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28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 12:00

Lettre du 15 Août 2012 à APOSTAG 

L’âne Isidore et moi nous avons quitté DUNAVERS où beaucoup de jeunes furent d’un abord sympathique et où une femme m’a apporté un café et un gros pain et pendant que je mangeais et écrivais. Elle avait un large sourire et moi aussi, pour remplacer les mots que nous n’arrivons pas à nous dire.

Il est un peu plus de 18 H sur la véloroute quand le village d’APOSTAG est en vue. C’est vers ce village que nous nous dirigeons pour passer la nuit. Je suis en train de me dire : « dans 3 bons quart d’heure, nous aurons trouvé, je l’espère sur la place du village, un lieu, comme un jardin public ou un terrain de foot où nous pourrons établir notre petit campement. Puis tout fort je dis :

- Pourvu que nous trouvions un endroit bien en herbe pour toi Isidore !

- Un coin qui soit bien tranquille pour toi ! me dit Isidore, avec pas trop de chien  à proximité, où tu puisses planter ta tente et dormir tranquille. Je veillerai sur toi pendant la nuit !

- Merci Isidore ! En attendant, tu devrais presser le pas !

- Ma tendinite me fait bougrement mal !

- Je le vois bien, mais ce n’est pas une raison pour trainailler comme tu le fais !

Puisque personne ne nous double ou  ne nous rencontre à cette heure sur la véloroute, nous sommes tranquilles pour nous raconter tout cela l’âne et moi. Tiens mais c’est étonnant, ces gens en bout de piste au croisement de la véloroute avec le chemin qui conduit au village d’APOSTAG. Sûrement des gens qui sont venus se promener. Mais c’est étonnant, ils donnent l’impression d’attendre quelqu’un, et il n’y a personne d’autres que nous à l’horizon.

Apostag-1.jpg

Et plus nous approchons de ces gens, plus ils donnent l’impression que c’est nous qu’ils attendent. Je me dis : « c’est sûrement pour nous demander où je vais avec cet âne… je vais avoir encore grand mal à dire quelque chose de plus que : « je vais à Bethléem . Ich gehe nach Bethléem zu Fuß mit meinen Esel  um Frieden   Pour la paix   PEACE. » Ils ont dû arrêter pour pouvoir caresser l’âne, et c’est vrai que l’âne apprécie beaucoup ces moments où il entend que nous nous mettons à causer avec les gens que nous rencontrons. Pour lui ça fait une bonne occasion pour s’arrêter et manger l’herbe des talus au pied duquel nous avons arrêté nos pas.

Ça y est, l’âne et moi, nous allons nous arrêter auprès de ces gens. Nous sourions. C’est un jeune homme et une jeune femme qui manifestement veulent me parler. Oh mais la dame qui est avec eux ! Je la reconnais ! C’est la personne qui tout à l’heure sur la place du village de DUNAVESCE, alors que j’écrivais et cassais la croûte, est venue près de moi avec un café et un  gros pain pour me les offrir, dans de beaux gestes de fraternité et particulièrement un large sourire. Je le lui dis avec beaucoup d’émotion mais en allemand. Heureusement qu’il y a nos sourires pour nous faire comprendre, les uns les autres. Ces gens sont tous des Hongrois, qui comme moi, dans la recherche de ce que nous voulons nous dire, vont avoir beaucoup de haussements d’épaules : « je ne comprends pas ce que tu veux me dire, tu as du mal à comprendre ce que j’essaie de balbutier…. Attends ! Je vais avoir recours aux gestes et aux signes… »

La dame qui est avec le jeune couple sait que je vais à Bethléem. Elle vient de dire le nom. Elle a dû l’apprendre sur la place du village de DUNAVESCE par la carte de GYULA que j’ai fait lire il y a un peu plus de 2 heures quand elle m’a apporté le café et le pain. Et voilà que ces gens ne se satisfont pas que de caresser l’âne et de me dire : «  c’est beau d’aller à Bethléem à pied… » Ils me font comprendre que les 2 questions qui me trottaient dans la tête tout à l’heure et sûrement encore à l’instant où nous nous rencontrons : «  Où est ce que l’âne et moi, nous allons nous arrêter pour manger et dormir et nous reposer ». Ces 2 questions sont aussi les leurs, et c’est du geste de joindre les deux mains, les porter sur le côté de la tête et incliner la tête dessus pour qu’elle s’y repose. C’est le geste qu’ils font les 3 en même temps en nous regardant, l’âne et moi. C’est ce geste ! (Oh !!! Comme il est beau !) qui va me traduire qu’ils sont à la recherche d’un lieu, pour que nous puissions arrêter notre marche, nous reposer, dormir,  et ils ajoutent en portant la main à la bouche : et manger.

Ça y est : ils voient bien, à ce qui vient de se dessiner, sur mon visage, que j’ai saisi et trouvé ce qui était  caché dans leur cœur et qu’ils voulaient me faire trouver et m’offrir. Je les embrasse avec émotion.

