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7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 18:47
Jean-Marie Muller lors de sa visite dans le Jura en avril 2015

Jean-Marie Muller lors de sa visite dans le Jura en avril 2015

par Jean-Marie MULLER*

 

Avertissement : Ce texte est une invitation au dialogue entre les partisans français du désarmement nucléaire afin que nous tentions de surmonter nos désaccords. Je prends personnellement parti, comme il est normal, mais je ne prétends pas à avoir le dernier mot sur ce sujet. Mon intention est d’ouvrir le débat et non de le clore. Chacun(e) est donc invité à s’exprimer afin qu’il dise est le dernier mot pour lui.

                                                      13 janvier 2016

 

Ces dernières années, des organisations de la société civile française ont affiché leur détermination à éliminer les armes nucléaires. Elles se rejoignent toutes pour affirmer que ces armes de destruction massive, loin de contribuer à la sécurité de leur pays, constituent en réalité une menace non seulement pour la paix du monde mais pour la survie même de l’humanité. Malheureusement, le mouvement antinucléaire français reste  divisé sur la stratégie à mettre en œuvre pour atteindre l’objectif d’un monde sans armes nucléaires. Plusieurs organisations pensent que la France doit prendre la décision d’un désarmement unilatéral, tandis que certaines autres estiment que ce renoncement doit s’effectuer dans le cadre d’une négociation internationale qui permette à tous les États dotés de l’arme nucléaire de décider ensemble un désarmement multilatéral. Cette division est fort préjudiciable, car elle est de nature à affaiblir considérablement l’efficacité de l’opposition aux armes nucléaires. La question qui se pose est donc de savoir si les différentes fractions du mouvement français d’opposition aux armes  nucléaires ne pourraient pas parvenir à surmonter leurs désaccords afin d’unir leurs forces dans une même  lutte.

 

Cette division n’est pas une fatalité, car le multilatéralisme et l’unilatéralisme ne sont pas de nature à s’opposer mais à se composer (c’est-à-dire, selon l’étymologie de ce mot à se « poser ensemble ») dans une réelle complémentarité. Les partisans de l’un ne devraient-ils pas être les partisans de l’autre ? Ce serait donc par erreur que les uns s’opposent aux autres.  Il nous faut donc chercher l’erreur. Il semble bien que l’erreur soit l’intégrisme de l’un et/ou de l’autre qui apporte la division. Dès lors, les deux parties sont mises en demeure de refuser tout tentation d’intégrisme afin de privilégier ce qui les unit par rapport à ce qui les divise et de concilier ainsi leurs deux approches. Au demeurant, il existe des différences d’appréciation légitimes, notamment en ce qui concerne les probabilités de succès de chacune des deux approches. Chacun peut ainsi garder sa préférence.

 

 Ce qui caractérise cette discorde, c’est que les désaccords ne sont pas symétriques. De leur côté, les unilatéralistes sont d’accord avec les multilatéralistes pour penser que la meilleure solution serait en effet le désarmement multilatéral de tous les États dotés, que ce soit à travers la signature d’une Convention internationale pour l’élimination des armes nucléaires ou à travers un accord en faveur d’un Traité d’interdictions des armes nucléaires. Ils sont prêts à soutenir les initiatives internationales prises à cet effet. Pour autant, ils ne pensent pas que le désarmement multilatéral soit possible dans un avenir prévisible. Dans l’absolu, le désarmement multilatéral est préférable au désarmement unilatéral, que ce soit pour la France ou pour le monde. Mais le problème ne se pose pas dans l’absolu, il se pose dans la réalité et, dans la réalité, l’objectif du désarmement unilatéral apparaît le plus crédible. Tout particulièrement, d’emblée, en récusant dès aujourd’hui la dissuasion nucléaire, il est mieux armé pour dé-sacraliser, pour dé-légitimer et pour dis-créditer l’arme nucléaire auprès de l’opinion publique. Les unilatéralistes partagent l’idéal d’un monde libéré des armes nucléaires, mais ils pensent devoir relativiser cet idéal, c’est-à-dire le relier à la réalité. C’est la raison pour laquelle ils ont la conviction qu’il est de leur responsabilité indissociablement éthique et politique d’exiger ici et maintenant le désarmement unilatéral de l’État français. L’obligation du désarmement est devenu un impératif catégorique personnel. Elle les oblige aujourd’hui. Elle ne saurait être éludée et remise à demain. Tandis que, pour leur part, nombre de multilatéralistes récusent la pertinence du désarmement unilatéral en faisant valoir à la fois la supériorité et la possibilité d’un désarmement multilatéral.

 

Il faut convenir que cette dissymétrie dans le désaccord se retrouve dans la recherche d’un accord, mais il ne devrait pas le rendre impossible. Au demeurant, nous n’avons d’autre choix que de tenter d’établir un dialogue pour élucider les termes de notre désaccord et nous efforcer de préciser les termes d’un accord possible. Ce dialogue doit au moins nous permettre de nous mettre d’accord sur « l’état des lieux » et cela est déjà appréciable.

 

Au terme de ce dialogue, nous devrions tous convenir qu’un mouvement antinucléaire français qui serait uni pour partager l’objectif du désarmement nucléaire unilatéral de la France serait plus crédible et plus fort pour exiger l’élimination mondiale des armes nucléaires.

 

Les termes de cette conciliation, c’est par principe que les multilatéralistes et les unilatéralistes s’accordent pour demander ensemble et le désarmement mondial et le désarmement national.

