Mercredi 25 juin 2014 3 25 /06 /Juin /2014 21:39

TIBHIRINE, lundi 10 mars 2014

 

ILS SE DEMUNISSAIENT DE LEURS PROPRIETES ET EN PARTAGEAIENT LE PRIX ENTRE TOUS (AC. 2, 45)

 

Au moment où Samir et Youssef nous apparaissent en nous ouvrant les portes du monastère de Tibhirine, mes amis Nelly et Bernard, Claude et moi, nous sommes fortement impressionnés. C’est vous tous les membres de notre escorte conduits par Jean-Marie, qui entrez avec nous dans ce jardin-source. Nous prenons le temps d’entrer tout doucement dans cet endroit où nous sommes attendus. Nous accédons en un lieu où des membres de l’humanité reçoivent d’autres membres de cette même humanité. Ça me fait deviner qu’il se passe là à Tibhirine en ce moment et en ce lieu, avec les gens avec qui nous nous rencontrons, ce qui s’est passé au commencement de la communauté chrétienne. Vous savez quand nous lisons dans les Actes des  Apôtres : « Tous les croyants ensemble mettaient tout en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens et en partageaient le prix entre tous selon les besoins de chacun. » (Actes 2, 44-45)


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Un café et un petit déjeuner nous sont offerts au cours duquel Jean-Marie nous présente Patrick MORVAN, un prêtre en retraite, arrivé à Tibhirine depuis quelques mois pour donner de son temps. Il veut lui aussi, rendre possible avec Jean-Marie, Samir et Youssef, que les gens qui se présentent devant la porte du monastère comme nous le faisons aujourd’hui,  puissent y entrer afin d’y ramasser ces graines de la non violence qu’ils sont venus chercher. Patrick est originaire de la Bretagne. Il a été curé en Seine Saint-Denis à Sevran où j’ai été en stage en banlieue ouvrière durant les années 1965-1966. Nous y avons connus les mêmes amis, notamment Pierre THION et Pierre DUPONT. Patrick a été soldat en Algérie pendant la guerre dans les années 1961-1962, un peu après que Claude et moi en soyons revenus. Patrick nous dit : « En présence des musulmans, en voyant leur foi, j’ai eu le coup de foudre pour le peuple algérien. J’ai découvert l’originalité et l’identité de ma propre foi. En Seine Saint-Denis j’ai rencontré beaucoup de musulmans, je me suis lié avec eux. Voilà un peu les raisons pour lesquelles j’ai voulu venir un an à Tibhirine. C’est merveilleux d’être ici. » Je lui dis : « Tu veux continuer ce qu’ont fait Anne et Hubert PLOQUIN pendant un an et demi … Nous vous disons notre reconnaissance d’être les facilitateurs de notre démarche. »

 

En écoutant ces hommes, Jean-Marie et Patrick, nous sentons qu’il y a en ce lieu comme un souffle … une présence de l’Esprit du Christ Jésus… que c’est cela que les moines faisaient habiter en eux. Vous nous permettez de laisser cet esprit entrer en nous, amis Jean-Marie, Patrick, Youssef, Samir et gens de Tibhirine. Belle équipe de jardiniers que vous êtes ! Vous nous faites découvrir comment cultiver notre propre jardin quand nous serons rentrés en France. Ainsi, avance humblement, dans l’humus, au profond de l’humanité, la culture de la non violence.


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Jean-Marie nous indique dans quelles chambres nous pourrons déposer non seulement nos sacs à dos mais aussi, laisser se planter au fond de nous-mêmes tout ce que nous aurons découvert de « La Force d’Aimer », qui habitait et habite toujours le cœur des moines. Un cadeau inestimable m’est offert par Jean-Marie, auquel je n’aurais jamais pensé : «  Tu auras la chambre de Christian de CHERGE ». Dans l’immédiat, je me dis en moi-même : « C’est là que Christian a écrit la deuxième partie de son testament… »

