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28 avril 2020 2 28 /04 /avril /2020 08:12

Dampierre, le 25 avril 2020,

 

 

« VOUS AVEZ DE LA CHANCE D’AVOIR DES CURES COMME MARCEL, BERNARD, JOSEPH... »

 

C’est à l’automne 1956 que Marcel BLONDEAU arrive curé dans notre village de Dampierre. Marcel forme équipe avec Bernard BOISSON et ses parents Xavier et Marthe BOISSON. Pendant sept ans Marcel et Bernard font équipe avec Joseph MELCOT qui est curé à Fraisans depuis quelques années.

Nous avons déjà été beaucoup aidés dans notre découverte de la vie dans le sillage de l’évangile de Jésus, par Charles CUBY curé de Fraisans de 1947 à 1953, et Alexandre BOURGEOIS curé de Dampierre de 1947 à 1956.

 

 

ÉQUIPE DE PRÊTRES ET MOUVEMENTS D’ACTION CATHOLIQUE

 

1956 est l’année où je termine les huit années que j’ai réalisées et passées au Petit Séminaire de Vaux sur Poligny.

Je vais entrer au grand séminaire de Montciel, à Lons le Saunier, en ce même automne avec les amis : Maurice BOISSON, Claude DUCHESNEAU, Luc PERRODIN, Bernard BOUSSAUD, LOUIS BLANC, Jean LUX, Jean CRINQUAND, Maurice VERMOT, Philippe GUENELEY.

Souvent mes amis me diront ; « Tu as de la chance d’avoir comme curés : Marcel BLONDEAU et l’équipe qu’ils forment ensemble avec Bernard et Joseph »

 

Nous savions que ces prêtres aimaient les gens, suscitaient des équipes de mouvements d’Action Catholique : J.A.C., JOC (Jeunesse Agricole Chrétienne, Jeunesse Ouvrière Chrétienne) et M.F.R. (Mouvement Familial Rural) qui deviendra C.M.R. (Chrétiens en Monde Rural).

Nous savions que ces prêtres passaient beaucoup de temps à être à l’écoute des enfants et des jeunes, pas rien qu’au catéchisme, mais aussi au patronage et sur le terrain de foot. C’est le curé Joseph MELCOT qui offrira son sifflet d’arbitre au jeune Michel VAUTROT sur le stade de foot de Fraisans. Le monde entier a su un jour ce que ce gamin de Dampierre avait fait de ce sifflet d’arbitre.

Nos amis prêtres savaient travailler et faire équipe éducative avec les instituteurs, institutrices de nos villages, ainsi qu’avec les animatrices et animateurs de nos clubs culturels de théâtre et autres associations. Ils osaient aussi aller à l’encontre et à l’inverse du courant colonialiste qui empestait la France entière et nous embarquait nous jeunes qui avions 20 ans, à partir soldats pendant 28 mois afin de maintenir l’Algérie Française... Chacun à leur manière et en communauté, ces trois prêtres comme beaucoup d’autres en France et ailleurs, mettaient leurs mains dans le cambouis : « Les saints allaient en enfer » écrivait Gilbert CESBRON, des prêtres et des religieuses expérimentaient ce qu’était la condition ouvrière.

Joseph réparait des mobylettes et voitures dans le garage BIDAULT, Marcel et Bernard allaient aider aux champs ou aux écuries, enlever le fumier, traire les vaches, avaler la poussière à la batteuse... quand un paysan ou sa femme étaient malades. Marcel accompagnait à l’hôpital les personnes qui tombaient malades. Avec plusieurs de ces personnes, des liens de fraternité avaient été créés de manière très profonde. Certains de ces gens étaient « libres penseurs... communistes... »

 

Dans chacune de nos familles arrivaient parfois des drames, des disparitions. Dans ma famille nous avons vécu la disparition de ma sœur Christiane. Qui étaient là avec nos parents et les gens du village pour partir à sa recherche ? Marcel et Bernard et Joseph...

Quand quelqu’un du PC ou des libres penseurs mourait, Marcel allait à l’enterrement civil. Marcel disait : « C’est l’amitié qui m’appelle ».

A quelqu’un qui lui reprochait sa présence de curé en soutane derrière le cercueil de Léon G., dont le cortège funèbre était précédé du drapeau rouge du P.C. et de celui de la libre pensée, Marcel avait répondu : « Vous êtes amis de Léon me dites-vous ?

Pourquoi vous ne vous laisseriez pas appeler par l’amitié qui vous relie à Léon ? »

L’amitié et la fraternité s’étaient mises à beaucoup plus se faufiler entre nous tous.

Nous vivions aussi avec eux et grâce à eux, Marcel, Bernard, Joseph, de beaux moments de fête... les fêtes de la Terre... suscitées par la JAC (devenant MRJC, Mouvement Rural des Jeunes Chrétiens). Et à la cure, la belle cave voûtée était devenue salle de spectacle pour le théâtre réalisé par une équipe animatrice en liens avec le couple d’instituteurs laïcs.