 

Il est donc demandé aux multilatéralistes faire le choix du désarmement unilatéral de la France. En ce sens, c’est leur demander de faire le plus grand pas vers un accord des deux parties. Mais paradoxalement, la nature même de la dissymétrie qui caractérise leur désaccord leur permet de faire ce pas. Car il ne leur est pas demandé  de renoncer à l’exigence du désarmement mondial qui fonde leur engagement. En revanche, les unilatéralistes devraient renoncer à l’exigence qui fonde leur engagement s’ils devaient faire le choix unique du désarmement mondial.

 

Un changement de la donne

Les échecs des rencontres internationales qui ont eu lieu en 2015 – qu’il s’agisse de la Conférence d’examen du TNP ou de la Session de l’Assemblée générale des Nations Unies - viennent changer la donne en ce début de l’année 2016. Ceux-là mêmes qui pensaient qu’un désarmement multinational était possible dans un délai raisonnable ne pourraient-ils pas tenir compte de ce changement de donne pour changer leur positionnement et reconnaître la pertinence du désarmement unilatéral ? Ils ne se déjugeraient pas, ils ne renonceraient pas à leur exigence d’un désarmement mondial, mais, comme il convient toujours, ils adapteraient leur stratégie au terrain. Le désarmement unilatéral deviendrait entre leurs mains un élément qui pourrait être décisif pour relancer la dynamique du désarmement mondial. Et, dans le même temps, les unilatéralistes pourraient redoubler leurs efforts pour exiger le désarmement mondial. Ainsi, le multi unilatéralisme s’avérerait plus opérationnel que le multilatéralisme.

 

Le rêve de Barack Obama

Dans le discours qu’il a prononcé à Prague le 5 avril 2009, le Président Barack Obama a « affirmé clairement et avec conviction l’engagement de l’Amérique à rechercher la paix et la sécurité dans un monde sans armes nucléaires. » Soit. Mais il a pris soin de préciser : « Ce but ne pourra être atteint avant longtemps, sans doute pas de mon vivant – not in my lifetime. » Et l’on ne peut que lui souhaiter longue vie… Surtout, il a affirmé : « Ne vous méprenez pas : tant que ces armes existeront, les États-Unis conserveront un arsenal sûr et efficace pour dissuader tout adversaire. » (Make no mistake : As long as these weapons exist, the United States will maintain a safe, secure and effective arsenal to deter any adversary.) Ces quelques mots sont terribles. Ils viennent mettre fin brutalement au rêve d’un monde sans armes nucléaires que le président nous invitait à partager avec lui. Car, enfin, les armes nucléaires existeront tant que les États-Unis en posséderont ! Et dès lors que le Président américain affirme ne pas vouloir renoncer à ses armes nucléaires, de quel droit demande-t-il aux autres États de renoncer à en acquérir ? Ne peuvent-ils pas tenir le même raisonnement : « Tant que ces armes existeront, nous ne renoncerons pas à les acquérir. » C’est ce qu’on appelle un cercle vicieux. Certes, Obama prend soin de préciser aussitôt : « Nous allons cependant commencer à procéder à la réduction de notre arsenal. » (But we will begin the work of reducing our arsenal.) Mais cette phrase n’efface pas la précédente. Elle confirme au contraire que les États-Unis ne sont pas prêts à désarmer. Car la réduction annoncée ne constitue en rien le désarmement. Réduire n’est pas désarmer.

 

Malgré toutes les circonspections dont a fait montre le président américain au cours de son discours de Prague, sa prise de position a fait croire à beaucoup qu’un monde sans armes nucléaires était désormais possible. Certaines organisations des sociétés civiles ont pensé qu’il était possible de parvenir à la signature d’une Convention internationale sur l‘élimination des armes nucléaires. Et, cela, d’autant plus que le 9 octobre 2009, le Comité Nobel norvégien annonce sa décision d’attribuer le Prix Nobel de la Paix au président des États-Unis, Barak Obama. Dans le communiqué rédigé à cet effet, le comité précise qu’il « a attaché une importance particulière à sa vision et à ses efforts pour un monde sans armes nucléaires ». Il est précisé : « La vision d’un monde sans armes nucléaires a fortement encouragé les négociations sur le désarmement et le contrôle des armes. »

 

Mal-heureusement, les faits sont venus contredire l’espoir suscité par le discours de Prague de Barak Obama. Dans un document de travail présenté par les États-Unis et remis le 29 avril 2015 à la  Conférence des États parties chargée d’examiner le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) qui s’est tenue à New York du 27 avril au 22 mai 2015, il est affirmé : « Tout en poursuivant [l’objectif du désarmement nucléaire], les États-Unis conserveront un arsenal sûr, sécurisé et efficace, tant pour dissuader leurs adversaires éventuels que pour prouver à leurs alliés et partenaires qu’ils peuvent compter sur les engagements pris par les États-Unis en matière de sécurité. » On ne saurait dire plus clairement que les États-Unis sont fermement décidés à maintenir leur doctrine de défense et qu’ils n’envisagent nullement de « changer leur manière de penser » afin de renoncer à la possession de leurs armes nucléaires.

 

Le même document précise que la dissuasion nucléaire américaine est bien fondée sur une stratégie d’emploi, même s’il est précisé, ou, plus exactement, dès lors qu’il est précisé que les États-Unis « n’envisagent de recours à des armes nucléaires (c’est moi qui souligne) que dans des conditions extrêmes pour défendre les intérêts vitaux du pays ou de ses alliés et partenaires »… Il est donc clairement affirmé que les Etats-Unis sont déterminés à maintenir leur arsenal nucléaire. Le rêve de Barak Obama appartient définitivement au passé. Ces éléments fondent le changement de la donne concernant les conditions du désarmement nucléaire. Ce qui était peut-être probable en 2009 ne l’est plus en 2016.