A la manière dont ils se parlent en Hongrois, je comprends qu’ils ont trouvé ce qu’ils ont cherché pour nous ce soir. Mais je reste devant cette profonde question :  « comment ça s’est passé ? D’où ça vient tout ce travail et ce jeu de recherche et de cachette dans lequel ces 3 personnes se sont engagées pour que ce soir et cette nuit nous ne soyons pas dehors, que nous sentions que nous faisons partie de l’humanité, qu’en Hongrie nous ne laissons pas un chien coucher dehors, à plus forte raison un homme avec son âne. » Je repense à Elisabeth qui voyant venir la jeune femme Marie jusqu’à elle dit : « Mais d’où ça vient que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? »

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26 août 2012 7 26 /08 /août /2012 16:10

Lettre du 11 août 2012 à APORKA

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L’homme est parti dans l’arrière cuisine, comme tout à l’heure il est allé dans la cabane à l’arrière de la basse-cour. Il revient de cette arrière-cuisine en tenant une marmite où est en train de finir de cuire un jambonneau. Probablement d’un cochon de leur élevage. Comme tout à l’heure, l’homme m’a apporté sous les yeux et sous le nez, la botte de luzerne pour me la faire voir et sentir, là, il m’a apporté la marmite pour me faire voir et sentir le jambonneau qui mijote.

De même qu’il a retiré une part de la botte de luzerne pour la donner à l’âne, de même il coupe un gros morceau du jambonneau, le met dans une assiette avec un morceau de la miche de pain, et m’invite à manger.

L’âne et moi, nous venons de nous laisser rattraper sur notre chemin par quelqu’un d’étonnant, comme c’est arrivé un certain soir à deux hommes sur le chemin d’Emmaüs.

Je ne sais comment dire. Je n’ai pas les mots pour exprimer à cet homme et à cette femme quel goût merveilleux de partage, quelle saveur d’hospitalité, quelle finesse de fraternité ont tous ces produits de leur travail et la façon dont ils s’y prennent pour mettre devant nous ce qu’ils nous donnent à manger : la luzerne à l’âne, et à moi le jambonneau et les fruits du jardin. Je n’ai pas les mots, alors je cherche les gestes, le sourire, l’expression de mon corps qui signifie ma reconnaissance.

Voilà humblement de grands éducateurs pour leurs petits enfants qui voient et participent à ces gestes d’accueil et d’hospitalité. Cet homme et cette femme élèvent notre Humanité.

Comme il fait beau à ce moment-là, ça a du goût et de la saveur et aussi du parfum. Ces gens créent ainsi leur présence. C’est ainsi qu’ils se présentent…

Tout cela me rentre dans la peau, dans mon être, dans ma chair. A l’homme dépourvu et démuni que je suis, ces mots, ces signes et ces gestes rentrent dans la chair de mon corps. Je sens et reconnais que c’est vrai que le Verbe continue de se faire chair. (Jn 1, 14) dans plein d’endroits de nos chemins d’Humanité. A travers tout cela, ces gens nous donnent une part de leur être.

Je me dois d’écrire ce dont je suis témoin et un tout petit peu artisan, pour que ce que nous sommes en train de vivre ne se perde pas dans le sable de la terre alluvionnaire et tourmentante de cet immense fleuve qu’est le Danube.

Le don de leur présence et de leur être vient nous rattraper et nous chercher dans notre fatigue à l’âne et à moi. Par leurs gestes et leurs actes, par « leurs mots faits chair » ils viennent me tirer des profondeurs de manque dans lesquels je suis tombé. Ils me poussent par la vitalité de leur accueil à sortir de mon désarroi, à leur manifester ma présence en leur signifiant ma reconnaissance…

Je les reconnais gens merveilleux à la manière dont ils fractionnent le peu qu’ils ont. Par ce « peu fractionné », il y a comme « un tout qui passe », « une plénitude qui est communiquée. »

soir.jpgTellement nous sommes bien ensemble, nous avons encore envie de nous dire avec des signes, des gestes, des faits : nous pourrions rester davantage ensemble… car le soir va tomber. Où que c’est que vous allez passer la nuit ton âne et toi ?! Le jour va toucher à son terme... »

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25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 18:51

Lettre du 11 août 2012 à APORKA

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Au fur et à mesure que nous approchons de la maison, de petites poules toutes maigrichonnes se dispersent dans les buissons avoisinants en cotcotant. Nous sommes aux abords d’une petite ferme, où sont accumulées plein de choses récupérées : morceaux de bois, de ferrailles… Nous voilà comme dans une vaste basse-cour non grillagée… enfin une maison sans rideau de fer !... Un pommier auquel nous attachons l’âne Isidore.

Isidore-2.jpg

Dans l’immédiat, quatre jeunes enfants sortent de la maison entourés d’un jardin potager. Ces enfants sont habillés très simplement comme nous l’étions en 1945-50 dans ma famille, au sortir de la guerre. Ils viennent caresser l’âne. Des gosses qui doivent se demander qui c’est que leur grand-père a trouvés et leur a amenés.

A peine, sommes-nous arrivés devant la maison que l’homme a déjà un seau à la main. Il remplit d’eau le seau puis l’apporte à l’âne. Ensuite, il me fait signe de venir avec lui et me fait entrer un peu plus dans la cabane de la basse-cour. Il y a surement là quelque chose pour l’âne. De fait, il retire du fond de la cabane une botte de luzerne. De la bonne luzerne qui sent bon et qui est encore toute enfeuillée. L’homme en prend une pleine poignée pour me la faire voir et sentir. Je dis ma satisfaction comme je le peux. Il m’en remet une brassée et en prend lui-même une autre brassée que nous apportons et mettons devant l’âne.

