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21 août 2014 4 21 /08 /août /2014 21:14

L'archevêque émérite Desmond Tutu, dans un article exclusif pour le journal Haaretz, appelle à un boycott mondial d'Israël et demande aux Israéliens et aux Palestiniens de réfléchir au delà de leurs dirigeants à une solution durable à la crise en Terre Sainte.


Publié initialement sur http://www.haaretz.com/opinion/1.610687.

Traduction par la communauté d'Avaaz 


Mon plaidoyer pour le peuple d'Israël: Libérez-vous en libérant la Palestine

Les dernières semaines, des membres de la société civile du monde entier ont lancé des actions sans précédent contre les ripostes brutales et disproportionnées d'Israël au lancement de roquettes depuis la Palestine.


Si l'on fait la somme de tous les participants aux rassemblements du week-end dernier exigeant justice en Israël et en Paslestine - à Cape Town, Washington, New-York, New Delhi, Londres, Dublin et Sydney, et dans toutes les autres villes - cela représente sans aucun doute le plus important tollé de l'opinion citoyenne jamais vu dans l'histoire de l'humanité autour d'une seule cause.

 

Il y a un quart de siècle, j'ai participé à des manifestations contre l'apartheid qui avaient rassemblé beaucoup de monde. Je n'aurais jamais imaginé que nous assisterions de nouveau à des manifestations d'une telle ampleur, mais celle de samedi dernier à Cape Town fut au moins aussi importante. Les manifestants incluaient des gens jeunes et agés, musulmans, chrétiens, juifs, hindous, bouddhistes, agnostiques, athéistes, noirs, blancs, rouges et verts... C'est ce à quoi on pourrait s'attendre de la part d'une nation vibrante, tolérante et muticulturelle.

 

J'ai demandé à la foule de chanter avec moi : "Nous sommes opposés à l'injustice de l'occupation illégale de la Palestine. Nous sommes opposés aux assassinats à Gaza. Nous sommes opposés aux humiliations infligées aux Palestiniens aux points de contrôle et aux barrages routiers. Nous sommes opposés aux violences perpétrées par toutes les parties. Mais nous ne sommes pas opposés aux Juifs."

 

Plus tôt dans la semaine, j'ai appelé à suspendre la participation d'Israël à l'Union Internationale des Architectes qui se tenait en Afrique du Sud.

 

J'ai appelé les soeurs et frères israéliens présents à la conférence à se dissocier activement, ainsi que leur profession, de la conception et de la construction d'infrastructures visant à perpétuer l'injustice, notamment à travers le mur de séparation, les terminaux de sécurité, les points de contrôle et la construction de colonies construites en territoire palestinien occupé.

"Je vous implore de ramener ce message chez vous : s'il vous plaît, inversez le cours de la violence et de la haine en vous joignant au mouvement non violent pour la justice pour tous les habitants de la région", leur ai-je dit.

 

Au cours des dernières semaines, plus de 1,7 million de personnes à travers le monde ont adhéré au mouvement en rejoignant une campagne d'Avaaz demandant aux compagnies tirant profit de l'occupation israélienne et/ou impliquées dans les mauvais traitements et la répression des Palestiniens de se retirer. La campagne vise spécifiquement le fonds de pension des Pays-Bas ABP, la Barclays Bank, le fournisseur de systèmes de sécurité G4S, les activités de transport de la firme française Véolia, la compagnie d'ordinateurs Hewlett-Packard et le fournisseur de bulldozers Caterpillar.

 

Le mois dernier, 17 gouvernements européens ont appelé leurs citoyens à ne plus entretenir de relations commerciales ni investir dans les colonies israéliennes illégales.

Récemment, on a pu voir le fond de pension néerlandais PGGM retirer des dizaines de millions d'euros des banques israéliennes, la fondation Bill et Melinda Gates désinvestir de G4S, et l'église presbytérienne américaine se défaire d'un investissement d'environ 21 millions de dollars dans les entreprises HP, Motorola Solutions et Caterpillar.

C'est un mouvement qui prend de l'ampleur.

 

La violence engendre la violence et la haine, qui à son tour ne fait qu'engendrer plus de violence et de haine.

 

Nous, Sud-Africains, connaissons la violence et la haine. Nous savons ce que cela signifie d'être les oubliés du monde, quand personne ne veut comprendre ou même écouter ce que nous exprimons. Cela fait partie de nos racines et de notre vécu.

