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11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 16:01

Edit du 26 mai : Il semble que cette lettre de Lulu publiée le 11 mai n'a pas été lue, certainement que ses lecteurs n'ont pas reçu de notifications. 

 

C’est bien volontiers que je vais vous en faire part. Beaucoup de pèlerins qui vont à Lourdes aiment aller se recueillir à l’endroit où la petite Bernadette venait ramasser du bois mort pour faire cuire la soupe dans la cuisine familiale. C’est dans cette grotte que la Vierge Marie est apparue à Bernadette.

Je reviens de Lourdes où j'ai eu une apparition

C’est étonnant ce qui se passe dans la conscience des gens qui viennent ramasser les morceaux de leur vie à cet endroit et les confier à la Mère de tout amour et tendresse.

C’est beau ce qui apparait dans l’être de ces femmes et de ces hommes, je suis de ceux-là, qui se mettent dans la peau de Bernadette, probablement par grâce. Tout le travail de conversion et de transformation de leur vie intime et relationnelle qui se réalise en eux, est merveilleux.

 

La Vierge Marie apparaissant à l’humble jeune fille Bernadette, lui a révélé qu’elle est l’Immaculée Conception. Je suis étonné de ce que, dans la profondeur de nos consciences, nous sommes à même de concevoir. Nous devenons capables de nous tenir à l’impossible, celui là même dont Dieu est le maître, et que l’homme peut maitriser à son tour dans la mesure où il se laisse habiter et travailler par la grâce, par la manière d’aimer de Jésus.

 

C’est là, au pied de cette grotte que j’ai eu le dernier jour du pèlerinage diocésain, une apparition. C’était très tôt le matin. Ma prière était très pacifiante… J’écoutais la Vierge Marie et Bernadette en train de causer. Ça ressemblait à ce qui s’était passé le jour de la Visitation lorsque Marie était venue voir sa cousine Elisabeth. L’une et l’autre attendaient une naissance. Bernadette disait à Marie : 

« D’où ça vient ?

Qu’est-ce qui se passe pour que la Mère de notre Dieu vienne jusqu’à nous Humanité ?

Pourquoi venez-vous nous apparaitre comme vous le faites ?

Dans quel but faites-vous cela, Mère de Dieu, à nous les humains ?

Qu’est-ce que vous désirez qu’apparaisse aux horizons de notre humanité ? »

 

 

Je reviens de Lourdes où j'ai eu une apparition

Et moi je disais comme Bernadette, comme Elisabeth :

« Qu’est-ce que je fais là à prier ?

Pourquoi suis-je venu à cette rencontre, à ce rendez-vous avec vous Vierge Marie ?

Qu’est-ce que vous me faites concevoir dans ma conscience de pauvre homme que je suis ? »

 

Ce qui m’apparaissait, c’est qu’il arrivait autour de moi, plein de gens de mon pays, la France. Ils priaient intensément. Mais il y avait aussi une multitude de gens venant d’autres pays. Ces gens-là arrivaient dans des conditions et avec des embarcations de misère…

Ils avaient les yeux hagards… Ils racontaient qu’une multitude n’avait pas réussi à faire le voyage, ils avaient coulé en mer…

 

Et je sentais que, pour que j’ouvre mes bras et mon cœur afin de les accueillir, il me fallait auparavant ouvrir ma conscience, pour la laisser habiter par la Parole du Fils de la Dame de la grotte. J’entendais Marie qui disait, non plus seulement aux apôtres, à Elisabeth et Bernadette, mais aussi à moi, à nous, à tous ces gens de France qui me pressaient de toutes parts : « Faites tout ce que vous dira mon Fils. »

 

Alors je me rappelais ce qu’Il avait dit dans son sermon sur la Montagne : « Soyez des artisans de paix… il n’y a que comme ça, en faisant la paix, en rendant possible que les autres trouvent une place… Il n’y a que par cette façon de faire que vous serez heureux…

Démunissez vous de vos pouvoirs… Ne vous faites pas appeler avec des titres et des noms qui maintiennent les autres dans l’humiliation… Défaites vous de vos avoirs… Ne faites pas de l’argent avec l’argent, mais faites du travail et des maisons avec les sous que vous avez… Ramassez sans amassez… Ramassez pour donner, ainsi rien ne sera perdu… Ne faites pas des armes avec le nucléaire car vous risquez de casser la Terre qui est le berceau de vos enfants. A laisser proliférer le nucléaire, vos enfants ne vont plus pouvoir concevoir d’enfants de manière humaine, digne, immaculée.

 

Je comprenais mieux ce que la Vierge Marie avait dit à Bernadette :

 « Je suis l’immaculée Conception »

Il m’apparaissait que nous ne pouvons concevoir l’Humanité, sa vie sur la terre, qu’à la façon de Dieu, dans l’amour et la tendresse, dans le respect et la dignité, pas dans le profit et l’exploitation, ni non plus dans le mépris et la violation des droits.

 

Et il y avait plein de gens de France qui disaient dans cette apparition : « La première en chemin, Marie tu nous entraînes… C’est à cause de cela que nous refusons la fabrication et la vente des rafales, à l’Egypte, à l’Inde et au Qatar… Nous demandons que notre pays la France arrête instamment l’armement nucléaire de manière unilatérale et que l’argent soit pulsé et reversé à ceux qui n’ont plus rien, sinon la faim au ventre. C’était interpellant cette apparition qui m’était offerte. Il y avait même à côté de moi une femme qui me faisait beaucoup penser à Bernadette et aussi à Thérèse de Lisieux… Et cette femme disait : Qu’est-ce que ça veut dire unilatérale ? Il y a quelqu’un qui lui répondait : « Qu’est-ce qu’elle est importante ta question, ça veut dire que c’est à nous de commencer à nous désarmer. il ne faut pas attendre que les autres le fassent pour nous y engager nous-mêmes… C’est comme ça qu’on va y arriver… Ça va donner envie aux autres de faire pareil… Alors, le désarmement pourra devenir multilatéral »

 

L’heure du train nous ramenant de Lourdes dans le Jura approchait, je me disais dans ma prière : « Est-ce que tu n’es pas en train de rêver ?

C’est alors que j’entendis la belle dame de la grotte, nous dire, à tous les gens qui étaient là et à moi : « Continuez de prier, de rêver et d’agir ainsi, votre rêve d’aujourd’hui est en train de devenir réalité de demain.

 

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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 11:40

Jeudi 29  janvier 2015

 

Un jour, pendant que nous nous promenions avec des enfants de l’Association Floriane, dans les coteaux des environs de Salins, un orage très violent nous était tombé dessus. Cela avait beaucoup tendu nos relations les uns avec les autres. Chacun avait eu tendance à se comporter en «  Sauve qui peut », en abandonnant à leur sort les plus faibles, ceux qui avaient du mal de marcher. Nous avions réussi cependant à nous réfugier avec nos ânes dans une maison qui est sur le flanc du Val d’Héry, la ferme d’Arloz, chez Bernard.


Très sympathique, cet homme nous avait dit : « Entrez ! Venez vite vous mettre à l’abri ! En attendant que le gros de l’orage se passe, vous allez boire quelque chose de chaud. Vous reprendrez ensuite votre chemin … » Cet accueil nous avait fait du bien. Une grande part de la tension agressive qui régnait entre nous était retombée.

 

Nous avions longuement et profondément causé avec cet homme. Il avait pris le temps de nous recevoir. Puis l’orage s’était un peu calmé au dehors et aussi entre nous. Bien que le ciel soit encore sombre, nous décidions de reprendre le chemin afin d’arriver à notre lieu de ralliement avant la tombée de la nuit. C’est alors que Bernard nous dit : » Oh, regardez ! Voila que se dessine un arc en ciel. Vous le voyez, entre le Fort Belin et le Fort Saint André. »

 

 

Oh ! Comme c’était beau ce qui se réalisait sous nos yeux ! L’arc en ciel reliait les deux forts. C’était comme une anse de panier, soutenant la ville de Salins blottie dans le fond de la vallée.

 

Je me souviens aujourd’hui que Bernard au moment de partir, nous avait invité en souriant à ce que nous allions chercher au pied de l’arc en ciel : « Vous creuserez. Vous allez y découvrir des trésors, ne passez pas à côté sans chercher »

 

Après l’avoir salué et remercié pour la manière dont il nous avait accueillis, nous nous étions dirigés en direction du pied de l’arc en ciel, en dessous du Fort Belin. C’était justement notre point de ralliement : le Rayon de Soleil.

 

C’était merveilleux alors, comment nous avions continué à traverser l’orage qui empestait notre groupe. Il me revient que nous avions cherché et trouvé la manière d’aménager l’allure de notre marche, ainsi que l’ambiance de notre équipée. Il était devenu essentiel que la solidarité imprègne intensément nos comportements, les uns vis-à-vis des autres. Nous nous rendions compte que, pour que l’ensemble de notre groupe aille bien, il nous fallait d’abord être attentifs aux plus petits, aux plus fragiles, à celles et ceux qui avaient le plus de difficulté de marcher. L’orage avait fait surgir en nous des agressivités les uns à l’égard des autres. Ce n’était pas très beau comme nous nous étions dévisagés au lieu de nous envisager. N’étant pas tous du même quartier, ni non plus de même niveau social, la façon dont nous étions habillés, avait fait surgir de nos bouches, des moqueries les uns envers les autres : « Oh ! T’as vu comme il est fringué ! … T’aurais pu trouver d’autres  godasses pour venir marcher avec nous … La prochaine fois, tu trouveras un autre anorak que celui que t’as sur le dos ! » C’était même allé jusqu’à des mots et des gestes durs et violents par rapport à nos origines, concernant nos mamans.