Pendant qu’Isidore mange goulument cette luzerne parfumée sous les yeux amusés des enfants, l’homme me fait entrer dans leur maison. Sa femme est là, accueillante par son sourire paisible. Nous nous saluons. Je sens que cette femme est fatiguée et harassée. Il me semble comprendre qu’ils gardent les 4 enfants d’une de leurs filles : 2 fillettes et 2 garçons. Les 2 plus grandes 8 et 7 ans sont heureuses de dire en français les quelques mots qu’elles ont appris à l’école ou qui viennent de s’échapper de ma bouche : « C’est bon… merci… bonjour… »

Comme je me sens pauvre et démuni pour exprimer ma reconnaissance devant tous ces gestes et ces signes que ces gens sont en train de nous adresser et de nous donner à l’âne et à moi, tout ce qu’ils sont en train de partager et fractionner avec nous :

-          Leur temps,

-          Leur maison,

-          Leurs biens : l’eau, la luzerne et ça ne doit pas être tout.

Et ce qu’ils nous donnent est de qualité : c’est beau et bon. C’est offert avec générosité, et aussi en simplicité : c’est comme c’est, sans fioriture autour.

Et voilà que dans la cuisine où l’homme vient de me faire entrer il m’offre une chaise, me fait asseoir et dépose sur la table, devant moi, une pêche, une tomate et un paprika. Tout cela vient de leur jardin. J’ai appris par Barnabas et par Gyula que le savant qui a décelé la vitamine C dans le paprika est le professeur Albert Szentgyötgyi, un Hongrois. Tous les gens qui en Hongrie m’ont offert du paprika à leur table sont très fiers que ce soit un de leurs compatriotes qui ait fait cette découverte. Je suis heureux avec eux et pour eux. Mais là, dans cette maison d’Aporca, ce soir, je suis en présence d’un homme et d’une femme très humbles et très pauvres qui mettent à jour  les richesses du cœur humain et me les donnent. De ce qui se passe à travers eux en notre humanité, je suis très fier.

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24 août 2012 5 24 /08 /août /2012 20:40

Lettre du 11 août 2012 à APORKA

Jo-utat-1-.jpg

Pour aller en direction de Belgrade, nous nous sommes laissés mettre sur la route de cette immense plaine de Hongrie, au sud de Budapest, où les voitures n’arrêtent pas leurs courses folles. Où vont-elles donc pour être si pressées ? Notre ami Sandor, n’a pas su nous trouver et nous indiquer la véloroute qui longe le Danube et qui aurait mieux arrangé l’âne et l’homme que nous sommes, Isidore et moi.

Nous avons quitté SZIGET SVENTMIKOS en fin de matinée. Nous voici entre DUNAVARSANY et APORKA.  Qu’elle est longue cette route qui n’en finit pas de longer d’immenses champs de tournesols, de betteraves et de maïs ! Cultures intensives sur des km2. Et des voitures, et des voitures qui nous doublent ou nous rencontrent à des allures donnant le vertige. Une sorte d’ivresse de vitesse a gagné ces gens comme elle nous avait donné le tournis dans les années 1970-1980 en France. Nous avons l’impression que la vitesse en voiture est devenue comme une dépendance.

Et voilà qu’au-travers de tout ça, venant en sens inverse de notre marche, un homme sur un vélo. Il nous a aperçus de loin, l’âne et moi. Je pressens qu’il va venir vers nous. Ça y est ! Cet homme change de côté de la route non pas pour nous éviter, mais pour nous saluer avec enthousiasme. Je comprends ce qu’il me dit bien que je ne capte aucun des mots qui sortent de sa bouche :

- « C’est beau de marcher comme vous marchez avec votre âne… Vous venez sûrement de loin ?! Vous êtes Hongrois ?! »

A ma manière de répondre à ses questions, l’homme comprend que je ne suis pas Hongrois. Je suis heureux qu’il m’ait pris au premier abord pour un homme de son pays. Nous voilà en pleine terre de reconnaissance. Je lui explique que je viens de loin. Je viens de FRANCIA.

- « Francia ! Alors là oui ! Vous venez de loin. Mais ça fait un moment que vous marchez avec votre âne ?! Vous devez avoir soif ?! Vous allez venir boire un coup chez moi ?! Je n’habite pas loin d’ici ! »

Pour le coup, j’apprécie sa manière de nous poser les questions sur notre situation et de répondre à notre place, tellement l’âne et moi, nous sommes fatigués et avons besoin de faire une halte.

Le vélo de cet homme me rappelle celui que j’avais dans les années 1950 à Dampierre. C’était celui que mon grand-père Octave de Chaux-les-Passavant m’avait donné en me disant : « Tu ne l’abîmeras pas ! Tu vas en faire du chemin avec ce vélo ! » Il avait dû l’acheter avant la guerre. Il y tenait à son vélo. Mais il fallait qu’il tienne encore davantage à son petit-fils pour m’avoir donné son vélo, comme il me l’avait donné.

Nous sommes à la hauteur du gros bourg d’APORKA. J’ai l’impression que l’homme, qui est en train de nous conduire chez lui en marchant à nos côtés, appuyé sur le guidon de son vélo, tient beaucoup lui aussi à son vélo. C’est son outil de travail. Et de même que mon vélo de 1950, le sien n’a pas de dérailleur, ni d’éclairage, mais il a un petit porte-bagage, solide, sur lequel est arrimé un sac aussi gros, tout rempli de panouilles de maïs. Je suis en présence de quelqu’un de « pauvre en biens, mais bien riche en délicatesse et accueil ». En nous voyant, il a quitté le côté de la route qui était le sien, pour venir se mettre à notre côté. Tout de suite par ses paroles et son sourire enthousiaste, il nous a manifesté son estime et il a pensé que l’âne et moi, par ce temps orageux et menaçant de pluie, nous pouvions avoir soif, et il nous a invités chez lui. «  Il ne nous a pas évités mais il nous a invités ». Quelque chose me raconte que nos chemins sont jalonnés par la présence de Samaritains et tous les jours, j’en rencontre de très bons, qui se font tout proches de nous.