 

Mais nous savons aussi ce que le dialogue entre nos dirigeants a permis, quand des organisations qu'on accusait de "terroristes" furent à nouveau autorisées, et que leurs meneurs, parmi lesquels Nelson Mandela, furent libérés de prison ou de l'exil.

 

Nous savons que lorsque nos dirigeants ont commencé à se parler, la logique de violence qui avait brisé notre société s'est dissipée pour ensuite disparaître. Les actes terroristes qui se produisirent après le début ces échanges - comme des attaques sur une église et un bar - furent condamnés par tous, et ceux qui en étaient à l'origine ne trouvèrent plus aucun soutien lorsque les urnes parlèrent.

 

L'euphorie qui suivit ce premier vote commun ne fut pas confinée aux seuls Sud-Africains de couleur noire. Notre solution pacifique était merveilleuse parce qu'elle nous incluait tous. Et lorsqu'ensuite, nous avons produit une constitution si tolérante, charitable et ouverte que Dieu en aurait été fier, nous nous sommes tous sentis libérés.

Bien sûr, le fait d'avoir eu des dirigeants extraordinaires nous a aidés.

Mais ce qui au final a poussé ces dirigeants à se réunir autour de la table des négociations a été la panoplie de moyens efficaces et non-violents qui avaient été mis en oeuvre pour isoler l'Afrique du Sud sur les plans économique, académique, culturel et psychologique.

A un moment charnière, le gouvernement de l'époque avait fini par réaliser que préserver l'apartheid coûtait plus qu'il ne rapportait.

L'embargo sur le commerce infligé dans les années 80 à l'Afrique du Sud par des multinationales engagées fut un facteur clé de la chute, sans effusion de sang, du régime d'apartheid. Ces entreprises avaient compris qu'en soutenant l'économie sud-africaine, elles contribuaient au maintien d'un statu quo injuste.

 

Ceux qui continuent de faire affaire avec Israël, et qui contribuent ainsi à nourrir un sentiment de « normalité » à la société israélienne, rendent un mauvais service aux peuples d'Israël et de la Palestine. Ils contribuent au maintien d'un statu quo profondément injuste.

Ceux qui contribuent à l'isolement temporaire d'Israël disent que les Israéliens et les Palestiniens ont tous autant droit à la dignité et à la paix.

A terme, les évènements qui se sont déroulés à Gaza ce dernier mois sont un test pour ceux qui croient en la valeur humaine.

 

Il devient de plus en plus clair que les politiciens et les diplomates sont incapables de trouver des réponses, et que la responsabilité de négocier une solution durable à la crise en Terre Sainte repose sur la société civile et sur les peuples d'Israël et de Palestine eux-mêmes.

Outre la dévastation récente de Gaza, des personnes honnêtes venant du monde entier - notamment en Israël - sont profondément perturbées par les violations quotidiennes de la dignité humaine et de la liberté de mouvements auxquelles les Palestiniens sont soumis aux postes de contrôle et aux barrages routiers. De plus, les politiques israëliennes d'occupation illégale et la construction d'implantations en zones tampons sur le territoire occupé aggravent la difficulté de parvenir à un accord qui soit acceptable pour tous dans le futur.

 

L'Etat d'Israël agit comme s'il n'y avait pas de lendemain. Ses habitants ne connaîtront pas l'existence calme et sécuritaire à laquelle ils aspirent, et à laquelle ils ont droit, tant que leurs dirigeants perpétueront les conditions qui font perdurer le conflit.

J'ai condamné ceux qui en Palestine sont responsables de tirs de missiles et de roquettes sur Israël. Ils attisent les flammes de la haine. Je suis opposé à toute forme de violence.

Mais soyons clairs, le peuple de Palestine a tous les droits de lutter pour sa dignité et sa liberté. Cette lutte est soutenue par beaucoup de gens dans le monde entier.

Nul problème créé par l'homme n'est sans issue lorsque les humains mettent en commun leurs efforts sincères pour le résoudre. Aucune paix n'est impossible lorsque les gens sont déterminés à l'atteindre.

La paix nécessite que le peuple d'Israël et le peuple de Palestine reconnaissent l'être humain qui est en eux et se reconnaissent les uns les autres afin de comprendre leur interdépendance.

Les missiles, les bombes et les invectives brutales ne sont pas la solution. Il n'y a pas de solution militaire.

