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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 16:00

Suite des notes prises par Lulu à Midelt, ramassées, méditées et partagées par Lulu...

Cette lettre inspirée des échanges entre Lulu et frère Jean-Pierre Schumacher est dans le dossier à publier depuis février 2016... Il n'est jamais trop tard pour partager des graines d'humanité. La voici !

Pour voir l'ensemble des articles relatifs à la visite de Lulu aux moines de Midelt (résurgence de Tibhirine) Cliquez sur le tag : Midelt.

Jeudi 10 septembre 2015

 

Nous continuons Jean-Pierre Schumacher et moi à nous raconter pourquoi nous sommes si attachés à l'Algérie.

Jean-Pierre : « Tu m'as raconté hier que tu avais été séminariste soldat pendant la guerre d'Algérie, et que tu avais crapahuté avec les camarades de ton régiment dans les djebels du massif de l'Ouarsenis, pas très loin de Tibhirine où l'un de tes grands amis avait été tué »

Lucien : « Au cours de ces opérations et à ce moment-là, on ne parlait pas de Tibhirine. Je n'en connaissais pas l'existence … Tu m'as parlé hier d'Alphonse Georger qui a écrit un livre : « Journal d'un séminariste en Algérie »1960-1962 Editions Cana.

Jean-Pierre : « Je t'ai apporté le livre, le voici. »

Lucien : « Comme ça me touche que tu me le confies ainsi. »

Jean-Pierre : « Cet homme m'a beaucoup marqué par l'accueil qu'il a offert à Amédée et à moi dans la maison des Glycines au lendemain du rapt de nos 7 compagnons. Alphonse est devenu évêque d'Oran après la mort de Pierre Claverie. Pendant la guerre d'Algérie, Alphonse est devenu objecteur de conscience. Maintenant, il est évêque ermite. Il nous avait accueillis aux Glycines, bibliothèque de l'évêché pour les étudiants musulmans. Amédée et moi nous étions en ce lieu comme dans un monastère. Cet accueil a duré pendant les deux mois d'avril et mai 1996, pendant que nous cherchions ce que devenaient nos 7 compagnons. Nous espérions tant, avec beaucoup de gens à travers le monde, que les moines seraient libérés par une intervention de l'état algérien ou de l'état français ou encore de l’Église.

Lucien : « Je suis très touché Jean-Pierre d'être près de toi et de t'entendre me raconter tout cela... »

Jean-Pierre : « On a vécu tellement de choses … »

Lucien : «  C'est en Algérie, en pleine opération, que je suis devenu objecteur de conscience... »

Jean-Pierre : « Alphonse Georger m'a raconté comment il est devenu objecteur de conscience lui aussi … Il avait les officiers sur le dos, car ceux-ci sentaient bien de quel bord était Alphonse... Tu vas découvrir tout cela en lisant ce livre … Une fois qu'il est devenu prêtre ici en Algérie, le cardinal Duval l'a envoyé faire du droit. C'est après cela qu'Alphonse est devenu évêque d'Oran. »

Lucien : « Tu as donc connu le cardinal Duval ? »

Jean-Pierre : « Oui, il venait à Tibhirine chaque année pour la fête du 15 août »

Lucien : « Il tenait beaucoup à vous, membres du monastère de Tibhirine ! »

Jean-Pierre : « Il nous avait dit un jour « Vous resterez ici » ad vitam aeternam » il y a eu un moment où on devait partir dans les 15 jours. L'ordre nous avait été donné, c'était sous Boumédienne en 1976. C'était une question de jalousie entre deux hommes pour la détention du pouvoir. Il y avait un malentendu entre Boumédienne, président de la république algérienne, et Ben Cherif qui était alors responsable de la police nationale. Ben Cherif voulait que 4 lieux soient évacués de la présence d'étrangers :

  • Notre Dame d'Afrique à Alger
  • La maison saint Augustin à Anaba
  • Une maison dont je ne sais plus le nom à Santa Cruz
  • et nous, le monastère de Tibhirine.

On devait s'apprêter à partir dans 15 jours. Notre prieur est allé au cabinet de la sous-préfecture. Ils répondaient qu'ils ne pouvaient pas l'empêcher. On a téléphoné au cardinal Duval qui nous a dit : « Préparez tout comme si vous deviez partir, mais ne bougez pas. » Alors, on faisait les cartons. Des policiers passaient voir ce que nous faisions, afin de se rendre compte si on se préparait. On a su que le cardinal Duval était allé voir Boumédienne qui lui avait dit : « Je ne suis pas seul chef ici, allez voir Ben Cherif. » Il est allé voir Ben Cherif, il a été reçu avec les honneurs militaires. Ben Cherif a fait publier la venue du cardinal dans le journal El Moujahid, et les menaces d'expulsions ont été terminées.

Lucien : «  C'est formidable Jean-Pierre ce que tu as vécu avec tes frères de Notre Dame de l'Atlas à Tibhirine. Je suis très touché par l'histoire qui est reprise et racontée dans le film « Des hommes et des dieux », par les mots qui sortent de la bouche de cet homme disant à frère Christophe : «  Ne dites pas que vous êtes comme des oiseaux sur la branche, car la branche c'est vous, et les oiseaux c'est nous. Si vous partez, où est ce que nous allons pouvoir nous poser ? »

Jean-Pierre : « Nous avons eu des pressions de l'état algérien pour partir, ainsi que de l'ambassade de France en Algérie. Nous avons dit que nous ne partirions que si nos voisins nous le demandaient, parce qu'alors nous serions devenus dangereux pour eux par notre présence, parce que notre présence aurait pu provoquer leur massacre. Si les gens nous avaient dit ça, on serait partis. Nous entendions les confidences de parents : Si notre jeune part dans l'armée algérienne comme il y est appelé, notre famille est menacée par le GIA (Groupe Islamique Armé) Si notre jeune part au maquis, c'est l'armée algérienne qui menace notre famille, considérée comme alliée avec le GIA.

