FLN avec le frère Matthieu. Ça dure une semaine. Ils sont mis en prison par représailles de la part du FLN en raison que l'armée française a tué un de leurs chefs fellaghas. Mais frère Luc a soigné la femme de l'un d'entre eux. Cet homme dit aux membres du FLN : « Ne touchez pas à cet homme. » C'est alors qu'un autre homme du groupe en libérant frère Luc lui dit : « Tu pourras nous demander tout ce que tu voudras ... » Luc leur dit : « Des cerises ! » La saison était passée. Ils lui en trouvèrent quand même. Ils sont libérés de la manière suivante : « Demain matin l'armée française va ouvrir la route. Vous montez dans le car qui va passer après. » En fait, c'est l'armée qui les a ramenés à Tibhirine. Tout cela a bouleversé frère Luc. Il devra aller se reposer en France.

 

J'ai été ordonné prêtre chez les frères maristes à Lyon en 1953. Quand j'arrive à Tibhirine en 1955 frère Luc n'est pas là. Comme je te l'ai dit, certains supérieurs de notre ordre voudraient faire arrêter l'expérience de Tibhirine, mais le cardinal Duval veut garder et que soit maintenue l'abbaye. Quand Luc revient de France, des frères de Tibhirine disent : « Il ne faut pas que frère Luc continue d'exercer son métier. Le père Lebeau qui prêche notre retraite dit : « Il est bon qu'il y ait un dispensaire à l'ombre du monastère. » Il avait bien raison. Je venais d'être nommé commissionnaire. Quand j'allais en ville, je me rendais bien compte comment le travail de frère Luc rayonnait à Tibhirine, à Médéa et aux environs. C'était le seul médecin d'Algérie à ne pas être dépendant du ministère de la santé.

 

Lucien : « Et c'est en 1971 que vous voyez arriver Christian de Chergé ? »

Jean-Pierre : « Christian avait fait son séminaire chez les Carmes. Il avait été soldat dans l'Ouarsenis. »

Lucien : « Vers Tiaret ! »

Jean-Pierre : « Oui, dans une SAS. Il faisait le lien avec la population. Il était aidé par un homme qui s'appelait Mohammed, un supplétif. Cet homme pouvait être considéré comme traitre à la population par certains membres du FLN. Un jour, le FLN a voulu descendre Christian. Mohammed s'y est opposé en disant : « Cet homme fait du bien à notre peuple. » le FLN a laissé Christian tranquille, mais quelques jours après, Mohammed ce père de famille de 10 gosses, était égorgé. Cette expérience a marqué toute la vie de Christian. Il ne nous en parlait pas. Il y a des choses, je les ai sues par après, récemment. Christian a relié cela à la passion du Christ, à sa parole lorsqu'il dit : « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime. »

Ce sommet de notre foi a été vécu par un musulman, pour moi. Depuis ce jour, Christian avait pris la résolution : « Quand je serai prêtre, je reviendrais servir l'Algérie, me mettre au service du peuple algérien jusqu'à la fin de ma vie. » C'est ce qu'il a fait. Il n'a jamais démordu de cette résolution, jusqu'au martyre.

Christian est devenu prêtre. Son premier poste a été la basilique de Montmartre à Paris. Là, il était responsable de la liturgie et de la manécanterie.

Un beau jour il dit à sa maman : « Je vais à Aiguebelle pour devenir moine pour l'Algérie. »

 

Tibhirine ne pouvait pas avoir de noviciat. C'était une communauté en voie de disparition et de fermeture. Nous étions après l'indépendance de l'Algérie. Avec quelques moines, nous avions été envoyés de Timadeuc pour empêcher cette fermeture. Nous étions demandés par le cardinal Duval. Nous étions envoyés au nombre de dix : quatre de Timadeuc, quatre d'Aiguebelle, et deux de Cîteaux. Il y en avait trois qui étaient déjà là, trois seulement de « stabilisés ». Nous étions des religieux prêtés. Lorsque Christian arrive en 1971, nous nous sommes dit : «  Il faudrait qu'on ait un frère qui sache bien l'arabe et qu'il ait une bonne culture du monde musulman et du peuple algérien. » Christian est resté deux ans à Rome.

En 1976, Christian fait sa profession solennelle, il voulait faire profession pour Tibhirine. Il fallait alors qu'il y ait avec lui, six religieux « stabilisés ». Il n'y en avait que trois. C'est alors que trois nouveaux ont alors accepté de l'être : Aubin, Roland et moi.

