Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 15:37

Samedi 28 avril 2012

Nous sommes de la même veine

Nous avons de la veine

Notre ancêtre était un araméen errant (Deut 26)

 

Devant la gare de Tuttlingen, nous venons de nous dire au revoir avec mon neveu Gaëtan. Il ne peut continue. Sa jambe gauche lui fait très mal. L’âne Isidore et moi avons repris notre chemin le long du DANUBE en direction de NENDINGEN.

Je suis rattrapé par une dame en vélo qui me demande où je vais « Mit an ihre Esel ? «  « avec votre âne ? » Je lui explique que je vais à BETHLEEM. Cela la fait sourire. Je lui demande si elle sait où il y a un paysan « ein Bauer ». Et voici qu’elle me signifie qu’elle va être médiatrice pour trouver un hébergement, quelqu’un qui va me permettre de me mettre, moi camp volant, sous la protection des personnes détentrices de la ferme ou de la maison, ce qui fait qu’elles sont sédentaires. Pour qu’un camp volant puisse se mettre sous la protection d’un sédentaire, il faut un médiateur bien souvent.

Ça me rappelle :

Léa et Marion à Chalèze le 26 mars : « on va vous conduire chez notre oncle qui a la ferme de la MALATE avec notre papa. »

G : qui me montre le chemin de remembrement pour parvenir chez la famille M. et qui revient voir si j’ai bien trouvé, le 11 avril.

Heïko : qui fait comprendre à Emile, le voisin paysans tout ce qu’il va pouvoir réaliser à notre égard dans sa ferme de LAUCHRINGEN, le samedi 21 avril.

Manfred : qui nous conduit à Alfred qui avec sourire et fraternité avec toute la famille et voisins nous accueillent dans la grange et l’âne dans la pâture à AULFINGEN LE 25 avril.

Nous arrivons aux abords de la ferme avec Betty. Grâce à tout ce que nous nous sommes racontés en allemand et en français, Betty explique ma situation à la famille BRAUN, qui d’emblée disent qu’ils veulent bien mettre l’âne dans la pâture de jour et dans le box de nuit et moi dans la paille avec mon sac de couchage.

Apprenant que je suis prêtre, ils m’expliquent que dans une heure il y a la messe au village. Leur curé est d’origine croate. Je leur dis que je vais aller à la messe et faire connaissance avec leur curé.

Me voilà parti en direction de l’église de NENDINGEN. En entrant, j’entends des femmes dire le chapelet. J’entre dans leur prière. Je me sens en communion avec tous ces gens qui en lien avec la famille BRAUN et par la médiation de Betty, sont en train de m’accueillir. Mais en même temps, je me pose deux questions.

-          Comment en disant ce que nous disons de chaque côté du Rhin dans nos églises et dans nos cœurs, en 1914 et en 1840, avons-nous pu partir en guerre et nous entre déchirer comme on l’a fait ? Nous nous disions enfants du même Père.

-          Et ma 2èmequestion : Pourquoi moi aussi je suis partir au service militaire et en guerre en Algérie le 28 septembre 1959 ? Cette mer méditerranée au lieu de la laisser nous séparer, si nous envisagions qu’elle est « mare nostrum » ?

Les femmes sont en train de finir le chapelet et leur curé vient d’arriver à la sacristie. Je viens me présenter à lui et lui demande pour célébrer la messe avec lui. Je suis dans la tenue du marcheur qui vient d’entrer dans leur village, ce qui ne va probablement pas m’aider. « Ich bin priester catholisch… ich gehe nach BETHLEEM mit ein Esel… ich wohne wärend nachte bei familie BRAUN.” Je devrais ajouter que je suis « camp volant » Les mots en allemand me viennent  assez facilement mais je me rends compte que je ne suis guère crédible aux yeux de ce curé qui se demande de quelle planète je peux bien être tombé. Il me donne par son regard l’impression que je suis mal tombé. Il me dit sèchement : « carte d’identité ! » je lui explique qu’elle est dans mes bagages à la ferme de chez BRAUN. Je lui montre l’article du journal SUDKURRIEA. Ça ne le rassure pas. Les 7 heures vont sonner le début de la messe. Le prêtre me signifie que je peux rester prier avec eux, mais en retournant dans les bancs des fidèles. Ce que je ne fais pas très volontiers. J’ai toujours du lutter pour essayer d’être fidèle dans tous les beaux sens de ce mot. Mais je suis en camp volant. Ça se voit et ça se sent. Et pour les sédentaires (que j’ai été moi aussi), ça a du mal à passer.

En descendant les marches de l’autel, je suis tenté de reprendre mon sac à dos et de « ficher le camp ». Je décide de rester.

La messe commence : « Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ». Est-ce que c’est dans l’Esprit de Jésus qu’elle vient de commencer ? Je sens comme un petit brin de remords dans les paroles et regard du prêtre. Il dit aux gens que « parmi nous il y a un prêtre français de passage qui prie avec nous. » En disant cela, il me regarde.