 

L’échec de la 70e session de l’AG des Nations Unies

À l’initiative de pays non-dotés, trois conférences intergouvernementales sur les conséquences humanitaires des armes nucléaires (Oslo, Nayarit et Vienne entre 2013 et 2914) s’étaient donné pour objectif de créer un processus permettant de parvenir à un Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN) sans attendre l’assentiment des pays dotés.. Ces rencontres sont des initiatives intéressantes et l’objectif recherché ne peut être que soutenu par les unilatéralistes, mais, jusqu’à présent ces conférences n’ont en définitive donné aucun résultat. Au demeurant, un tel traité voulu par des États non dotés, ne pourrait  devenir opérationnel que s’il est signé par les États dotés. Or ceux-ci ont clairement affirmé qu’ils désapprouvaient cet objectif et qu’en tout état de cause, ils ne signeraient pas pareil traité. Sans doute, les multilatéralistes pensent-ils que, s’ils refusaient de signer un tel traité, les pays dotés finiraient par être mis au ban des nations. L’argument mérite d’être retenu, mais la difficulté c’est que nombre de pays non dotés ne sont pas encore convaincus de l’importance d’envisager et de signer un tel traité. Et, là encore, la meilleure contribution que les citoyens français peuvent apporter à l’élaboration de ce traité est d’interdire à leur propre État la possession des armes nucléaires.

 

Après l’échec de la dernière Conférence d’examen du TNP, la 70e session de l’Assemblée générale des Nations Unies a fait apparaître que les États membres sont incapables de surmonter leurs divergences à propos du désarmement nucléaire. Les États dotés ont affirmé leur détermination à refuser tout accord sur l’élimination des armes nucléaires. Ainsi, le texte de la « Couverture » de la réunion de la Première Commission chargée du désarmement et de la sécurité internationale qui a eu lieu le 2 novembre 2015 précise : « Les 13 textes mis aux voix illustrent une fois de plus les divergences de vues sur le désarmement nucléaire entre d’un côté, ceux qui appellent à une accélération du processus et de l’autre, ceux qui estiment que les préalables du désarmement ne sont pas encore réunis. » 

 

Le même texte souligne : « Au nom de la France et des États-Unis, le représentant du Royaume-Uni a annoncé un vote contre les projets de résolution sur les conséquences humanitaires des armes nucléaires, sur l’engagement humanitaire en faveur de l’interdiction et de l’élimination des armes nucléaires et sur les impératifs éthiques pour un monde exempt d’armes nucléaires, car les objectifs de ces textes sont de forcer les États nucléaires au désarmement nucléaire et de saper le régime du Traité sur la non-prolifération nucléaire, en créant un monde moins sûr.  En tant que puissances nucléaires, nos trois pays sont convaincus que le désarmement nucléaire ne peut se faire que d’une manière progressive, « pas à pas ». » C’est dire on ne peut plus clairement qu’aucune dynamique ne peut être initiée qui crée les conditions de l’élimination mondiale des armes nucléaires.

 

Certes, Le 7 décembre 2015, l’AG des Nations Unies a voté en faveur de la création d’un groupe de travail qui élaborera « des mesures, dispositions et normes juridiques » pour parvenir à un monde exempt d’armes nucléaires. Ce groupe  de travail doit se réunir à Genève en 2016. Notons qu’il ne sera pas lié par les règles strictes de consensus. Il présentera un rapport à l’AG d’octobre prochain. Cette initiative est certainement positive et ne peut qu’être soutenue. Cependant, dès lors que les cinq États dotés membres du TNP se sont opposés à la création de ce groupe de travail, il lui sera très difficile de parvenir à ses fins.

 

Pour en finir avec l’arme nucléaire

Dans son livre Pour en finir avec l’arme nucléaire (La Dispute, 2011), Pierre Villard, alors co-président  du Mouvement de la paix, écrit : « Face à des processus qui ne vont pas assez vite et à des puissances nucléaires qui ne montrent pas le bon exemple, l’idée de décision unilatérale de désarmement est avancée. Ainsi Jean-Marie Muller s’interroge : « Les Français peuvent-ils vouloir renoncer à l’arme nucléaire » (Éditions du MAN, 2010). Considérant qu’on a tout essayé, l’auteur propose d’en venir au renoncement unilatéral. Cette proposition mérite respect et réflexion. La France sortirait-elle grandie d’un acte politique de renoncement à l’arme nucléaire ? J’en suis convaincu. Cependant … » Et, à partir de là, Pierre Villard récuse le choix du désarmement unilatéral en faisant valoir que  l’opinion publique française n’est pas prête à soutenir l’exigence d’actes unilatéraux, mais qu’elle est prête à s’engager dans le soutien à une démarche internationale. Il croit dès lors pouvoir affirmer : « Une campagne pour le renoncement unilatéral de la France nous ferait repartir plusieurs années en arrière  ».