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Puis Jean-Marie, partant rejoindre Samir et Youssef au jardin, nous remet dans les mains de Patrick. C’est beau comment Patrick nous dit : » Si vous voulez bien, nous allons continuer à entrer dans cette maison … et en même temps, vous et moi, nous laisserons entrer en nous le souffle de la non violence qui travaillait l’être des moines. De plus en plus, cette maison devient la maison de gens du monde entier. C’est merveilleux de voir tous ces gens qui viennent chercher et entendre ce que les moines ont semé ici. J’ai entendu Jean-Marie tout à l’heure vous indiquer en entrant, l’endroit où frère Luc recevait et soignait les villageois…


Lors de la terrible nuit de l’enlèvement, le 26 mars 1996, frère Jean-Pierre dormait et n’a rien entendu. Nous pensons que les ravisseurs se sont introduits dans l’enceinte du monastère par le jardin…


Venez ! Nous allons nous diriger vers la chapelle installée en 1976 dans l’ancien pressoir du domaine viticole… Que de chants psalmodiés ont été exprimés en ce lieu … Le film « Des Hommes et des Dieux » n’a pas été tourné ici, mais cependant il traduit toute la  belle dignité avec laquelle ces hommes ont prié Dieu leur ami et notre Père ici dans cette chapelle, encore le soir du 26 mars, quelques heures avant leur enlèvement … quand ils ont dit complies … et chanté  Bonsoir à Notre Dame de l’Atlas : Salve Regina et qu’ils l’ont appelée Mère de Miséricorde »


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Nous nous arrêtons un long moment en ce lieu  sur l’invitation de Patrick. Nous ressentons votre présence, Christian, Christophe, Luc, Paul, Michel, Bruno et Célestin, qui avec Amédée, Jean-Pierre et tant d’autres, avez donné votre confiance à Celui qui savait vous rassurer parce qu’Il communiait à vos doutes.


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Les jours où les paroles du psaume 21 résonnaient en ce lieu, vos mots étaient en alliance avec ceux de Jésus avec les cris de beaucoup de gens du village de Tibhirine et de toute l’Algérie : « Père, on a l’impression que tu nous abandonnes  … durant le jour, aucune réponse à nos cris de détresse … On ne verra donc pas le bout de cette guerre fratricide … Et durant la nuit, quand on voudrait avoir un peu de repos et de répit, pas moyen d’avoir un peu de silence, c’est le bruit des armes que nous entendons et qui nous déchire … nous avons peur. »


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Frères moines, c’est là que vous veniez à heures régulières, exprimer les assauts surprenants et inattendus qui déchiraient la vie des gens du village et la vôtre. Vous pétrissiez tout ce temps de prière d’une foi confiance, enracinée, dans le fait que pour vous, Jésus est Bon Pasteur, Bon Berger. Là où il vous emmène, c’est là où il a été conduit par l’Esprit. Pas facile de dire, pas facile de reconnaitre que le chemin de croix est un juste chemin. Comment se laisser dire que rien ne vous manquera, alors que vous avez l’impression un peu plus chaque jour que l’on vient vous prendre votre vie. Combien de fois, vous vous êtes offerts les uns aux autres dans les psalmodies exprimées en deux chœurs,

- les questions angoissantes qui sont les vôtres et celles de vos voisins

- et les paroles pacifiantes de Jésus : « Je suis avec vous pour toujours, avec vous et avec tous ceux que vous portez dans vos cœurs »

 

Vous étiez confiants que Jésus en les disant à vous, les disait aussi aux gens du village et par là, à tous les gens de l’Atlas. Vous écoutiez dans les mots psalmodiés, le timbre de la voix de votre Maitre et Ami Jésus … vous compreniez que ce qu’il vous disait à chacun, c’était adressé aussi à tous en commun. Tout en entendant les peurs et les effrois des uns et des autres mêlés aux vôtres, vous chantiez que l’amour du Christ vous était donné à tous.