 

La solution viendra plus probablement des outils non violents que nous avons développés en Afrique du Sud dans les années 80 afin de persuader le gouvernement sud africain de la nécessité de changer sa politique.

La raison pour laquelle ces outils - boycott, sanctions et retraits des investissements - se sont finalement avérés efficaces, est qu'ils bénéficiaient d'une masse critique de soutien, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays. Le même type de soutien envers la Palestine dont nous avons été témoins de par le monde durant ces dernières semaines.

 

Mon plaidoyer envers le peuple d'Israël est de voir au-delà du moment, de voir au-delà de la colère d'être perpétuellement assiégé, de concevoir un monde dans lequel Israël et la Palestine coexistent - un monde dans lequel règnent la dignité et le respect mutuels.

 

Cela demande un changement de paradigme. Un changement qui reconnaisse qu'une tentative de maintenir le statu-quo revient à condamner les générations suivantes à la violence et l'insécuruté. Un changement qui arrête de considérer une critique légitime de la politique de l'Etat comme une attaque contre le judaisme. Un changement qui commence à l'intérieur et se propage à travers les communautés, les nations et les régions- à la diaspora qui s'étend à travers le monde que nous partageons. Le seul monde que nous partageons !

 

Quand les gens s'unissent pour accomplir une cause juste, ils sont invincibles. Dieu n'interfère pas dans les affaires humaines, dans l'espoir que la résolution de nos différends nous fera grandir et apprendre par nous-mêmes. Mais Dieu ne dort pas. Les textes sacrés juifs nous disent que Dieu est du côté du faible, du pauvre, de la veuve, de l'orphelin, de l'étranger qui a permis à des esclaves d'entamer leur exode vers une Terre Promise. C'est le prophète Amos qui a dit que nous devrions laisser la justice couler telle une rivière.

 

À la fin, le bien triomphera. Chercher à libérer le peuple de Palestine des humiliations et des persécutions que lui inflige la politique d'Israël est une cause noble et juste. C'est une cause que le peuple d'Israël se doit de soutenir.

Nelson Mandela a dit que les Sud Africains ne se sentiraient pas complètement libres tant que les Palestiniens ne seraient pas libres.

Il aurait pu ajouter que la libération de la Palestine serait également la libération d'Israël.

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11 août 2014 1 11 /08 /août /2014 12:34

Les pubs sur les blogs ou les sites que vous consultez sont trop agressives ? Il existe un moyen de respirer à nouveau, en téléchargeant le pare-pub Adblock Plus (clic). Vous ne supprimerez pas les pubs imposées, mais vous ne les verrez plus.

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3 juin 2014 2 03 /06 /juin /2014 11:22

Conférence-débat avec PIERRE STAMBUL à Besançon

 

L'association PALESTINE-AMITIE et l'ACCMMA (Association Comtoise pour la Connaissance du Magreb et du Monde Arabe)

 

ont invité Pierre STAMBUL, co-président de l'UNION JUIVE FRANCAISE POUR LA PAIX

 

pour une confèrence-débat à la salle BATTANT (48 rue Battant),

 

le Jeudi 5 Juin à 20 H 30

 

sur le thème "GAZA et le devenir de la Palestine".

 

Pierre Stambul revient de Gaza. Il est l’auteur, entre autres écrits, du livre « Israël/Palestine : du refus d’être complice à l’engagement » (Ed. Acratie-2013).

Stambul

 

 

Lors de cette confèrence, vous pourrez vous approvisionner en huile qui arrive directement de Palestine

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10 mai 2014 6 10 /05 /mai /2014 22:00

Sec cath-copie-1Dans le cadre de la campagne de solidarité internationale du Secours Catholique  « one human family, food for all »

 

RENCONTRE – DEBAT

avec  INAS  SAWAHREH

De l’ONG PALESTINIENNE MSD

 

(Al Maqdese for Society Development)

Partenaire de Caritas Intenationalis

 Personal-Picture.jpg

Mercredi 21 mai à 18 heures

FJT Le Saint Jean

Place Jean XXIII   Dole

 

MSD a été fondée à Jerusalem en 2007 par des universitaires, avocats, acteurs sociaux, défenseurs des droits de l’homme. MSD agit pour la défense des droits politiques, sociaux, économiques et culturels et pour la formation.