 

Ce qui  est vrai, c’est que les citoyens français sont spontanément plus favorables au désarmement multilatéral qu’au désarmement unilatéral. Le consensus apparent qui existerait en faveur de l’arme nucléaire n’est qu’un consensus par défaut, dès lors qu’aucun débat public n’a jamais eu lieu. En outre, cette préférence risque d’être fallacieuse, car  préférer le désarmement multilatéral ne les engage à rien et n’a pas le moindre impact sur la réalité. La proposition d’un désarmement multilatéral n’implique aucune rupture. Elle ne fait pas débat, car elle ne pose aucun problème, mais, précisément parce qu’elle ne pose aucun problème, elle ne peut en résoudre aucun. Laisser croire aux citoyens français qu’un désarmement multilatéral est possible dans un délai raisonnable les dispense de prendre position pour le désarmement unilatéral. Ils se trouvent en réalité dépourvus de moyens d’action pour faire pression sur les États américain, russe chinois, indien, nord-coréen, etc,, alors qu’ils ont de nombreuses possibilités d’agir pour faire pression sur l’État français. Un autre argument doit pris en considération, l’économie de plusieurs milliards d’Euros pas an permettraient à la France de les investir pour d’autres causes.

 

Dire qu’une campagne pour le renoncement unilatéral de la France nous ferait repartir en arrière, c’est préjuger qu’une campagne pour le désarmement multilatéral peut nous permettre d’aller loin en avant dans un avenir proche. Or, aujourd’hui, il est clair que la condition d’un tel succès n’est pas remplie et qu’elle ne le sera pas dans un avenir prévisible. Affirmer cela n’est pas céder au défaitisme, mais faire preuve de réalisme. Il nous faut en effet constater que la voie négociée vers le désarmement mondial est totalement barrée depuis des décennies et que rien ne permet de penser qu’elle puisse s’entrouvrir à l’avenir. Selon la meilleure hypothèse, il faudra encore attendre des décennies, autant dire une « éternité ». Tous les derniers événements apportent la preuve que les États nucléaires sont déterminés, avec la plus parfaite mauvaise foi, à maintenir et à moderniser leur arsenal nucléaire et qu’ils refusent toute négociation pouvant parvenir à l’élimination mondiale des armes nucléaires. Et, cela, alors même que le Traite de Non-prolifération (TNP) dont ils sont membres leur fait obligation de négocier de bonne foi un désarmement nucléaire complet.

 

Tout bien considéré, et cela est également de nature à concilier le multilatéralisme et l’unilatéralisme, le désarmement unilatéral est certainement la meilleure contribution que les citoyens français peuvent apporter au désarmement mondial. Et cela même si nul ne prétend qu’il sera simple d’en convaincre une majorité de nos concitoyens, tant ils sont encore ignorants des données du problème et des leviers dont ils disposent pour le résoudre. Il ne s’agit pas non plus de prétendre que la décision unilatérale de la France aurait une vertu exemplaire qui ferait céder les autres États dotés. Le but n’est pas de se donner en exemple aux autres, il est d’être cohérent avec soi-même.

 

L’exemple britannique

La France ne pourrait-elle pas prendre exemple sur ce qui se passe en Grande-Bretagne. Comme le souligne Marc Morgan (Alternatives non-violentes, décembre 2015), la Campagne pour un désarmement nucléaire (Campaign for nuclear disarmament, CND) fondée en 1958 « s’est très vite affirmée comme une force politique majeure ». « Le désarmement unilatéral du Royaume-Uni a toujours été un des principes de base du mouvement, soutenu par la majorité des militants. En parallèle, la CND a toujours milité activement pour un désarmement général/multilatéral. » Par ailleurs, « En écosse, le parti indépendantiste et une grande majorité de la population appellent au désarmement unilatéral. (…) Une Écosse indépendante serait certainement libre d’armes nucléaires. » Il conclut : « En Angleterre, au Royaume–toujours-uni en général, le désarmement unilatéral est toujours possible. »

 

Un surcroît de prestige pour la France

Alors que d’aucuns sont portés à laisser croire que le renoncement à l’arme nucléaire porterait atteinte à la « grandeur de la France », c’est probablement tout le contraire qui se produirait, comme l’affirmait déjà Théodore Monod lorsqu’il participait aux jeûnes organisés par la Maison de Vigilance. Dans ce monde enténébré, la France contribuerait à entretenir la petite flamme fragile de l’espérance. Comment ne pas croire en effet qu’il en résulterait un surcroît de prestige pour notre pays ? « Le prestige, déclarait M. Ban Ki-moon, le Secrétaire général des Nations Unies, lors de l’allocution qu’il prononça à Hiroshima le 6 août 2010, appartient non pas à ceux qui possèdent des armes nucléaires, mais à ceux qui y renoncent. » Sans nul doute la capacité de notre pays de faire entendre sa voix dans les grands débats de la politique internationale ne serait non pas affaiblie mais fortifiée. On peut gager que partout dans le monde des femmes et des hommes salueraient la décision de la France comme un acte de courage qui leur redonne un peu d’espérance.