 

 

UNE PLACE POUR TOUTE PERSONNE DE PASSAGE

 

Dans cette même cure il y avait une place pour toute personne de passage, qui était sans domicile et n’avait pas de quoi manger. Dans ma famille, chez nous, c’était pareil. Il y avait une place pour ces personnes à notre table. Nous étions chaque fois impressionnés par le respect de nos parents à leur égard. On écoutait un morceau de leur histoire... puis notre papa m’emmenait préparer le lit de cet homme, devenu notre hôte, dans le tas de paille, au-dessus de l’écurie des chevaux. « Étends la couverture pour ne pas que cet homme ait froid » me disait-il.

Je suis heureux d’avoir appris, grâce à mes parents, mes sœurs, mon frère et à ces prêtres, à être attentif à allier nos différences. Il y a des personnes avec qui c’est facile. Mais la vie et Dieu à travers, ne nous appellent-ils pas dans les terrains accidentés, faits de douleurs et cicatrices, dans lesquels je ne voudrais pas être, mais dans lesquels il est important que je m’approche humblement.

Quel bonheur ce fut de voir arriver cette équipe de curés dans nos villages de Dampierre, Fraisans, Evans, Salans, Courtefontaine... Ils ont aiguillé nos regards, nos manières de voir...

 

 

EN FAISANT COMME LUI, JE DEVENAIS MOI-MÊME

 

Durant les cinq ans de grand séminaire, les deux ans de la guerre d’Algérie, je vais connaître et expérimenter tout un cheminement avec Marcel, fait de découvertes et partages. Marcel était prêtre et j’étais séminariste. Nous découvrions le même Dieu en devenant ami avec Jésus. Nous apprécions la pédagogie de Jésus, sa façon de rencontrer et aimer les gens. Nous sentions que c’était dans ce sens qu’il fallait aller. Nous partagions nos découvertes. J’avais souvent envie de « faire et agir comme Marcel », mais je sentais qu’il respectait que je réalise ma propre découverte et expérience. Dans mon désir de l’imiter, je sentais que je devenais moi-même.

Il n’est pas étonnant que nous allions continuer de cheminer ensemble avec toute une grande équipe de prêtres du diocèse : Gaby MAIRE, Gil ROUX, Michel VOIRET, Michel COHENDET, Michel VANDEL, Jean-Claude BLANC, Michel DAMNON, Marc BAUDOT, Rambert FERREZ, Daniel TREUVEY, Philippe MERCIER, Raymond MERMET…. Nous retrouverons Bernard BOISSON dans l’accueil des migrants.

 

 

TU N’AS QU’À VENIR AVEC NOUS !

 

Les mouvements d’Action Catholique vont souvent être les catalyseurs de nos recherches pastorales ainsi que le service de catéchèse des personnes en difficultés.

Un jour que je me trouvais en grande difficulté et recherche, Marcel passa me voir. Presque dans l’immédiat du partage que ça n’allait pas en ce qui me concernait, Marcel me dit : « T’as qu’à venir avec nous ». C’était au printemps 1975. Marcel était curé de Foucherans avec Michel VOIRET. Et me voilà dans l’équipe avec Marcel et Michel. C’est Marcel qui avait fait ma nomination ! Gilbert notre évêque assuma l’acte nominatif avec beaucoup de respect et de délicatesse... à l’égard de Marcel et de moi-même. Nous allons vivre et rester en équipe, Marcel et moi de 1975 à 1997… 22 ans.

 

 

ANDRE SAUVAGEOT DONT NOUS AVIONS SOUVENT LA VISITE

 

Et c’est durant ce compagnonnage avec Marcel et sa maman, Madame Hélène BLONDEAU, puis Marie-Louise BICHET, sœur de Marcel que va se situer quelques-uns des moments de la vie de André SAUVAGEOT, dont nous avions souvent la visite...

Durant beaucoup d’années de sa vie André, (Dédé) n’avait pas de domicile fixe... Les cures du Jura mais aussi d’autres diocèses étaient ses lieux de refuge, ainsi que les évêchés et séminaires et les couvents ou abbayes.

Une belle amitié s’était tissée entre Dédé et le cuisinier de l’évêché : Joël, avec le diacre de la maison diocésaine : Jean et beaucoup avec l’évêque lui-même Gilbert DUCHÊNE. Aux yeux de Dédé, et ses yeux étaient d’une belle clarté et reconnaissance, l’amitié tissée avec l’évêque Gilbert était comme une consécration de toutes les autres amitiés. Marcel, sa maman, sa sœur et moi étions heureux de faire partie de ce tissage.

 

 

LA VIE DE SAINT BENOÎT LABRE... UN PSAUTIER ET UN PASSEPORT

 

Gilbert notre évêque avait offert un jour à André le livre racontant la vie de Saint Benoit LABRE. Dédé le portait dans son sac à dos. Il le lisait et consultait comme un livre de Psaumes... Avant que Dédé ne reçoive ce cadeau, peu de gens dans le département du Jura, connaissaient la vie de Saint Benoit LABRE. Quelques temps après l’offrande du cadeau, presque tout le monde dans le diocèse apprenait la bonne nouvelle, l’évangile de la vie de Saint Benoit LABRE. Dédé passait, demandait l’hospitalité. Il nous évangélisait sans que nous ne l’admettions trop. C’est pas évident quand on est prêtre de se laisser et faire évangéliser par un gars de la route.