 Où est-il donc son chez lui ? Et comment ça va être chez lui ?! Oh ! Sûrement à l’image de l’homme qui nous conduit. Nous avons quitté la grande route. Sur le chemin sur lequel il nous emmène, cet homme marche à nos côtés. Dans le moment de désarroi dans lequel je suis, j’ai l’impression que quelqu’un vient de me rattraper, quelqu’un qui essaye de me faire décrypter la langue hongroise. Comme je voudrais connaître ce qu’il est en train de me dire. Mon cœur est tout brûlant de ces paroles de braise qui me traduisent les écritures qui tapissent l’intérieur de son cœur. Tout ce qu’il me dit doit être tellement beau !

Nous marchons ainsi sur une bonne distance, pendant un bon moment, le temps de me faire prendre conscience que je suis sur le chemin d’Emmaüs, et à cause de la pauvreté relationnelle qui est la mienne, la langue qui nous devient commune entre cet homme et moi est la langue des signes ? Je suis en train de me laisser dire au fin fond de ma conscience : « Vis à plein le moment que vous êtes en train de vivre… Entre bien là où il est en train de t’emmener… Prends bien le temps de la reconnaissance ! C’est au travers des gestes, des signes, des faits que cet homme est parlant. Tu ne connais pas la langue de cet homme et il a plein de trésors à t’offrir. Cet homme te fait signe pour te donner ces trésors.

..../....

Photo de Gábor Söményi

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22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 22:00

Lettre qui ne suit pas l'ordre chronologique, Lulu a passé la frontière Slovaquie-Hongrie le 27 juillet...

Le mercredi 25 juillet 2012 à Klizska Nema (Slovaquie, bientôt en Hongrie)

Levé au chant du coq. Tout de suite assailli par les moustiques en sortant de la tente que j’ai installée hier soir sous l’abribus, je vais détacher l’âne Isidore de dessous le pommier où je l’ai attaché pour la nuit. Et je le mets dans cet endroit clos presque en totalité. C’est important qu’il ait bien mangé avant que nous ne reprenions notre chemin en direction de Komarno par la véloroute, « variante durch die SLOVAKEI »

C’est beau ce qui nous est arrivé hier soir ! Quel accueil ! Quelque chose de ce qui s’est passé à Bethléem il y a un peu plus de de 2000 ans. Les petites filles pauvres qui dans l’immédiat se mettent en quatre pour nous accueillir.

Nous venons de quitter la véloroute (sur digue du Danube) pour entrer dans le village de Kilizska Nema. La première chose qui de loin attire mon regard alors que les premières gouttes de pluie nous tombent dessus, c’est un abribus. Je dis à Isidore : « voilà qui peut devenir notre point de repère pour ce soir et cette nuit. » Il me dit : « Après tout ce que nous avons vécu durant cette journée, c’est important que nous ayons un endroit pour nous poser, et nous reposer. »

J’ai remarqué qu’en face de cet abribut se trouve une importante maison, un peu comme un centre hospitalier. C’est écrit en grosses lettres bleues : « Domon Dochodcov ». Ça me fait penser à la maison de Iris à Saint-Aubin où j’allais voir Louis et Madeleine, ainsi que Guy et Lucie.

Je n’ai pas fini d’attacher l’âne à une rambarde de fer de l’abribus, qu’une femme en blouse blanche sort de cet établissement et me demande si elle peut nous prendre en photo l’âne et moi. Je lui fais comprendre que nous nous arrêtons sous l’abribus en raison de la pluie qui commence à nous tomber dessus. Je reçois de cette femme comme une compréhension, un aval et comme un accord. Alors qu’elle n’a pas forcément  d’accord à me donner. Mais je suis un étranger, un nomade qui arrive dans un coin de la terre qui est le sien, le leur. Et un peu comme pour donner plénitude à cet accord, voilà qu’arrivent 4 ou 5 femmes en blouse blanche elles aussi, puis des personnes résidentes. Je me sens fraternellement accueilli. L’âne est caressé et pris en photo par plusieurs et je voudrais bien pouvoir leur exprimer ma reconnaissance pour un tel accueil. Et voici que parmi les personnes résidentes dans cet établissement  qui viennent d’arriver, l’une d’entre elles me dit « Je parle français : à 20 ans, j’étais à Paris au pair. Je m’appelle Edith. Puis devinant ma recherche parce que j’ai du dire que j’allais à Bethléem avec mon âne, elle me dit : « Que cherchez-vous ? Dieu ! Il est partout ! » Puis très réaliste, elle me dit : «  Quand vous allez dormir ? votre animal ? » Alors j’explique qu’après l’avoir fait manger l’herbe des fossés, je l’attacherai à un arbre pour la nuit. Alors, je me rends compte que ces questions d’Edith me pose sont aussi les questions de tous ces gens. Edith devient notre interprète ? Je comprends que certaines lui disent : « Edith demande à cet homme  d’où il vient… combien a-t-il mis de temps, et pour arriver à Bethléem, il n’y est encore pas, combien de temps il pense mettre… Pourquoi il va à Bethléem ? » C’est beau comment Edith me transmet les questions de ces gens et leur communique ce que je réponds. Je dis entre autres choses ce que Maria Mosikova m’avait aidé à écrire samedi 21 lorsque nous avions été accueillis chez eux à Kalinkovo : « Idem pré mier som proti nuclearnym zbraniam. » « Je marche pour la paix, en demandant le désarmement nucléaire. » Je dis en slovaque que je les remercie pour leur accueil des plus fraternels : « Dakvjem ». tout le monde rit.

