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24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 15:03

Dampierre le 23 mars 2020

 

 

«NOS NUITS NE SONT PLUS PRIVÉES D’ÉTOILES »

( Gamin et Rameaux )

 

 

En ce confinement très douloureux et difficile à assumer, quelques appels fraternels et attentionnés me sont parvenus et m’aident à me laisser habiter par la loi, nous demandant instamment de « rester chez nous ».

 

Je veux partager avec vous ces appels téléphoniques.

 

Des médiateurs sociaux nous font comprendre que le confinement est un des moyens les plus efficaces que nous possédons presque tous pour empêcher l’invasion du coronavirus des uns chez les autres. C’est une réelle manière d’aider les membres du corps médical à barrer la route à ce fléau qui tente de s’infiltrer partout dans le monde.

 

Une amie qui a été animatrice dans nos campements à Loisirs Populaires de Dole, me racontait hier soir au téléphone : « Dans l’HLM où j’habite en banlieue parisienne, comme ils font dans certaines villes italiennes, nous ouvrons nos fenêtres ... Quand les 20 heures sonnent ... nous chantons ce que nous avons appris de Graeme Allwright et de Hugues Aufray pour exprimer notre reconnaissance aux travailleurs des hôpitaux et aux chercheurs ... »

 

Une autre amie qui a été animatrice à Floriane est partie se confiner dans la garde de ses neveux et nièces pour que sa sœur, la maman de ces petits-enfants, puisse soigner des malades.

 

Un copain qui a passé sa vie à nettoyer les rues de Dijon, à laver les vitres des magasins, et à balayer les quais et les souterrains de la gare SNCF, en retraite depuis quelques mois, me dit : « Pour partir faire mes courses, j’ai pas acheté de masques, je les laisse aux personnes de l’hôpital. Je m’en suis fabriqué un avec une enveloppe et un filtre à café »

Quel bel esprit inventif et solidaire !

 

Il y aussi nos ânes, Gamin et Rameaux qui me causent beaucoup plus de joie que de soucis. À la mi-février, je les avais mis au bas du pays dans la belle pâture que nous prêtent des amis d’enfance. C’est le long du Doubs, tout près de la grotte préhistorique si chère à Jeannot. De temps en temps j’ouvrais la barrière aux ânes pour qu’ils mangent l’herbe des talus et des fossés. Car l’herbe se faisait rare dans la pâture. Un soir ils me demandèrent ce qui se passait dans le monde des humains :

 

« Nous n’entendons presque plus de bruits d’engins à moteur, aussi bien le jour que la nuit, dans notre environnement. Nos grandes oreilles n’en reviennent pas. Voilà que nous entendons nos voisins les oiseaux dans les buissons d’épines s’adresser des chants d’amour comme il y a des années que nous ne les avons pas entendus. Il parait que vous vouliez venir camper dans la grotte préhistorique avec tes amis Éric et Jeannot parce que c’est leur anniversaire les 20 et 21 mars. Ça en fait des années que vous marchez au même pas que nous les ânes. Vous vouliez venir trouver près de nous un véritable repos, celui-là d’avant toutes les machinations que vous pensiez glorieuses. Si seulement ce calme et ce repos pouvaient se maintenir une fois le coronavirus passé. Si vous voyiez comment les nuits sont redevenues de belles nuits noires. Elles ne sont plus privées d’étoiles. Ne sommes-nous pas en train de nous rendre compte que ce que nous estimions impossible est devenu possible ? Nous sommes prêts à vous aider à nous y maintenir ».

 

Je répondis aux ânes :

« De fait, une pandémie est en train d’invasionner le monde entier.

Nous sommes engagés à nous confiner chez nous, afin de barrer la route le mieux que nous le pouvons à ce fléau.

Tranquillisez-vous, ce n’est pas sur votre dos d’ânes que nous faisons reposer la responsabilité comme au temps de La Fontaine quand il s’était agi de la Peste. Il y a des attitudes fatalisantes que nous ne nous autoriserons plus jamais. Quelque chose comme une aurore, encore plus belle que l’aurore boréale est en train de se dessiner pour l’avenir de notre planète »

 

Les ânes me firent comprendre que pour que nous puissions continuer de cheminer ensemble il faudra réaliser une petite transhumance. Leur confinement en cet endroit ne peut durer. Toute l’herbe est mangée.

 

Je leur dis :

«Je reviens, sans tarder. J’aurai demandé «une attestation de déplacement dérogatoire » Je vous conduirai dans la pâture du haut, dans le verger planté par nos parents. «Sur des prés d’herbe fraîche vous allez pouvoir reposer. »

Une fois notre confinement terminé, nous aurons beaucoup besoin de marcher à votre pas en notre Humanité »

 

Lulu

 

Les ânes déménagent pour mieux se nourrir.
Les ânes déménagent pour mieux se nourrir.

Les ânes déménagent pour mieux se nourrir.

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20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 09:31
Maison de Lulu

Maison de Lulu

Dampierre, le 19 mars 2020

 

 

« POUR QUE CE NE SOIT PLUS APRÈS, COMME C’ÉTAIT AVANT »

 

 

Nous voilà confinés dans nos gîtes et dans nos maisons.