« Les pauvres nous évangélisent » était le livre de Joseph BOUCHAUD auquel nous nous référions en ACO. De même avec le livre de Freddy KUNZ « l’ânesse de Balaam » en Amérique Latine. Le livre de la vie de Saint Benoit LABRE était devenu un peu comme un passeport dans l’esprit de Dédé et aussi dans le nôtre. C’est grâce à Dédé que j’ai connu la vie de Saint Benoit LABRE. Sûrement que Dédé m’a évangélisé et ce n’est pas toujours que je me suis laissé évangéliser par lui ainsi que par d’autres personnes dans la situation de Dédé. Or, afin de tendre à vivre l’évangile de Jésus, est-ce que la clef pour l’expérimenter, ne se trouve pas cachée dans la rencontre et la vie partagée avec les pauvres ?

 

 

PAGES DE CAHIERS RAMASSÉES SOUS LES DÉCOMBRES

 

Depuis très longtemps je me suis mis à garder des pages de cahiers où j’ai ramassé les paroles que m’ont données des personnes menant une vie éprouvée, dont l’existence est très blackboulée, remplie de bosses et de cabosses.

Souvent leurs paroles étaient vives. Elles m’ont apporté beaucoup de lumière dans la structuration de ma vie d’homme et prêtre. J’en ai beaucoup perdu dans l’incendie de notre maison familiale. Mais j’en retrouve sous les décombres. En voici justement quelques-unes venant de partages avec Dédé SAUVAGEOT. Je suis heureux de vous les offrir comme Dédé a fait avec moi.

 

 

ANDRÉ QU’EST-CE QUE SIGNIFIE VOTRE NOM SAUVAGEOT ?

 

Nous sommes à Damparis avec Marcel, sa maman Hélène et sa sœur Marie-Louise. L’accueil à la cure c’est sacré pour qui que ce soit qui passe. Nous sommes le 1er octobre 1987.

André s’est fait prendre son sac à dos, ses papiers et son argent, probablement par un autre gars de la route. Il est arrivé chez nous avec la faim au ventre. Il n’ose plus tellement circuler dans le centre de la ville de Dole depuis que Bernard s’est fait tuer il y a quelques semaines.

Nous cassons la croûte ensemble. Marie-Louise lui demande d’où il est originaire. Il nous dit : « d’Héricourt ». Elle lui dit qu’elle connaît un homme qui vend des roses et qui s’appelle comme lui « SAUVAGEOT ». Il lui dit qu’il voit bien qui c’est. Marie-Louise continue en lui demandant ce que signifie son nom « SAUVAGEOT ». Elle lui dit: « Ça veut dire Sauvage? » Je me dis en moi-même : « Comment va-t-il réagir ? » Et voici André parti à nous expliquer ce que veut dire « Sauvage ».

« Ça veut dire : rester comme on est, prendre du recul pour voir autre chose, vivre autre chose. Être sans cesse à l’écoute d’un autre monde. Je n’aime pas le capharnaüm des villes. Sauvage ça veut dire prendre un autre air. Je vais dans les villes parce que je suis obligé. Mais j’aime la campagne. Il faut continuer à créer des liens quand on a un certain âge. Pouvoir rester sans être indifférent, soi-même, tout en étant au contact de la société. Dans les siècles passés, du temps des seigneurs, les rois employaient des animaux sauvages pour envoyer des messages. Ils baguaient des oiseaux sauvages. En vérité ça veut dire qu’il n’y a aucune sauvagerie là-dedans. Eux seuls pouvaient suivre la destinée des messages. Tout animal qu’on dit « sauvage », ce n’est pas vrai.

C’est plutôt l’homme qui aurait l’instinct inconscient, plutôt que sauvage, cet homme qui détruit ces animaux, ceux qui vont à la chasse, pourquoi détruisent-ils ces animaux qui sont notre bien-être et nous aident à vivre ?

Beaucoup de saints sont restés imprégnés de ça.

 

Lulu

 

Dédé et Benoit Labre - Photo et montage Claude Chevassu

Dédé et Benoit Labre - Photo et montage Claude Chevassu

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  • : Lulu en camp volant
  • Lulu en camp volant
  • : Lucien Converset, dit Lulu est prêtre. A 75 ans, il est parti le 25 mars 2012 avec son âne Isidore en direction de Bethléem, où il est arrivé le 17 juin 2013. Il a marché pour la paix et le désarmement nucléaire unilatéral de la France. De retour en France, il poursuit ce combat. Merci à lui ! Pour vous abonner à ce blog, RDV plus bas dans cette colonne. Pour contacter l'administrateur du blog, cliquez sur contact ci-dessous.
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