 

Grâce à notre halte chez Bernard et son appel à creuser au pied de l’arc en ciel, les membres de l’équipe animatrice et moi, nous étions intervenus pour découvrir et dire qu’il y a des paroles et des attitudes qu’il faut savoir nous interdire les uns envers les autres lorsque l’atmosphère est orageuse. En effet, ça peut devenir explosif. Particulièrement quand ça touche à l’image que nous avons de notre Maman. Nous devons nous interdire d’exprimer ce que l’on est tenté de dire des mamans des autres. C’est d’elles dont nous venons, d’où nous sommes originaires. Il est tellement délicat de toucher à cet essentiel. Il est sage de poser là, des interdits.

 

C’était beau ce que nous mettions à jour en reprenant notre chemin en direction du pied de l’arc en ciel. Que de trésors nous découvrions !

 

Je me souviens même des mots que l’un des enfants, Olivier, juché sur le dos de l’âne Isidore avait dit à l’un des plus petits qui était très fatigué : » Viens Maxime, je te donne ma place » il était alors descendu de l’âne et avait aidé Maxime à grimper à son tour sur le dos d’Isidore pour qu’il y trouve repos et joie. J’avais alors écrit sur mon cahier, que j’avais tiré de ma poche de veste : « Merveille sur un dos d’âne. » Nous arrivions devant la Beline. Le ciel se dégageait. Nous chantions notre joie. Simone notre vieille amie était sortie sur le pas de la porte de sa maison, pour nous donner à nous des chocolats et des carottes à nos ânes. Nous étions juste au pied de l’arc en ciel. Comme il faisait beau et bon à ce moment là et en ce lieu. De manière rigolote, nous nous étions creusés les méninges pour trouver comment faire, afin que chacun de nous découvre sa place, en commençant par les plus petits. Il me revenait les paroles du Père Joseph Wrezinski que Bernard et Colette Berthet m’avaient apprises à Champdivers au sein du Mouvement ATD quart Monde : « Commençons à faire de la place pour les plus faibles, comme ça on sera sûrs de n’oublier personne »

 

Aujourd’hui dans l’ouragan de  violence qui vient de nous tomber dessus en France, les 7, 8 9 janvier, nous prenons un peu plus conscience que des drames comme celui ci, s’abattent depuis plusieurs décennies en de multiples endroits de la terre.

 

En certains lieux de la planète terre, ce sont des cyclones de violence qui déchirent des pans entiers de notre humanité : Kobané à la frontière turco-syrienne, mis à feu et à sang par Daesch, Nigéria et Niger où des populations entières subissent pillages, viols et tueries de toutes sortes par Boko Haram et tant d’autres endroits où des personnes souffrent. Une question doit se poser à nos consciences. Il y a des origines à toutes ces violences. Ayons la lucidité et le courage de remonter en amont de ces guerres larvées, jusqu’aux violences premières. Nous en décelons quelques unes. L’omniprésence de l’idole argent. Ne devons nous pas entreprendre, à commencer par moi-même, de chercher et trouver des moyens pour arrêter de tout sacrifier à cette idole. Ne démissionnons pas de nos projets de construire notre humanité, mais démunissons nous de manière unilatérale, des violences qui barrent la route au souffle de l’Esprit : la fabrication et le commerce de tout armement, et particulièrement du nucléaire.

 

Comme nous y appelle sans cesse Jean-Claude Guillebeaud : « Arrêtons de foncer à grande vitesse de manière parallèle les uns et les autres, car, c’est alors que nous nous éloignons les uns des autres, nous nous individualisons. Prenons le temps de causer, de creuser au pied de nos arcs en ciels, de nous écouter, en donnant valeur à la parole de l’autre. Comme il fait bon de déceler dans ce que l’autre vient de nous dire, la part de vérité qui y est cachée, laissant à l’autre le temps de nous l’offrir. Evitons de  nous croire obligés d’aller jusqu’à caricaturer et tourner en dérision l’attitude et la parole de l’autre, sous le prétexte de la liberté d’expression. C’est la transversalité.

 

Dans beaucoup d’endroits de la planète, surgissent des arcs en ciels, des groupes de gens, qui en raison de leur manière de vivre, nous signifient que nous pouvons éviter de nous laisser engloutir dans nos ouragans de violence et de détresse. Il vient d’arriver un de ces arcs en ciels à nos yeux de lecteur, ce sont : Lettres à un ami fraternel, de Christian de Chergé, le prieur de Tibhirine aux éditions Bayard. Ce livre vient de paraitre il y a 15 jours, des amis me l’ont offert, c’est un merveilleux outil pour creuser au pied de l’arc en ciel qu’est Tibhirine, afin de sortir de nos violences pour nous libérer les uns grâce aux autres. Lorsqu’il y a un an, j’étais allé grâce à des amis, à Tibhirine en Algérie, j’avais deviné que la mort des 7 moines n’avait pas fini de nous mener à la vie. Je repensais à notre ami Gaby Maire, qui en 1989, quelques temps avant d’être assassiné au Brésil disait : « Je préfère une mort qui mène à la vie, plutôt qu’une vie qui mène à la mort ».

 

Quelques mois avant d’être emmenés prisonniers avec ses compagnons, Christian de Chergé écrivait à Maurice Borrmans (qui avait été son professeur à l’institut pontifical d’Islamologie de Rome) : « Chacun se sait voué au même témoignage d’amour auprès de ce peuple meurtri et trompé… Il y a ce qui mûrit en secret et qui fait que rien ne sera plus comme avant, y compris dans l’approche de l’Islam. »

 

Depuis que j’ai ce livre entre les mains, je dévore chaque jour quelques unes de ces lettres de Christian, afin de me nourrir pour le combat journalier et non violent contre ce qui n’est pas juste. J’y trouve une multitude de connivences avec ce qu’un certain galiléen nommé Jésus, a dit et fait dans le pourtour de la montagne qui nous permet de contempler la mer de Tibériade. C’est comme un arc de lumière afin de nous arrêter d’assombrir la situation de notre humanité : « On vous a dit : Aimez vos petits copains mais haïssez vos ennemis … il faut tous les descendre … Eh bien, moi je vous dis : Aimez vos ennemis, priez pour ne pas entrer dans la tentation de croire que c’est par la fabrication et le trafic des armes que vous arriverez à vous en débarrasser (Matthieu 5, 43-44 et 26, 41)

 

arc-en-ciel.jpg

 

Il arrive dans nos ciels d’orage, qu’à côté d’un arc en ciel en surgisse un second. En même temps que la parution de ce livre, nous arrivait par Internet un très profond document de Jean-Marie Muller : « Face à la tragédie de Charlie Hebdo » Ainsi, je peux écrire à Jean-Marie : « Merci pour ce bel arc en ciel dans nos épreuves que tu viens de nous faire parvenir. Comme les lettres de Christian de Chergé, comme l’Evangile de la non violence, aujourd’hui, vous nous permettez de creuser au fond de nos êtres, et de trouver les ressources pour empêcher nos malheurs. Nous sommes appelés à nous démunir de nos pouvoirs et de nos forces agressives, de nos armements de manière unilatérale et à faire confiance à la conjonction de nos trésors d’amour, de justice et de vérité.

 

Au moment même où je finis d’écrire cette lettre, il nous apparait encore un autre arc en ciel : c’est ce que fait et écrit Latifa, la maman de la première victime de Mohammed Merah. En allant rencontrer dans les cités et les écoles les jeunes, Latifa les aide à trouver des chemins de fraternité en abandonnant les tentations de violence.

C’est par la lecture d’un article écrit par Jacques et Elisabeth Lamy et paru ce matin même dans la Voix du Jura, que m’apparait la lumière de cet arc en ciel.

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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 11:00

Ça aurait pu être moi, qui ait eu à tirer

sur l’homme qui vient de tomber.

 

3ème partie du témoignage de Lucien lors des journées "histoires et mémoires de la guerre d'Algérie" à Besançon. 

 

Je sens bien que si ce n’est pas moi qui ai tiré sur l’homme de l’Oued El Ardjemm, ça aurait pu être moi. 

Je suis donc impliqué dans la mort de cet homme.

 

611a.jpg

 

Mais sont impliqués aussi tous ceux et celles qui nous ont embarqués, poussés, obligés à faire cette guerre, comme ils nous poussent et nous obligent, jusqu’à en violer notre conscience à nous impliquer dans la guerre actuelle du Moyen Orient et d’Afrique, et dans la fabrication et la vente des armes et dans la préparation d’une guerre nucléaire.

 

Quand on se trouve comme moi, comme la poignée de mes camarades, impliqués à tendre une embuscade, dans le but de tuer des hommes, le champ laissé à nos consciences, pour rester des hommes est très limité et réduit. Des fois il disparaît totalement.