 

C’est un commandement « Restez chez vous » qui nous est intimé par les responsables politiques et sanitaires de notre Etat, nous sommes appelés à obtempérer afin de barrer la route à cette pandémie du coronavirus.

 

Le confinement est une grande épreuve pour nous tous. Mais rester chez soi appelle aussi à « penser ». Le vieux La Fontaine disait dans une de ses fables « Que faire en un gîte, à moins que l’on ne songe ? »

 

Confiné à Dampierre dans ce petit bout de gîte réparé par des mains et des bras solidaires, je viens partager avec vous ce à quoi je songe.

 

Je suis très marqué et très touché par le sens civique et le respect des uns à l’égard des autres qui s’institue dans notre pays voilà quelques jours entre nous tous. C’est sur l’injonction très difficile à instaurer dans le sens du service et dans la recherche du bien commun.

 

Je crois et fais confiance en m’engageant personnellement à répondre à cette organisation civique, politique et sanitaire.

 

Je crois à notre capacité inventive non pas pour sombrer dans la débrouillardise individuelle et égocentrique, mais pour trouver des sentiers de solidarité afin de ne pas tomber dans la dépression provoquée par l’isolement, et contribuer à arrêter la pandémie.

 

Tout d’abord un profond respect à vous amis qui ne pouvez pas obéir à cet ordre de « rester chez vous » puisque vous êtes obligés de quitter chez vous pour aller soigner les membres de notre humanité qui sont atteints du coronavirus ou d’autres maladies, ou qui se trouvent en grande fragilité. Et souvent vous êtes obligés de développer un esprit inventif pour trouver de manière solidaire à garder vos enfants qui ne vont pas à l’école. Et nous apprenons ce jour que des hôpitaux dans l’est de la France commencent à être saturés. Vous vous trouvez devant des dilemmes et des règles de priorité bouleversante pour votre conscience.

 

Mon profond respect s’adresse aussi à vous qui ne pouvez pas vous confiner chez vous parce que vous n’avez pas de chez vous, frères et sœurs en Humanité qui êtes exclus de l’Histoire. Il faudra bien, comme vient de me le dire au téléphone un ami, qu’après la disparition du virus, les logements vides à Paris ou ailleurs deviennent accessibles et habités par ceux qui n’ont pas de domicile ... que ce ne soit pas uniquement l’organisation d’une prophylaxie qui nous oblige à ce qu’il n’y ait plus de gens qui dorment dans la rue et soient réduits à mendier.

 

Il est d’autres grands oubliés de l’Histoire : Vous les gens obligés de vous sauver de vos maisons parce qu’elles ont été bombardées. Nos fabriques et nos trafics d’armements ont fait craquer le commandement « Tu ne tueras pas » Vous aussi ne pouvez pas rester chez vous. Mais vous êtes confinés en de véritables camps de concentration en Turquie, Libye et sur les îles et côtes grecques. Combien de milliards continuerons-nous de donner pour vous placer dans de telles situations asphyxiantes ?

 

L’abbé Pierre disait : « Comment vivre sans toit ? »

 

Mon respect aussi à toutes celles et ceux qui viennent d’être élus par nous comme conseillers et bientôt maires de nos communes. Vous êtes revêtus de l’écharpe du sens du bien commun. Toute ma reconnaissance pour votre sens de l’engagement civique.

 

Adjoignons-y le nôtre afin que chacun trouve une place qui devienne sa place. Que dans notre confinement nous envisagions comment nous bouger pour que ceux qui n’auront pas encore trouvé leur place, la trouvent, et qu’il advienne un avant et un après le coronavirus dans nos communes.

 

Il y a déjà des « après coronavirus » : Dans un canal de Venise en Italie, les eaux sont devenues limpides et plus claires après l’arrêt du trafic des bateaux à moteur le 17 mars. Une conséquence des mesures prises à la suite de la crise du coronavirus.

 

Nous apprenons ces jours que les usines Peugeot ont fermé leurs portes. Un de mes amis à qui je l’annonçais me demandait :

 

« Est-ce que les usines françaises d’armement ont fermé les leurs? »

Je ne sais pas. Si oui et de toutes façons quand elles les ré ouvriront après le coronavirus, exigeons que nous arrêtions d’y fabriquer des armes.

Mais quoi donc alors ?

Du matériel médical, des respirateurs ...

 

Est-ce que ce ne pourrait pas être ça, l’après coronavirus ?

Lucien Converset

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1 mars 2020 7 01 /03 /mars /2020 23:00

N'oubliez pas de consulter le blog de Gaby, l'ami de Lulu. Il y reprend ses notes de voyage en plusieurs épisodes... Vous retrouverez ces lettres sur le plan ici. Clic.

Bonne lecture...

Voyage au Brésil et accueil des Brésiliens en France
Voyage au Brésil et accueil des Brésiliens en France
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28 janvier 2020 2 28 /01 /janvier /2020 15:50

Cet article est reposté depuis Les amis de Gabriel MAIRE.

Certaines personnes ont signalé ne pas pouvoir accéder à la lettre de Lulu témoignant d'une soirée de partage avec les amis brésiliens. Voici une nouvelle façon d'y accéder ci-dessous.... 

Ou un clic ICI

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23 janvier 2020 4 23 /01 /janvier /2020 10:47

Cet article est reposté depuis Les amis de Gabriel MAIRE.