 

Le 1er octobre, pour la fête de sainte Thérèse, Christian fait profession solennelle à Notre Dame de l'Atlas à Tibhirine. Nous réalisons alors, une vraie communauté monastique : ça a tout changé (sourire apaisant de Jean-Pierre).

Il fallait donc nommer un abbé. On a demandé que ce soit un prieur. On a alors réduit l'abbaye à être un prieuré.

En 1984, on élit le 1er prieur, c'est Christian.

 

Lucien : « Vous étiez déjà très ouverts au monde musulman ! »

Jean- Pierre : « De Rome, Christian était revenu très motivé dans ce sens-là. Les anciens avaient des relations avec l'islam, mais pas comme celles de Christian.  Nous n'étions pas uniformes dans le prieuré, mais nous étions amis. Dans toute communauté, c'est un frère, André, venu nous voir qui nous le dit : « Dans toute communauté, il doit y avoir des tensions … »

Pour les anciens, l'union se faisait par la convivialité avec le monde musulman. Il y avait eu jusqu'à 50 ouvriers avant l'indépendance. Les anciens c'était Luc, Etienne, le cellérier, ingénieur agronome … Christian lui, son orientation était dans le sens des soufis. L'Eglise après le concile, recherchait les rencontres avec l'Islam. L'orientation de Christian, c'est la spiritualité, l'intérieur. Il faut relire son testament. Nous le trouvons idéaliste, naïf. On lui disait de ne pas regarder avec des lunettes roses, mais de regarder objectivement. Christian citait des paroles du Coran dans la messe. Certains lui disaient : » Le Coran et l'Evangile, ne les mets pas au même plan. Christian ne voulait pas que l'on prononce et que l'on entende le mot Israël dans la liturgie, à cause des résonnances politiques. Il était toujours en avance.

 

Le frère Christian de Chergé dans son testament dit : « Ceux qui me traitaient de naïf et idéaliste, doivent savoir que maintenant mon vœu est exaucé, ma curiosité en amont est satisfaite. Je vois les fils de l'Islam avec le regard de Dieu. »

Ce n'est pas Christian uniquement qui a fait évoluer la communauté dans l'accueil de l'Islam. Ce n'est pas Christian uniquement qui nous a appris à aimer les musulmans. On était parmi eux depuis 1946, avec une très bonne compréhension de l'islam. On ne voulait pas être traités de novices dans la relation avec l'Islam. On est restés ce que nous étions. La preuve que j'étais ouvert, c'est moi qui ai découvert les soufis. Il y a eu le concile. Quand j'ai su que j'étais appelé à vivre à Tibhirine, j'étais heureux.

23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 15:29

Abbaye d’Acey le 23 avril 2016

 

Cher Jean-Marie

 

C’est à l’abbaye cistercienne d’Acey que me parvient, grâce à des amis du mouvement A.D.N.-M.A.N., le message que tu nous adresses à ton retour de Rome, de la conférence internationale intitulée : « Non-violence et Paix juste, une contribution à la compréhension de la non-violence et à l’engagement envers celle-ci de la part des catholiques ».

 

J’étais venu à Acey où en me reposant je fais ramasser en moi dans la prière le témoignage de la non violence des moines de TIBHIRINE, en lisant le livre qui vient de paraître « Tibhirine : l’Héritage ». Comment ramasser les graines de cet héritage de non violence et l’ensemencer dans la terre de nos jardins intérieurs et communaux ? Et c’est au moment de la prière des complies, hier soir :

« Maintenant tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix »

que le frère Benoît me communique ton message où tu nous donnes quelque chose, comme tu le dis, « qui s’apparente à une véritable révolution copernicienne », où vous dites, et c’est un acte : «  Nous croyons qu’il n’existe pas de guerre juste. »

 

J’ai tout de suite chanté en mon cœur le Magnificat. Ce chant est révolutionnaire où il est dit de Dieu « qu’il renverse les puissants de leur trône et qu’il élève les humbles, qu’il comble de biens les affamés et renvoie les riches les mains vides », et que c’est à cela que nous devons nous atteler pour que chaque homme et femme puisse trouver sa place de manière non violente, car plus rien ne justifie quelque guerre que ce soit.

 

Place première doit être faite aux migrants, aux affamés. Ce n’est pas dans l’utilisation de l’argent avec un profit effréné et non humain que nous ferons le monde. Il nous faut nous organiser de manière non violente. Aux pauvres et aux  blessés de la vie nous devons dire, comme je te l’ai souvent entendu dire : « Après vous ».