 

D’autant plus que surgissent dans un régiment comme celui dans lequel, je me trouve incorporé, des lois, non écrites : « les morts fellaghas où supposés tels, sont laissés sur le terrain ». J’avais fait des opérations avant celle ci dans la région d’El Milia, qui m’avaient prouvé, que les cadavres des hommes tués, pourrissaient sur le terrain et étaient mangés par les chacals.

 

Sans nous en apercevoir, nous avons fait là, un recul terrible en humanité. Nous avons basculé notre humanité en arrière. Nous nous sommes poussés à reculons, les uns les autres, pour nous reporter avant le moment de la préhistoire, où les humains ont commencé de donner des signes qu’ils devenaient des hommes, en enterrant leurs morts.

 

Nous sommes assis sur nos sacs à dos, autour du cadavre de l’homme de l’Oued El Ardjem, qui commence à se décomposer dans la chaleur torride de juillet.

 

Durant toute la matinée de ce dimanche, je lutte au plus profond de ma conscience, pour oser demander, au commandement de ma section et de ma compagnie, l’autorisation d’enterrer le corps de cet homme de l’oued El Ardjem. C’est long et difficile, d’oser se lever, et ressurgir de là, où la violence et la peur, nous ont fait tomber et nous maintiennent enfermés. C’est dur et difficile de chercher à aller à contre courant du mouvement ambiant qui consiste à laisser pourrir les corps des hommes que nous avons tués.

 

Ce qui m’apparaîtra être la grâce de Jésus, m’est donnée comme humble force, pour me lever, et oser affronter ceux à qui on a fait croire qu’ils avaient autorité et droit, d’enfouir plus bas que terre, notre humanité et la leur. J’appellerai cela « une humble audace ». Je me lève.

 

Cette humble audace m’est donnée par la médiation de quelques femmes, que je prie, d’être là, près de moi, avec moi, bien qu’elles soient très loin dans le temps ou l’espace. Qui donc est là, tout proche de moi ?

 

-         SUZANNE, ma maman…Il me revient dans mon cœur de fils, soldat, toutes tes luttes, Maman, et tes paroles de résistance et de résilience, lorsque ta vie partait là, où tombe notre humanité… A cette heure, en ce dimanche matin, tu es à la messe à Dampierre avec notre papa, mes sœurs et mon petit frère. C’est toi et notre papa, qui m’avez mis sur le chemin du respect de tout homme, et appris à ne laisser tomber personne, dans la mort et le mépris…

-         ANTIGONE, jeune fille qui s’est opposées aux décrets de son oncle Créon, détenteur du pouvoir. Il lui interdisait de recouvrir avec de la terre, le corps de son frère Polynice, tué dans une guerre fratricide. Antigone est tenace, pour donner à son frère une sépulture. Elle nous dit : « je ne suis pas venue sur terre, je ne suis pas née pour haïr mais pour aimer ».

-         MARIE, la mère de Jésus, serrant son fils, qui vient d’être décloué de la croix, transpercé. Elle le tient serré tout contre son corps, ce corps d’où il était sorti. Pieta, sous le regard d’une escouade de soldats : « je vous salue Marie, bénie avec toutes les femmes de la terre », vous apprêtant à déposer, le corps de votre fils, dans le ventre de la terre.

-         MADELEINE qui au lever du jour au matin de Pâques, vient embaumer le corps de Jésus : « Dis-nous Marie Madeleine, qu’as tu vu en chemin ? »

 

Ce sont les femmes qui, pour que ressurgisse notre humanité, savent chercher et trouver les gestes, afin d’enterrer les morts sans les enfouir, de sorte qu’ils puissent repousser… Comme quand quelqu’un plante un petit arbre.

 

Oh qu’elles sont merveilleuses tes mains maman, qui ont été les premières, à m’élever en humanité, quand je suis sorti de toi.

 

En vous saluant Marie, maman de jésus, et vous Marie Madeleine, Antigone, Suzanne, ma maman, je contemple vos mains, leur délicatesse, l’humble audace avec laquelle vous savez approcher nos corps d’hommes, accomplir les gestes dans lesquels, vont pouvoir être sertis, les mots libérateurs qui vont faire surgir, notre parole d’homme. Une fois encore, c’est par vous femmes, que « le Verbe va se faire chair ». (Jean 1 14).

 

Me voilà donc rendu fort, par la présence de ces femmes. Je peux oser affronter ceux à qui l’État à donné droit de vie et de mort sur nous tous.

 

Je m’adresse au sous lieutenant de ma section :

-         « je ne peux pas laisser pourrir cet homme sur le terrain. Est ce que vous me donnez l’autorisation de l’enterrer ? »

-         Ricanement du sous lieutenant qui me renvoie au lieutenant, qui fait fonction de capitaine de la compagnie. Je vais demander à ce lieutenant. Lorsque l’aumônier était venu célébrer la messe quelques temps au paravent, au régiment, j’avais remarqué que le lieutenant était à la messe. Je lui dis les mêmes paroles. Par contre, lui me signifie que je peux enterrer l’homme.

 

Au camarade qui m’est le plus proche, je demande : « veux tu m’aider à creuser la terre pour enterrer cet homme ? »

Et nous nous mettons à l’œuvre, en utilisant la petite pelle U.S. que nous avions avec nous.

Bien que le sol soit très rocailleux, nous arrivons à creuser un trou, dans la terre du flanc de l’Oued El Ardjem. L’homme va enfin pouvoir reposer, dans le ventre de la terre, notre mère. Tout cela s’accomplit, dans un silence de… Vie.

 

Il n’y a que le bruit de la pelle, avec laquelle, nous creusons la rocaille. Pas le moindre soupçon d’un mot de reproche, mais au contraire, un regard, tout pétri de fraternité solidaire, de la part de nos camarades, qui vont pour un temps, cesser d’être, « des compagnons d’armes ». Nous avons trouvé de la force, les uns grâce aux autres, pour nous désarmer, pour nous démunir de nos puissances violentes. Nous ne parlons pas.

Ce sont nos regards mutuels que nous entendons parler, particulièrement, le regard d’A., harki obligé de s’engager, en tant qu’ « interprète » dans notre compagnie, il y a un an et demi, et qui dans la nuit de Noël 1959 en Kabylie, à Ou Maden, m’avait dit : « Lulu, Allah ne me veut pas dans son paradis, car j’en ai tué 17 de ma race, dont 4 cousins ».

 

En creusant ce trou dans le ventre de la terre, afin de lui confier, l’homme que nous venions de tuer, même le lieutenant qui lui non plus, ne bouge pas et ne dit rien, accompli ce geste de sépulture avec nous.

Car il s’est dessaisi du pouvoir et de l’ordre odieux de ne pas enterrer les morts, quand il a accepté que nous enterrions l’homme dans le flanc de l’Oued El Ardjem.

 

Nous redevenons des hommes, lui et nous.

Nous remettons humblement notre humanité à sa place, dans l’évolution du monde.

Pauvre petite espérance en notre humanité ! Que tu es belle !

 

Mais c’était sans compter, avec les autorités supérieures du poste de commandement (P.C.). En effet, nous étant assis à nouveau sur nos sacs à dos, il y a à peine une heure que l’homme repose dans la terre, que nous entendons le radio du P.C. émettre sur les ondes qui arrivent sur notre chanel :

 

-         « Ici P.C. m’entendez vous ?

-         oui, ici Bleu, nous vous recevons.

-     Votre prise de cette nuit nous intéresse beaucoup. Un hélicoptère part sur votre position, dans quelques instants, préparez le cadavre ! »

Le sous lieutenant qui avait ricané, me regarde et me dit :

-         « Converset, tu sais ce qu’il te reste à faire ».

 

Oh comme se fut douloureux, pour trois de mes camarades et pour moi de déterrer l’homme de l’Oued El Ardjem, de l’extraire et le désincarcérer, de le sortir du ventre de la terre, de l’endroit où nous l’avions fait reposer.

Je sentais que de ces mains de Mère, la Terre luttait de toutes ses forces vives, pour le retenir. Je l’entendais qui nous disait : « Terre des hommes… Je suis la Mère des hommes ».

Nous menions avec elle, un combat inhumain.

A nouveau, nous cessions d’être des hommes.

 

Avec mes trois camarades, nous portons l’homme jusqu’à l’hélicoptère et nous le hissons dans la carlingue.

 

J’entends encore le bruit des pâles de l’hélicoptère, volant l’Homme à la Terre, en le lui dérobant.

Je ne saurai jamais, ce qu’il est advenu du corps de l’homme de l’Oued El Ardjem, sur ordre du poste de commandement.

 

Je crains, qu’il ait été balancé dans la mer, une fois que l’on aura estimé avoir fait sortir, de lui, tout ce que on aura pu en tirer.

 

Hélas, j’apprendrai des années après, que ce que m’avaient dit mes camarades de section, de compagnie et de régiment, à la base arrière de Sidi Ferruch, et que je trouvais horrible, était bien vrai.

 

Grâce au livre de Marie-Monique ROBIN « Les escadrons de la mort », j’apprendrai que dans les années 1961-1962, au moment de l’O.A.S., à peine avant les accords d’Evian, les méthodes de « la Guerre », écrites par le colonel Roger TRINQUIER, sont exportées à l’école de guerre des États Unis.