Il y a bien une cinquantaine de personnes dispersées dans l’église, grandes orgues, 4 enfants de chœur, des adolescentes habillées en blanc, les gens chantent… Apparemment,, je dépareille dans tout cela. Mais ce qui me fait rester (ce n’est pas facile !) c’est que j’apprends tous les jours un peu plus que « l’essentiel est invisible pour les yeux. » « C’est avec le cœur que tu nous vois ami Jésus et que tu nous apprends à nous voir les uns les autres… à nous couler dans ton regard… » Et ce qui me pousse à rester, c’est qu’il y a comme une petite espérance en moi que l’attitude de ce prêtre peut changer. Pendant l’heure que va durer la messe ?! Pourquoi pas ? Sait-on jamais ! sinon par après. Je prie en laissant fortifier mon espérance, par grâce, par ta grâce ami Jésus. Et puis, je me dis que j’ai moi aussi à changer mon regard premier sur ce prêtre. Avec ce qu’il vient de me faire et dire, j’ai beaucoup de mal à le regarder comme un frère-prêtre. Il m’a blessé. Et ma blessure est béante. J’ai du mal de prier. Mais peut-être que ma prière c’est de lutter pour ne pas ficher le camp, essayer d’entrer dans ce qui se dit et se fait, chercher à entrer dans la messe. Mais la manière liturgique, chantonnante en allemand, la lecture recto-tono du prêtre et des lecteurs, les réponses des enfants de chœur, tout cela se met en travers de ma démarche de foi-confiance. Je trouve tout cela très empêchant dans le cheminement que j’essaye de faire à son égard.

Mais peut-être qu’en travers de sa démarche de curé à mon égard, il a surgi aussi plein d’empêchements : est-ce si sûr que ce marcheur est un prêtre ? Qu’est-ce qui le prouve ? Aller à Bethléem avec un âne ? Est-ce possible ?

Un peu avant la consécration du pain et du vin, il me vient comme quelque chose qui se décoince en moi. Peut-être l’effet de l’huile qui a coulé sur notre front et nos mains d’hommes quand nous avons été consacrés prêtres. Puis avec mes mains et mes mots en français, tout fort, manifestement, depuis ma place de fidèle, je reconnais en union avec le prêtre-curé de cette petite part de l’Humanité qui m’accueille dans le village de NENDINGEN, que du pain de Dieu, il y en a pour tout le monde et pas rien que pour moi. Je pense à celles et ceux qui sont sans toit ni loi qui les protègent, sans toi ni moi, toi curé sédentaire, et moi camp volant, pour nous solidariser avec eux, qui par leur aspect premier, se font jeter parce qu’ils ne sont pas dans les normes. Leur situation est étrange, étrangère à ce que le milieu dans lequel ils arrivent voudraient qu’ils soient. Pour que les gens de cette multitude rejetés, ton sang coule ami Jésus.

J’essaye d’être en communion avec lui, homme, prêtre, curé. Et sûrement que sa manière de jeter un œil sur moi aux temps forts de la célébration, signifie qu’il y a aussi chez lui une lutte pour revenir sur l’attitude première qu’il a eue à mon égard.

E me souviens, avoir dit mentalement et intensément au moment du Notre Père (que j’ai cherché à dire en langue allemande « Vater unser » ) Je me rappelle avoir voulu et souhaité ardemment qu’il surgisse entre nous quelque chose de la fraternité, en lui et en moi, entre nous et aussi entre tous les gens qui étaient là et nous.

C’est alors qu’arrive le moment du baiser de paix. Peut-être que poussé par ton souffle ami Jésus, je me dis : il faut te déplacer, aller à ce prêtre. Peut-être est-il en recherche de changer son attitude à mon égard. Échanger la paix entre lui et moi, c’est de ma part, lui offrir la possibilité de ma signifier qu’il veut désormais me voir autrement qu’il me voyait tout à l’heure à la sacristie. Je me déplace dans de l’endroit où je suis, à côté de mon sac à dos et de mon cahier. Je vais vers lui et lui prend la main pour recevoir de lui un signe de paix et lui en donner un de ma part.

C’est alors qu’il se passe quelque chose de merveilleux. Pendant que nos mains se donnent et se joignent : il me sourit. Je lui souris. Il tient mes mains fortement et me fait monter les marches de l’autel. Il me signifie de rester auprès de lui pour communier à ton corps et à ton sang ami Jésus, à signifier que c’est bien le même sang qui coule dans nos veines, dans les miennes et dans les siennes. Nous avons de la veine. Nous sommes de la même veine.

Oh ! comme je suis heureux de vivre aussi intensément ce moment d’union si profonde avec quelqu’un qui a tout à l’heure ne pouvait pas me voir !

J’ai l’impression que des gens de l’assemblée, eux aussi sont témoins-artisans de ce qui se passe et se transforme dans l’être de leur curé à mon égard. Il est en train de se souvenir, lui curé en Allemagne, venant de Croatie que « son ancêtre à lui aussi comme à moi était un araméen errant » (Deut 26-5)

Je reviens à ma place dans les bancs des fidèles. « La messe va bientôt être dite » ?! Eh bien ! Non ! Il me fait signe à nouveau de venir près de lui, où tout à l’heure, il ne voulait pas que je vienne et là, il me tend le micro pour que je me présente davantage aux gens de l’assemblée, que je leur dise où je vais et comment.