 

Objecteurs de conscience

Lucien : « Ce que tu me racontes Jean-Pierre me bouleverse, car j'ai été témoin du même drame durant mon séjour en Algérie durant les années 1959-1960. Ahmed, fils de Mohamed était engagé dans l'armée française dans la région de Constantine. Il combattait dans un régiment français contre les idées de son père qui était pour l'indépendance de l'Algérie. J'écrivais à Ahmed sous la dictée de son père, lequel père comptait plus ou moins sur notre présence de soldats de l'armée française, par rapport aux incursions possibles des membres du maquis de l'Ouarsenis. »

Jean-Pierre : «  On a connu ça dans les années 1990-1996, le pays était divisé. Vous aussi, objecteurs de conscience vous avez été dans cette situation. Le cardinal Duval lui aussi était dans cette situation. Le clergé d'Algérie était divisé. Le cardinal voulait l'indépendance. Une partie de ses prêtres s'y opposaient … C'est dans ce contexte que les frères de Tibhirine ont été enlevés. Ils étaient gênants pour l'armée. Le gouvernement algérien et l'armée savaient que frère Luc soignait des blessés du GIA … Frère Luc soignait toute personne qui était blessée d'où qu'elle vienne. Après l'incursion de l'armée avant Noël 1993 qui nous intimait de partir, frère Christian, tous les frères de la communauté et moi même nous avons dit NON. L'armée et la préfecture voulaient nous mettre dans un hôtel à Médéa, nous avons dit NON. Nous n'aurions plus eu de raisons d'être là dans ces conditions. Ils voulaient nous imposer une protection militaire, nous avons dit NON. Un soir, des militaires se sont installés dans la pièce à côté de l'entrée. Ils portaient leurs armes sur eux. Christian leur a dit : « Vous ne pouvez pas entrer avec des armes dans le monastère... » Ces soldats nous disaient en parlant des membres du GIA : « Comment vous pouvez soigner ces brutes-là ? »

Ce que je te raconte là ressemble beaucoup à ce que tu as vécu quand tu étais soldat dans l'Ouarsenis, tout près de Tibhirine.

Lucien : « C'est toi Jean-Pierre qui traces des ressemblances entre l'objection à la violence et aux armes que vous avez vécu et réalisé à Tibhirine, et la manière dont mes camarades et moi nous avons cherché à devenir objecteurs en face des violences dans lesquelles nous nous trouvions à tous moments... »

Jean-Pierre : « Tu verras quand tu liras le livre d'Alphonse Georger que je te donne … Comme ça ressemble à ce que nous sommes en train de nous raconter … »

Il est 10 heures et demi. Omar est venu frapper à la porte de la salle adjacente à la chapelle où nous sommes en train de causer Jean-Pierre et moi. Il dit : « Venez, on va boire le thé que Baha nous a préparé. »

 

21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 10:42
Lettre aux enfants
Lettre aux enfants

DAMPIERRE, le 17 juin 2016

 

Chers enfants des écoles de Dampierre (où j'ai appris à lire et à écrire) de Ranchot et de plein d'autres endroits, avec qui nous avons fait du jus de pommes tout en nous promenant au pas des ânes.

 

Grâce à ce que vous avez dessiné et écrit et que vous m'avez fait parvenir, vous nous aidez à enlever la tristesse de nos cœurs, du fait que nos maisons sont détruites, brûlées et toute remplies d'eau.

J'ai lu les nombreux messages de vous tous.

J'ai épelé vos prénoms à chacun et je fais voir vos dessins à beaucoup de gens qui viennent nous rendre visite.

Vous me proposez de m'accueillir avec mon âne dans votre maison, vous m'offrez un lit et un oreiller et vous trouvez de la paille et du foin pour l’âne. Vous nous aidez ainsi à nous reconstruire dès aujourd'hui dans une nouvelle maison d'habitation.

Grâce à ma famille, à nos voisins, aux gens de Dampierre, de Ranchot et de Fraisans et de beaucoup d'autres endroits, la solidarité de vous tous a joué.

J'ai retrouvé un logement à Dampierre, sur la place de la liberté à côté de l'église.

Mon neveu Benjamin et nos voisins dont les maisons ont été détruites, ont retrouvé eux aussi une habitation. Vous nous aidez aussi à rebâtir notre habitation intérieure, grâce à tout ce mouvement de solidarité. Vous me permettez de reconstruire la maison de mon cœur, là où je vous porte et où vous demeurez vous tous, les amis qui m'êtes si précieux et si chers. Qu'est-ce que c'est beau quand vous faites ce que vous dites !

Je vous le dis en union avec vos chers parents, vos grands-parents, vos maîtres et vos maîtresses d'école.