 

A Hélène et à toi Jean-Marie,  à vos enfants et petits-enfants je vous dis toute mon amitié fraternelle et reconnaissante pour le don que vous nous offrez. Comme je suis bien heureux que tu sois allé « acteur » à Rome à cette conférence. Tu te souviens quand nous en parlions il y a deux ans ? Nous espérions humblement …C’est inouï ce qui en sort. C’est merveilleux comme tous ces membres de la conférence, et toi, vous nous permettez de ressourcer et renforcer notre espérance, la présence de la petite fille espérance dans non luttes non-violentes. S’ouvre devant nos yeux le seul chemin qui puisse libérer notre humanité : celui-là de la non violence

 

Je vous embrasse chers Jean-Marie et tous les tiens, de tout mon cœur d’ami profondément reconnaissant

Lulu      

 

conférence de Rome : photo du web

conférence de Rome : photo du web

Faire prévaloir l’Évangile de la non-violence

 

dans la pensée et l’action de l’Église

 

Jean-Marie Muller*

 

À l’initiative du Conseil Pontifical Justice et Paix et de Pax Christi International s’est tenu à Rome du 11 au 13 avril 2016 une conférence internationale intitulée « Non-violence et paix juste : une contribution à la compréhension de la non-violence et à l’engagement envers celle-ci de la part des catholiques. » Nous nous sommes retrouvés quelque quatre-vingts participants venant d’Afrique, des Amériques, d’Asie, d’Europe, du Moyen-Orient et d’Océanie. Notons la présence de plusieurs évêques et de nombreux théologiens. Dès avant le début  de cette rencontre, nous avions reçu une note qui précisait clairement qu’il était urgent de repenser la compréhension catholique de la non-violence.

 

Pendant ces trois jours, dans une ambiance particulièrement chaleureuse, nous avons pu partager nos réflexions et nos expériences. Nous avons été unanimes pour affirmer que tout au long de sa vie Jésus a témoigné de la non-violence et que les Chrétiens avaient l’obligation morale de devenir eux-mêmes des témoins de la non-violence. 

 

Le pape François a adressé aux participants un message qui a été lu par le Cardinal Peter Turkson, Président du Conseil Pontifical Justice et Paix. « L’humanité, affirme François, a besoin de rénover tous les meilleurs outils à sa disposition pour aider les hommes et les femmes d’aujourd’hui à réaliser leurs aspirations pour la justice et la paix. En ce sens, vos idées sur la revitalisation des outils de non-violence, et de non-violence active en particulier, seront une contribution nécessaire et positive. C’est ce que vous vous proposez de faire en tant que participants à la Conférence de Rome. » Il précise : « Dans notre monde complexe et violent, c’est une entreprise véritablement formidable de travailler pour la paix en vivant la pratique de la non-violence ! (…) Nous pouvons nous réjouir à l’avance de l’abondance des différences culturelles et de la variété des expériences de vie parmi les participants à la Conférence de Rome et celle-ci ne fera qu’augmenter le niveau des échanges et contribuer au renouveau du témoignage actif de la non-violence comme une « arme » pour réaliser la paix. »

 

La Conférence a adopté un document qui appelle l’Église catholique à s’engager à faire prévaloir l’importance centrale de « l’Évangile de la non-violence ». Ce qui est remarquable, et probablement décisif, c’est que les participants ne se contentent pas d’ajouter un paragraphe sur la non-violence dans la doctrine de la légitime violence et de la guerre juste, mais qu’ils remettent en cause cette doctrine au nom de l’exigence de non-violence. « Ceux d’entre nous, est-il affirmé, qui se situent dans la tradition chrétienne sont appelés à reconnaître le caractère central de la non-violence active dans la vision et le message de Jésus. (…) Ni passive, ni faible, la non-violence de Jésus était le pouvoir de l’amour en action. De manière claire, la Parole de Dieu, le témoignage de Jésus, ne devraient jamais être utilisés pour justifier la violence, l’injustice et la guerre. Nous confessons qu’à maintes reprises le peuple de Dieu a trahi ce message essentiel de l’Évangile en participant à des guerres, à la persécution, l’oppression, l’exploitation et la discrimination. »

 

Et puis vient ce passage décisif : « Nous croyons qu’il n’existe pas de « guerre juste ». Trop souvent la « doctrine de la guerre juste » a été utilisée pour approuver la guerre plutôt que pour l’empêcher ou la limiter . Le fait même de suggérer qu’une « guerre juste » est possible mine l’impératif moral de développer les moyens et les capacités nécessaires pour une transformation non-violente du conflit. Nous avons besoin d’un nouveau cadre éthique qui soit cohérent avec l’Évangile de la non-violence. »