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Là, en ce lieu, dans combien de psaumes vous reconnaissiez que la situation des membres du peuple algérien était comparable à celle des tourterelles et des hirondelles, des passereaux et des moineaux, effarouchés, effarés, effrayés, par les violences qui leur étaient faites … les gens eux-mêmes, venant voir le frère Luc pour soigner leurs blessures et leurs maladies, vous faisaient comprendre : « Petits oiseaux que nous sommes, nous vous en supplions, ne partez pas … demeurez , afin que nous puissions être au moins comme des oiseaux sur la branche …  Pour cela, il faut que vous, les branches de l’arbre vous restiez. » Vous compreniez et faisiez tout pour demeurer branchés sur Jésus, le Fils de Dieu. L’un de vous, allait lire la parole de Dieu en Saint Jean au chapitre 15 : « Pour porter un fruit qui demeure, restez branchés sur Moi. » et vous lui disiez en chœur : « Sans Toi, sans ta manière de vivre et d’aimer, nous ne pouvons rien faire. »


Patrick nous racontait qu’à plusieurs reprises, des hommes avaient surgi en armes aux portes du monastère et même à l’intérieur. Les moines avaient réagi en disant : «  Ici, c’est une maison de paix, il est insupportable d’y tenir des armes. Sortons » Les moines avaient réussis à faire comprendre à ces hommes qu’il ne fallait pas entrer ici avec leurs armes. Nous-mêmes aujourd’hui, nous comprenions que nous sommes appelés à nous désarmer, à nous défaire et à nous démunir de nos violences. Nous nous engageons à nous arrêter dans la course aux armements de toutes sortes de manière unilatérale.


Avec Christian de CHERGE et avec vous tous, frères moines, nous faisons cette prière : « Désarme-moi, désarme-les  »

 

Par luluencampvolant - Publié dans : Lettres de Lulu
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Lundi 16 juin 2014 1 16 /06 /Juin /2014 11:40

Lundi 10 mars 2014. En chemin pour Tibhirine…

« CE QUI PRIMAIT C’EST QU’IL Y AIT UN LIEN AVEC LA POPULATION » (Le jardinier de Tibhirine)

 

Nous prenons un bref petit déjeuner à la maison diocésaine d’Alger. Il est 5 heures 15, quand nous quittons la maison et que nous montons les quatre, à bord de la voiture de Jean-Marie. C’est un trajet éprouvant que nous entreprenons. Celui-là que Christian de Chergé a plusieurs fois réalisé. Mais je pense, particulièrement à cette fois-là, où il a prit ce chemin au lendemain du 1er décembre 1993. Il venait de commencer d’écrire ce qui deviendra son testament spirituel, qui ressemble comme nous l’avons vu, à celui de Jésus, dans l’évangile de Jean, au chapitre 17. Et je me dis, en écoutant Jean-Marie depuis hier soir, qu’il y a peut être, dans les paroles qu’il nous donne, un peu, beaucoup, là aussi comme quelque chose de son testament.


Jean-Marie nous raconte, une fois que nous sommes dans sa voiture, des choses que nous retrouvons, certes dans son livre : « le jardinier de Tibhirine », mais entendre de sa bouche ce qu’il a écrit dans son livre, et en être témoins, comme ça se traduit en ce moment, ça, c’est un grand don qui nous est fait. Nous le ramassons pour vous le partager. Ça me rappelle quand j’étais gamin, et que mon papa m’apprenait à labourer avec la charrue brabant, tirée par nos deux chevaux, Coco et Lisette.

Mon papa me disait : « ce grain que nous avons ramassé à la saison dernière, nous devons faire très attention de ne pas le perdre. Pour cela, il ne faut pas l’amasser mais en donner une partie et semer l’autre. Ramasser sans amasser. Ramasser pour donner. »

 

C‘est incroyable Jean-Marie ce que tu es en train de nous donner. Nous le ramassons, pour nous en nourrir, mais aussi pour le partager et le semer.

 

Nous venons de sortir de la ville d’Alger… Comme il est très tôt, la circulation est assez fluide…

 

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 - « Pourrais-tu nous dire Jean-Marie comment c’est venu, que tu sois appelé à devenir le jardinier de Tibhirine, là où tu es en train de nous emmener ? »

- « Le 20 mai 2001, dom André Barbeau, alors père abbé d’Aiguebelle et responsable de Tibhirine, me demande, en accord avec l’Evêque d’Alger, Henri Teissier, si je peux prendre en charge, la gestion du domaine… Henri, est un homme qui m’a beaucoup marqué, quand il était Evêque d’Alger. Je suis heureux de continuer de le rencontrer… »