 

 

Secours Catholique Dole    51 avenue J Duhamel  39100 DOLE

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6 mars 2014 4 06 /03 /mars /2014 09:00

 Livre-Gaby-copie-1.jpg

Pourquoi Gabriel Maire est-il parti au Brésil en 1980 ?

Ce départ répond à deux motivations : la foi vivante en Jésus et son engagement politique à travers le « Mouvement populaire des citoyens du monde » dont il est le fondateur.

Ces deux lignes de force s’accompagnèrent d’une rencontre avec Dom Helder Camara, évêque de Recife au Brésil qui l’amènera à se mettre au service des plus pauvres du Brésil. Partisan infatigable de la justice sociale il devint insupportable aux yeux de ceux qui écrasaient le peuple et qui finirent par l’assassiner après neuf ans de présence dans les favelas.

Pour l’essentiel, le livre édité par les Karthala, reprend les écrits de Gabriel. D’abord, ceux qui éclairent son action en France et ses raisons de partir au Brésil (1ère  partie). Puis l’ensemble des circulaires qu’il envoya régulièrement à sa famille et à ses nombreux amis du Jura (2ème partie). Enfin, quelques documents qui retracent l’impact de sa vie et de sa mort dans le diocèse de Vitória, et la lutte de ses amis au Brésil et en France pour faire reconnaître sa mort comme un assassinat, et non un crime crapuleux comme les commanditaires et la justice locale ont voulu le présenter.

 

Pour vous le procurer, vous pouvez demander à votre libraire habituel, et s'il ne l'a pas, lui demander de le commander aux éditions Karthala et de le mettre dans ses rayons.

 

Merci aussi d'aider à la diffusion de ce livre ! C'est un moyen de continuer d'aider les avocats brésiliens à faire advenir la vérité sur l'assassinat de Gaby.

 

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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 22:19

MARDI 11 MARS 2014

A 18 heures 30

PLACE PASTEUR 25000 BESANCON

 

RASSEMBLEMENT ANTI-NUCLEAIRE

(Anniversaire FUKUSHIMA) 

 

Déambulation nocturne silencieuse

 

Avec

Vêtements sombres

et si possible masque blanc 

 

Avec bougie ou lampe de poche(En cas de pluie)

 

 

STOP NUCLEAIRE BESANCON

 

LE 11 03 2014306

 

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2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 21:21

L’Église face à la dissuasion nucléaire

 

UNE ERREUR ET UNE FAUTE

 

Jean-Marie MULLER*

 

Lors de leur dernière Assemblée plénière qui s’est tenue à Lourdes en  novembre, les évêques de France ont décidé de ne faire aucune déclaration publique au sujet de la dissuasion nucléaire française. Cependant, ils ont fait savoir qu’ils entendaient s’en tenir à la « doctrine officielle » de l’Église qui préconise un désarmement mondial multilatéral, progressif et simultané. Pourtant, cette doctrine, depuis qu’elle est répétée tout au long des ans, a donné la preuve qu’elle est parfaitement stérile et inopérante. Le moment est venu de la remettre fondamentalement en cause.


La rhétorique fallacieuse du désarmement mondial


Ce positionnement de l’Église constitue à la fois une erreur politique et une faute éthique. Une erreur politique, car l’analyse de la situation internationale montre que le désarmement mondial est impossible dans un avenir prévisible. La rhétorique sur le désarmement multilatéral progressif est précisément celle qui est mise en avant par chaque État doté de l’arme nucléaire pour maintenir et moderniser son propre arsenal. Le désarmement nucléaire ne sera possible que si les citoyens des États dotés se mobilisent au sein des institutions et des organisations de la société civile pour imposer à leur gouvernement un désarmement unilatéral. En se ralliant à la rhétorique multilatérale, l’Église ne fait que cautionner le désordre nucléaire établi qui menace, par la double prolifération verticale et horizontale, l’humanité jusque dans sa survie.


Le positionnement de l’Église est également une faute éthique. L’Assemblée Générale de l’ONU a déclaré en 1961 que tout emploi de l’arme nucléaire doit être considéré « un crime contre l’Humanité et la civilisation». Dans la conférence qu’il a donnée le 1er juillet 2011, l’archevêque Francis Chullikatt, observateur permanent du Saint-Siège à l’ONU, énonce sur ce sujet des propos catégoriques : « La menace aussi bien que l'emploi des armes nucléaires est interdite par la loi. Il est illégal de menacer d'une attaque si l'attaque elle-même serait illégale. L'illégalité de la menace et de l’emploi des armes nucléaires remet sérieusement en question la légalité de posséder des armes nucléaires » Ainsi la dissuasion nucléaire se trouve délégitimée dans son principe et, de ce fait, les États dotés ont l’obligation légale de renoncer unilatéralement à la possession de l’arme nucléaire sans attendre un hypothétique désarmement mondial.