Ces méthodes ont été affinées, particulièrement, dans le 3ème RPIMA, pendant la Bataille d’Alger, et durant l’exécution du plan CHALLES. Méthodes, qui pour faire disparaître, les corps des hommes et des femmes, prisonniers, blessés, torturés, achevés, vont être jetés à la mer. Ça donnera, dans l’Argentine du président Videla, que les corps de certaines Mères de mai, les corps des religieuses franc comtoises, Alice DOMON très probablement, et Léonie DUQUET très certainement, et combien dont nous ne savons pas les noms, seront jetés à la mer, plus loin que l’embouchure du Rio de la Plata, après le 8 décembre 1977.

 

Afin que la mer Méditerranée

Mare Nostrum

Soit Mater Nostra

Et non pas Cimetière Marin

Pour que nos vies ne soient pas méprisées

Ni non plus nos corps jetés à la mer

Pour que ne soit pas démolie ni non plus cassée

Notre Humanité

Pour qu’elle ne soit pas « délenda est »

Je demande, nous demandons

Que notre pays la France

Arrête de fabriquer et

Vendre des armes,

Des rafales et autres engins de mort,

Et tout particulièrement,

Les armements nucléaires.

Nous le demandons de manière unilatérale.

Et que l’argent englouti dans cette œuvre de mort,

Soit reversé aux parents qui n’ont pas les moyens

De faire vivre leurs enfants.

 

 Si je ne résiste pas, devant tous ces faits odieux, si je ne dis rien, je suis complice.

Je suis consentant. Je pactise avec la puissance destructrice et criminelle qui est nôtre. De cela je veux me démunir, de cela, nous nous défaisons, et avec Jean FERRAT nous chantons :

 

 

 

 

Nous ne voulons plus de guerres,

Nous ne voulons plus de sang.

Halte aux armes nucléaires,

Halte à la course au néant.

Devant tous les peuples frères,

Qui s’en porteront garants,

Déclarons la Paix sur Terre

UNILATÉRALEMENT.

 

Lucien CONVERSET

27 ET 28 NOVEMBRE 2014

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7 janvier 2015 3 07 /01 /janvier /2015 11:00

Ça aurait pu être moi, qui ait eu a tirer

sur l’homme qui vient de tomber.

 

Témoignage de Lucien lors des journées "histoires et mémoires de la guerre d'Algérie" à Besançon. 2ème partie

 

 

Je ne le sais pas encore, au plus profond de ma conscience. Je vais mettre des heures, des jours, des mois, des années… pour avancer en conscience, en humanité. Car je vais découvrir, que ça aurait pu être moi, qui ait eu à tirer sur l’homme qui vient de tomber.

 

Et c’est tombé sur J. Je ne vais pas prononcer son prénom. Parce que je ne veux pas laisser tomber sur ses épaules, dans ses mains, dans son cœur, dans son regard, et dans sa conscience, rien qu’à lui, la responsabilité de cette mort de l’homme. J’ai à en prendre part et à l’endosser moi aussi.

 

Je pense que mon camarade ne s’en est jamais remis de ce drame. Nous avons essayé de ne pas le laisser tout seul. Je ne sais plus trop comment nous avons fait, quand nous sommes rentrés à la B.O.A. Je voudrais continuer de ne pas le laisser tout seul, par le fait de ce que je vais continuer de dire dans mon témoignage.

 

Aujourd’hui je voudrais que nous allions plus loin et plus profond en conscience, moi et vous, si vous voulez bien.

 

Après les coups de feu et le râle de l’homme, le sergent qui commandait l’embuscade a crié à nous tous : « restez couchés… Ne bougez pas ! »

Nous avions appris qu’un homme blessé par nous, pouvait avoir le réflexe de dégoupiller une grenade et de nous tuer avec lui, si nous nous approchions de lui. L’homme gisait à quelques mètres de nous. Il faisait nuit. « Erat nox » (Jo 13 30).

 

Je me souviens avoir lutté quelques instants, pour accompagner dans mon cœur et ma conscience, dans ma pauvre prière aussi :

 

- Et l’homme qui était probablement en train de mourir.

- Et le camarade qui avait eu à tirer.

 

C’est dans les jours après que j’ai beaucoup pensé à mon camarade qui avait eu à tirer sur l’homme.

 

J’ai essayé de prier. J’ai repensé à Jésus dans le jardin des oliviers, se relevant de son agonie, de sa sueur de sang (Luc 22 44) Les apôtres retombant dans leur sommeil. C’était ce que nous vivions. Aujourd’hui si j’écris les lignes, il me revient cette parole des Pensées de Pascal : « Jésus est en agonie, jusqu’a la fin du Monde ».

 

Je me suis rendormi en entendant Jésus, qui me disait : « qu’avez-vous, qu’as-tu à dormir ? (Luc 22 46). Souvent, aujourd’hui, je le réentends, qui me le redit, dans ma conscience quand elle a tendance à s’assoupir.

 

C’était une nuit de juillet 1960. Le jour se lève tôt. On voudrait à la fois, que le jour se lève encore plus vite, et en même temps, on voudrait s’endormir pour toujours, tellement le drame que nous vivons est épouvantable.

 

Nous nous levons dans une pénombre de l’aurore naissante, les yeux fixés sur le corps de l’homme qui gît à coté de nous, nous assurant qu’il est mort.

 

Nous devrions avoir peur de ce que nous venons de faire :

 

Nous avons fait tomber un homme dans la mort.

 

Nous ne devrions pas craindre, ce que l’homme tombé pourrait nous faire.

 

Comment allons-nous, nous en sortir de ce drame ? Nous aurons du mal de voir que nous sommes tombés dans un gouffre avec l’homme. Comment faire pour que notre humanité ne s’y fasse pas enfouir et engloutir ? C’est pas beau ce que nous venons de faire. Comment allons-nous essayer de ne pas sombrer davantage, dans l’inverse de ce qui est humain, dans le contraire de ce que doit être l’humanité.

 

Tout n’est pas beau dans ce qui va continuer de se faire autour du corps de l’homme.

Il est dépouillé de ses vêtements et fouillé. Je repense à Jésus dépouillé de ses vêtements (Luc 15 20), (Luc 27 35), (Jo 19 11).

L’homme a des papier sur lui. L’argent qu’il a sur lui est récupéré et il est remis pour la caisse noire de la compagnie. Dans quel but ? A quoi ça va servir ? je ne sais plus s’il y avait de l’argent sur l’homme. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il y avait toute une série de décrets de loi orale, non écrits, dont nous avions connaissance et que nous avions reçus des anciens de la compagnie « du temps du capitaine Sch. Voilà comment ça se passait quand on descendait un fel, dans une embuscade »

 

L’argent revenait donc à la caisse noire de la compagnie.

La montre de l’homme revenait à celui d’entre nous, qui l’avait tué.

J. notre camarade ne voulut pas de la montre.

Aujourd’hui voilà ce que je me dis :

J n’avait pas voulu de la montre. Aujourd’hui ce fait me parle beaucoup. Je me dis que J. nous fait voir par là, que si c’est à lui que c’est arrivé de tirer sur l’homme, tombé en embuscade, ce drame aurait pu se passer à un autre moment, où c’était quelqu’un d’autre qui était de faction. Et moi, je pense que ce qui est arrivé à J. ça aurait pu m’arriver à moi. Comment nous défaire du poids de ce fatalisme ? en endossant chacun une part de cet événement, mais aussi en remontant en amont, afin de ne pas sombrer dans cet enfer – mement, afin de ne pas s’y laisser enfermer ni emprisonner. Parce que l’enfer-me-ment.

 

Je vais mettre du temps pour avancer en conscience, de ce qu’il faut faire, dans un tel drame, et de ce qu’il ne faut pas faire et aussi, de ce qu’il aurait fallu ne pas faire. Depuis j’ai beaucoup appris à remonter en amont des faits, en nous assemblant à plusieurs, afin de ne pas nous polariser uniquement sur les conséquences d’un événement mais en cherchant les causes. Remonter en amont : je repense à nos rencontres en JOC, ACO, ACE, SCEJI, PPH, MRJC, CMR, ATD Quart Monde, CCFD.

 

Ce n’est pas quand nous sommes au cœur d’un drame, qu’il faut nous dire : « je ne devrais pas être là… Si seulement je n’étais pas là… » C’est avant.

 

C’est maintenant donc qu’il nous faut remonter en amont de ce que nous vivons, présentement et prendre des décisions, particulièrement dans le fait, de ne pas repartir en guerre, et pour cela d’enrayer non seulement nos fusils mais la fabrication et le trafic et commerce d’un armement, et particulièrement de l’armement nucléaire de la France.

 

J’aurais voulu ne pas me trouver dans le flanc de l’oued El Ardjem ce dimanche matin, en plein Ouarsenis. Mais j’y suis. Comment je vais m’en sortir ? Comment mes camarades et moi, nous allons nous en sortir ?

 

Parmi les lois non écrites, qui couraient dans le régiment parachutiste dans lequel je me trouvais incorporé, il y avait celle là, dont je vais parler plus loin : le cadavre des morts supposés être des fellaghas sont laissés à pourrir sur le terrain.