« Ces deux hommes, André et Henri, me disent : nous souhaiterions continuer une présence. Est-ce que tu accepterais d’être le responsable de Tibhirine, en particulier des terres et du monastère ? Ce qui primait, c’était qu’il y ait encore un lien avec la population. Dans ce petit cimetière, j’ai éprouvé avec force, tout ce que pouvait être cet héritage de Tibhirine, dont j’étais indigne… En relisant le testament de Christian de Chergé, j’ai trouvé la trace d’un frère. J’ai compris aussi que devenir le jardinier de Tibhirine, allait m’engager bien au delà de la gestion du monastère. En acceptant, je recevais une part inestimable de la vie, de la mémoire, de la foi des martyrs de l’Atlas… Et j’ai accepté. »

« Une forme de présence chrétienne, notamment pour l’exploitation menée en association, avec quelques villageois : Mohamed, Youssef, et Samir… Vous allez les voir tout à l’heure. Ils vont nous accueillir, quand nous entrerons dans le monastère. »

 

 

Je me disais, à la pensée que dans quelques heures, nous entrerions dans le cimetière de Tibhirine : « C’est surprenant comment dans la proximité de certains tombeaux, tout un relèvement de nos êtres peut se réaliser. »

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Nous roulons à allure régulière, en traversant la plaine de la Mitidja, puis la ville de Blida… Il y a des constructions partout… Beaucoup ne sont pas terminées… Les splendides plantations d’orangers qui sont une des caractéristiques de Blida et de la plaine environnante, m’avaient beaucoup impressionné, quand en 1960, soldats, nous empruntions cette route pour aller en opération Etincelle et Jumelles dans l’Atlas blidéen.

Puis j’avais été choqué en 1983, quand nous étions venus en Algérie faire un campement avec 20 ados des Loisirs Populaires de Dole et 7 jeunes accompagnateurs. J’avais en effet découvert, que beaucoup de cultures vivrières avaient été abandonnées, sous l’administration Boumediene. J’avais trouvé qu’il fallait payer très cher le kilo de pomme de terre et la galette de pain…

 

 

Aujourd’hui, je suis heureux de voir que beaucoup de cultures et de plantations sont revalorisées. Mais cela ne nous empêche pas de déceler que ceux qui gouvernent le pays actuellement, veulent garder le pouvoir rien que pour eux.

Abdelaziz BOUTEFLIKA ne peut plus marcher suite à un A.V.C.

Il se déplace en fauteuil roulant et il brigue un quatrième mandat. Il se dissimule derrière lui toute une mafia d’hommes de pouvoir qui captent et gardent rien que pour eux, les ressources de ce pays si riche. BOUTEFLIKA sera réélu Président de la République Algérienne pour un quatrième mandat le 17 avril… Car les gens sont sous la crainte que ne reviennent les années noires comme entre 1990 et 2000. Une colère couve dans l’être profond des gens. Leur dignité est bafouée.

 

 

Ça y est nous voilà aux portes des gorges de la Chiffa.

Beaucoup de vilains souvenirs me reviennent, comme la peur et la crainte. Le réflexe de tenir et serrer son arme tout contre soi, au cas où nous tomberions en embuscade dans ces gorges fatidiques. Cependant je contemple les hauteurs de Chréa. A flanc de montagne, un nombre impressionnant de bulldozers et de pelleteuses sont à pied d’œuvres afin d’établir un immense ouvrage : une imposante autoroute est en construction qui ira d’Alger à Médéa, puis à Hassi-Messaoud, à Ghardaïa, et Tamanrasset…

Mais alors qu’une multitude de jeunes Algériennes et Algériens sont en chômage, ce genre de chantier, ne leur est pas accessible. Il est attribué à des entreprises chinoises…

Quels contrats commerciaux ont bien pu s’instaurer entre la Chine et l’Algérie ???

Nous entendons beaucoup parler de ces chantiers, où la main d’œuvre uniquement Chinoise, prend le travail des Algériens, et, se trouve exploitée elle aussi. Il n’y a aucune osmose entre ces chantiers et le peuple Algérien.