Je raconterai aussi à nos ânes ce que vous avez voulu faire pour eux. Dans votre sillage, eux aussi, les ânes ont retrouvé un logement chez des amis : une belle cabane avec du foin et de la paille, des brosses et des caresses, entourés d'un pré d'herbe fraîche. Quand je leur lirai vos lettres et que je leur montrerai vos dessins, ils vont faire beaucoup de Hi Han à votre adresse, pour vous remercier d'avoir pensé à eux comme vous l'avez fait.

En reprenant tous nos chemins d'humanité, interpellés par vous, chers enfants, nous essaierons avec vous, de ne laisser personne tomber sur le bord de nos routes, dans nos rues, dans nos cours de récréation et dans nos jeux.

Que toute maison soit respectée, partout à travers le monde.

Qu'à tous les enfants, obligés avec leurs parents de se sauver de chez eux à cause de la guerre, soit donnée une habitation dans nos pays.

Qu'ils trouvent une place dans une école, celle-là à laquelle ils aspirent.

Qu'il n'y ait plus de maisons qui brûlent et qui s'écroulent, par la violence des armes et de la haine.

Et que, dans le concert des peuples, tous les enfants puissent aller à la rencontre les uns des autres, marcher, danser, jouer et chanter : «  Qu'est-ce qu'on est bien sur un dos d'âne »

Je vous embrasse de tout cœur d'ami reconnaissant.

Lulu

 

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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 13:37

La vie reprend... Lulu est dans son nouveau chez lui... 

Voici une lettre qu'il a écrite le 20 mai. Merci à Appoline pour les photos.

Chanteau dans le Loiret, le 20 mai 2016

 

COMME UNE TAPISSERIE DE LURCAT

 

Après la célébration dans l'église du village de la vie et de la mort de Jean-Paul, après l'appel adressé à ses enfants et petits-enfants, ainsi qu'à nous tous à continuer ce qu'il a commencé, nous venons à la maison familiale vivre un moment de partage, d'une profonde fraternité.

 

Ce qui me marque intensément, c'est la présence de tous ces gens du village de Chilleurs-aux-bois, de tous les membres de la famille de Jean-Paul et Jeannine, et aussi de la famille de Michèle ... des collègues de travail d'Esther et d'Arnaud, venus de Charix dans l'Ain. Je suis heureux de retrouver Jean-Baptiste, professeur et artisan et de parler avec lui sur "l'élévation" dans  laquelle nous sommes interpelés par la médiation des escaliers qu'il fabrique.

 

D'autant plus que nous assistons à la rupture de tant de réalités structurantes de notre humanité, qui nous font nous casser la figure les uns aux autres et dégringoler dans des situations enfermantes.

 

Et nous voilà partis avec ma nièce Esther et Apolline sa filleule âgée de 17 ans, en direction de Chanteau, village distant de 20km, chez Jean-Marie et Hélène Muller ... En arrivant dans la cour, la joie de nous retrouver est grande pour Jean-Marie et moi, tant nous nous sentons en profonde communion dans la recherche de cette voix de la non-violence. Elle est, pensons-nous humblement, la seule possibilité donnée à notre humanité, de trouver une issue, une porte de sortie, la porte de sortie de notre enfer-me-ment, afin de trouver le centre vital qui va nous permettre de nous libérer.

 

Je présente à Jean-Marie ma nièce Esther et sa filleule Apolline. Jean-Marie sait, par un appel téléphonique que je lui ai adressé, que nous arrivons de l'enterrement  de Jean-Paul. Esther et Apolline savaient, durant notre court trajet, qu'elles m'emmenaient chez Jean-Marie Muller. Durant nos rencontres familiales ou à l'occasion de campements dans les plateaux du Jura, Esther m'avait souvent entendu parler de Jean-Marie et de la non-violence. Mais qui est Jean-Marie aux yeux d'Apolline ? Un de mes amis, dont la relation m'est précieuse. Mais Apolline ne se doute pas de tout ce que cette relation a comme conséquences dans ma vie. Il y a ce qu'a écrit Jean-Marie, il y a ce qu'on dit à propos de Jean-Marie et il y a ce dont on voudrait que nos mots explicatifs soient porteurs. J'ai balbutié dans la voiture quelques mots à Esther et à Apolline, afin de traduire la place que Jean-Marie tient dans mon cœur et dans ma vie depuis 1969 ... date du procès d'Orléans. J'avais appris l'existence de ce procès par Christiane Meyer, venue nous voir à la cure Notre Dame de Dole, où j'étais jeune vicaire depuis 3 ans. Nous formions là une équipe de prêtres avec Noel Girardet, Maurice Roux, Michel Damnon, Maurice Petit, Maurice Vandel ... Nous avions comme curé notre ancien supérieur du petit séminaire de Vaux: François Chaignat. Christiane était venue nous dire : " Je suis cousine de Jean-Marie Muller ... qui avec les prêtres Desbois et Perrin, sont en train de renvoyer leurs livrets militaires ... Ils veulent obtenir le statut d'objecteurs de conscience ... ce qui leur est refusé, parce qu'ils ont fait leur service militaire. Un procès leur est donc fait. L'évêque d'Orléans Guy Riobé les soutient. Est-ce que vous voulez vous solidariser dans ce soutien en signant cette pétition. Nono et moi nous avions signé, ainsi que Gaby Maire, Pierre Demoulière, (que je retrouverai au Brésil sur les pas de Gaby en 1999)

 

Quarante-six ans après, qu'est-ce que je suis heureux, d'avoir signé cette pétition !