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17 juillet 2019 3 17 /07 /juillet /2019 11:57

Lulu a corrigé son article le 18 juillet...

On n’aurait jamais atteint le possible, si on ne s’était pas toujours et sans cesse attaqué à l’impossible . (Max WEBER)

Empêcher des expulsions !

Dole-Dampierre, le 18 juillet 2019

 

Comme plus de 2 millions de jeunes de 20 ans, mon pays, la France m’a envoyé faire la guerre en Algérie, soi-disant pour maintenir l’ordre, qui était un désordre établi, le désordre de l’injustice par l’expulsion.


En effet, parmi tous les crimes et les exactions que l’état et l’armée nous ont obligés d’accomplir, j’ai participé à des opérations qui ont consisté à expulser de leurs mechtas des centaines et des milliers de familles. Nous les parquions de force (manu militari) dans des camps de regroupement, selon le plan du général Challes. Ce n’était pas pour leur sécurité, mais afin d’empêcher leur résistance à l’occupant (nous, soldats français) Ainsi, serions-nous plus forts, pensait le président De Gaulle, à la table des négociations qui se préparaient.


Je n’ai pas pu empêcher les expulsions ni m’y opposer, j’ai été forcé d’y prendre part, puisque nous traquions ceux qui se cachaient pour y échapper.


Je n’ai trouvé que quelques petits créneaux pour amoindrir ces actes barbares.

  • En Kabylie, avec une humble audace, j’ai traversé à pied un oued où nous avions poussé femmes et enfants afin de les livrer à une autre compagnie qui les attendait sur l’autre rive. Dans la bousculade, une maman s’est mise à crier : elle avait perdu les quelques affaires qui appartenaient à ses enfants et à elle. Ses affaires étaient restées de ce côté-ci de la rive. J’ai traversé l’oued pour les leur rapporter.
  • Dans l’Ouarsenis, avec un camarade, j’ai enterré un résistant que nous avions tué en embuscade pendant la nuit. Une loi parachutiste nous empêchait d’enterrer les gens tués dans ces conditions, nous devions les laisser pourrir sur le terrain. 
  • En petite Kabylie, je me suis opposé, j’ai empêché le viol d’une femme par un des camarades de ma section. Il venait de la déshabiller violemment devant ses deux filles. Elle était revenue chercher des olives dans son champ vers sa mechta dont elle avait été expulsée et qui était déclarée en zone interdite. 
  • J’ai refusé de manger de la viande de mouton qu’un groupe de mes camarades venait de voler à un petit paysan.  Nous venions de l’expulser de son village.

 

Aujourd’hui, 17 familles de migrants commençant à s’insérer dans notre pays Dolois, sont expulsées de notre sol.


Je dénonce l’acte grave que nous laisserions les forces de l’ordre exécuter l’expulsion, justifiant leur acte derrière des lois injustes.


Une seule loi régit notre attitude en humanité : l’HOSPITALITE !


Ainsi le décrète l’Organisation des Nations Unies. Toutes les autres lois que nous promulguons en dépendent.


Aujourd’hui, je peux et je dois m’opposer à de telles exactions. En Kabylie et dans les Aurès, prisonnier de l’ordre militaire auquel l’état avait donné tous les pouvoirs, je ne le pouvais pas.


Aujourd’hui, je peux et je dois m’opposer à de tels faits inhumains.
A l’impossible ne sommes-nous pas tenus ?


Je donne les clefs de ma maison – dont on a pu réparer une partie après l’incendie – à une famille expulsée. 


Je dors sous une tente devant les trois instances que sont l’Eglise, la Sous-Préfecture et la Mairie, tant qu’elles ne se seront pas concertées, pour stopper l’arrêté d’expulsion, espérant être rejoint par tous ceux qui le peuvent.


Aujourd’hui, je peux et je dois m’opposer à l’expulsion de ces familles.


En conscience, je m’engage moi-même à commettre un acte de désobéissance civile à ces lois injustes et j’appelle à faire de même.


« Il est parfaitement exact de dire, et toute l’expérience historique le confirme, qu’on n’aurait jamais atteint le possible si on ne s’était pas toujours et sans cesse attaqué à l’impossible. »


Cette parole de Max Weber, nous appelle dans le sillage de Marcel Blondeau et de Gretta Tuhnberg, à dire et à vivre qu’ « A l’impossible, nous sommes tenus »

 

Lucien Converset


 

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30 juin 2019 7 30 /06 /juin /2019 20:52
Notre ancêtre n'était-il pas un araméen errant ?  (Dt 26,,5)

Dimanche 30 juin 2019

 

Aujourd’hui, deux hommes d’origine indienne, deux migrants JEGANI et LIGORI, sont ordonnés diacres en notre église de Dole.
C’est un événement pour lequel nous rendons grâce à Dieu et remercions le peuple indien.


Mais aujourd’hui à Dole, il y a un autre événement, c’est l’expulsion de 17 familles de migrants de notre territoire, familles intégrées et faisant du bien à toute notre société.


Nous avons porté atteinte à leur dignité en les expulsant.


C’est un événement pour lequel il nous faut demander pardon à Dieu ainsi qu’aux enfants et aux parents de ces familles qui sont expulsées.  