« Ich gehe nach BETHLEEM mit ein Esel, ich wohme heute bei familie Bauer BRAUN, mein esel in box und ich in stroh… nach BETHLEEM um geburstag Jésus 25 décembre…” (Je vais à Bethléem avec un âne. Je demeure aujourd’hui chez la famille du paysan BRAUN, mon âne dans un box, et moi dans la paille. Je voudrais arriver à Bethléem pour la fête de Noël)

Combe ! Voilà que le prêtre applaudit et invite les gens à faire de même.

Nous nous disons au-revoir : « aufwiedersehn », avec un sourire radieux.

A la sortie de la messe, nous nous serrons la main avec plusieurs personnes. Deux femmes, la mère Edith et la fille Karoline me disent : « Venez manger chez nous ce soir. Geburstag oma ! C’est l’anniversaire de la grand-mère.

C’est alors que par la médiation d’une jeune fille de 16 ans, Stéphanie, voisine de cette famille, invitée avec ses parents à cette fête, sachant très bien le français, il va se passer plein de merveilles de communication entre nous tous que je raconterai un autre jour.          

Partager cet article

Repost0

commentaires

C
Bonjour et chapeau bas ! Je souhaitais savoir où tu en étais dans ton pélerinageen "camp volant" vers la terre de naissance de notre précieux ami Jésus, alors je viens de chercher ton blog que j'ai<br /> trouvé en quelques clics. Cette lettre m'a tirée quelques larmes de joie... Comment peut-on être investi d'autant de foi, d'espérance et d'amitié ? Le Seigneur t'a bien choisi ! Je vais prendre le<br /> temps de lire ton récit afin de t'accompagner dans l'esprit et la prière. Plein de tendresse pour toi, de caresses pour Isidore et d'amitié invisible. A bientôt. Céline Marteau
Répondre
F
voir mon blog(fermaton.over-blog.com)
Répondre
D
Cher Lulu, tu es extraordinaire : tu arrives à bout de toutes les réticences humaines, de toutes les méfiances, de l'agressivité, tu dégèles même un accueil glacial pour le transformer en une<br /> chaleureuse amitié, tellement rayonnante ! Quel bonheur pur tous ceux que tu croises sur ton chemin et pour nous de pouvoir lire ces témoignages tellement émouvants. Nous t'embrassons tous d'une<br /> fraternelle amitié.<br /> Danielle, Jean-Pierre, Florence, Emmanuel.
Répondre
K
Enfin de tes nouvelles Lulu, nous desesperions de ne pas recevoir de tes nouvelles, au moins nous savons où tu es et ce qui se passe sur ton chemin jusqu'à Bethléem. Bon courage en attendant de<br /> prochains écrits ....
Répondre
P
Merci Lulu pour "cette belle page de l'Evangile" écrite en directe parmi nos frères et soeurs les êtres humains. Tu as su toucher leur coeurs même quand ils avaient peur.<br /> Tu es formidable, tu as le Christ en toi.<br /> Continue ton chemin, tu vas irradier le monde entier avec l'amour que tu as en toi.<br /> Les hommes vont bien finir par aimer "Jésus" grâce à toi.<br /> Allez courage, je prie toujours pour toi et Isidore très très tôt le matin.<br /> Je t'embrasse et à bientôt de tes nouvelles.<br /> Patricia
Répondre

Présentation

  • : Lulu en camp volant
  • Lulu en camp volant
  • : Lucien Converset, dit Lulu est prêtre. A 75 ans, il est parti le 25 mars 2012 avec son âne Isidore en direction de Bethléem, où il est arrivé le 17 juin 2013. Il a marché pour la paix et le désarmement nucléaire unilatéral de la France. De retour en France, il poursuit ce combat. Merci à lui ! Pour vous abonner à ce blog, RDV plus bas dans cette colonne. Pour contacter l'administrateur du blog, cliquez sur contact ci-dessous.
  • Contact

Commentaires

Vous pouvez laisser un commentaire sous les articles. Les commentaires sont modérés avant publication. C'est-à-dire que tout commentaire injurieux, insultant publicitaire ou inadéquat n'est pas publié Merci.

Recherche

Désarmement nucléaire

Journée de jeûne pour demander le désarmement nucléaire unilatéral de la France,

tous les 1ers lundis du mois de 14h à 17h en hiver, de 16h à 18h en été, à Dampierre (39) avec un temps de partage et de réflexion animé par Lulu.

Et commémoration des bombardements d'Hiroshima et Nagasaki entre les 6 et 9 août, chaque année.

L'anti-pub

Les pubs sur les blogs ou les sites que vous consultez sont trop agressives ? Il existe un moyen de respirer à nouveau, en téléchargeant le pare-pub Adblock Plus (clic). Vous ne supprimerez pas les pubs imposées, mais vous ne les verrez plus.