Qu’est-ce qui met en danger, encore aujourd’hui, la vie des Algériens ? Bien-sûr que c’est en partie le terrorisme caché et larvé. Mais en causant nous rencontrons des gens qui nous appellent à remonter en amont de ces actes terroristes dont on a toujours une crainte terrible, qu’ils ne reviennent déchiqueter la société Algérienne comme ils l’ont fait de 1990 à 2000 (Quant il y eut 150 000 à 200 000 morts). Et nous sentons qu’il y a comme cause à tout cela, une guerre latente, entre quelques oligarques pour garder le pouvoir et l’argent. Ils profitent de l’extraction du gaz et du pétrole, mais c’est au mépris des gens du peuple. Ils les privent du strict nécessaire et particulièrement de leur dignité.

 

Jean-Marie nous raconte que, dès qu’il a commencé d’entrer dans ce jardin de Tibhirine où il nous conduit, tous les jours il découvre des trésors de vie et de foi, que les moines ont laissés. Il se sent appelé après les avoir découverts, à les ramasser, particulièrement, dans la contemplation et la prière, dans le travail et le jardinage, afin de mieux nous les faire partager.

Merci Jean-Marie de la manière dont tu parles de ces graines de non-violence et comment tu nous offres de les ramasser afin de les emporter et les cultiver dans le jardin de nos relations. Tu me fais penser Jean-Marie, à cet homme, qui dans l’évangile de Mathieu au chapitre 13 verset 44, vient à trouver un trésor dans un champ. Il le recache après l’avoir découvert, et s’en va, ravi de joie, vendre tout ce qu’il possède, pour acheter ce champ, afin d’y amener tous ceux qui voudraient venir y ramasser les graines qui vont changer toute leur vie.

Désormais, en traversant les gorges de la Chiffa, ce ne sont plus des balles et un fusil, que j’ai serré contre moi. Je me suis démuni de ce qui entretient la crainte et la peur. J’ai laissé pousser en moi les plantes ensemencées par la petite fille Espérance, dont nous a parlé Jean-Marie Muller dans le sillage de Charles Péguy. Nous sommes capables de traverser les ravins des ténèbres et de la mort, comme il est dit au psaume 22. A condition que nous nous laissions habiter et travailler par cette présence aimante qu’est l’être même de Jésus.

 

Nous voilà en train de sortir des gorges de la Chiffa. Jean-Marie nous fait deviner au loin, la ville de Médéa, dans la lumière du soleil levant. Il est bientôt sept heures. Voici presque deux heures que nous roulons. Nous allons bientôt entrer dans la cité : « Tenez… voilà le fossé où au matin du 21 mai 1996, les têtes des sept moines ont été retrouvées. Sans les restes de leur corps… »

Jean-Marie nous fait comprendre : faut-il vraiment s’obstiner de chercher et vouloir tout trouver ce qui s’est passé juste avant le 21 mai ? On ne trouvera peut-être jamais comment ils sont morts… Ne faudrait-il pas aussi et surtout continuer à creuser le puits au fond de notre propre jardin, et tirer l’eau vitale, pour nous engager à transformer nos propres manière de vivre, bêcher, piocher et faire pousser les graines des béatitudes ! (Mathieu 5 ; L’invincible espérance page 35).

 

Ah ! vous savez quand nous entrons dans ce monastère comme nous allons le faire tout à l’heure, « nous sommes impressionnés en franchissant la petite porte… Elle donne sur une cour agréablement ombragée. C’est là que les patients du toubib, le frère Luc, se blottissaient le long du mur, sur les pierres de taille accolées… Les femmes et les enfants patientaient… Pendant plus de cinquante ans, il a soigné des milliers de malades, et ceux-là sont encore reconnaissants aujourd’hui. Ils sont nombreux à revenir à Tibhirine, pour lui rendre hommage. »

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Nous qui venions en Algérie, pour ramasser des graines de non-violence, afin de les remporter et les cultiver dans nos champs d’actions, nous sentons que nous avons mis à jour un sacré chemin en venant à Tibhirine. Nous voyons bien, que nous avons déjà trouvé de merveilleuses parcelles de ce que nous cherchions.