 

Déjà, dans son encyclique Pacem in Terris, Jean XXIII avait affirmé que « la justice, la sagesse, le sens de l’humanité requièrent que les armes nucléaires soient interdites ». Cette interdiction formelle vaut une condamnation de principe. En toute rigueur, ce qui est interdit n’est pas permis. Affirmer que les armes nucléaires doivent être interdites, n’est-ce pas interdire, pour tous les États et pour chacun, non seulement leur emploi, non seulement leur menace, mais aussi leur possession ? On peut s’étonner que cette interdiction formelle des armes nucléaires soit restée lettre morte, qu’elle n’ait pas été reprise à la lettre dans l’enseignement de l’Église de Rome et qu’elle n’ait pas été appliquée par les Églises locales des pays nucléaires.

 

Le « désarmement de la part de tous »

 

Dans son message pour la célébration de la journée mondiale de la paix du 1er janvier 2014, le pape François lance cette exhortation : « Renoncez à la voie des armes et allez à la rencontre de l’autre par le dialogue, le pardon, et la réconciliation, pour reconstruire la justice, la confiance et l’espérance autour de vous. » Certes, mais comment inscrire de pareilles exigences dans la réalité de l’histoire ? Puis il ajoute : « Tant qu’il y aura une si grande quantité d’armement en circulation, comme actuellement, on pourra toujours trouver de nouveaux prétextes pour engager les hostilités. Pour cette raison, je fais mien l’appel de mes prédécesseurs en faveur de la non-prolifération des armes et du désarmement de la part de tous, en commençant par le désarmement nucléaire (c’est moi qui souligne) et chimique. »

 

La formulation laconique et lapidaire employée dans ce texte – le « désarmement de la part de tous » - fait apparaître toute la pauvreté intellectuelle et spirituelle et toute l’inconsistance politique de la « doctrine officielle de l’Église ». Celle-ci s’apparente à un pur idéalisme dépourvu de toute prise sur la réalité. Comment l’évêque de Rome peut-il penser que, face aux dangers de la prolifération nucléaire, son appel en faveur du « désarmement de la part de tous » ait quelque chance d’être entendu par tous ? On reste confondu devant la faiblesse d’une telle proposition. Jésus n’a pas attendu que les Romains soient eux-mêmes prêts à désarmer pour demander à ses amis palestiniens de remettre leur épée au fourreau. L’évêque de Rome, qui porte l’héritage de Pierre, devrait être le premier à s’en souvenir.

 

L’obligation morale est unilatérale

 

Tout particulièrement pour ce qui concerne le désarmement nucléaire, le principe de « multilatéralité » est funeste et fallacieux. Au demeurant, dans les autres domaines où elle estime que le respect de la vie humaine est en  jeu, jamais l’Église ne recourt à ce principe. Seul le principe de l’« unilatéralité » permet d’avoir prise sur la réalité. L’essence même de l’obligation morale est d’être unilatérale

 

Nous avons l’obligation morale impérative de vouloir renoncer à l’arme nucléaire sans attendre la réciproque. La réciproque, ce n’est pas notre affaire. La réciproque, c’est l’affaire des autres. Notre affaire, c’est de prendre aujourd’hui la décision qui engage notre responsabilité.

 

Tout le monde est pour le désarmement mondial, mais le choix n’est pas entre le désarmement mondial et le désarmement unilatéral. Pour nous, citoyens français, il est entre le désarmement français et le maintien de l’armement français. Qui n’exige pas l’élimination de l’armement français participe, qu’il le veuille ou non, à son maintien… Il existe une logique implacable : qui n’est pas contre la dissuasion nucléaire est pour…

 

Il serait prétentieux de croire en la toute puissance de l’exemplarité, mais il n’en reste pas moins que la meilleure contribution que les citoyens français peuvent apporter au désarmement mondial est d’exiger le désarmement français. Non pas pour prétendre donner l’exemple, mais pour simplement assumer leur responsabilité.