Nous nous souvenons comme c’est écrit dans le livre du Deutéronome chapitre 26, verset 5, que notre ancêtre Abraham était un araméen errant.


Nous devons réparation.


Lundi dernier, nous avons porté des tentes devant la mairie de Dole.
Ces tentes ne sont pas pour y loger les familles de migrants.
Mais nous donnons les clefs de notre appartement à nos associations qui les transmettent à l’une et l’autre de ces familles avant leur expulsion.


Et nous logeons nous-mêmes sous ces tentes la nuit dans la rue, ce soir devant la sous-préfecture de Dole, demain soir devant la mairie de Dole et le surlendemain soir devant cette église.


Nous faisons cela jusqu’à ce que les responsables de ces trois instances se coordonnant, aient trouvé un logement pour ces 17 familles, ainsi qu’une possibilité de travailler.


A l’impossible nous sommes tenus !


Nous sommes interpellés dans nos consciences de chrétiens au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et aussi dans notre conscience de citoyen au nom de la Liberté, de l’Egalité, de la Fraternité et de l’Hospitalité.

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29 avril 2019 1 29 /04 /avril /2019 19:45

Lourdes, mardi 23 avril 2019

 

C’est la question que m’ont posée des amis un peu avant que je ne parte au pèlerinage diocésain qui commençait hier. Ils l’ont fait très fraternellement.


J’aime beaucoup me trouver devant une grotte ou entrer dedans. Je pense à la grotte de Dampierre mon village natal où j’allais jouer avec mes copains étant enfant. J’ai aimé me diriger vers la grotte de Bethléem dans laquelle est né Jésus le Prince de la paix. J’y étais allé au pas de l’âne Isidore en 2012-2013, afin de me désarmer de mes violences. Je pense à beaucoup d’autres grottes que j’ai eu le bonheur de visiter : Lascaux, les Moidons, les Planches en Arbois, la grotte Chauvet, celle d’Amange … C’est beau une grotte. C’est profond ce qui peut nous venir à l’esprit, nous apparaitre, ce qui peut surgir à notre conscience quand on entre dans l’une d’elle et que l’on fait silence en soi. Ça aide à voir d’où l’on vient, de quel ventre maternel nous sortons, et ainsi de mieux parvenir où la vie nous appelle à aller, quels citoyens du monde nous sommes appelés à devenir.


Mardi matin, au lendemain de notre arrivée à Lourdes, tous les gens du pèlerinage du Jura, nous nous sommes rassemblés, avec beaucoup de gens des quatre coins du monde, au pied de la grotte de Massabielle, où Marie la maman du Christ Jésus est apparue à Bernadette. Cette béance de notre mère la terre, m’impressionne profondément, cette cavité dans le ventre de notre planète, où est venue se loger à plusieurs reprises de l’année 1858  la Vierge Marie. Je suis émerveillé de lire au pied de la statue qui représente cet événement, les paroles : «  Que soy immaculata conceptio », « Je suis l’immaculée Conception ». C’est ce que Marie a dit à Bernadette quand elles se sont demandé et dit l’une à l’autre qui elles étaient et ce qu’elles attendaient l’une de l’autre. Et en entendant s’égrener le chapelet de ces rencontres, la foule n’arrête pas de chanter : « Ave Maria » et je suis de ceux-là.


Qu’est-ce qui peut bien continuer de se concevoir, de se conscientiser et de se dire au travers de tous les échanges entre les membres de notre humanité blessée, au bord de l’abîme, de nous tous qui en portons très lourd dans notre cœur et dans notre sac à dos, entre tous les humains que nous sommes et la Maman de Jésus, le Fils du Très Bas. Qu’est-ce qui peut bien m'apparaître quand je dis et reconnais que « le fruit de vos entrailles est béni » ? 


Ce qui sort alors du ventre de la terre est « bien dit ». C’est une « béné-diction ». N’est-ce pas une parole qui peut réparer notre humanité ? Ne sommes-nous pas en présence des pièces multiples d’un puzzle à reconstituer ?


Ça y est, la messe est enclenchée. Le souffle de Jésus, son Esprit-Saint, nous fait prendre conscience que nous tous, les gens qui sommes là, nous sommes le Corps du Christ. A celles et ceux sur qui nous nous appuyons, celles et ceux qui nous ont dit : « Au pied de la grotte, tu déposeras ce que l’on te partage, ce dont on t’a chargé ... ». A nous tous il apparaît : « Le Corps du Christ ».


Ce sont les membres du Corps du Christ qui viennent d’être déchiquetés au Sri Lanka en un acte violent, odieux et fou, par d’autres membres de notre humanité, qui ne savaient pas ce qu’ils faisaient. Eux aussi, ne sont-ils pas les membres du Corps du Christ ?


A la communion, je comprends que l’esprit du Christ nous est donné pour que nous arrêtions de nous massacrer les uns les autres. L’enquête qui va être faite au Sri Lanka et aux Nations Unies, ira-t-elle jusqu’à chercher et trouver, et dénoncer de quels trafics et fabrications criminelles, viennent les armes qui ont déchiré une fois encore, la chair de notre humanité. Donne-nous la force, Ami Jésus, de nous démunir de nos violences, d’inventer des chemins où nous oserons arrêter de fabriquer et vendre des armes.