 

 

* Philosophe et écrivain, auteur notamment de Libérer la France des armes nucléaires, La préméditation d’un crime contre l’humanité, Chronique Sociale, 2014.

www.jean-marie-muller.fr

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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 11:06

CITEAUX , le 14 janvier 2016

 

«  VOICI QU'UN AUTREMENT DEVIENT POSSIBLE » 

 

Depuis quelques mois je ne voyais plus rien de mon œil gauche. J'avais du mal de m'y faire. Ne plus rien voir de la gauche ça déséquilibre la vie ! «  Tu devrais aller te faire opérer » me disait-on. Ça y est, j'en reviens. Maintenant que voilà installé dans mon œil gauche un cristallin tout neuf par la doctoresse Catherine Creuzot et son équipe, mon œil droit me dit : «  Qu'est ce que ça va mieux pour la conjugaison. Nous allons à nous deux te faire voir des réalités que tu avais peine de voir ces temps passés. »

 

En effet, le jour de la plantation du Ginkgo Biloba à Dampierre le 9 janvier 2016, il y a des gens que je n'ai pas bien vus, des gestes dont je n'ai pas saisi toute la portée, des faits dont je n'ai perçu qu'une toute petite partie. Je vais être heureux de lire et entendre vos impressions et vos ressentis, chers amis d'ADN et du MAN et de plein d'autres réseaux. Et maintenant que mes deux yeux conjuguent ensemble le verbe être et pas seulement l'acte d'avoir, je vais essayer de réunir ce que j'entendrai de vous en vous disant ce que je vois.

Planter un arbre ensemble, quel bonheur nous a été donné aux uns grâce aux autres.

 

Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible

Ça s'est passé dans un jour déterminé : le 9 janvier 2016, à une heure indiquée : 11 heures. Nous avons planté un arbre qui est d'une variété rare, dont l'histoire familiale est très ancienne à la surface de la planète Terre, et qui remonte dans la nuit des temps. Le Gingko Biloba est un arbre qui a résisté à une double catastrophe, celle qui a fait disparaître les dinosaures, et celle qui en faisant disparaître Hiroshima et Nagasaki a failli faire disparaître l'humanité. Un arbre planté en un endroit on ne peut plus signifiant de la terre, dans le vieux cimetière de Dampierre. Dans un coin du pays où nos ancêtres avaient coutume d'ensevelir ce qu'ils avaient ramassé qui restait d'eux. Cimetière entourant le lieu – dieu qu'est l'église à deux pas, pas trois, de la maison où nos parents nous ont conçus, mes sœurs, mon frère et moi, mis au monde et élevés, en quelque sorte, plantés nous aussi.

 

Endroit fixé avec Alain le garde-champêtre du village quelques jours auparavant, arbre planté dans un trou creusé par des membres de notre association : Alain , François, Gilbert, Pierre etc … Arbre cherché, trouvé et acheté dans une pépinière par François, planté avec plein de gens avec qui nous faisons équipe, association, réseau de solidarité depuis un long temps déjà … et aussi ceux à qui nous avons écrits, envoyé un message, ceux avec qui nous avons dit, de bouche à oreille : «  Veux-tu venir... tu es invité … nous plantons un Gingko Biloba… »

 

Plantation réalisée dans un but très précis : Demander à notre président de la république française qu'il procède dans l'immédiat à l'arrêt de l'armement nucléaire de la France de manière unilatérale, qu'il ne dise pas qu'il est d'accord mais veut attendre que les autres commencent et qu'après il ferait. Nous insistons que ça commence maintenant et non pas dans un temps indéterminé. Nous demandons cela afin d'arrêter de faire saigner notre humanité qui est en train de se vider de sa vitalité. Et que cet arrêt soit donneur de vie et non pas de leçon, que les forces que nous détenons se transforment, se transfusent et se transfèrent immédiatement aux femmes et aux hommes qui portent des enfants dans leur ventre et sur leur dos, en mourant de faim, de paix et de solidarité à l'instant même où nous plantons le Gingko Biloba. Avec, plantée dans le cœur de chacun de nous, la présence d'une petite fille, la petite fille Espérance dont parle Charles Péguy, celle là même d'arrêter le déferlement de la violence folle qui nous fait nous entre tuer. Cela est possible. Nous en sommes sûrs et certains.

 

Il me revient comme ça plusieurs événements fondamentaux. L'arrêt de la guerre d'Algérie par le cessez le feu du 19 mars 1962 et des accords d' Evian. Je les ai vécus. Nous sommes beaucoup à avoir vécu la guerre d'Algérie et l'arrêt de la guerre, le stop aux tueries, aux tortures, aux déportations de populations. Les gens qui ont été déracinés de chez eux peuvent revenir au pays pour s'y réinstaller. L’autrement devenait possible.

 

Il me revient, raconté par mon papa, sa joie de gamin né en 1910, quand à Belmont dans le Doubs, les cloches de la petite église ont sonné l'armistice le 11 novembre 1918. Son papa qui était à la guerre allait pouvoir revenir au pays ; la vie allait pouvoir devenir tout autre. L'autrement devenait possible. Notre grand père et notre grand mère allaient pouvoir s'unir à nouveau et donner une petite sœur à notre papa : Marie-Rose qui naîtra en 1920.

 

Il naît en moi cette petite fille Espérance que dans le « terrain vague » que les vivants et les morts du village nous avaient octroyés sans se concerter et dont nous avions fait notre « terrain de jeux précis » un arbre résiliant et résistant est planté.

 

Il naît en moi cette humble et petite espérance que, dans ce terrain, capturé sous nos yeux d'enfants par l'occupant allemand, puis par le libérateur américain pour y installer l'un et l'autre leurs munitions et leur dépôt de carburant, dans ce terrain un arbre résistant et résiliant est planté.

 

La toute petite Espérance germe en moi que, dans ce terrain que, nous enfants, nous avions récupéré pour y jouer à la guerre, se joue quelque chose de symbolique et d'effectif de la paix.