 

Une arme criminelle de terreur et d’anéantissement

 

Quand tout est dit, l’arme nucléaire n’est pas une arme légitime de défense, mais une arme criminelle de terreur et de destruction. Comment alors ne pas penser que ceux qui se réclament de l’Évangile ont la stricte obligation d’affirmer de manière unilatérale que la dissuasion nucléaire, qui est fondée sur la préméditation d’un crime contre l’humanité, n’est ni moralement, ni politiquement, ni stratégiquement, ni économiquement acceptable ? Dans un monde malade de désespérance, il deviendrait alors possible d’espérer briser l’idole nucléaire.

 

Pour dénoncer le trafic nucléaire qui a lieu aux portes du Temple, je n’ai pas la force de jeter à la terre les sous-marins ni de jeter à la mer les avions. J’ai seulement le pouvoir de dénoncer le caractère sacrilège de ce trafic en renversant la table de la doctrine qui s’en accommode. Je pense en avoir le devoir car, face à l’intolérable, je crois à la vertu d’intolérance. Cependant, j’ai conscience que, ce faisant, je risque de me discréditer auprès des gardiens de la doctrine qui sont décidés à la sauvegarder et qui  m’accuseront d’outrance. Il me semble pourtant que sur une question où le sens même du christianisme est en jeu – l’Évangile se trouve atomisé à l’ombre de l’arme nucléaire -, la dissidence est légitime. À chacun de prendre ses risques. Quant à mon insistance qui me sera probablement également reprochée, je ne fais que suivre le bon exemple de l’ami importun de l’Évangile.

 

L’exigence évangélique de désarmement

 

Dans la nuit du 24 au 25 décembre 1993, les moines de Tibhirine reçoivent dans leur monastère la visite de leurs « frères de la montagne ». Ceux-ci sont armés et les moines ont le sen¬timent de frôler la mort. Le chef du commando présente trois exigences au prieur, Christian de Chergé. « Il venait demander des choses précises, racontera Christian, et il était armé, poignard et pistolet-mitrailleur. Il a accepté de commencer par sortir de la maison, car je ne voulais pas parler avec quelqu'un en armes dans une maison qui a vocation de paix. Le fait qu'il soit sorti a fait que nous nous sommes retrou¬vés dehors et, à mes yeux, il était désarmé. Nous avons été visage en face de visage. À partir de ce moment-là, il a présenté ses trois exigences, mais j'ai été capable de dire trois fois "non", ou pas comme ça. Il a bien dit : « Vous n'avez pas le choix ».  « Si, j'ai le choix. » (...) Je lui ai dit : « Nous sommes en train de nous préparer à célébrer Noël et Noël, pour nous, c'est la nais¬sance du Prince de la Paix et vous venez comme ça, en armes ». Il m'a répondu : « Excusez-moi, je ne savais pas. » » Sayah Attia accepte alors de partir tout en annonçant qu'il reviendra.

 

Christian se souvient alors du commandement de Jésus : « Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent » et il se demande quelle prière il peut faire pour le responsable du groupe armé dont la menace continue à peser sur lui et ses frères. « Alors ma prière est venue : « Désarme-le, désarme-les. ». Et puis après, je me suis dit : "Est-ce que j'ai le droit de demander : « Désarme-le. », si je ne commence pas par dire : « Désarme-moi et désarme-nous en communauté. » Et, en fait, oui, c'est ma prière quo¬tidienne, je vous la confie tout simplement ; tous les soirs, je dis : « Désarme-moi, désarme-nous, désarme-les. » »

 

Par sa prière, Christian définit l'exigence évangélique de désarmement qui se trouve au coeur même de la spiritualité chré¬tienne. En formulant cette exigence, Christian ne radicalise pas l'Évangile, mais il exprime le radicalisme même de l'Évangile. À tra¬vers cette spiritualité du désarmement, qui n'est autre que la spiri¬tualité de la non-violence, Christian donne de Dieu ce témoignage es¬sentiel : Le Dieu de l'Évangile est un Dieu désarmé qui invite l'homme à se désarmer pour pouvoir désarmer l'autre homme.