 

J’aurais voulu ne pas me trouver dans le flanc de l’Oued El Ardjem en plein Ouarsenis, ce dimanche matin.

 

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Pour cela, je dois lutter aujourd’hui de toutes mes forces, pour que nous arrêtions de partir en guerre, que nous arrêtions de fabriquer et de vendre des armes, et particulièrement, les armes nucléaires. Parce que, quand il y en aurait un qui aurait déclenché, l’arme nucléaire (voir le triomphalisme de Manuel Valls à propos du Mégajoule de la simulation du nucléaire du 28 octobre 2014), ce qui adviendrait par la suite, serait tellement inhumain, que nous ne pouvons pas savoir

-         ce que nous ferions,

-         ce que nous pourrions faire,

-         ce qu’il ne faudrait pas faire.

Parce que une fois, que nous sommes partis à la guerre, nous sommes enfermés, c’est l’enfer-me-ment. Et l’enfer me ment.

 

Je conteste et fais objection de conscience, dans le sein de ma mère l’Eglise, je le réalise dans la foi et l’amour : pourquoi ne m’as tu pas aidé et permis de déserter en 1958 – 1960, pourquoi ne m’as tu pas aidé à ne pas entrer en enfer-me-ment. Nous sommes coincés, enfermés, prisonniers, dans une situation où nous ne pourrons plus avoir un comportement d’homme. Je suis enfermé. L’enfer me ment.

 

Je conteste et fais objection de conscience, dans l’espace d’amour et de foi, créé par ma mère l’Eglise pour m’engendrer, me mettre au monde, donner sens à ma vie. Pourquoi n’est elle pas allée probablement, par crainte de l’Etat, et du Pouvoir, jusqu’à remettre en cause la guerre d’Algérie.

 

Aujourd’hui de même manière et nature , pourquoi l’Eglise ne revient pas sur le fait qu’elle cautionne l’Etat français dans sa politique d’armement nucléaire qui est criminel (voir la déclaration des évêques de France du 8 novembre 1983).

 

De la même manière, la France ne revient pas sur sa politique d’armement (fabrique et commerce) notamment avec Israël, qui à chaque opération

-         (Plomb durci déc 2008- janv.2009)

-         (Protection des frontières en été 2014)

 

expérimente l’augmentation de la dangerosité des armes (chercher à déchiqueter plus efficacement les gens).

 

Et pendant qu’avec nos amis du MANV et Jean Marie Muller, nous demandons l’arrêt de l’armement nucléaire de la France de manière unilatérale, en nous engageant dans une culture de la non-violence, nous apprenons qu’en pleine assemblée générale des évêques à Lourdes(3-9 novembre 2014), pendant que les évêques continuent à se justifier de ne pas s’engager, à demander l’arrêt de l’armement nucléaire unilatéral de la France, deux séminaristes du diocèse aux armées s’engagent dans les rangs de l’armée pour acquérir une culture militaire. Je me fais un devoir de dire NON ! Arrêtons ! de cautionner et de bénir le massacre (voir le journal La croix du 7 novembre 2014).

 

Une fois que nous sommes partis à la guerre, nous ne sommes plus des hommes. Nous sommes dans des situations, où nous ne pouvons pas être des hommes.

Donc il ne faut pas y aller.

Vous comprenez que si je dis comme Bernard GERLAND « ma guerre d’Algérie » je dis aussi « notre guerre d’Algérie ».

 

Le vieux CATON disait en terminant ses discours à l’assemblée de la ville de Rome « delenda est Carthago » « il faut détruire Carthage» C’est la pratique de la culture de l’armée, la culture militaire de Rome, de la Pax Romana.

 

Et bien je dis que non seulement à Rome, dans l’Eglise de Rome, mais dans l’Eglise Universelle, pour que l’humanité ne soit pas « délenda » «détruite » « déchiquetée », défaisons-nous de l’armement nucléaire de notre Etat, de notre pays, de cet Etat qui nous a volé notre jeunesse, à nous gens de ma génération, en tuant la jeunesse de l’Algérie (ce sont les jeunes dynamiques, les résistants qui souvent, sont tués, en premier dans une guerre). C’est ce qui c’est passé en Algérie, entre 1954 et 1962. Et c’est ce qui va se passer encore, durant les Années Noires 1990-2000).

 

Aujourd’hui je suis dissident de l’Eglise catholique et de l’Etat français, pour pouvoir être constructeur de l’humanité. Je ne démissionne pas, mais je me démunis. Ne démissionnons pas, mais démunissons nous de toute violence.

..../....

 

 

 

27 ET 28 NOVEMBRE 2014

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6 janvier 2015 2 06 /01 /janvier /2015 11:00

Ça aurait pu être moi, qui ait eu à tirer

sur l’homme qui vient de tomber.

 

Témoignage de Lucien lors des journées "histoires et mémoires de la guerre d'Algérie" à Besançon. 1ère partie

 

Ce que je vais essayer de partager avec vous, c’est une prise de conscience, une avancée en objection de conscience, que j’ai commencée de réaliser au cours de l’opération CIGALLE (du 24 juillet 1960 au 24 septembre 1960), dans l’Ouarsenis. Nous étions sous le commandement du Général CREPIN remplaçant le Général CHALLES. J’étais dans le 3eme RPIMA (régiment parachutiste d’infanterie de marine) à la compagnie d’Appui (C. A.),de la 58 – 2A. Nous venions de quitter Sidi-Ferruch , notre base arrière (B.A.), afin de parvenir au Grand barrage de l’Oued Fodda. C’est là qu’était notre Base Opérationnelle Avancée (B.O.A.). C’est pas très loin de là, que mon ami Jean Marie BUISSET, (originaire de Beaulieu, le grand douaire dans les Ardennes) avait été tué, il y avait un an, durant l ‘opération COURROIE sous la direction de général CHALLES, le 29 Mai 1959 dans le secteur de BOGHARI.

 

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Nous sommes partis ce soir là, monter une embuscade à flanc de l’Oued El Ardjem.

J’ai été désigné avec une dizaine de camarades, ça fait la petite moitié de la section. L’autre moitié est désignée pour une autre embuscade.

 

Je vais vous raconter comment ça s’est passé, comment un homme a été tué, au cours de l’embuscade. Ce qu’il est advenu de lui, et de nous. C’est en faisant cette analyse , que je continue de prendre conscience, que je n’aurais pas dû partir tendre cette embuscade, donc je n’aurais pas dû faire la guerre, donc pas dû partir en Algérie, ni non plus donc, partir soldat…

 

Ce dont je veux essayer de témoigner, ce que je voudrais essayer de montrer, c’est que même si ce n’est pas moi qui ai tiré sur l’homme qui vient de tomber dans l’embuscade, je fais partie du groupe, de la section par laquelle, cet homme a été tué. Je suis français, je suis parti soldat, j’ai malheureusement fait la guerre d’Algérie.

 

De cela, peut on s’en remettre ? Que veut dire s’en remettre ? Comment retrouver un chemin d’humanité ?

 

Ce qui travaille le fond de ma conscience, c’est que j’ai été soldat en Algérie. J’ai été à la guerre d’Algérie. J’ai fait la guerre d’Algérie. J’ai malheureusement fait la guerre d’Algérie. J’ai honte de moi. J’ai honte de mon peuple. Pourquoi n’ai je pas déserté ? Pourquoi l’Eglise, dont je suis, ne m’a pas aidé, et permis de déserter, de me sauver ?

 

Question du passage de notre responsabilité personnelle, à notre responsabilité collective et réciproquement.

 

Tout cela me fait dire, que certains faits de guerre et probablement beaucoup de faits de guerre sont commis par nous. Même si ils ont été effectués par quelques uns, par quelqu’un, par moi : des fois on me dit, et encore il n’y a pas longtemps : « je n’ai jamais eu à tirer… à tuer… quand j’ai fait mon service en Algérie ». Ce qui me travaille surtout, c’est quand on me pose la question et qu’en même temps, on me fait la réponse : « tu ne t’es jamais trouvé à avoir à tuer ? »

 

Nous avions appris à tendre une embuscade, quand nous finissions nos classes, en France durant mes stages pré AFN à Mont de Marsan et Bayonne. Je ne voyais pas les conséquences de ce que j’apprenais. Je ne percevais pas tout ce dans quoi ça m’engageait. Je vais mettre beaucoup de temps, pour avancer, approfondir en conscience ce que je vis.

 

Pourquoi est ce que je n’ai pas dit : « Je ne vais pas tendre l’embuscade ». je ne savais pas dans quoi j’allais me trouver engagé.

 

J’aurais dû ne pas y aller ! Mais à cette époque, je ne voulais pas me désolidariser de mes copains, être privilégié et passer à coté de ce qui était dangereux, risqué dans ce sens là. Je ne voyais pas encore, qu’être solidaire de l’humanité, c’est refuser d’aller et de se trouver dans des situations où nous ne pourrons presque plus « choisir d’être homme ».

 

Nous sommes dix à monter l’embuscade.

 

L’embuscade commence vers 21 heures.