Oui, il y a ce que l'on dit d'un ami écrivain quand on le présente à d'autres de nos amis, on voudrait tellement que les amis en question se mettent un jour à se nourrir de ce qu'écrit cette personne, et de sa pensée si nécessaire à notre humanité, de son dynamisme, de sa force de conviction. Il y a les mots pour dire tout cela, mais en même temps il y a la quête de signes autres que nos mots, afin de corroborer ce que l'on balbutie. On voudrait tellement convaincre en même temps que respecter.

 

Je me trouvais dans cette situation, lorsque Jean-Marie nous disait d'entrer et qu'ensemble, nous franchissions le seuil de la maison, avec ma nièce Esther et sa filleule Apolline. Je sais qu'elles ne vont pas pouvoir rester longtemps ... Elles vont devoir repartir rejoindre la famille à Chilleurs aux Bois.

 

C'est alors qu'il me vient l'idée de demander à Jean-Marie, s'il veut bien offrir à Apolline et à Esther, ce cadeau qu'il m'a fait il y a deux ans, quand j'étais venu les voir, lui et sa famille, à mon retour de Palestine-Israël ... Mon voyage avait consisté à marcher de Dampierre à Bethléem pour faire avancer la paix en nous démunissant en France de nos armes nucléaires de manière unilatérale ... J'étais venu chez Jean-Marie et Hélène pour leur signifier ma reconnaissance profonde pour la manière dont ils m'avaient alimenté tout au long de cette marche ... et aussi pour tout ce que j'avais pu boire, grâce à eux, à la source de la non-violence ... particulièrement pour tout ce qui m'était parvenu par les livres que Jean-Marie a écrit sur la non-violence et sa stratégie.

 

Et il y a un endroit dans la maison de Jean-Marie et Hélène, et c'est dans le grenier sous le toit, où sont étagés et sertis, comme des filaments, incrustés dans une merveilleuse tapisserie aux nombreux fils d'or, les livres que Jean-Marie a écrits. Ils sont au cœur d'étagères qui n'en finissent pas d'aller rejoindre les murs de chaque côté qui font tenir la maison. Mais peut-être que ce sont les livres qui font tenir les murs de la maison, tellement ils sont porteurs d'une pensée si nécessaire et vitale à notre humanité, je pense à la prestigieuse tapisserie de Lurçat, nous appelant à barrer la route au péril nucléaire.

 

Je demande à Jean-Marie : " Tu voudrais bien montrer ta bibliothèque à nos amies Esther et Apolline" - " Bien volontiers ..." Et nous voilà, grimpant par les escaliers de bois que nous entendons s'émouvoir de notre arrivée, par les bruissements qu'ils émettent ... Ils nous préparent à l'émerveillement qui ne tarde pas à jaillir de l'écarquillement des yeux et des balbutiements de la bouche d'Apolline et d'Esther, et aussi de mon être tout entier, au moment où nous entrons de plein pied dans le grenier. Je devine que cela serait un signe profond de notre reconnaissance, adressé à Jean-Marie, pour le travail de penseur qu'il réalise en cet endroit-laboratoire depuis plus de 40 ans. 

 

Photos prises par Appoline
Photos prises par Appoline
Photos prises par Appoline

Photos prises par Appoline

C'est là qu'est venue aboutir la réalisation de son 1er livre : " L'Evangile de la non-violence", qui va marquer tant de gens à travers la France tout d'abord, et puis le monde entier au fur et à mesure qu'il en fera le tour, grâce aux traductions qui s'en réaliseront. Je suis heureux de voir Jean-Marie, mettre la main dessus ce livre dans l'immédiat que j'en prononce le titre.

 

Je dis à Apolline : " Le plus tôt que je pourrai Apolline, je me débrouillerai pour t'en procurer un exemplaire, car hélas, il n'est plus édité. Je demanderai à Maggy de nous le trouver par Internet" Je trouve très beau aussi le moment, où dans la continuation de  notre contemplation commune, Jean-Marie empoigne le livre : " Désarmer les dieux" et qu'il nous dit avec une joie profonde et sûrement avec plus qu'un brin de fierté: "En voici la traduction en Arabe." Je pense en moi-même: C'est tellement important quand on a 17 ans comme toi, Apolline et que l'on est à la recherche du Dieu qui soit source d'Amour et non pas affublé de puissance destructrice et annihilante de ceux que l'on fait passer pour être nos irréductibles ennemis."

 

Esther est la marraine d'Apolline. Pendant que sa filleule se déplace d'un bout à l'autre des étagères afin de prendre des photos de quelques-uns des très nombreux livres qui ont été travaillés, compulsés par Jean-Marie, afin d'en produire les siens, Esther demande discrètement à Jean-Marie : " Quel est le 1er livre écrit par vous, que je pourrai offrir à ma filleule ?" Il lui répond" Le dictionnaire de la non-violence" Au moment où Apolline revient vers nous, je suis heureux de lui présenter le livre que Jean-Marie a écrit sur les moines de Tibhirine. Grâce à la couleur bleue de la couverture, je l'ai repéré sur l'étagère centrale de la bibliothèque. Avec beaucoup d'émotion, je dis à Apolline et Esther, que Jean-Marie l'a dédicacé à la mémoire de Gabriel Maire, prêtre français, assassiné le 23 décembre 1989 à Vitoria au Brésil. Gaby Maire est l'ami avec qui j'ai fait tout mon petit et grand séminaire dans le Jura. Comme les moines de Tibhirine, sa vie ne lui a pas été dérobée. Il l'avait donnée et offerte à la ressemblance de Jésus.