 

                                                   Le 24 décembre 2013

* Philosophe et écrivain. www.jean-marie-muller.fr

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3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 20:56

Envoyé par Carlita (Vitoria au Brésil) aux amis de Gaby MAIRE le 17 décembre 2013 

Mandela.jpg

Nelson Mandela, par sa mort, a plongé dans l'inconscient collectif de l'humanité, pour ne plus jamais en sortir, parce qu'il est devenu un archétype universel de la victime de l'injustice qui n'a pas gardé rancune, qui a su pardonner , réconcilier des pôles antagonistes et nous transmettre une espérance indicible à savoir que l'être humain peut encore s'en sortir. Après avoir passé 27 années en prison, avoir été élu président de  l'Afrique du Sud en 1994, il a proposé et relevé le grand défi de transformer une société structurée dans l'injustice suprême de l'apartheid (qui déshumanisait les grandes majorités noires du pays, les condamnant à être des non-personnes) en une société unique, unie, sans discriminations, démocratique et libre.


Et il y a réussi en choisissant le chemin du courage, du pardon et de la réconciliation. Pardonner n'est pas oublier. Les plaies sont là, beaucoup d'elles encore ouvertes. Pardonner, c'est ne pas permettre que l'amertume  et l'esprit de vengeance aient le dernier mot et deviennent le but de la vie .Pardonner c'est libérer les personnes des des entraves du passé, c'est tourner la page et commencer à en écrire une autre, à quatre mains, mains de noirs et de blancs. La réconciliation est possible et réelle seulement quand il y a une reconnaissance complète des crimes de la part de leurs auteurs et une pleine connaissance de ce qui s'est passé de la part des victimes. La punition des criminels est la condamnation morale devant la société tout entière.


Une solution parmi d'autres, assurément très originale, implique un concept qui est étranger à notre culture individualiste : l'Ubuntu, qui veut dire : "je peux être moi-même seulement  par toi et avec toi". Donc, sans un lien permanent qui nous lie tous à tous, la société, telle la nôtre, courra le risque de déchirures et de conflits sans fin.

 

Dans les manuels scolaires du monde entier devra figurer cette affirmation profondément humaine de Mandela : "J'ai lutté contre la domination des blancs et j'ai lutté contre la domination des noirs. J'ai cultivé l'espérance d'un idéal, celui d'une  société démocratique et libre, dans laquelle toutes les personnes vivent unies et en harmonie et ont des opportunités égales. C'est un idéal que j'espère atteindre et pour lequel je veux vivre. Mais, s'il le faut, c'est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir".

 

Pourquoi la vie et la saga de Mandela fonde-t-elle l'espoir d'un avenir de l'humanité et de notre civilisation ? Parce que nous touchons maintenant au noyau central d'une accumulation de crises qui peut menacer notre avenir en tant qu'espèce humaine. Nous sommes en plein dans la sixième grande extinction de civilisation.(1) Des spécialistes du cosmos (Brian Swimme) et des biologistes (Edward Wilson) nous avertissent que, au train où vont les choses, nous arriverons, autour des années 2030, au paroxysme de ce processus dévastateur. Cela veut dire que la croyance persistante dans le monde entier, et aussi au Brésil, de ce que la croissance économique matérielle devrait entraîner le développement social, culturel et spirituel, est une illusion. Nous vivons des temps de barbarie et sans espérance.

 

Je cite l'impartial Samuel P. Huntington, ancien assesseur du Pentagone et analyste perspicace du processus de globalisation, à la fin de son livre : "Le choc des civilisations" : "La loi et l'ordre sont la première condition de la civilisation ; dans une grande partie du monde elles semblent disparaître ; sur l'ensemble du monde, la civilisation paraît, à bien des égards, faire place à la barbarie, faisant surgir l'image d'un phénomène sans précédent, un Age de Ténèbres mondiales, qui s'abat sur l'Humanité." (1997 : 409-410).

 