Il me revient alors à la pensée le visage d’un homme avec qui j’avais créé une profonde amitié. J’étais tout jeune prêtre, cet homme était en grande souffrance et douleur. La violence l’assaillait de bien des endroits. Il voulait, lui, citoyen de la ville où nous habitions, faire acte de justice, pensait-il, il voulait descendre le maire de la cité avec sa carabine 22 long rifle. Je comprenais dans ma prière, que l’amitié qui nous reliait, me demandait de l’aider à se défaire de sa carabine. Ça lui permettrait de ne pas passer à l’acte. J’osai humblement lui proposer de me la confier. Je la cachai sous mon lit. Ça ne suffisait pas, des fois il revenait déjeuner chez nous. Il me la redemandai avec insistance. Je lui disais : « Non ! » C’était pas facile, car il savait que la carabine n’était pas loin. Je priais et demandais à Jésus de me souffler les mots et l’attitude qu’il fallait avoir. Un jour j’arrivais à lui faire accepter qu’on détruise cette carabine. Il fut un petit peu d’accord. Je me dépêchais de briser la gâchette et le percuteur avec une masse, et de faire disparaître le tout. Mon ami m’en voulut pendant un temps. Je lui faisais alors percevoir sa dignité retrouvée. Il vint un peu de paix en lui, petit à petit. Il ne fut jamais assassin d’un de ses frères.


Je pense que je ne cesserais jamais d’être reconnaissant à Jean-Marie Muller et aux membres du M.A.N.V. de nous avoir fait découvrir qu’à l’impossible d’enrayer l’armement nucléaire de la France de manière unilatérale, nous sommes tenus. C’est ce que j’étais heureux de dire dans ma prière devant la grotte de Massabielle, au moment du baiser de paix, j’ajoutais dans ma prière au Christ : «Tu m’as aidé à persuader mon ami de se défaire de sa carabine 22 long rifle … d’arrêter ainsi de menacer de tuer le maire de notre ville … pourrais-tu souffler aux cinq évêques de France qui sont là avec leurs diocésains, dont notre évêque Vincent et nous-mêmes, que nous cherchions et trouvions moyen de créer un rapport de force non-violente avec notre président de la République. Que nos évêques s’engagent et se mouillent pour que notre président arrête de laisser fabriquer des bombes atomiques. Qu’il stoppe dans l’immédiat, de faire perfectionner les armes et engins nucléaires dont nous sommes possesseurs, qu’il fasse entrer notre pays la France, dans le traité signé par les pays de l’ONU en septembre 2017. »

Devant la grotte de Massabielle. Pèlerinage jurassien - avril 2019

Devant la grotte de Massabielle. Pèlerinage jurassien - avril 2019

Voilà ce qui m’apparaissait devant la grotte de Lourdes.


Et en recopiant ces notes sur mon cahier, afin de les partager aux amis que vous êtes, j’entendais Jésus qui me priait et me disait : « T’aurais pu te mouiller toi aussi, en le leur disant, à vos évêques, en pleine messe, au moment où ils vous ont dit : « La Paix soit avec vous »
Je ne l’ai pas fait. Une fois de plus je ne suis pas allé jusqu’au bout de l’objection de conscience. Quand, le ferai-je ?

Lulu Converset

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29 janvier 2019 2 29 /01 /janvier /2019 08:47

Dampierre le 8 janvier 2019

 

« TU DONNERAS BIEN LE BONJOUR A GILBERTE ET A MADAME MONTESSORI » (Régina)

 

Il est un peu plus de sept heures ce matin. L’angélus vient de sonner au clocher du village me rappelant que « le verbe n’arrête pas de se faire chair. » (Jean 1,14) L’angélus m’appelle aussi à être à l’écoute de ce que vivent et disent les personnes avec qui je suis en relation et à ne pas passer à côté de celles avec qui il me faut tendre à y être davantage. Je sens bien que si leurs paroles nous rentrent dans la peau, c’est pour que « de notre chair blessée jaillisse une parole qui nous libère »


Je suis en train de faire chauffer l’eau pour préparer le café. Et voilà que le téléphone sonne. C’est Régina qui m’appelle. Elle a un bon moment devant elle avant de partir au travail. Son compagnon Dominique est déjà parti avec sa petite voiture sans permis, à l’usine où sont fabriqués des tournevis et des clefs d’outillage Facom. Elle Régina, va se rendre à l’ESAT sur la zone industrielle d’Arbois en prenant le bus un peu plus tard. Elle travaillera à compartimenter dans des sachets plastiques des forets venant de l’usine Diager. Régina travaille dans cet ESAT avec Bruno et toute une équipe de camarades et amis depuis plus de 25 ans. Avec plusieurs d’entre eux, nous avons réalisé au moment de leurs congés annuels, des campements mémorables au Frasnois, en lien avec Denise qui était à la fois notre cuisinière et notre conseillère.