Puis Edith me dit : « en visitant d’autres pays, vous trouverez Dieu. » Je lui demande : « Quand est-ce que l’on rencontre Dieu ? » Edith me dit : « Dans les amours, dans les amitiés… » je dis : « Dieu est là dans la manière dont vous êtes tous en train de m’accueillir. » Edith me dit : « Dieu est là. Il fait tic, tic, tic dans notre cœur pour qu’on lui ouvre la porte de notre cœur… » Je lui dis : « Edith c’est beau ce que vous dites. »

Tout plein de gestes d’accueil vont nous être offerts par tous ce gens, émaillés par des paroles fortes d’Edith. Un homme arrive avec une longue corde pour que l’on puisse bien faire paître l’âne. Et il me signifie que je garde cette corde. Ça tombe bien. J’ai oublié le matin même la grande corde sur le terrain où nous avons dormi à Medvedion. Edith me dit : « J’ai lu la bible chaque jour à 14 ans. J’ai eu la vie très dure. Je n’étais pas communiste. Je croyais très fort en Dieu. J’essayais de le suivre. Chaque fois que je trouvais du travail, je devais en sortir. Croyante en Dieu, j’ai été enfermée pour folle. Je respecte tous les hommes. Je parle six langues. Il y a un soleil pour tous les hommes. » Je repense au cadran solaire de chez Judith et Wolgang dans leur jardin d’Ottensheim : « Sol Omnibus Lucet : Le soleil luit pour tous. »

Sol-omnibus-lucet.jpg

Photo internet

Edith demande aux infirmières la possibilité de rester auprès de moi afin de continuer à causer dans cette teneur. C’est accordé. Voici ce que j’entends de la bouche d’Edith : « Je veux aimer sans l’argent. Dieu est toujours avec moi. Je luis dis : reste avec moi. Et il reste. Ma prière : « écoute le Dieu. Le Dieu moi écoute. » Je redis à Edith : « C’est beau ce que vous dites Edith ! » C’est alors qu’Edith me dit : « Je l’aime le plus beaucoup du monde, Dieu ! »

Edith me dit : « Je voudrais que vous ne partiez pas… je suis fatiguée. Je regrette. Je ne peux pas montrer tout ce que  je veux qui habite mon cœur. »

Je dis « Edith, la pluie va s’arrêter de tomber. Je resterai émerveillé de votre accueil  et de votre partage et grâce à votre médiation, de l’accueil de tous les gens de votre établissment.

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22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 13:23

Lettre du 6 août 2012 à Budapest (Hongrie)

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Comment rompre et faire tomber les nouveaux rideaux de fer ?

 

Mais en parcourant durant ces 4 mois la véloroute de DAMPIERRE à BUDAPEST, une grave inquiétude me travaille. Le mur de BERLIN est tombé, le rideau de fer a été rompu entre les peuples, des frontières et barrières ont disparu qui ont suscité beaucoup de liberté entre nous tous.

Mais j'ai l'impression que les hommes que nous sommes se sont tout de suite dépêchés de reconstituer des nouvelles barrières très empêchantes entre nous.

Szentenren-Budapest-fele.jpg

Tout le long de mon chemin la question frappe et me fait mal. C'est l'enfermement dans lequel les gens se cloisonnent. C'est un véritable nouveau rideau de fer continuel qu'ont élevé les habitants des villes et villages traversés de chaque côté de la véloroute le long du Danube. Tout est bouclé, fermé, cadenassé. Ça doit coûter une fortune. Et dans tout cela on croit être protégé, en sécurité et gardé, parce qu'il y a des chiens qui ne cessent d'aboyer et crier, et de faire aboyer les chiens des voisins, et vous empêchent d'approcher.

En m'entendant raconter tout fort « avant 1989 le rideau de fer empêchait des familles de se reconstituer et de se voir », voilà que l'âne Isidore voulut me dire : « j'ai l'impression que tous ces chiens et ces barrières en fer ont le même effet. Ça doit être empêchant pour se rencontrer et se voir. Ça hurle ! Ça crie trop fort. Je m'amuserais bien avec tous ces petits chiens et même avec les gros. Mais souvent ils me font très peur. Ça me hérisse les poils de les entendre nous crier tous dessus, alors que l'on voudrait pouvoir leur parler, les saluer dans leur langue : « Grüss Gott... » quand on était en Bavière.... « Jö Na pott » maintenant que nous sommes en HONGRIE.  Mais il n'y a pas moyen de s'entendre. Je voudrais les écouter nous raconter la vie de chiens qu'ils mènent... leur raconter comment la nôtre est belle sans cris ni barrières de fer. Peut-être qu'ils nous diraient : « Mais vous allez partout où vous voulez.... ?! » Et si nous leur répondions : « nous allons partout sauf où des chiens nous empêchent d'aller... ». Peut-être que çà leur donnerait des idées pour faire tomber ces nouveaux rideaux de fer... que les propriétaires ont institués, et qui leur font mener à eux une dure vie de chiens... ».