 

Dans leurs conclusions, les participants appellent à ne « plus utiliser ni enseigner la « théorie  de la guerre juste », mais à « promouvoir les pratiques et les stratégies non-violentes (la résistance non-violente, la justice restaurative, la protection civile non armée, la transformation des conflits et les stratégies de construction de la paix) ». Soulignons également qu’il est demandé de plaider pour « l’abolition des armes nucléaires » Enfin, les participants « appellent le Pape François à partager avec le monde une encyclique sur la non-violence et la paix juste ».

 

Le malheur, jusqu’à présent, était que l’Église, d’une part, prêchait l’amour et, d’autre part, justifiait la violence. Entre ces deux discours, il y avait un vide immense, la partie manquante étant précisément la non-violence. La Conférence de Rome propose de remplir ce vide.

 

Cette rencontre propose donc un renouvellement en profondeur de la pensée de l’Église sur la question de la violence qui veut rompre avec la doctrine séculaire de la guerre juste pour proposer aux Chrétiens de devenir des acteurs de la non-violence. Cette rupture qui est un ressourcement évangélique s’apparente à une véritable révolution copernicienne. Elle pourrait être décisive pour l’avenir même de l’Église.

 

 

* Philosophe et écrivain. Auteur notamment de L’évangile de la non-violence (Fayard, 1969) et de Désarmer les dieux, Le christianisme et l’islam au regard de l’exigence de non-violence ( Le Relié Poche, 2009)

Site personnel : www.jean-marie-muller.fr

 

22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 09:58

Des juristes, avocats, professeurs de droit brésiliens viennent de faire paraître un manifeste face à la demande de destitution de la Présidente Dilma Roussef par une grande partie des députés. En voici un résumé, mais vous pourrez le lire en entier, en français, en utilisant le lien ci-dessous :

 

https://drive.google.com/open?id=0B29oZHxtSdZZdEo3Ym5EaU1FMTA

 

En résumé, ces juristes, se basant sur des faits précis d'utilisation perverse des lois par des députés (entre autres) qui exigent la destitution de la Présidente de la République, affirment la nécessité de respecter les lois ainsi que l'impartialité de la Justice. La corruption doit être réprimée, mais d'une manière éthique, républicaine et transparente ; la lutte contre la corruption ne permet pas tout, ni de relativiser la présomption d'innocence par exemple, ni de délivrer des mandats d'amener coercitifs de simples témoins ou des ordres de détention provisoire sans base juridique fondée etc.

Le Brésil fait en ce moment l'expérience de la plus importante crise politique de sa récente démocratie. Les juristes rappellent que pendant les années de dictature (1964-1985) , nombre de citoyens ont souffert et se sont sacrifiés "pour que nous, Brésiliens puissions aujourd'hui exercer pleinement nos droits."

La Commission Spéciale du procès d'Impeachment (destitution) contre Dilma est composée majoritairement d'hommes politiques ayant été mis en cause pour des détournements d'argent ou ayant reçu des donations frauduleuses pour leurs campagnes électorales, ce qui n'a pas été le cas pour Dilma Roussef.

La demande de destitution doit obligatoirement reposer sur un fondement juridique, ce qui n'est pas le cas actuellement.

Dans le régime présidentiel, c'est le citoyen, par son vote lors d'élections régulières et directes, qui doit juger le bilan politique du président. Ce n'est jamais au Législatif de le faire, sinon nous ne sommes plus dans un Etat Démocratique de Droit.

 

Manifeste de Juristes brésiliens (avril 2016)
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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 08:17

Des nouvelles de Notre-Dame de l'Atlas

 

avec le père Jean-Pierre FLACHAIRE

 

Prieur du monastère de Midelt

 

dans le Moyen Atlas au Maroc

 

(interview du 2 avril 2016)

Merci à frère Benoît de l'abbaye d'Acey qui nous a fait connaître cette vidéo.

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  • : Lulu en camp volant
  • Lulu en camp volant
  • : Lucien Converset, dit Lulu est prêtre. A 75 ans, il est parti le 25 mars 2012 avec son âne Isidore en direction de Bethléem, où il est arrivé le 17 juin 2013. Il a marché pour la paix et le désarmement nucléaire unilatéral de la France. De retour en France, il poursuit ce combat. Merci à lui !
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