 

Je demande à Jean-Marie de nous épeler les noms des personnes dont il a écrit la vie et qui ont été les témoins artisans de la non-violence qui seule peut faire tenir le monde. Nous entendons les noms prestigieux et humbles en même temps, de Gandhi, de César Chavez, de Martin Luther-King, de Simone Weil, de Guy Riobé, de Jacques Gaillot, des moines de Tibhirine, de Pierre Claverie et de son chauffeur Mohamed, de Gaby Maire, des religieuses Léonie Duquet et Alice Domon ... et de beaucoup d'autres qui se sont nourris et alimentés dans le sermon sur la montagne de Jésus, dont Gandhi disait aux chrétiens que nous essayons d'être: " Vous avez dans l'évangile de Matthieu la mine qui contient les trésors capables de structurer notre humanité ... Il est urgent d'aller y creuser et y puiser... "

11 juin 2016 6 11 /06 /juin /2016 13:34

Vendredi matin, dans une école proche de Dampierre, les enfants ont exprimé leur peine face à cet incendie qui a dévasté 3 maisons du village voisin, dont celle de Lulu. 

Les uns et les autres racontaient ce qu'ils ont vécu avec Lulu : événements familiaux, marches aux pas des ânes, fabrication du jus de pommes, les attentions de Lulu pour chacun...

Leur institutrice leur a dit : "Lulu a perdu beaucoup de souvenirs dans cet incendie, et si vous lui racontiez ces souvenirs que vous avez vécu avec lui ?" Les enfants se sont alors bien appliqués.

Dès le soir, Lulu a ouvert une grosse enveloppe pleine des trésors d'humanité, il a été très touché de lire chacune des lettres illustrées de beaux dessins !

​"C'est important ! Il faut continuer ce que nous faisons avec les enfants !" a-t-il dit très ému.

 

Un bel exemple que nous pourrions suivre ! Réécrire pour lui ces moment forts que nous avons vécus avec lui, et lui exprimer ce que ces événements ont construit dans le fond de nos êtres...

Lulu découvre les messages des enfants...

Lulu découvre les messages des enfants...

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10 juin 2016 5 10 /06 /juin /2016 22:48
Chaîne de solidarité à Dampierre
Chaîne de solidarité à Dampierre

Consultez la page dans le menu pour suivre les aides qui peuvent être apportées aux sinistrés.

"Sinistrés de Dampierre"

Elle sera mise à jour.

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10 juin 2016 5 10 /06 /juin /2016 11:37

Merci à vous tous qui avez laissé des messages de soutien à Lulu par le blog, par FB, mails, téléphone... 

La solidarité s'organise déjà et va s'organiser... il y a l'urgent, et la reconstruction des lieux et des êtres. 

3 appartements ont été sinistrés : les maisons de son neveu et de la famille voisine (une maman et 2 grands enfants) sont totalement détruites.

Nous sommes nombreux à vouloir remercier Lulu pour son accompagnement dans nos joies et nos souffrances... Nous voudrions lui manifester à notre tour, notre gratitude et notre soutien. Nous ne pourrons pas le faire sans associer les autres personnes touchées par ce sinistre.

Pour le moment, nous vous demandons de ne pas trop téléphoner. Le temps est précieux pour organiser l'urgent, et surtout reloger ces personnes.

Le blog vous donnera les infos utiles.

Ecrivez-lui, écrivez-leur, ou laissez des messages sur ce blog ou FB. Tout lui ou leur sera transmis.

Lulu sent bien combien il est soutenu par tous et chacun. Ses voisins seront heureux de ressentir ce même soutien.

Nous ferons appel à vous pour des aides matérielles ou d'objets... 

Une page "Sinistrés de Dampierre" est réservée à ces appels... et sera mise à jour...

Merci encore !

 

Merci !
Merci !
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9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 21:02

Ce soir, le téléphone sonne, et les mails circulent… Rosaline est aux premières loges pour nous donner des nouvelles…

 

Encore un terrible coup dur pour Lulu Converset !

 

Un incendie a dévasté l’ensemble de maisons où habite Lulu, le feu a pris dans la maison voisine et s’est propagé de chaque côté. 

Et nous pensons à Lulu et ce qui lui tient à cœur : ses souvenirs, les meubles de ses parents, ses papiers, ses cahiers, tout ce qu’il écrit depuis l’Algérie…

 

Dans ce malheur, Lulu relativise…  " Tu sais, personne n'est blessé ! Je pense à tous ces gens en Syrie et ailleurs à qui on bombarde la maison "

Il avait de la peine aussi pour une maman hirondelle qui avait fait son nid dans la chambre du fond.

 

Aux dernières nouvelles, Rosaline nous annonce qu’elle a pu entrer dans la partie habitée par Lulu avec un pompier… « Si toute la partie atelier est détruite, il y a une bonne nouvelle, sa cuisine, l’escalier n’ont pas été touchés. La chambre de Lulu est intacte : il y a pas mal de livres sur les étagères. Par contre dans la chambre du fond tout est perdu et nage dans l'eau. »

Il est très très courageux devant cette épreuve.

 

Les pompiers seront là toute la nuit car ça fume encore. Après, il y aura une enquête avant de pouvoir reconstruire…

 

Nous pensons très fort à Lulu, mais aussi à son neveu, et à la famille qui se retrouvent sans toit.