Après les congés de l’été, j’étais heureux de retrouver tous mes amis et de les saluer à la sortie de leurs ateliers lorsque je venais chercher Bruno afin de nous rendre à l’école Montessori, naissante au 14 rue des rondins chez Gilberte à Poligny. Un jour, me voyant partir pour cette école avec Bruno, Régina nous avait dit : « Vous donnerez bien le bonjour à Gilberte et aussi à Madame Montessori» 


L’initiative et la création de cet atelier Montessori revenait à Gilberte et à Claude et Henryelle.  Ils avaient monté cela selon la méthode de Madame Montessori. C’était beau comme Gilberte nous mettait dans le souffle et l’esprit de Madame Montessori à chacune des séances auxquelles nous participions. Nous parlions de cette femme de façon passionnante. Grâce à elle, nous découvrions que chaque enfant, chaque personne « n’est pas un vase à remplir, mais une fleur qui cherche à s’épanouir. » Ainsi nous donnions l’impression à Régina que, quand nous partions à l’école auprès de Gilberte, nous rencontrions aussi, sans doute, Madame Montessori dans cette école. Il fallait par conséquent non seulement saluer Gilberte mais aussi Madame Montessori. 


Ce matin Régina m’appelle pour me souhaiter la bonne année. Je lui souhaite à elle aussi ainsi qu’à ses camarades de l’ESAT et aussi à Dominique son compagnon, une belle et bonne année. Elle me dit que Bruno lui a demandé si ma maison était réparée …


Régina : « Bruno m’a demandé aussi quand c’est qu’on allait ramasser les pommes pour faire le jus de pomme chez toi »
Lucien : «  Je suis très touché des paroles de Bruno que tu me rapportes, Régina. Il me tarde que ma maison soit réparée et que je puisse vous y accueillir »
Régina : «  Quand c’est la Percée du jus de pommes ? »
Lucien : «  J’avais beaucoup apprécié tes paroles, l’année où tu m’avais demandé ça pour la première fois. C’était quelques jours avant que nous réalisions le jus de pommes à Dampierre. Et c’était au moment où dans toute la région de Franche-Comté on parlait de la Percée du Vin Jaune qui devait avoir lieu à Montigny les Arsures quelques temps après. Et toi Régina, tu avais parlé de la Percée du Jus de pommes à propos de la pressée que nous devions faire à Dampierre avec le broyeur et le pressoir à pommes de mon papa. 


Régina manifeste sa joie d’avoir été créatrice de ces mots. Elle rit et moi aussi. Et puis, elle me reparle du feu qu’elle aimait entretenir durant les campements avec Denise, Rachel, Sophie, Jeannot et Béatrice et toute l’équipe. Régina me redit comment la veillée étant terminée, elle parlait à son petit feu en mettant un gros morceau de bois sur lui. Elle lui disait : «  Bonsoir mon petit feu ! Je te souhaite une bonne nuit … A demain matin … » 


Un matin Régina s’était levée la première afin de nous offrir le café tout chaud au fur et à mesure que nous nous levions. Elle avait voulu ranimer le feu. Après avoir disposé de petites brindilles de sapin sur les braises qui couvaient sous la cendre, elle avait soufflé dessus pour le faire redémarrer. Elle avait dû s’approcher trop près du feu. Ses joues et son menton étaient tous noirs. Je m’en étais rendu compte et je n’avais rien dit. Mais au moment où Stéphane sort de la tente et se dirige vers nous pour venir boire le café, il s’aperçoit de la transformation du visage de Régina et il lui dit :
Stéphane : «  Oh Régina, comme t’es ! T’es toute machurée ! »
Régina : « Oh, c’est rien ! C’est mon petit feu qui a voulu m’embrasser ! »


Nous avions apprécié cette personnalisation du feu dans la façon de parler de Régina. Il y avait quelque chose de franciscain dans ce que vivait et disait Régina. Comme Saint François d’Assise qui donnait à la terre le nom de Mère, à l’eau le nom de Sœur, au vent celui de frère, Régina nous appelait à considérer le feu comme notre Frère. 


Nous rions de bon cœur. Je félicite Régina pour le feu de l’amitié qu’elle entretient entre nous tous, en nous appelant au téléphone, en allant rendre visite comme elle le fait. 
Lucien : « Merci Régina de me parler des autres comme tu fais, de m’appeler pour les réunions de la C.J. (SCEJI) que vous continuez avec Denise, Dominique, Guy et Marie-Noëlle et la dame qui fait les dessins.
Régina : «  Merci pour ta carte que Dominique nous a lue. »
Lucien : « Tu veux parler de la carte que je vous ai écrite depuis Oran où je suis allé à la béatification des moines de Tibhirine et de leurs compagnons. » 
Régina : «  Oui, tu nous as fait plaisir … Au fait, tu as le bonjour de Monique et Constant Chauvin. »
Lucien : « Merci ! Tu les salueras de ma part. Elles étaient belles les rencontres que nous faisions chez eux … Comment va ta maman Régina ? »
Régina : «  Je suis allée la voir avec Dominique, le jour de l’an chez ma sœur à Lavans les Dole »
Lucien : «  Dis-moi son adresse, veux-tu ? »
Régina me donne l’adresse de sa sœur chez qui leur maman réside et je lui dit :
Lucien : «  Merci Régina pour tous les liens que tu continues de créer et d’entretenir entre nous tous, avec toi »