 

Ça y est, nous traversons la ville de Médéa et le petit village de Tibhirine est désormais en vue. Dire que ce petit village, insignifiant comme ça apparemment, s’est revêtu d’une dignité infiniment profonde. Il se passe en moi, en entrant dans Tibhirine, ce que je ressens quand quelqu’un d’éprouvé me fait entrer chez lui, et que je découvre l’infinie dignité de son être. Je repense à ce que Saint Irénée de Lyon, à la fin du 2ème siècle, révélait aux gens avec qui il vivait : « la gloire de Dieu c’est l’homme vivant. »

 

Jean-Marie, le visage tout rempli de paix, nous dit en arrivant devant le portail du monastère : « les portes vont s’ouvrir… Nous sommes attendus ».

Par luluencampvolant - Publié dans : Lettres de Lulu
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Lundi 9 juin 2014 1 09 /06 /Juin /2014 14:39

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En mars 2012, Stéphane Hessel et Albert Jacquard ont lancé un appel au désarmement nucléaire total, en complément d'un état des lieux établi avec l'Observatoire des armements. Parce que l'existence de ces armes menace le destin de l'Humanité. Parce que les arsenaux du monde entier contiennent l'équivalent de 600 000 bombes de la puissance de celle d'Hiroshima. Parce que le Pakistan, Israël et la Corée du Nord détiennent ces armes dans un contexte géopolitique d'une extrême fragilité. Parce que l'avènement de l'ère nucléaire militaire, toute force de dissuasion, tout équilibre de la terreur, sont devenus de tragiques illusions. Parce qu'il n'est pas trop tard, et qu'une prise de conscience et une sensibilisation du public s'imposent.

Par luluencampvolant - Publié dans : Désarmement nucléaire
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Dimanche 8 juin 2014 7 08 /06 /Juin /2014 11:05

encercles

Elle est ceinte ma terre:

les barrières de honte

forgent le caractère

des jeunes qui s'affrontent.

Elle est sainte ma terre:

Abraham en chemin

y perçait le mystère

de son Dieu pèlerin.

 

Elle est ceinte ma terre

qui se construit des murs

que la haine oblitère

dans les coeurs en armures

Elle est sainte ma terre

sous les pas des prophètes

empreintes délétères

bien trop vite obsolètes.

 

Elle est ceinte ma terre

où chacun se protège

des mots que déblatèrent

les trop violents stratèges

Elle est sainte ma terre

où Jésus le pasteur

constitua ses frères

en peuple voyageur.

 

Elle est ceinte ma terre

aux soldats trop dociles

gardiens poste-frontières

en gâchette facile

Elle est sainte ma terre

où le Prophète en songe

souleva sa misère

jusqu'au ciel sans mensonges.

 

Elle est ceinte ma terre

cernée et exposée

la marmite exaspère

ceux qui vont exploser

Elle est sainte ma terre

où Dieu a fait alliance

"présence" qu'ils altèrent

en propos de défiance.

 

Elle est ceinte ma terre :

politique en naufrage

inventant les cautères

d'occupations sauvages

Elle est sainte ma terre

si les trois religions

font un peuple de frères

apaisant leurs passions.

 

Mais elle reste ceinte

ma terre sans la Paix

comme une femme enceinte

qui n'accouche jamais !

 

Serge Cuenot (Nice)

 

Par luluencampvolant - Publié dans : Textes divers
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Samedi 7 juin 2014 6 07 /06 /Juin /2014 11:08

D'Alger à Tibhirine, Lundi 10 mars 2014

AVEC QUI PARTONS-NOUS POUR TIBHIRINE ?

QUELLE SERA NOTRE ESCORTE ? « Apoc. 3 4 »

 

Ainsi j’ai pu me lever tôt ce lundi matin. Révéillé bien avant quatre heures, je me mets debout afin de marcher vers la lumière… Partir pour Tibhirine.

La grâce qui nous est donnée, à Nelly, Bernard et Claude et à moi, c’est qu’en vivant de tels moments, nous n’allons pas garder, rien que pour nous, ce dont nous sommes témoins.