Photos prises par Rosaline
Photos prises par Rosaline
Photos prises par Rosaline
Photos prises par Rosaline

Photos prises par Rosaline

article du Progrès du 10/06/2016

article du Progrès du 10/06/2016

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4 juin 2016 6 04 /06 /juin /2016 12:22

Dampierre le lundi 23 mai 2016

 

" ET CA POURRAIT ETRE AUJOURD'HUI "

 (Dans le testament de Christian de Chergé)

 

Il y a 20 ans des femmes et des hommes de bonne volonté étaient bouleversés de par le monde entier, par l'annonce de la mort des moines de Tibhirine.

Samedi soir 21 mai, avant-hier, nous sommes allés avec Antoinette durant les complies chantées par les moines de l'abbaye d'Acey, ramasser nos êtres bien bouleversés eux aussi … Nous nous aidons à ce que, la petite fille Espérance de la non-violence, ne disparaisse pas de nos horizons. Car demain, des élections présidentielles en Autriche, risquent de provoquer des avalanches politiques alarmantes dans toute l'Europe …

 

Et puis ce dimanche 22 mai, Maggy et Bernard m'invitent à venir regarder chez eux le film «  Des hommes et des Dieux ».

 

"Et ça pourrait être aujourd'hui" C. de Chergé

Il passe à la télévision. Je l'ai déjà vu plusieurs fois. C'est avec une émotion toujours aussi profonde que je vais le revoir. Afin de m'y préparer, comme beaucoup d'amis, je relis le testament de Christian de Chergé écrit à Alger-Tibhirine entre le 1er décembre 1993 et le 1er janvier 1994. «  S'il m'arrivait un jour, et ça pourrait être aujourd'hui, d'être victime du terrorisme ... »

 

Et voilà que lundi matin 23 mai, très tôt le matin, je me prépare à rejoindre Claudine une amie habitant tout près de Dole … Elle craint, avec juste raison, qu'il lui tombe dessus un jugement, comme quoi elle devrait quitter sa maison pour aller loger en ville … «  Vous aurez tout, en ville » lui a t-on dit. Claudine a répondu : “ Je ne veux pas quitter ma maison qui a été faite des mains de mon mari ...” Elle m'avait alors demandé : “  Voulez-vous m'accompagner auprès du juge, pour que je puisse lui exprimer ma volonté et ma capacité de me maintenir à domicile …”

J'étais sur le chemin de la gare en direction de Ranchot pour me rendre chez Claudine, lorsque je suis rattrapé par la voiture d'Alain. Il me ramène à la maison à Dampierre où nous buvons le café et déjeunons avec des tartines de pain grillé au feu de bois et de la tomme de Savoie offerte par Antoinette... C'est Alain qui m'emmènera en voiture jusqu'auprès de Claudine.

 

Tout en déjeunant, Alain me partage son état d'âme en ce moment, alors qu'il a vu hier soir avec sa femme Véronique le film «  Des Hommes et des Dieux”

Alain : «  Ces moines qui avaient l'Esprit … Ils étaient des gens de paix … Ils vivaient là-bas pour l'amour des gens … pour les aider … ils avaient un esprit combattant …”

Alain cherche un autre mot que combattant.

Lucien : “ Tu veux dire qu'ils luttaient contre l'injustice” 

Alain : “ Ils ne voulaient pas se plier à l'injustice. Ils avaient des convictions. Ils suivaient les paroles de Dieu. C'était même pas des moines, c'était des frères solidaires, les uns les autres, et envers les gens qui venaient les solliciter … Et comme ils étaient proches des gens, ils donnaient leur cœur, leur sang … en quelque sorte, ils ont été sacrifiés pour une cause, mais quelle cause ? Après le film, quand j'ai été au lit, j'ai pensé à ça … C'est quand même horrible. Surtout que c'étaient des gens de paix, ils étaient contre la violence. En étant des gens d'Eglise, en étant chrétiens, ils n'ont pas fermé leur porte aux gens des maquis, les « terroristes » …  Les gens du village de Tibhirine ont dû causer … Le gouvernement a su que les terroristes allaient se faire soigner là-bas, et c'est là que le gouvernement a monté une opération pour faire enlever les moines.

Pourquoi on a retrouvé les têtes et pas les corps ? Ils ont voulu cacher comment ils ont été tués. S'ils avaient la tête, ils avaient aussi le reste. Un jour, on saura peut-être la vérité. ”

 

Lucien : “ Je vais te prêter Alain, le livre de René Guitton : “ En quête de Vérité” aux Editions Calmann-Lévy sur la disparition des moines de Tibhirine.”

Alain : “ Des gens qui se sont sacrifiés, des gens qui ont aidé la population... des hommes de paix … les enlever comme on les a enlevés et fait disparaître à jamais, sans aucune explication, et leur couper la tête … Ils étaient une communauté, ils ont fait des réunions … Ils ont voté … En étant plusieurs esprits, ils étaient en un Esprit, sur la même ligne. Comme dit le pape François : “ On ne quitte pas le navire en pleine tempête.” Les moines de Tibhirine n'ont pas quitté le navire qui était en pleine tempête, ils sont restés jusqu'au bout. Ils étaient ensemble. Ils étaient solidaires entre eux, et avec le peuple. Ils ne se sont pas pliés à la terreur, ils sont restés droits jusqu'au bout. C'était des gens qui avaient une foi très très forte dans l'amour du Christ.”