J'étais prêt à féliciter l'âne Isidore pour la manière pacifique, non agressive et non violente avec laquelle il envisageait « ces choses cachées depuis le commencement du monde » et qui se révèlent à nous tout au long de notre voyage, lorsqu'il voulut encore me dire :

« Ça serait quand même intéressant qu'entre deux aboiements nous puissions leur demander « mais pourquoi vous nous criez dessus comme ça ?! » et qu'entre 2 autres aboiements nous puissions leur dire : « est-ce que c'est vos maîtres qui vous demandent d'agir ainsi ? ... » Mais comment vos maîtres peuvent-ils s'accommoder de vos cris féroces et continuels ? Et si ce n'était que de jour, quand on est éveillé... mais il y a eu une nuit dans le village où un jardin nous a été refusé et que  toute la nuit les chiens ont pris un relais continuel pour nous crier dessus, mes oreilles en étaient malades que tu n'aies pas pu fermer l'oeil.

Ça serait important que l'on puisse demander encore entre 2 autres aboiements « mais vos maîtres, comment font-ils quand c'est leurs petits enfants qui viennent les voir le dimanche.... ou que le ballon des enfants des voisins tombe dans le jardin de vos maîtres... ».

« T'as remarqué » me dit encore l'âne Isidore : « nous n'avons pu partager ces questionnements à propos des chiens qu'avec des gens qui n'en n'ont point !... Comment faire pour faire tomber ce nouveau rideau de fer. J'aimerais encore pouvoir dire aux chiens « est-ce que c'est toute l'année que vous avez cette vie de chiens !... et ça dure depuis combien d'années ?! ».

« Depuis que nous sommes ici à BUDAPEST comme dans le jardin de Judith et Wolfgang à OTTERSHEIM, ou celui de Christiane à VIENNE je voudrais encore dire « qu'est-ce que j’apprécie que Barbara, Linda et Mathieu ainsi que le grand père Gabor nous aient ouvert leur jardin en plein 3ème arrondissement de Budapest. Ils n'ont pas de chien. Mais comment se fait-il que les  chiens des voisins  m'aboient dessus ? Comme s'ils voulaient me faire comprendre, (ce qui n'est pas leurs pensées à eux ): « Tu n’as rien à faire ici ».

Allez je voudrais encore dire cela : « moi qui ne suis qu'un âne, dans le chemin qui nous emmène à la recherche de la paix j'ai comme ça une idée : comme à propos de l'armement nucléaire, que quelqu'un commence, qu'il y ait quelques gens qui commencent à faire tomber le rideau de fer qui nous sépare de vous, nous les camps volants par rapport à vous propriétaires et sédentaires. Ce rideau de fer qui vous empêche de nous accueillir. Du coup votre vie de chiens féroces s'arrêterait. Elle tomberait d'elle-même. Le rideau de fer en 1989 est entièrement tombé parce que des gens en Hongrie ont commencé de le faire tomber. On ne se crierait plus après. Nous nous  appellerions les uns les autres. On se dirait de belles choses comme celle-là en se voyant passer « Toi qui n'as pas où loger ce soir, viens voir crécher près de nous, chez nous dans notre cour et jardin, te mettre à l'abri. Regarde comme on est bien ensemble. Votre vie de chien cesserait d'être hargneuse. Avec le fer des barrières on forgerait des outils pour cultiver la terre... Oh, mais ça rappelle ce que disait le prophète ZACHARIE , ce prophète qui a tellement bien vu qu'il y a place pour tout le monde à la surface de la terre... Depuis des siècles et des siècles nos ancêtres les ânes nous transmettent cette prophétie de Zacharie :

«  Exulte de toutes tes forces fille de Sion

Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem

Voici que ton roi vient à toi,

Humble et monté sur un âne,

Sur un ânon petit d’une ânesse.

Il supprime en Ephraïm les chars de fer

Ainsi que l’arc de guerre

Pour en faire des outils et socs de charrue…

Zacharie 9 9

 

Merci Gabor Söményi pour la photo

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21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 16:30

Lettre du 6 août 2012 à Budapest (Hongrie)

Comment rompre et faire tomber les nouveaux rideaux de fer ?

J'essaye de ramasser la part à teneur d'événements de ce que nous avons vécu hier en entrant à BUDAPEST, au pas de l'âne Isidore, dans l'accompagnement de BARNABAS, LINDA et MATHIAS venus à ma rencontre.

Le nom de « BUDAPEST » évoque en moi l'écrasement dans l'oeuf de la révolution du peuple hongrois pour l'acquisition de sa liberté en octobre 1956.

Mais j'arrive à BUDAPEST le 5 août 2012 dans une ambiance de paix : un jeune couple de Hongrois, amis de Jean-François et Armelle vient à ma rencontre pour me faire entrer là où ils habitent. Ils nous font une place dans leur maison. Ils ouvrent leur jardin à l'âne. Quel bonheur !

Quelle étape je vis en ce lieu et moment sur la route de BETHLEEM à la recherche de la paix !

Je m'étais réjoui profondément d'apprendre que le mur de BERLIN tombait le 9 novembre 1989. Je me souviens. J'étais à Dampierre auprès de notre papa en train de lutter contre le cancer tenace qui l'emportait. Roland Dodane, avec beaucoup d'amitié passait nous voir de temps en temps. Ce jour-là, il s'était arrêté avec joie pour nous dire « le mur de Berlin vient de tomber »

Déjà dans l'été le rideau de fer avait commencé d'être rompu particulièrement en Hongrie et avait permis à des Allemands de l'Est d'entrer en Allemagne de l'Ouest.

Je repensais à une autre rupture : celle de la ligne MORICE, rideau de fils de fer barbelés entre l'Algérie et la Tunisie. Quand j'ai appris par les accords d'Evian, l'arrêt de la guerre d'Algérie le 9 mars 1962 je m'étais réjoui que soient rompues de telles barrières entre les hommes. Ça fait du bien quand on apprend de telles chutes et ruptures. Ça donne de l'espérance pour continuer d'entreprendre de faire cesser l'établissement du mur qui est entre ISRAEL et PALESTINE.