La grâce qui nous arrive, c’est déjà de vous porter dans nos cœurs de chair, vous tous les amis. Jean Marie (le jardinier de Tibhirine) nous a dit hier soir, qu’il n’y aurait pas d’escorte policière à notre embarcation pour Tibhirine. Notre escorte sera donc non violente. Ce sera vous : nous allons partir accompagnés par vous tous, que nous nommons avec vos paroles et vos mots, que nous appelons par vos noms. La grâce qui nous est offerte, c’est de vous porter dans nos cœurs de chair, vous tous. Et je me réjouis en conscience, d’être porté dans vos cœurs en vous portant dans le mien. Tout ce travail est une mise au monde, un enfantement…Nous le vivons en action de grâce.

 

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Je vous nomme, vous qui êtes au commencement de ma  vie, maman et papa, Susanne et Marius, et tout de suite, en même temps, vous mes sœurs et frère, comme je vous nommais sur cette même terre d’Algérie dans l’Ouarsenis…Il y a un peu plus de cinquante ans…Quand vos noms s’inscrivaient dans le cœur de Monsieur Mohamed H, dans celui, de Fatima, de Yasmina et d’Allia, ses filles, et dans celui d’Amed et Abdelkader, ses fils, pendant que c’était la guerre.


Après vous avoir nommés, vous, grâce à qui, j’ai commencé de vivre en votre chair et d’y être aimé, je vous vois vous tous dont les noms sont écrits sur mes cahiers : Sur celui là, qui va de Dampierre en France à Bethléem en Palestine, sur celui là aussi, qui va de Dampierre en France à Oued Fodda en Algérie, et sur celui là encore qui va de l’abbaye d’Acey en France à l’abbaye de Latroun en Palestine-Israel, et l’abbaye de Tibhirine en Algérie. Je vous nomme tous, celles et ceux dont le nom est paru dans mes cahiers, qui sont une part du livre de vie (Apoc 1- 11 ; 3- 6) Vous êtes notre escorte.


Oh ! qu’elle est de chair, ma prière ! Elle est de votre chair, de la mienne, et de la tienne ami Jésus, en qui repose tous celles et ceux que je nomme, mais aussi tous ceux et celles que tu n’oublies pas, et que tu sais appeler par leurs noms, toi Jésus Christ.

 

En découvrant dans la prière d’hier soir et dans celle de ce matin, ce qui se passe en ton cœur ami Jésus Christ, et dans le tien Christian de Chergé, et dans celui de tes compagnons de Tibhirine, je suis émerveillé de ce qui habite en vos êtres profonds. Cela me fait partir à la recherche de celles et ceux dont nous ne savons pas, ni le nombre, ni le chiffre, ni le nom. Combien êtes vous, et qui êtes vous, vous tous, dont le sang a coulé sur la terre d’Algérie. Vous êtes aussi notre escorte. Je pense à ce qui vous est arrivé à vous, frères et sœurs humains, dont le sang a coulé, suite à beaucoup de tortures, à la villa Susini, dans la forêt de Sidi Ferruche, à votre place Maurice Audin, à ton endroit Jean Marie Buisset, en plein djébel Ouarsenis, quand ta vie comme celle de tant d’autres, à « voltigée » en éclats… Je pense à vous tous frères et sœurs. Vous êtes aussi notre escorte. Vous tous, victimes  des luttes d’intérêts et de pouvoirs, durant les années noires, de 1990 à l’an 2000.

 

Je pense à vous, qui aux portes de la Casba et de Bab-el-oued, humblement vous vouliez être les petites branches, du grand et unique arbre, qu’est l’humanité, pour protéger les petits oiseaux, qui venaient se réfugier auprès de vous… Je pense à toi Abdelkader d’Oued Fodda, mort en 1997…

 