 

En 1945, après le 8 mai, tout le monde pensait que la guerre était finie. Hélas, dans ce terrain, nous enfants, nous nous mettions à jouer à la petite guerre, parce que nous avions vu et entendu jouer notre sort par les adultes dans les deux grandes guerres. Nous arrivions à tromper le vigilance de nos parents, ce qui nous captivait sur ce terrain, c'était d'y dégoter les munitions délaissées, « de la poudre et des balles » et tous les adultes n'y ont jamais rien vu. Avec mes copains, Yves, Denis et d'autres, nous jouions aux artificiers avec le risque de nous faire blesser ou tuer sur le seuil de la sacristie, là, à 50 mètres où enfin, un arbre résiliant va pousser.

 

Quel bonheur que ce terrain tellement déformé par les guerres, soit redevenu terrain de plantation, qu'il y pousse la paix, la résilience et la résistance à la violence.

 

C'est tout un symbole que de planter un arbre ! C'est l'inverse constructeur de diabol-ique, celui qui divise et démolit, déchiquette les corps, les maisons et les projets. Le symbole rassemble, réunit, réemboite ce qui était boiteux. Le symbole ouvre des horizons.

 

Il me revient quand on a annoncé que les états constituants l'Europe, créaient entre eux un espace, l'espace Schengen. Pour aller depuis le Jura de France, dans la Bavière de l'Allemagne rencontrer des amis, il n'était plus nécessaire de montrer sa carte d'identité nationale à un douanier. Nous prenions conscience que nous étions citoyens du monde. Il est important qu'au moment où arrivent des milliers de migrants obligés de fuir leurs pays pilonnés par nos bombes, nous tenions à cet espace Schengen. Particulièrement en ces temps, où les mêmes pays qui ont créé cet espace essayent d'édicter des lois et des décrets scélérats pour nous enfermer et empêcher l'arrivée des gens dans notre pays.  Alors qu'il n'y a pas très longtemps, nous-mêmes nous nous comportions occupants de ces pays.

 

Qu'est ce que je vais être heureux de recevoir et lire dans la conjugaison de mes deux yeux, ce qui a été dit et écrit ce jour-là de la plantation du Gingko Biloba : le texte de Pierre Jacquin, ce qu'a dit Grégoire Durant le maire de Dampierre, ce qu'a exprimé Antoinette Gillet, Michel Gerbaud, Caroline, la chanson du déserteur par Josette, ce que nous avons entendu de la bouche de Marie-Françoise et de Stéphanie à leur fils et petit-fils Noé. Et ce que nous nous sommes dit les uns aux autres et aussi dans le profond de nos consciences, en plantant ensemble le Gingko Biloba ce samedi 9 janvier 2016 à 11 heures à Dampierre, dans la terre du vieux cimetière.

 

Je suis confiant qu'en plantant le Gingko Biloba, en commun-commune, chacun de nous a senti et pris conscience, que s'implante en lui quelque chose comme des graines de la non violence. Il y a des comportements dont je vais me défaire et me démunir.

  • vis à vis des autres
  • vis à vis de moi-même
  • vis à vis de la Terre,
  • vis à vis de la politique et de l’Écologie,
  • vis à vis des graines, des semences, des arbres, des plantes, des ânes ...

pour adopter d'autres comportements et attitudes qui élèvent notre humanité.

 

Il y a des violences dont je suis en train de me démunir et de me défaire. Ce sont des graines de non violence et de respect qui viennent se loger à leur place.

Voici que l'autrement  possible se réalise.

Lulu

 

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7 janvier 2016 4 07 /01 /janvier /2016 10:03

Plantation du Ginkgo

 

de la paix et de l'espoir

 

Samedi 9 janvier à 11h

 

Place de l'église

 

Dampierre

 

Venez nombreux participer à  cet acte symbolique pour lutter dans la non-violence contre la brutalité des armes et pour faire progresser le refus de la bombe atomique française. 

 

Plantation du Ginkgo Biloba à Dampierre

Pourquoi le Ginkgo Biloba ? Il fut l'une des rares espèces à ne pas avoir souffert de l'explosion de la bombe atomique le 6 août 1945 à Hiroshima. Cet arbre a été choisi pour être le symbole du mouvement A.D.N.-M.A.N.V. : Association Franc-Comtoise pour le Désarmement Nucléaire Unilatéral affiliée au Mouvement pour une Alternative Non-Violente.

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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 08:00
Dans le n° de la Croix du 6 octobre 2015

Dans le n° de la Croix du 6 octobre 2015

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19 août 2015 3 19 /08 /août /2015 21:43

Voici la lettre qui a été rédigée à Dampierre lors de la commémoration du bombardement de Hiroshima et Nagasaki. Elle a été envoyée personnellement le 17 août, à tous les évêques des diocèses de France et d’outre-mer, ainsi qu’à l’évêque de Rome.

 

DAMPIERRE, le 9 août 2015

 

 

Monsieur l’évêque,

 

Pour la commémoration des 70 ans du bombardement atomique de Hiroshima et de Nagasaki, une centaine de militants on jeûné trois jours, et réfléchi ensemble à partir d’ouvrages et d’articles de presse soulignant l’acuité du problème.