Suite

Mur

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19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 13:00

Lettre du 31 juillet à Dunaalmas, pas très loin de Budapest

  

Me réjouir de ce que les autres réussissent

sans que j’y sois pour quelque chose !

 

Tout ce que je suis en train de vivre en ce moment, très loin de vous par la distance, j’essaie de le vivre dans la paix et dans la joie.

J’apprends et je ressens que plein de choses sont réussies par vous, et aussi par les gens que je rencontre en chemin. Et je n’y suis pour rien dans cette réussite. Je me réjouis de ce que vous réussissez. Je pense aux campements de Floriâne à Mamirolle, à des randonnées, à des avancées au sein de Siloé, dans le cercle de silence, dans le mouvement ATD Quart-Monde, dans la JOC et la PPH à Bonnefontaine…

Il est bon, il est vrai, de réussir ensemble des avancées collectives. C’est sain de s’y donner à fond, et de se dire : ce que j’ai fait, ce que j’ai appris à recevoir des autres, tout cela a contribué à la réussite. Mais voilà que dans la vie des choses se réalisent à merveille. J’y ai été engagé mais désormais, je n’y suis plus présent sinon par la pensée. Je ne suis plus pour rien du tout dans ce qui se réalise et se réussit. Je suis appelé à me réjouir de ce que les autres réussissent sans que j’y ai pris part du tout.

Tout cela m’aide à davantage comprendre que, si vraiment je suis ami avec quelqu’un, je dois non pas vouloir solutionner les difficultés que cette personne traverse, ni non plus dire comment il faut faire, mais au contraire respecter que c’est la personne qui est l’auteure de sa vie et que j’ai à prendre de la distance et à laisser jouer le temps qu’il faut pour que la clarté se fasse. Et un jour, si je suis vraiment ami, me réjouir que la libération et clarté soient venues sans que j’y sois pour quelque chose. Ainsi me démettre du pouvoir que je crois détenir, me déposséder du fait de réussir. Lâcher prise. Et finalement me réjouir que la lumière et clarté soient venues sans que j’entende : « C’est grâce à toi que j’en suis sorti ! »

Tout cela je l’ai beaucoup appris dans cette étonnante école qu’est Siloé : les amis qui luttent pour sortir de la dépendance de l’alcool. Mais je m'aperçois que l’on n’a jamais fini de le découvrir.

Et je continue de l’apprendre alors que me voici loin de vous. Dans quelques jours à Budapest. C’est bon de prendre de la distance les uns des autres, de quitter le nez collé au guidon, d’arrêter de penser que l’on ne peut rien sans moi. Etre loin les uns des autres nous rend réalistes et respectueux. Ainsi ce qu’il y a sur le bât de l’âne devient plus léger, comme ce qui est dans le sac sur mon dos. Je déleste. Je goûte à la légèreté de l’être.

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J’expérimente ce qui a travaillé l’être de Moïse à la finition de sa vie. Quand sur le mont Nébo, en face de Jéricho, il entendit Yahvé lui dire : « Voici le pays que par serment, j’ai promis à Abraham, Isaac, et Jacob. Je le donnerai à ta postérité. Je te l’ai fait voir à tes yeux. Mais tu n’y passeras pas. Ce n’est pas grâce à toi, ni avec toi que se fera leur passage. Mais leur passage se fera ! » (Deutéronome 34,4)

Et voici que me reviennent les paroles d’un très grand pédagogue, paroles issues de la vie et de l’expérience : « Personne ne libère quelqu’un à sa place. On ne se libère jamais seul. On se libère ensemble. » (Paula Freire dans Pédagogie des opprimés)

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18 août 2012 6 18 /08 /août /2012 13:25

Lettre du 28 juillet à Tata en Hongrie.

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Ces personnes qui ont commencé de nous accueillir hier soir, l’âne Isidore et moi, continuent de nous aider à nous remettre en forme, à réparer nos forces fatiguées, et ainsi à pouvoir reprendre notre route en direction de Budapest lundi matin probablement.

 

Une fois encore, j’approfondis ma prise de conscience qu’en Humanité, c’est bien nous qui accomplissions les actes de notre vie, nous en sommes responsables. Mais nous ne pouvons les réaliser que grâce à notre relation aux autres. C’est bien l’âne Isidore et moi qui réalisons cette marche en direction de Bethléem, en camps-volants que nous sommes, mais ne pouvons l’accomplir que parce que chaque jour, particulièrement en fin d’après-midi, des gens « installés », trouvés et rencontrés sur notre chemin, font la démarche de se « désinstaller » et « déstabiliser » pendant un certain temps pour qu’une place soit faire en eux et chez eux, pour nous, afin que soit réparée et refait ce qui s’est usé en nous.