Et voici  que c’est tout l’arbre de vie qui a été saccagé, mis à feu et à sang, par la guerre. Je pense à toi l’homme de l’Oued Ardjem, tué durant une nuit d’embuscade, en 1960, pendant  l’opération Jumelles… Et à toi aussi, petit enfant des environs de Ténes, blessé durant une autre opération. Tu es mort dans nos bras. Je t’ai enterré, et ta maman n’aura jamais su où tu étais tombé. Je pense à vous tous, qui avez sombré, dans les affres de la mort, dont le sang et la chair ont pourri sans sépulture. Nous découvrions d’une opération à l’autre, «  vos ossements desséchés », comme dans le livre du prophète Ezéchiel au chapitre 37.  Je vous entends dire encore aujourd’hui : « nos os sont desséchés, notre espérance est détruite, c’en est fait de nous » (v.12), alors que nous allons prendre le chemin de Tibhirine. Et nous n’avons même pas retrouvé tous vos ossements, moines de Tibhirine. Dans vos cercueils,  il n’y a que vos têtes. C’est alors que Yahwé-Dieu nous dit, à vous et à nous, car nous sommes nous aussi des gens qui sont tombés : «  Voici que j’ouvre vos tombeaux. De l’endroit où vous êtes tombés, je vais vous faire remonter…Et je mettrai mon esprit  en vous, et vous vivrez. » (Ez. 37 11- 14. )

 

Nous avons l’impression que tout a été arraché de cet arbre de vie. Pas facile de dire que « quand il est venu chez lui, il y en a quelques uns qui l’ont reconnu, là ou notre humanité est cassée, fracturée, abîmée. » (Jo 1 12 - Lc 24)

 

Petit reste !  vous êtes là, c’est vous aussi qui nous accompagnez ! C’est vous tous qui êtes notre escorte, infinie petite église d’Algérie. Merci à vous Hélène et Jean Marie Muller qui nous avez mis en lien, avec vos cousins, Anne et Hubert Ploquin. Vous avez été hôtes d’accueil, au monastère de Tibhirine, durant les années 2012, 2013. C’est grâce à vous que nous frappons à la porte de cette infime petite église d’Algérie et que nous entendons : «  Entrez ! » Emportés par vous, vous êtes aussi notre escorte.

 

Je vous vois dans l’escorte, des personnes qui nous accompagnent, vous aussi Bernadette et Jean  Coulet, qui m’avez offert le livre : «  Le jardinier de Tibhirine ». Et vous faites partie de l’équipée, des amis qui nous avez offert les ânes, il y a 33 ans : Andrée et Michel, Danielle et Alain, Michou et Jean, et vos enfants à tous . Grâce vous, nous avons pris goût à marcher aux pas de l’âne et ainsi, retrouvé le pas de l’homme que nous avons perdu. Tout cela fait partie intégrante de la culture de la non violence.  C’est pour en chercher les graines que nous nous sommes mis en route, afin d’entrer dans le jardin de Tibhirine et les y ramasser… Vous nous escortez, Bernard, Jean, Alphonse, et vous membres des familles de Jean-Claude et de Jean-Marie, du Lot et Garonne, du Gers, des Ardennes et du Jura, qui auriez tant voulu, que nous ne partions pas, à la guerre… Vous êtes aussi de notre escorte, Gaby Maire, Alice Domon, et Léonie Duquet. Votre sang a coulé sur une autre terre, celle d’Amérique Latine, pour que la paix vienne par la justice. Cette terre est aussi la Terre des Hommes.

 

Quelqu’un a merveilleusement écrit ta présence Gaby, dans cette escorte, pour Tibhirine. C’est ta sœur Marie Thérèse, qui dans les échos de Vitoria dit : « Qu’il y a un parallèle entre la vie des moines et la tienne. Comme à eux, la vraie question qui s’est posée à toi, c’est : doit-on partir ? doit-on rester au risque de notre vie ? Comme eux, tu es resté, en disant je préfère une mort qui mène à la vie, qu’une vie qui mène à la mort»  

 

Toi aussi Gaby, tu as tellement été bouleversé, par la guerre d’Algérie, où tu étais venu soldat, à Colomb-Béchar avec Gérard Mouquod et tant d’autres... 

 

Par luluencampvolant - Publié dans : Lettres de Lulu
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  • : Lucien Converset, dit Lulu est prêtre. A 75 ans, il prend la route le 25 mars 2012 avec son âne Isidore avec le projet d'arriver à Bethléem. Il marche pour la paix et le désarmement nucléaire de la France. Merci à lui !
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