Régina : «  Au fait, on n’a pas de nouvelles de la Rachel ? » 
Lucien : «  Rachel continue son voyage à la recherche des jardiniers de la paix. Elle en trouve en ce moment au Rwanda. Elle vient de traverser des pays où c’est très dur de vivre. Elle rencontre des gens qui, dans des situations très violentes, sont artisans de paix, essayant d’entretenir la justice et l’amitié. Elle vient de passer tout près du Congo où il y a des élections en ce moment. Les gens de ce pays voudraient élire un nouveau président de la République. Celui qui y est encore en ce moment, ne veut pas que ce soit un autre que lui qui le devienne. Il veut absolument garder tout le pouvoir pour lui. C’est dans bien des endroits de la planète que des gens veulent tout garder pour eux. »
Régina : « C’est pas facile tous les jours dans notre atelier ! » 
Lucien : «  Vous êtes, vous aussi, des jardiniers de la paix, comme dit Rachel … Quand vous avez le souci de ne pas laisser certains collègues de travail tous seuls … Quand vous vous retrouvez, comme vous faites, à la salle d’Arbois … Quand vous vous empêchez de dire du mal sur quelqu’un … Quand vous cherchez à donner de l’amitié à ceux qui rencontrent peu de gens … à ceux qui attendent une visite ou une parole joyeuse. »


Régina : « J’entends au téléphone le bruit que fait ton crayon sur le papier. Je suis presque sûre que tu es en train d’écrire ce que je suis en train de dire … Tu pourrais presque faire un livre »
Nous sourions Régina et moi.
Lucien : «  Ce serait notre livre. Celui-là de toute l’équipe de la CJ. Oui Régina, je suis tellement heureux d’entendre tes paroles me racontant ce que vous réalisez de beau. Alors, pour que ça ne se perde pas, je les écris, je les ramasse. Il y a déjà longtemps qu’on s’est mis à écrire notre histoire, à la CJ ! »
Régina : « Tu donneras le bonjour à Rachel. Je pense à elle. Je prie pour elle, pour son papa et sa maman, pour toute sa famille. Son papa qui n’a plus son bras (valide). Il remarche. On avait fait une belle fête pour l’anniversaire de Rachel … Où que c’est qu’ils habitent ses parents ? »
Lucien : «  A Mont sous Vaudrey ! »
Régina : «  Tu leur donneras le bonjour … Son papa il s’est mis à remarcher … C’est grâce à nous … Donne-moi le numéro de la rue où ils habitent » 
Lucien : «  Ce n’est pas une rue. Ça s’appelle un clos où ils habitent ! (...) » 
Régina : « Je dirai à Dominique qu’on aille les voir un jour avec sa petite voiture… Je vais partir au boulot, je te dis au-revoir et toute mon amitié éternelle »
Lucien : «  A la revoyotte »

Souvenirs des campements au Frasnois de 2005 à 2007
Souvenirs des campements au Frasnois de 2005 à 2007
Souvenirs des campements au Frasnois de 2005 à 2007
Souvenirs des campements au Frasnois de 2005 à 2007
Souvenirs des campements au Frasnois de 2005 à 2007
Souvenirs des campements au Frasnois de 2005 à 2007
Souvenirs des campements au Frasnois de 2005 à 2007
Souvenirs des campements au Frasnois de 2005 à 2007

Souvenirs des campements au Frasnois de 2005 à 2007

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11 janvier 2019 5 11 /01 /janvier /2019 15:47
Photo tirée de l'interview réalisée par KTO

Photo tirée de l'interview réalisée par KTO

Orchamps, le 1 janvier 2019

 

« ON NE SAVAIT PAS QUE TU ETAIS NE EN ALGERIE ! » (Myriam)

 

C’est la parole que m’adresse Sœur Myriam de la communauté des sœurs Dominicaines d’Orchamps, en ce jour de l’an tout neuf de relations de paix et de justice que nous nous souhaitons pour toute notre humanité. 


Nous sommes venus avec Jeannot présenter nos vœux et exprimer notre reconnaissance à Sœur Madeleine, celle qui a été son institutrice à l’école Jean Bosco, durant les années 1970-1980. Et autour de Madeleine, il y a quelques-unes des religieuses de la communauté : Sœurs Jeannine, Anne-Marie, Myriam. Elles viennent de voir et entendre à l’émission KTO, l’interview de Jean-Paul Vesco l’évêque d’Oran, suite à la béatification des 19 témoins-martyrs, le 8 décembre.


Sœur Myriam me dit : « Tout de suite après ce que dit l’évêque Jean-Paul   Vesco, l’animateur de KTO nous annonce des témoignages, et c’est toi que nous voyons et on entend ce que tu commences à dire … Je ne savais pas que tu étais né en Algérie, tu ne nous l’avais jamais dit … » Les autres sœurs et moi nous écoutons Sœur Myriam … Et sœur Jeannine dit : « On n’a pas bien entendu … Tu dis Lulu que tu es né en Algérie … Mais veux-tu dire que c’est à la non-violence que tu es né, pendant que tu étais à la guerre d’Algérie ? »


Je prends la parole et je dis : «  Vous ne pouvez pas savoir mes sœurs, comment ce qui vient de m’arriver grâce à vous en ce moment, me touche. En effet, mes paroles ont été court-circuitées en raison de l’émotion qui m’est venu au moment où j’étais interviewé… mais ça donne vraiment ce que je voulais. »