Le premier et le dixième montent la garde pendant une heure et demi. C’est ce qui est convenu. Chacun de nous se fiant à sa montre, qu’il a mis à l’heure précise de ses camarades. Les huit autres dorment ou essayent de dormir. Au bout de l’heure et demi écoulée, le dixième réveille le neuvième, et le premier réveille le deuxième. C’est le neuvième et le deuxième qui montent la garde, le doigt sur la gâchette de l’arme qu’ils tiennent. Souvent, c’est une M. A. T. Le premier et le dixième s’endorment… Et ainsi de suite…

 

Cette nuit là, j’avais pris mon tour de garde pendant une heure et demi aussi, et il ne s’était rien passé pendant ce temps là. Aucun homme n’était tombé dans la nasse que nous venions de tendre. Des renseignements souvent obtenus par la torture, nous avaient indiqué, le passage probable de membres de l’A.L.N. par ce sentier sur lequel, nous tendions l’embuscade.

 

Nous avions aussi cet ordre odieux : « vous ne devrez tirer que si c’est un homme qui survient dans la nuit ». Parfois, c’était des sangliers qui rôdaient dans les parages. Déjà quand il fait nuit, et silencieux, tu as peur. Tu luttes pour vaincre ta peur, espérant que rien ne viendra (au moins pendant que tu montes la garde à ton tour) rompre, et le silence et la nuit. Mais quand ça fait du bruit, tu as une peur monstre. Et tu dois évaluer dans cette nuit noire, si le bruit que tu entends est celui d’un sanglier ou celui d’un homme. Et si c’est le bruit d’un sanglier, il t’est interdit de tirer, afin de ne pas alerter et signaler notre présence aux fellaghas, postés dans les environs. Et si, terrassé de peur, le gars qui monte la garde, tire sur un sanglier et le tue, l’accablement qui va lui tomber dessus, et la honte qui va s’en suivre, nous empêchera de nous apaiser, que ce ne soit pas un homme, qui soit tombé sous nos balles.

 

Tu as peur pour toi, pour ta peau. Tu as peur pour les copains. Tu penses peut être plus aux copains qu’à toi, car tu as mission de protéger tes copains. C’est ce qui te motive.

 

Et si tu as évalué, que le bruit qui rompt le silence de la nuit, est fait par un homme, tu es prêt à tirer, tu dois tirer, pour sauver la vie de tes copains et la tienne.

 

Tu ne te poses pas, à ce moment là, la question, de ne pas tuer l’homme qui tombe dans l’embuscade, que tu tends avec tes camarades.

 

C’est en amont qu’il aurait fallu, que je me pose question. C’est après que je me la suis vraiment posée, la question… et je vais mettre du temps, et je crois bien que je n’ai pas fini ni terminé…

 

Voilà comment je me suis posé la question.

 

Je viens de monter la garde pendant une heure et demi, à ce bout ci du sentier, et l’autre copain, à l’autre bout de la tenue de l’embuscade. Il ne s’est rien passé durant mon temps de faction. J’ai appelé et réveillé le copain, qui me remplace à monter la garde… Je me rendors. Et voilà qu’une demi heure après, alors que je suis en plein sommeil, une rafale de M.A.T. déchire le silence de la nuit, dans laquelle je m’étais rendormi. Un râle continue à déchiqueter l’enveloppe de cette nuit. C’est celui de l’homme qui vient de tomber dans notre embuscade.

 

Le drame est bien sûr qu’un homme soit mort, tombé criblé de balles. Mais dans la situation où nous sommes, je ne peux pas dire cela. Car ce que nous venons d’accomplir est une sorte de réussite, aux yeux de notre commandement. Alors qu’en fait, le drame est double… Je ne vais pas tarder à le comprendre. Il est même triple. Il va très vite devenir multiple.

 

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5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 10:08

Dampierre, les premiers jours de Janvier 2015

 

Chers AMIS,

 

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C’est depuis le pied du Ginkgo Biloba de Dampierre que, dans le sourire de Jeannot et Béatrice et de tous les amis tenant l’âne Gamin, je viens vous souhaiter une belle et bonne année 2015.


Le Ginkgo Biloba est l’arbre qui a résisté au déferlement dévastateur de notre humanité à Hiroshima et Nagasaki.

 

Je suis heureux que quelqu’un ait planté cet arbre il y a plus de 100 ans dans le parc de la mairie de notre commune de Dampierre, et qu’il tienne.

 

Je viens de faire un songe en appuyant mon dos tout contre son écorce et en ramassant ses feuilles d’or. J’accrochais vos noms à ses branches. Et, tout en nous défaisant de nos attitudes agressives, nous ensemencions les graines de résistance de cet arbre et nous les cultivions en nos jardins intérieurs et communaux, dans une ambiance de non violence. C’était beau ce que nous faisions. Nous étions en train d’élever notre humanité. Et quand je sortis de ce songe, je vis que c’était bien ça que l’on continuait de réaliser. Nos rêves devenaient réalité.

 

Dans la galette des rois-mages de l’Epiphanie, est-ce que ce ne serait pas là aussi qu’est cachée cette fève, cette graine qui nous rend capables de « prendre un autre chemin » que celui de la violence ?!

 

 

Belle et bonne année 2015.

 

Lulu

 

Rappel : le 1er lundi du mois, journée de jeûne pour le désarmement nucléaire de la France, et temps de partage et de rencontre à Dampierre de 14h à 17h

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13 août 2014 3 13 /08 /août /2014 21:52

Tibhirine, le 10 mars 2014     

 

« DESORMAIS TIBHIRINE N’APPARTIENT PLUS A L’EGLISE, MAIS A L’HUMANITE » (Jean-Marie LASSAUSSE)   

 

Avec mes 3 amis Claude, Nelly et Bernard, nous continuons à nous laisser conduire par Patrick MORVAN qui est devenu un frère pour nous. Comme Jean-Marie, il est vraiment là pour nous donner tout ce qu’il a su et pu trouver à Tibhirine.

En descendant de la source du jardin en direction du cimetière où reposent les  restes des corps des 7 moines, une forte impression me travaille. Celle-là, que, de ce petit village, il est en train de couler pour le monde une immense grâce. C’est ça qui fait dire de temps en temps à Jean-Marie : « Désormais Tibhirine n’appartient plus à l’Eglise, mais à l’humanité »

 

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En entrant dans le silence du cimetière, la disposition des 7 tombes me parle lumineusement. Dans la terrible nuit de violence qui enveloppe l’Algérie et toute notre humanité en cette époque, il se dessine là, pour nos yeux, comme une constellation d’étoiles. Je me mets à genoux et j’embrasse la terre, notre mère, qui, en ramassant ces 7 membres de l’humanité dans ses bras, nous rassemble tous pour nous enraciner, et nous faire pousser à leur ressemblance jusqu’à l’extrême de l’Amour. Les humbles grains de foi et d’amour ne deviennent ils pas aussi les jardiniers de l’espérance ?

En me relevant d’entre les morts, ce sont des paroles de vie que je continue d’entendre venant d’eux. Paroles de même sève que celles que j’ai entendues chaque fois que je suis allé me ramasser à l’abbaye d’ACEY en priant avec ce qui est écrit dans « l’Invincible Espérance » et dans « 7 vies pour Dieu et l’Algérie » présentés par Bruno CHENU.

Elles sont aussi de la même trempe que celles que j’avais découvertes dans l’abbaye de LATROUN, lorsque j’attendais Valérie, afin d’aller prendre l’avion à Tel Aviv pour revenir en France le 30 juin 2013. Ce matin-là, accompagné du frère Marie-Bernard, ami lui aussi de Jean-Marie MULLER, j’étais allé lire, entendre, écouter une découverte au creux du jardin de cette abbaye, située en pleine fracture entre Israël et Palestine.

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Photos de Lulu prises à Latroun

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Il y a là en effet quelque chose qui fut pour moi comme une « révélation », «  une apocalypse ». Quelque chose d’étonnant est gravé sur chacune des 7 stèles qui sont là, érigées en mémoire des 7 moines de l’abbaye de TIBHIRINE.


Merci tout rempli d’action de grâces, à celles et ceux qui ont compris, et nous l’ont partagé, que, ce que le Fils de l’Homme, par la médiation de l’apôtre Jean, dit à l’ange de chacune des 7 églises d’Asie, c’est à chacun des 7 moines de Tibhirine qu’il le dit :


-      A Christophe, il dit :

« La constance aussi ne te manque pas. N’as-tu pas souffert pour mon nom sans te lasser ? Au vainqueur, je ferai manger de l’Arbre de Vie placé dans le paradis de Dieu. (Ap 2, 3,7) »

 

-       A Bruno, il dit :

« Je connais tes épreuves. Reste fidèle jusqu’à la mort et je te donnerai la Couronne de Vie. » (Ap, 2,10)

 

-      A Luc il dit : 

«  Tu tiens ferme à mon nom. Au vainqueur je donnerai de la manne cachée. Je lui donnerai aussi un caillou blanc, un caillou portant gravé un nom nouveau » (Ap2, 13, 17)

 

-      A Paul, il dit :

«  Je connais ta conduite : l’amour, la foi, le dévouement, la constance dont tu fais preuve. Tenez ferme jusqu’à mon retour. Au vainqueur, je donnerai l’étoile du matin. (Ap 2,19, 28)


-      A Michel il dit :

«  Tu n’as pas souillé tes vêtements. Le vainqueur sera revêtu de blanc. Son nom, j’en répondrai en présence de mon Père. » (Ap,3, 4, 5)


 

-       A Célestin il dit :

 « Voici que je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui, et lui près de moi … Au vainqueur, je donnerai de prendre place auprès de moi sur mon trône. (Ap3,20,21 )


 

-       A Christian il dit :

«  J’ai ouvert devant toi une porte que nul ne peut fermer et disposant pourtant de peu de puissance, tu as gardé ma parole sans renier mon nom. Tiens ferme. Sur le vainqueur, je graverai le nom de mon Dieu, le nom nouveau que je porte » (Ap3,8,12)

 

Il vient alors à mes yeux et à ma conscience, que ces paroles que le Fils de l’Homme donne à ces 7 témoins-martyrs de l’Atlas, c’est à nous tous, en humanité, qu’il les communique.