Notre pape François, évêque de Rome, nous interpelle dans l’article 57 de son encyclique «  Laudato si » :

 57. « Il est prévisible que, face à l’épuisement de certaines ressources, se crée progressivement un scénario favorable à de nouvelles guerres, déguisées en revendications nobles. La guerre produit toujours de graves dommages à l’environnement comme à la richesse culturelle des populations, et les risques deviennent gigantesques quand on pense aux armes nucléaires ainsi qu’aux armes biologiques. En effet, « malgré l’interdiction par des accords internationaux de la guerre chimique, bactériologique et biologique, en réalité la recherche continue dans les laboratoires pour développer de nouvelles armes offensives capables d’altérer les équilibres naturels ». Une plus grande attention est requise de la part de la politique pour prévenir et pour s’attaquer aux causes qui peuvent provoquer de nouveaux conflits. Mais c’est le pouvoir lié aux secteurs financiers qui résiste le plus à cet effort, et les projets politiques n’ont pas habituellement de largeur de vue. Pourquoi veut-on préserver aujourd'hui un pouvoir qui laissera dans l’histoire le souvenir de son incapacité à intervenir quand il était urgent et nécessaire de le faire ? »

C’est la question que nous nous permettons de vous poser et pour laquelle nous serions honorés de connaître votre réponse.

Dans son livre « De Hiroshima à Fukushima, le combat du Docteur Hida face aux ravages dissimulés du nucléaire », l’auteur Marc PETITJEAN écrit :

«….On parle assez peu de la deuxième bombe, comme si la première avait été le catalyseur de toute l’expérience et de la souffrance des hibakusha. Le 9 août 1945 au matin, l’équipage du bombardier B29 avait été béni par le chapelain de la base de Tinian dans Les Mariannes avant de s’envoler pour larguer « Fat Man », la seconde bombe atomique sur Nagasaki à 10h30…..

 

 ….A  Nagasaki, le docteur Takashi NAGAÏ était devenu célèbre après la publication de son livre « les cloches de Nagasaki » dans lequel il avançait que la bombe était un effet de la Divine Providence et les pertes humaines des sacrifices offerts à Dieu afin de laver les péchés de l’humanité…. »

 

N’est-il pas temps de retirer à l’arme nucléaire la caution que la conférence des évêques lui a accordée le 8 novembre 1983, et de porter cette réflexion lors de votre rencontre prochaine en novembre 2015 à Lourdes ?

Et quels moyens avez-vous l’intention de mettre en œuvre pour que les chrétiens entrent dans cette réflexion ?

Comment tenir compte du chemin tracé par le chef élu de l’Eglise catholique ?

Recevez, Monsieur l’évêque, l’expression de notre attente, de notre espoir et de  nos sentiments reconnaissants.

 

Copie à tous les évêques de France et à l’évêque de Rome.

 

 

Le groupe A.D.N.

Association Franc-Comtoise pour le Désarmement Nucléaire unilatéral de la France.

Le Président : Lucien CONVERSET - Rue de la Source – 39700 DAMPIERRE

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11 août 2015 2 11 /08 /août /2015 09:36

Dans le bloc-notes de la Vie du 6 au 13 août 2015 :

 

 

Le 6 août 1945, la forteresse volante américaine Enola Gay, qui transportait la bombe atomique baptisée Little Boy, larguait cette dernière sur ­Hiroshima. Ce jeudi, cela fait donc 70 ans. Curieusement, peu de monde aura commenté cet anniversaire-là. Il est pourtant considérable et le deuil est loin d’être fait. Cela pour deux raisons différentes.

 

D’abord, le souvenir d’Hiroshima hante toujours la conscience occidentale. En 1995, pour le cinquantième anniversaire, un événement considérable s’était produit. Un pavé dans la mare avait été jeté par le philosophe américain John Rawls, l’une des autorités morales les moins contestées outre-Atlantique. À ceux qui affirment toujours, contre vents et marées, que cette effroyable tuerie avait été « légitime » car, en obligeant le Japon à capituler, elle avait permis de raccourcir la guerre et donc d’économiser des vies, John Rawls opposa un démenti cinglant. Dans un article devenu célèbre – publié dans la revue Dissent (et en français par la revue Esprit de février 1997) – il affirmait que, tout bien pesé, Hiroshima était rigoureusement injustifiable. Et même criminel au regard de l’Histoire.

 

Nous savons aujourd’hui que ces bombardements massifs (ajoutés aux bombardements incendiaires de Tokyo et à celui de Dresde en Allemagne) ont marqué une véritable rupture dans l’histoire de nos démocraties. Un philosophe et théologien irlandais, Desmond Fennell, affirme même que ces crimes « démocratiques » marquèrent la fin d’une ère historique de 17 siècles, celle de l’humanisme d’inspiration chrétienne. L’Occident, en somme, a failli à ses propres croyances en choisissant d’opposer le crime au crime, le mal au mal. Cette question n’est pas seulement « historique ». Elle habite toujours le présent. Les terroristes se servent de cette faille morale pour justifier leurs propres crimes et mobiliser les fanatismes. Et ce n’est pas fini.

 

Une autre partie du deuil incombe aux Japonais eux-mêmes. Comment cela ? Par son horreur même, ­Hiroshima conféra au Japon tout entier un statut de victime historique. Et cela jusqu’à aujourd’hui. Un peu comme si le tragique bombardement de Dresde par les Britanniques (de 25 000 à 130 000 morts civils, selon les sources) avait rétroactivement innocenté les Allemands du nazisme. Autrement dit, un écran, un voile fut jeté, après Hiroshima, sur le militarisme nippon des années de guerre. À la différence de l’Allemagne, le Japon fut en quelque sorte dispensé d’examen de conscience. Il n’y eut jamais l’équivalent d’un tribunal de Nuremberg pour juger les crimes de guerre japonais en Asie. Et pourtant, ceux-ci furent eux aussi abjects. Il y eut les massacres de Chine et du Pacifique, les camps de concentration, l’emploi des gaz de combat, les expériences médicales pratiquées sur les prisonniers, les viols de femmes en Corée ou ailleurs, etc. Sur aucun de ces crimes de guerre, les Japonais ne furent contraints de s’expliquer.