 

 

Photos prises le 10 mars 2014
Photos prises le 10 mars 2014
Photos prises le 10 mars 2014
Photos prises le 10 mars 2014
Photos prises le 10 mars 2014
Photos prises le 10 mars 2014
Photos prises le 10 mars 2014

Photos prises le 10 mars 2014

Lucien : “ Qu'est-ce qu'il est beau ton témoignage, Alain, au sortir de ce film ! 

Alain : “ Je ressens les choses comme ça !  Même le Seigneur Jesus-Christ, n'a pas fini aussi cruellement que nos frères moines... parce que, Jésus, ils l'ont crucifié sur une croix, mais il était entier … quand tu penses à ce qu'ils ont du vivre ! Quand tu penses à leurs familles ! On leur a coupé la tête … On ne sait pas si c'est avant leur mort ou après … on ne sait pas où sont leurs corps …

C'était beau comme ils vivaient, il y en a un qui s'occupait du bois, l'autre faisait la cuisine, un autre le jardin, Luc soignait les gens … Ils recevaient les gens … Ce qu'ils faisaient, ils le faisaient pour l'humanité … Ils étaient aimés.

On peut considérer que nous aussi, on est une communauté, on est frères. J'ai pas fait le séminaire, mais depuis que je fréquente cette communauté-là, c'est comme si …

En attendant, cette histoire-là, ça te laisse songeur. L'histoire des moines de Tibhirine te fait te poser des questions. Pourquoi, pour quelles causes, pour quelles valeurs ? … Avoir assassiné des gens de paix … c'est comme si, toi, patient, tu tuais le médecin qui te soigne … Eux, ils étaient dans les vraies valeurs … Je repense au frère Albéric de l'abbaye d'Acey, je lui avais demandé un jour qu'est-ce qu'il fallait pour devenir moine.”

C'est alors que quelqu'un frappe à la porte de la cuisine, c'est notre amie Stéphanie qui arrive de la Vieille Loye. Alain lui dit : “ Tu as fait un beau geste à mon égard, quand tu m'as donné ce bel abri pour les oiseaux. Je vais le mettre dans le jardin de mes enfants”  

 
31 mai 2016 2 31 /05 /mai /2016 12:50
Lettres d'Alice DOMON

Le mercredi 1er juin 2016 à 18 heures

au Foyer Sainte Anne
16 rue d'Avanne
25320 MONTFERRAND LE CHATEAU

en présence de l’auteure.

 

39 ans après la disparition tragique d’Alice DOMON en Argentine,
Diana VIGNOLES, de nationalité argentine,
a relu les lettres envoyées par Alice à sa famille, à ses proches et amis, entre les années 1967 et 1977.

Cette période est celle de la dictature imposée par la junte militaire, entre 1973 et 1985.

Ce livre émouvant nous fait suivre l’itinéraire d’Alice, et nous interpelle par le sens de son engagement et son témoignage de vie auprès des plus pauvres, des paysans sans terre, des familles des disparus, des Mères de la place de Mai, dans la fidélité à la suite du Christ.

Avec ce livre, nous découvrons, combien ses paroles et ses actes son engagement jusqu’à la mort rejoignent l’enseignement exprimé par le Pape François dans son exhortation apostolique Evangelii Gaudium, ‘’pour une église en sortie’’, mais aussi dans sa lettre encyclique Laudato Si, ‘’pour une destination commune des biens’’


La présentation du livre sera suivie d’un débat avec l’auteure

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31 mai 2016 2 31 /05 /mai /2016 07:23

Neufchâteau, mardi 10 mai 2016, suite ...

 

En écoutant les sœurs Denise, je trouve la confirmation que Jean-Marie Lassausse est actuellement dans une situation très grave à Tibhirine en Algérie.

Denise G. : «Voilà l'article dans le journal local Vosges Matin du 7 mai dernier : Le prêtre vosgien de Tibhirine, bloqué au monastère … Les autorités algériennes lui refusent le renouvellement de ses papiers … » C'est le même article que Rosaline m'a communiqué la veille, avant notre départ sur Neufchâteau envoyé par Henryelle de Poligny et Antoinette de Saligney.

Lucien : «Le déplacement de Jean-Marie Lassausse à Milan en mars dernier serait-il un motif du blocage qu'il subit actuellement ? » Je raconte aux sœurs Denise que c'est Jean-Marie qui m'a conduit d'Alger à Tibhirine en mars 2014 avec Nelly, Bernard et Claude Chauvin. Les sœurs m'expliquent comment elles sont allées à Tibhirine en 1974. Elles y sont retournées en 1985 alors qu'Alphonse est le vicaire général de Léon-Etienne Duval archevêque d'Alger… qu'il est curé aussi de la cathédrale d'Alger…

Denise D. «Nous avions fait la petite boucle : Alger, Cherchell, Médéa, Tibhirine, Djelfa, Laghouat, Ghardaïa, Ouargla, Touggourt, Biskra, Bou Saada, Alger... »

Nous avions rencontrés à Tibhirine plusieurs des frères qui ont disparu en 1996. Lorsque mon frère Alphonse a été ordonné évêque en 1998, Jean-Pierre Shumacher est venu à Metz pour son ordination …»

Mgr Alphonse Georger photo partagée sur internet

Mgr Alphonse Georger photo partagée sur internet

Les deux sœurs Denise sont bien en train de continuer à m'aider à chercher et trouver les sentiers de la non-violence. J'évoque alors l'amitié profonde qui me relie à Jean-Marie Muller. Cela fait sourire ces deux femmes car elles connaissent très bien «L' Évangile de la non-violence » et ce que Jean-Marie n'a cessé d'écrire depuis. C'est le signe de la reconnaissance que nous buvons à la même source dans le sillage des gens engagés dans la lutte non-violente.