 

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8 août 2014 5 08 /08 /août /2014 21:56

Dampierre, le 6 août 2014

 

COMMENT RETROUVER NOS VISAGES D’HOMMES LORSQU’ILS ONT ETE DEFIGURES ?

 

Aujourd’hui chez les chrétiens c’est une grande fête : celle de la reconnaissance que Jésus, «  le Fils de l’Homme » est transfiguré en présence de trois de ses disciples : Pierre, Jacques et Jean. Cette transfiguration se réalise de manière étonnante : « Son visage devient brillant comme le soleil et ses vêtements blancs comme la lumière… » (Mt, 17,2). En même temps, les disciples qui assistent à cet évènement entendent et comprennent que ce « Fils de l’Homme » Jésus, est le Fils bien aimé de Dieu, en qui son Père a mis tout son amour » (Mt 17, 5) Et nous-mêmes nous prenons acte que ce qui s’est dessiné sur le visage de l’Homme-Dieu, est dessiné désormais sur nos visages à nous tous membres de l’humanité. C’est notre acte de foi-confiance. C’est gravé dans nos cœurs. Comment empêcher que ce qui s’est réalisé là soit abimé par nous-mêmes.

 

Au début du mois de juin de l’année dernière, en traversant les territoires palestiniens, afin de me rendre à Bethléem, je suis passé au pied du Mont Tabor où, cet évènement de la transfiguration s’est accompli. Et il y eut quelque chose d’étonnant : l’ânesse Joséphine que j’avais dû retrouver pour accomplir ce voyage n’était pas tellement partante. Elle me faisait marcher très lentement. Elle trainait les sabots. Ça m’énervait. Mais je compris qu’elle faisait cela pour m’aider à voir clair. Elle me disait : « Est-ce que tu prends conscience en passant au pied du Mont Tabor, que vous les humains vous abimez ce qui vous est révélé sur cette montagne … Ne marche pas trop vite … Comprends que vous vous défigurez les uns les autres. Regarde bien durant cette marche que nous sommes en train de faire ce que des hommes font à d’autres hommes.

 

Et de fait, en entrant à Jenine dans le petit peu de « territoires laissés » aux Palestiniens, je découvrais qu’ils sont « occupés « comme me le confirmait le Père Jonny lorsqu’il m’accueillit à Naplouse en compagnie des religieuses de Mère Térésa : « Ici on est en territoire occupé » J’apprenais que des membres du pouvoir israélien, appuyés par les soldats de l’armée Tsaal, vidaient des familles entières de leurs habitations et accaparaient leurs maisons et leurs terres. Ce n’est pas une attitude d’hommes. Notre humanité en est défigurée.

 

Quelques temps après, j’apprenais que des responsables politiques et civils, capturaient l’eau dans les nappes phréatiques des villages palestiniens pour la pulser dans leurs propres villes et leurs colonies. Ils dévitalisaient ainsi le pays  palestinien.

 

J’apprenais encore, quelques temps après, que des hommes empêchaient d’autres hommes de se rendre dans leurs familles, ainsi que sur leurs lieux de travail, quand ils en avaient un, ainsi que dans les lieux de soins, tels que dispensaires et hôpitaux, en érigeant  un mur de séparation de huit mètres de haut. Notre mère la Terre, n’était plus la Terre des hommes.

 

Aujourd’hui, jour de la transfiguration, j’apprends par le journal, que dans   « Gaza, la population redécouvre une vie sans les bombes » Une trêve enfin commence, voilà un mois que le Gazaouis n’ont pas arrêtés d’être pilonnés, emprisonnés, asphyxiés par d’autres hommes. A la manifestation de Besançon l’autre jour, afin d’arrêter cette guerre, quelqu’un qui connait bien Gaza et le drame vécu par ses habitants, nous appelait à proclamer : « Nous sommes tous des Palestiniens » Cinquante jeunes filles et jeunes gens israéliens ont refusé dernièrement d’aller à la conscription. Ils sont devenus refuzniks, refusant de défigurer des Palestiniens.  Mais nous autres, pays européens, nous devons arriver à nous organiser pour empêcher cette guerre. Est-ce que nous ne continuons pas à fabriquer et vendre des armes ? Nous divulguons même sur les ondes au moment des informations la propagande israélienne qui justifie le déluge de bombes sur Gaza, en faisant l’opération « Bordure protectrice ». Bien sûr que nous réprimons aussi l’attitude du Hamas. Nous sommes appelés à dépasser les intérêts communautaristes et confessionnels dans la gestion de tous pays.

 

Nous ne pouvons pas non plus laisser se défigurer le visage de notre humanité par tout ce qui se passe en Irak, en ce moment, où des dizaines de milliers d’Irakiens, appartenant à des minorités religieuses, notamment des chrétiens mais aussi yézidis, vivent un véritable exode. Ils ont été vidés de Mossoul le 10 juin dernier, ils viennent d’être expulsés de Qaraqosh, par les miliciens sunnites de l’Etat Islamique (EI). Ils sont démunis de tout, et fuient vers le Kurdistan, ils sont en danger de mort. (Beaucoup ont déjà été massacrés).

 

Nous jeûnons aujourd’hui, pour prendre conscience que dans notre être d’homme et dans notre peau, qu’au profond de nous, est logée notre capacité d’arrêter de nous massacrer les uns les autres. Je dis : « les uns, les autres, «  car j’ai pris conscience quand j’étais soldat durant la guerre d’Algérie, que, lorsque les Algériens étaient vidés de leurs mechtas durant les opérations jumelles Cigale et Etincelle, afin d’établir le Plan Challes, nous, soldats, nous nous vidions de notre humanité. Quand nous abimions des hommes, nous nous abimions nous-mêmes, nous cessions d’être des hommes nous-mêmes. Le fait de jeûner aide à approfondir cette prise de conscience.

 

Et nous jeûnons aujourd’hui 6 août, aussi afin de commémorer ce qui a été fait à des hommes par d’autres hommes ce jour-là, et empêcher que ça se reproduise : l’éclatement d’une bombe atomique au dessus d’Hiroshima, provoquant la mort de 180 000 personnes. Nous jeunerons aussi le 9 août pour la même raison et dans le même but que l’éclatement d’une même bombe atomique sur Nagasaki, provoquant la mort de 130 000 personnes, ne se renouvelle jamais.

 

Nous ne pouvons pas et n’avons pas le droit de nous maintenir dans de telles menaces de mort, les uns par rapport aux autres, en devenant détenteurs de telles armes de destruction massive. Cette attitude est criminelle, nous sommes aux antipodes de l’humain, de telles déflagrations sont de lamentables défigurations de l’humanité.

 

A Hiroshima et à Nagasaki, c’est toute l’humanité qui a été défigurée.  Tout d’abord, ceux qui ont déclenchés l’éclatement de l’arme nucléaire à l’encontre de toute une cité, de tout un peuple ; en accomplissant de tels crimes, ils ont cessé d’être dans une attitude d’hommes. Certains ne s’en sont pas remis.

 

Et ils ont été défigurés aussi, ceux qui ce jour-là, ont été tués, annihilés, le visage brûlé. Leurs terres ont été rayées de la carte, plus rien ne pourra y pousser. Les survivants, abimés jusque dans leur capacité de mettre au monde des enfants, avec le risque de faire naitre des petits profondément handicapés.

 

Le jeûne est un véritable laboratoire. Nous jeûnons pour chercher comment nous arrêter d’entretenir une telle menace, une telle peur et terreur les uns par rapport aux autres, et nous arrêter de nous défigurer les uns les autres. Afin tout simplement de prendre conscience que nous avons la capacité d’être véritablement des humains les uns envers les autres.

 

Aujourd’hui, jour de la Transfiguration , je prends conscience que nous nous sommes défigurés à Hiroshima et Nagasaki, en prétendant accéder à la paix mondiale,  en mettant à genoux tout un peuple, et en l’annihilant.