J'ajoute l'opinion du philosophe et savant politique bien connu Norberto Bobbio qui, comme Mandela, mettait sa confiance dans les droits de l'homme et dans la démocratie  comme valeurs pour résoudre le problème de la violence entre les Etats et pour arriver à une coexistence pacifique. Dans sa dernière interview il a déclaré : "Je ne saurais dire comment sera le troisième Millénaire. Mes certitudes s'effondrent et seulement un énorme point d'interrogation ébranle ma tête : sera-t-il le Millénaire de la guerre d'extermination ou celui de la concorde entre les êtres humains  ? Je  ne détiens pas les conditions nécessaires pour répondre à une telle recherche". En face de ces sombres scénarios, Mandela répondrait certainement, se fondant sur son expérience politique : oui, il est possible que l'être humain se réconcilie avec lui-même, qu'il superpose sa dimension de sapiens à celle de demens et inaugure  une nouvelle forme du vivre ensemble dans la même Maison. Peut-être sont-elles justes ces paroles de son grand ami l'archevêque Desmond Tutu, qui a coordonné le processus de  "Vérité et Réconciliation": "Ayant regardé le passé monstrueux les yeux dans les yeux, ayant demandé et obtenu le pardon et ayant fait des corrections, tournons maintenant la page – non pour oublier ce passé, mais pour ne pas permettre qu'il nous emprisonne pour toujours. Avançons vers un avenir glor

L. Boff

ieux : une société nouvelle où la valeur des personnes ne relèvera pas de don

nées biologique, ou d'autres très singuliers attributs, mais parce que ce sont des personnes d'une valeur infinie, créées à l'image de Dieu".

 

Mandela nous laisse cette leçon d'espérance : nous vivrons encore si, sans discrimination, nous mettons en pratique, réellement, l'Ubuntu.

Leonardo Boff

(1) Roland Marchand nous explique (sous réserve d'inventaire !) que c'est une allusion aux grandes extinctions des espèces vivantes ; la 5ème, celle des dinosaures, ayant eu lieu il y a 60 Millions d'années.

La 6ème, qui se profile, serait celle de l'espèce humaine ! ! !

Merci, Roland.

 

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24 décembre 2013 2 24 /12 /décembre /2013 23:00

 

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23 décembre 2013 1 23 /12 /décembre /2013 21:51

gaby         VITORIA
                                                                             

 au Jurassien  Gaby MAIRE

                                                                                                                       fidei donum au Brésil 

                                                                                                                        assassiné le 23 décembre 89 


 

Maudit soit le système

des riches corrompus

maudit soit le blasphème

de leurs belles vertus !

 

Maudits soient les États

et leur « sécurité »

qui cachent leurs faux pas

sous leur autorité !

 

Maudit soit le repaire

des familles régnantes

accaparant les terres

en confortables rentes !

 

Ils ont forcé le sort

silence vertueux

ils ont changé ta mort

en crime crapuleux

 

Ils voulaient interdire

la soif de l’équité

ils croyaient en finir

avec la vérité

 

Ils ont voulu ta mort

pour que dure la nuit

de ce monde qui dort

pour en bouffer les fruits

 

Vitoria Victoire

du Pauvre et du Sans-Nom

les « absents de l’Histoire »

iront jusqu’au pardon !

 

Mais pardonner n’est pas

laisser faire les choses

ni marcher au trépas

cortège en bouches closes !

 

C’est le profond pardon  

du Petit méprisé

c’est la vie jusqu’au don

de ton cœur éclaté

 

Ta vie nous a parlé

et ta mort en dit long

sur le Pauvre berné

qui meurt à reculons

 

Ta parole aux sans-droits

Petits en dérision

et les nuits de ta foi

pour la confrontation

 

Présence aux ouvriers

pour lutte de survie

courage aux oubliés

ta mort est pour leur vie !

 

En la déréliction

 de ceux qui dégringolent

ta vie leur est question

ta mort leur est parole

 

Parole et formation

souci des responsables

de ceux qui bâtiront

plus qu’un château de sable

 

Vitoria  Victoire

fais surgir la lumière

aux enivrés d’espoir

dont tu nourris la terre !

 

Ensemence pour eux

le champ de leur Histoire

dans l’amour et le feu

fais germer la VICTOIRE   ! !

 

Serge Cuenot

                                Léré  -  TCHAD 

                                    23 janv. 90

 

Pour mieux connaître l'action de Gaby, c'est ICI.

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Présentation

  • : Lulu en camp volant
  • Lulu en camp volant
  • : Lucien Converset, dit Lulu est prêtre. A 75 ans, il est parti le 25 mars 2012 avec son âne Isidore en direction de Bethléem, où il est arrivé le 17 juin 2013. Il a marché pour la paix et le désarmement nucléaire unilatéral de la France. De retour en France, il poursuit ce combat. Merci à lui ! Pour vous abonner à ce blog, RDV plus bas dans cette colonne. Pour contacter l'administrateur du blog, cliquez sur contact ci-dessous.
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