Grâce à beaucoup d’amis et particulièrement à des amis musulmans, j’ai eu la possibilité d’aller à Oran pour la béatification. Mais sachant que l’église Santa Cruz était trop petite pour contenir le monde qui aurait voulu participer à la célébration, je ne voulais pas prendre la place des membres des familles des frères et sœurs martyrs, ni non plus celle des membres des communautés religieuses, ni bien sûr la place des musulmans d’Oran. Les places revenaient en premier à tous ces gens. Mais il me suffisait de me trouver dans la cour de la maison diocésaine d’Oran et de me situer dans les endroits où je pourrais rencontrer grâce à Amilton des témoins comme frère Jean-Pierre Schumacher, Fadila Semaï, quelqu’un de la famille de Mohamed Bouchkri, et pouvoir ramasser, en m’approchant de ces personnes et en les écoutant, quelques graines de non-violence dont m’avait parlé Jean-Marie Muller. Voilà pourquoi je tenais tant à être en Algérie à Oran, ces jours-là de la béatification, les 7 et 8 décembre. Pour ça. Pour ramasser ce qui se ferait et se dirait à teneur de non-violence. Car c’était en Algérie, à quelques kilomètres d’Oran que j’étais né à l’objection de conscience. 


En effet, c’est durant la guerre d’Algérie que j’avais commencé d’apprendre à résister à la violence que l’on nous imposait dans le régiment parachutiste où j’étais affecté. C’est en Algérie que j’avais appris à refuser de haïr les membres de ce peuple algérien que l’on nous faisait prendre pour des ennemis et des terroristes. C’est en Algérie que j’avais commencé d’arrêter d’abîmer mon humanité en détruisant celle des autres. Mes sœurs, Jean-Luc, c’est bien en Algérie que je suis né... à l’objection de conscience. 


Quant à la fin de la célébration de la béatification le 8 décembre, dans l’église de Santa Cruz, une caméra-man de l’émission KTO me demande si je voulais bien être interviewé, j’ai répondu oui dans l’immédiat, tellement je ramassais des graines de non-violence en voyant et écoutant tout ce dont j’étais témoin. Je venais d’entendre Youssef, jardinier à Tibhirine dire à frère Jean-Pierre Schumacher : « Tu sais, la source qui fait pousser les arbres et les légumes dans le jardin, elle coule toujours, elle ne s’est jamais arrêtée. » J’avais compris que c’était la source de la non-violence qui ne s’arrêtait pas de couler jusqu’à nous. Je vivais ce pourquoi j’étais venu. Mais ça me donnait  beaucoup d’émotions que cette personne de la télévision s’arrête à moi, je ne m’y attendais pas. Surtout quand elle me dit : « Vous avez l’air heureux d’être venu à Oran aujourd’hui, voulez-vous nous dire pourquoi ? » En commençant de répondre, je dis : « Parce que c’est en Algérie que je suis né … » et les mots que je voulais adjoindre à ce que j’avais commencé à exprimer n’arrivaient pas à sortir… Ça y était … Ça venait quand même …  « C’est en Algérie que je suis né … à l’objection de conscience … Je suis venu aujourd’hui afin de ramasser des graines de non-violence… Du fait que je suis fils de Dieu, je suis aussi héritier de cette manière d’aimer, vécue par les fils et les filles de Dieu que sont les 19 martyrs, ainsi que les 114 imams que nous reconnaissons aujourd’hui à Santa Cruz à Oran … Je tenais à venir chercher ma part d’héritage.


Je suis venu recevoir mon héritage en ramassant les graines de non-violence, la force d’aimer qui a poussé ces hommes et ces femmes à rester sur les lieux de fractures et d’épreuves où ils vivaient … Tout ce que j’aurai ramassé de non-violence, toutes ces graines, je les rapporterai et les mettrai dans un endroit commun et avec mes amis, nous les ensemencerons, nous les sèmerons au souffle de l’Esprit des quatre vents, pour que ça pousse là où nous vivons, comme ça pousse sur la terre d’Algérie … où je suis né à la non-violence. »


Voilà que j’avais pu engranger en moi comme beaucoup de gens le faisaient, ces graines de non-violence. C’est en vivant à la manière de ces témoins-martyrs, en parsemant à la surface de la terre, et de la mer Méditerranée, et du détroit de la Manche, ces actes d’évangile et de non-violence, comme les étoiles parsèment le ciel, que nous pourrons vivre une année juste et vraie. Nous nous pousserons les uns les autres, pour que chaque femme, homme et enfant, trouve sa place.
 

icône des martyrs d'Algérie

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L'émission que les soeurs d'Orchamps ont visionnée...

Veillée de prière du 7 décembre 2018

Messe de béatification du 8 décembre 2018

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  • : Lulu en camp volant
  • Lulu en camp volant
  • : Lucien Converset, dit Lulu est prêtre. A 75 ans, il est parti le 25 mars 2012 avec son âne Isidore en direction de Bethléem, où il est arrivé le 17 juin 2013. Il a marché pour la paix et le désarmement nucléaire unilatéral de la France. De retour en France, il poursuit ce combat. Merci à lui ! Pour vous abonner à ce blog, RDV plus bas dans cette colonne. Pour contacter l'administrateur du blog, cliquez sur contact ci-dessous.
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