Tata château

Je trouve que celui qui nous a fabriqués ainsi, entre autres avec ces 2 faces qui font une part essentielle de nos existences : le fait d’être à la fois camps-volant et sédentaires, ne s’y est pas mal pris dans son atelier de la création. Une sacrée relation va s’intensifier entre lui et nous. Il va se désinstaller de l’endroit où on l’avait recasé, immortel, éternel, intouchable. Il nous fait comprendre par les prophètes et les patriarches, par les femmes de la bible que depuis qu’il nous a fait sortir de la terre d’esclavage et d’oppression, il s’est mis à vivre en « camp volant avec nous » (2 Sam 7, 6), « cette Parole de libération va se faire chair » (Jo 1, 14). C’est Jésus. Ce qu’il a initié et commencé, ce qui s’est mis en route au commencement par lui, est appelé à se continuer par nous, les uns par les autres, les uns pour les autres, les uns grâce aux autres : camps-volants et sédentaires, entremêlant leurs chemins, et leurs demeures. Katalyn, au moment où je voulais lui dire hier notre reconnaissance pour leur attitude, à elle et à ses enfants, de sédentaires, ouvrant leurs fenêtres et leurs portes aux camps volants que nous sommes, Katalyn en hongrois dit à Mark « dis à cet homme : votre venue parmi nous est un cadeau de Dieu, ‘ein Geschenk von Gott’ ». Je dis à Mark : « Dis bien à ta maman, que le cadeau de Dieu vient d’abord de ta maman et vous. »

Avant le repas de ce dimanche midi, nous trouvons important d’aller exprimer tout cela dans une des églises de la cité : celle de Jakobfelner, en célébrant avec Thomas leur curé, la messe du dimanche. Ne serait-ce pas cela contribuer à la réalisation de la paix, les uns grâce aux autres, camps-volants et sédentaires.

Tata messe

Aidé par Mark, voilà ce que je tente de dire dans la célébration de la messe :

Bonjour : Jö Napot

Je viens du pays de France : Francia országból jöttem.

Je marche avec un âne en direction de Bethléem : szamárral gyalog megyer Bethlehembe.

Je marche pour la paix : a békéért menestelek

Pour le désarmement nucléaire : a nukleáris leszerelést.

Merci pour votre accueil dans la famille de Katalyn : Köszönnöm hogy itt lehetek egy családnál Katalyn.

Merci à Mark pour ses photos

 

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17 août 2012 5 17 /08 /août /2012 13:24

Lettre du 28 juillet à Tata en Hongrie.

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Le fait de savoir que pour cette nuit, l’âne et moi nous pourrons nous reposer tranquilles, me fait déjà grand bien et me permet d’écouter posément la présentation de cette famille.

La maman, la dame qui a ouvert la fenêtre et donné la carotte s’appelle Katalyn. Par les traductions et interprétations que Mark le second de ses fils va réaliser, j’apprends qu’elle est institutrice. Mark a un grand frère Aurel. La jeune fille qui m’a offert les gâteaux et présenté le repas est l’amie de Mark. Elle s’appelle Victoria. Puis arrive dans la soirée Maria, la 3ème des enfants de Katalyn. Après le repas et le thé pris ensemble, je vais faire paître l’âne Isidore sur les pelouses des espaces verts voisins. Il se régale. Mais il manifeste que sa patte avant gauche ne va pas des mieux. Katalyn me dit qu’elle connait un vétérinaire. Elle lui téléphone. Il viendra demain. Je continue à masser le genou d’Isidore aux huiles essentielles. Puis une fois qu’Isidore a bien mangé, nous le rentrons dans le jardin. Et grâce à leur ordinateur, nous pouvons consulter le blog et appeler la famille Lamy, parler à Rachel et à ma sœur Babeth qui se trouve là. Tout cela met beaucoup de baume sur les inquiétudes mutuelles d’un tel éloignement entre nous.

En ce samedi où j’attends ce que va dire le vétérinaire à propos de la patte de l’âne, l’accueil de cette famille se poursuit avec la même délicatesse que ce qui nous a été témoigné hier soir et ce matin. Mark après le petit déjeuner va me changer 100 euros en 278 00 HUF (Hungary Forins). Nous allons à la poste. J’envoie des lettres pour le blog « Huiles essentielles, paroles existentielles » et « Edith, c’est beau ce que vous dites »

Je continue à faire paître l’âne tout en ramassant ce qui jaillit de prière de mon cœur, pour remercier le Père qui dans les échanges que s’offrent ses enfants que nous sommes, nous donne un tel souffle de fraternité ; celui-là même dont son fils Jésus veut embraser le monde. Camp-volant réduit à presque rien, je me laisse toucher et émerveiller par l’attitude des gens de cette famille dont les revenus sont très humbles et qui dans leurs lieux de sédentarisation, maison, cour, jardin, nous donnent à l’âne et à moi, de quoi nourrir et soigner la continuation de notre cheminement. Une fois encore, ce que j’ai m’est donné, ce que je suis, je le tiens des autres.

 

Tata repas

Après le repos de midi délicieusement préparé par Katalyn aidée de sa fille Maria, arrive le vétérinaire, qui voit tout de suite ce que nous pressentions : l’âne a une tendinite. Il est catégorique. Il faut au moins 3 jours de repos.

 Tata soins Isidore

Je regarde Katalyn et son fils Mark. Dans l’immédiat, ils me signifient que c’est possible, que nous restions chez eux ces 3 jours ; c’est dans la même veine que ce qui s’est passé à Etouvans chez Jean-Marie, à Ottensheim chez Judith et Wolgang, à Pischelsdorf chez Daniela et Marion, et à beaucoup d’autres endroits de notre périple.

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Merci à Mark pour ses photos 

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Présentation

  • : Lulu en camp volant
  • Lulu en camp volant
  • : Lucien Converset, dit Lulu est prêtre. A 75 ans, il est parti le 25 mars 2012 avec son âne Isidore en direction de Bethléem, où il est arrivé le 17 juin 2013. Il a marché pour la paix et le désarmement nucléaire unilatéral de la France. De retour en France, il poursuit ce combat. Merci à lui ! Pour vous abonner à ce blog, RDV plus bas dans cette colonne. Pour contacter l'administrateur du blog, cliquez sur contact ci-dessous.
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