 

Ce n’est plus le cas 70 ans plus tard. Tokyo se trouve sommé de présenter ses excuses à ses voisins asiatiques. Or le compte n’y est pas. Ce deuil-là, lui non plus, n’est pas fait. Faudra-t-il un siècle ?

 

Retrouver cet article sur le site de la Vie et vous pourrez lire d'autres articles sur l'arme nucléaire.

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9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 05:00

Dans l'encyclique du pape François, nous vous proposons 2 paragraphes à lire en ce triste 70ème anniversaire de l'explosion de la bombe à Nagasaki.

 

57. Il est prévisible que, face à l’épuisement de certaines ressources, se crée progressivement un scénario favorable à de nouvelles guerres, déguisées en revendications nobles. La guerre produit toujours de graves dommages à l’environnement comme à la richesse culturelle des populations, et les risques deviennent gigantesques quand on pense aux armes nucléaires ainsi qu’aux armes biologiques. En effet, « malgré l’interdiction par des accords internationaux de la guerre chimique, bactériologique et biologique, en réalité la recherche continue dans les laboratoires pour développer de nouvelles armes offensives capables d’altérer les équilibres naturels ». Une plus grande attention est requise de la part de la politique pour prévenir et pour s’attaquer aux causes qui peuvent provoquer de nouveaux conflits. Mais c’est le pouvoir lié aux secteurs financiers qui résiste le plus à cet effort, et les projets politiques n’ont pas habituellement de largeur de vue. Pourquoi veut-on préserver aujourd'hui un pouvoir qui laissera dans l’histoire le souvenir de son incapacité à intervenir quand il était urgent et nécessaire de le faire ? ...

 

...

104. Mais nous ne pouvons pas ignorer que l’énergie nucléaire, la biotechnologie, l’informatique, la connaissance de notre propre ADN et d’autres capacités que nous avons acquises, nous donnent un terrible pouvoir. Mieux, elles donnent à ceux qui ont la connaissance, et surtout le pouvoir économique d’en faire usage, une emprise impressionnante sur l’ensemble de l’humanité et sur le monde entier. Jamais l’humanité n’a eu autant de pouvoir sur elle-même et rien ne garantit qu’elle s’en servira toujours bien, surtout si l’on considère la manière dont elle est en train de l’utiliser. Il suffit de se souvenir des bombes atomiques lancées en plein XXème siècle, comme du grand déploiement technologique étalé par le nazisme, par le communisme et par d’autres régimes totalitaires au service de l’extermination de millions de personnes, sans oublier, qu’aujourd’hui, la guerre possède des instruments toujours plus mortifères. En quelles mains se trouve et pourrait se trouver tant de pouvoir ? Il est terriblement risqué qu’il réside en une petite partie de l’humanité.

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7 août 2015 5 07 /08 /août /2015 22:10

Un premier souvenir de la journée du 6 août à Dampierre qui fut très…. chaude….intense…. passionnante.

Un grand merci à tous ceux qui se sont manifestés en venant en participant, en envoyant des messages.

Merci à JM MULLER qui est intervenu auprès de R.C.F. en direct à la radio. Quel bonheur de le sentir aussi proche !

N’oubliez pas que nous continuons dimanche et que nous comptons toujours sur votre soutien.

 

Jacqueline, secrétaire d'ADN

 

Photos d'André Siclet. Merci André !
Photos d'André Siclet. Merci André !

Photos d'André Siclet. Merci André !

Antoinette nous invite à répondre au sondage de BFMTV sur le désarmement nucléaire, 70 ans après Hiroshima et Nagasaki. CLIC ICI !

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6 août 2015 4 06 /08 /août /2015 04:00

Dans le Progrès du 5 août, clic ici

Ne pas oublier ! ADN se mobilise...

RDV ce jeudi 6 août et dimanche 9 août,

de 10h à 20h à Dampierre, pour un jeûne et des débats.

Toutes les infos ICI

 

Pour lire le communiqué du MAN ICI

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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 05:00
Publié dans le Canard Enchaîné du 29  juillet 2015

Publié dans le Canard Enchaîné du 29 juillet 2015

On n'oublie pas les RDV à Dampierre les 6 et 9 août, de 10h00 à 20h00. (Info ici)

Apportez les journaux de la semaine que vous possédez, pour discutter ensemble de la façon dont la presse parle de ce funeste 70ème anniversaire des bombes d'Hiroshima et Nagasaki.

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Présentation

  • : Lulu en camp volant
  • Lulu en camp volant
  • : Lucien Converset, dit Lulu est prêtre. A 75 ans, il est parti le 25 mars 2012 avec son âne Isidore en direction de Bethléem, où il est arrivé le 17 juin 2013. Il a marché pour la paix et le désarmement nucléaire unilatéral de la France. De retour en France, il poursuit ce combat. Merci à lui ! Pour vous abonner à ce blog, RDV plus bas dans cette colonne. Pour contacter l'administrateur du blog, cliquez sur contact ci-dessous.
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tous les 1ers lundis du mois de 14h à 17h en hiver, de 16h à 18h en été, à Dampierre (39) avec un temps de partage et de réflexion animé par Lulu.

Et commémoration des bombardements d'Hiroshima et Nagasaki entre les 6 et 9 août, chaque année.

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