Je trouve confirmation dans ce que me partage Denise G. aidée par Denise D., qu'Alphonse, né à Sarreguemines en Moselle en 1936, est ordonné prêtre en 1965. Après des études à Fribourg en Suisse, à Echterbach au Luxembourg, il revient en Algérie continuer ses études à Alger-Kouba. Il choisit alors de vivre en Algérie où il sera curé de Cherchell, vicaire général de Léon Etienne Duval puis directeur du centre diocésain d'Alger … C'est là qu'il accueillit en 1996 Jean-Pierre et Amédée au lendemain du rapt des moines de Tibhirine, durant les deux mois d'éprouvantes recherches, du 27 mars au 21 mai 1996. En 1998, il devient évêque d'Oran en remplacement de Pierre Claverie, assassiné avec son chauffeur Mohamed, deux mois et demi après la disparition des frères de Tibhirine. Alphonse sera évêque d'Oran jusqu'en 2012. Il sera remplacé par Jean-Paul Vesco, qui en 2014 nous accueillera dans la maison diocésaine d'Oran, alors que j'arrivais dans cette ville avec Nelly, Bernard, et Claude Chauvin.

Oran mars 2014

Oran mars 2014

Avec beaucoup de limpidité et de clarté, nos deux amies religieuses sortent de leur mémoire de sœurs une multitude de noms et de faits de vie, personnels et collectifs, et me les partagent. Tout cela est confirmé par des documents écrits et bien rangés dans la corbeille en osier … et donc faciles à retrouver. Elles font surgir de merveilleuses photos de manifestations auxquelles elles ont participé durant leurs engagements et leurs partages de vie, ouvrières ou rurales. Parmi les personnes auxquelles elles se réfèrent, je vois la photo d'Henri Godin, d'André Depierre de la Mission de Paris qu'ils ont fondé en janvier 1944 à Lisieux avec le cardinal Suhard... Je raconte à ces deux sœurs comment Henri et André sont des francs-comtois, des gens de chez nous. Henri est né à Audeux, (25) et André, à Vadans (39) Ils ont marqué la vie de l'abbé Jean Jourdain qui lui-même au petit séminaire de Vaux sur Poligny a marqué la vie de Gaby Maire, notre ami prêtre originaire de Port Lesney, assassiné au Brésil à Vittoria, le 23 décembre 1989. Puis j’entends et je lis dans les documents qu'elles mettent sous mes yeux, les noms des Rices, d'Henri Perrin, de Jean Legendre … C'est alors que Denise G. dit «  C'est ce dernier qui est à l'origine de ma demande de passer à la vie de salariée  … Quand je suis allée voir Alphonse en Algérie, j'ai vu des hommes venir embrasser mon frère, tellement ils avaient partagé la vie ensemble »

 

Nous reparlons de sœur Martine Ortigues, venue habiter aux Rousses dans les années 1980-1990 … Je dis aux sœurs que je l'ai connue grâce au C.A.P.C.O.

( Cercle d'Approfondissement pour Prêtres en Classe Ouvrière ) … puis je l'avais retrouvée lorsqu'elle était venue en retraite dans la communauté des sœurs dominicaines d'Orchamps. Sœur Denise D. me dit alors : «  Martine faisait partie des sœurs de notre ordre qui sont allées au boulot … comme elle et avec elle, nous avons eu la chance de pouvoir nous exprimer, de pouvoir nous engager en associations et syndicats, et ainsi, nous avons fait avancer les choses dans l'Eglise et dans la société. »

 

Je repense à Sœur Madeleine d'Orchamps, quand elle s'est engagée comme institutrice de jeunes enfants, puis d'enfants et d'adolescents en difficulté à l'école Jean Bosco de Dole. Si des personnes comme Jean-Luc lisent le journal chaque jour et essayent de ne pas laisser le monde comme ils le trouvent, l'engagement de ces religieuses n'y est pas pour rien.

Nous revenons avec les sœurs Denise sur un des voyages qu'elles ont accompli en Algérie lorsqu'Alphonse était vicaire général du cardinal Duval. « Mon frère nous avait emmenées à Tibhirine, nous avions alors rencontré Christian de Chergé, le frère Luc, le frère Amédée et le frère Jean-Pierre Schumacher. Celui-ci était venu à Metz quand Alphonse a été ordonné évêque. »

En ramassant toutes ces graines d'action non-violente, nous nous redisons combien il est urgent et important de continuer à les semer et planter en nos jardins intérieurs et communaux … Nous pressentons en nous disant Au Revoir que la venue d'Alphonse à Neufchâteau au 12 rue du Moulinot, vers la fin du mois de juillet, va nous permettre d'enfin nous envisager l'un l'autre.

Déjà, nous nous reconnaissons ...

 

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  • : Lulu en camp volant
  • Lulu en camp volant
  • : Lucien Converset, dit Lulu est prêtre. A 75 ans, il est parti le 25 mars 2012 avec son âne Isidore en direction de Bethléem, où il est arrivé le 17 juin 2013. Il a marché pour la paix et le désarmement nucléaire unilatéral de la France. De retour en France, il poursuit ce combat. Merci à lui !
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