 

Aujourd’hui, grâce au jeûne et à l’opinion de tous les amis qui y participent, il y a quelque chose que je vois mieux. En jeûnant,  je refuse de continuer à laisser se défigurer mon visage et à se dénaturer mon regard sur quelqu’ homme que ce soit. Je retrouve mon visage d’homme, parce que je refuse de pactiser avec le gouvernement de mon pays qui continue à se doter d’armes nucléaires  plus performantes. En jeûnant, j’entre aussi en dissidence par rapport à mon Eglise qui continue de cautionner l’armement nucléaire de la France, en maintenant la déclaration de la Conférence des Evêques de France du 8 novembre 1983. Toute notre amitié reconnaissante à vous Jean-Marie MULLER et au M.A.N.V. (Mouvement Alternatif Non Violent)  qui apportez aux membres de l’A.D.N. (Alerte pour le Désarmement Nucléaire) que nous sommes, le ressourcement prophétique, qui nous fait nous envisager les uns les autres en humanité, comme le Christ nous dit que Dieu notre Père nous regarde tous, le jour de la transfiguration.

 

Nous jeûnons dans une humble joie pour retrouver notre dignité, en appelant notre pays à se démunir de l’arme nucléaire.  Invité hier à un repas familial dans un village voisin de Dampierre, un homme de mon âge, sachant nos engagements et que nous jeûnons pour demander l’arrêt de l’armement nucléaire de la France de manière unilatérale, cet homme me racontait que son oncle Raymond lui disait quand il était gamin : «  Au lieu de faire des usines d’armement, on ferait mieux de faire des casseroles, d’y mettre à manger, ainsi, on pourrait nourrir le monde » mais tout de suite après, quelqu’un d’autre  me disait : «  La centrale nucléaire de Creys-Malville … c’est elle qui m’a donné du travail … ça m’a permis d’élever ma famille, mais je sais pourtant que les effets du plutonium mettent 26 000 ans pour ne plus avoir de nocivité. »

 

Nous nous sommes partagés nos questions et réflexions vitales pour l’avenir de l’humanité : Nous nous sommes demandé quel héritage nous laissons à nos enfants et petits enfants ? ils sont là en train de jouer dans la salle à manger au milieu de nous. Leur laisserons-nous une terre qui risque de leur éclater dans les mains et à la figure, les défigurant pour toujours.

 

Je ne suis pas sûr d’être arrivé à nous interpeller, afin d’emprunter un tout autre chemin que celui-là, dans lequel nous sommes embarqués ? J’aurais tellement voulu que nous nous remettions en cause, que quelque-chose de la transfiguration de Jésus apparaisse sur nos visages, dans notre bouche et dans nos cœurs, et que nous nous aidions les uns les autres à « Libérer la France de son arme nucléaire » comme nous y appelle Jean-Marie Muller, que nous cessions de préméditer un crime contre l’humanité et de la défigurer.

 

Ainsi, nous retrouverions nos visages d’hommes, de femmes et d’enfants.

 

En jeûnant, je voudrais que nous nous apprenions à chercher et trouver les chemins pour nous arrêter de programmer et perpétrer notre odieux massacre les uns par les autres. Je suis humblement confiant que nous pouvons être des bâtisseurs et non des casseurs.

 

Telle est notre Transfiguration !

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2 août 2014 6 02 /08 /août /2014 21:11

Tibhirine le 10 mars 2014

 

«  LES MOINES, ILS NOUS AIMAIENT »

(Un habitant du village de Tibhirine)

Nous avons du mal de quitter la chapelle. Il s’est échangé en cet endroit, tant de choses entre « ces hommes et leur Dieu », de ces « choses cachées depuis le commencement du monde. » (Ps 77, 2 - Mt 13,35) C’est en ce lieu qu’ont retenti dans le silence avec une humble intensité,  tant de paroles s’enracinant dans la chair de nos frères moines. C’est là, « qu’ils ont donné chair aux psaumes », pour reprendre un mot du jardinier de ces lieux. C’est là que la parole de Dieu, s’entremêlant à la parole des gens du voisinage et aussi de tous les gens d’Algérie, leur est rentrée dans la peau. 

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Cette peau va en être labourée, tellement déchiquetée, qu’un jour elle ne leur restera même plus sur le dos. » ( Ps : 128, 3 ; Job 19) Voilà que nos frères moines sont devenus des jardiniers et des cultivateurs de l’action non violente. Nous ramassons et nous cueillons les fruits de cette action dessous ce que les moines ont semé et planté. ( Jn, 4,28 ; Ps 125 ). Il y a urgence pour nous-mêmes de semer et planter les graines de leurs comportements dans nos rencontres. Jean-Marie nous disait encore tout à l’heure en venant,  qu’à Tibhirine « les moines ont tenté de faire un pont entre leur prière et les cris des hommes d’aujourd’hui. » Au moment où nous allons franchir le seuil pour sortir de la chapelle, c’est avec un sens aigu de l’histoire que nous entendons Patrick nous raconter : « il ne faut pas que j’oublie de vous dire que c’est dans cette chapelle qu’il s’est passé un évènement initiateur le 21 septembre 1975. Vous irez voir dans le livre de Jean-Marie, reprenant ce qui s’est passé ce soir-là.

 

« Christian de CHERGE n’étant pas encore prieur du monastère, nous sommes en pleine période du ramadan. Il prend le temps après complies pour l’adoration silencieuse. Il sent alors la présence d’un autre dans la chapelle. Un homme en prière, mais ce n’est pas un moine, qui laisse venir sur les lèvres « Allah Akbar » Commence alors, entre silence et prière à deux voix, un moment de grâce inédit, inouï. L’arabe et le français se mélangent, se rejoignent mystérieusement, se répondent, se fondent et se confondent, se complètent et se conjuguent. Le musulman invoque le Christ. Le chrétien se soumet au plan de Dieu sur tous les croyants, et l’un d’entre eux qui fut le prophète Mahomet. »

 

Il y a comme cela des petites anecdotes, des petits faits révélateurs de ce qui s’est vécu à Tibhirine. «  Les travaux du prieur à propos du dialogue interreligieux sont un trésor dont nous découvrons seulement l’étendue. » Ce sont tous ces faits, les travaux en commun dans le jardin avec Christophe, les paroles qui situent bien qui ils sont les uns par rapport aux autres, petits oiseaux et petites branches du grand arbre qu’est notre humanité. C’est encore tout le long et quotidien défilé des enfants, des femmes et des hommes venant se faire soigner auprès du frère Luc, le visiteur-priant de ce fameux soir du 21 septembre 1975, revenant de temps en temps et disant : « il y a longtemps que nous n’avons pas creusé notre puits » A partir de 1993 jusqu’au 26 mai 1996, il y a eu tous ces moments où ces hommes se sont affrontés dans une attitude non violente en reconnaissant : « Pouvons-nous partir de cet endroit, après ce que nous entendons et voyons, ne sommes-nous pas appelés à rester avec les gens de Tibhirine … ? » C’est toute cette longue histoire qui a fait dire récemment à un homme du village de Tibhirine : « Les moines, ils nous aimaient »

 

Patrick nous dit : « Voulez-vous que nous nous dirigions vers la fontaine et ensuite vers le cimetière » En faisant ce trajet, je pense à l’attitude de Christian et de ses frères moines, aux actes qu’ils ont été amenés à réaliser et aux paroles qui en sont sorties. Ils nous appellent à nous démunir, à nous défaire et à nous désarmer de tout ce qui nous empêche d’être des hommes. Plusieurs faits vécus ici me reviennent, dont Jean-Marie et Patrick témoignent. La veille de Noël 1993, un commando avec Sayah Attiyah à sa tête, fait irruption dans le monastère. Ils rattroupent les moines et les gens de l’hôtellerie et commencent à vouloir poser leurs exigences. Christian intervient en disant : » Jamais personne n’est entré ici avec des armes. Si vous voulez discuter avec nous, entrez, mais laissez vos armes dehors. Si ce n’est pas possible, allons dehors … car Noël pour nous, c’est la fête du Prince de la paix et vous venez en armes. Le chef des rebelles finira presque par s’excuser : « Je ne savais pas »

 

En septembre 1994, frère Luc dira dans son journal : « la vie chrétienne ce n’est pas d’abord d’écrire sur Dieu, c’est de révéler chacun à sa manière, le visage de Jésus dans la vie de chaque jour.

 

Dans sa prière, Christian dira : « Seigneur, désarme-moi, désarme-les »

 

Nous sentons, en respirant profondément durant notre déplacement, que ce lieu appelé par Etienne Léon Duval : « le poumon du diocèse » est en train de le devenir pour des horizons encore plus larges que ceux-là. Ce que nous comprenons et ramassons en notre for intérieur, nous voulons l’emporter, pour le planter, le semer et le partager, avec vous, amis de France, avec qui nous allons bientôt nous retrouver. Nous voulons vraiment faire avec vous cette découverte, que l’Eglise d’Algérie, dans le sillage des moines de Tibhirine, est une Eglise de la rencontre.

 

En accomplissant ce trajet, c’est merveilleux d’apercevoir toutes ces graines de non violence, que Patrick va encore nous aider à ramasser. J’aime beaucoup réentendre de sa bouche ce que nous avons déjà entendu de celle de Jean-Marie ou lu dans son livre, particulièrement ce qui s’est passé le 14 décembre 1993. Ce jour là, 12 croates de confession chrétienne, sont assassinés à Tamesguida … là, dans ce village que vous voyez en contrebas de chez nous. Christian de CHERGE écrira dans La Croix du 24 février 1994, «  Il faut dire l’humiliation de tous ceux qui dans notre environnement ont ressenti ce massacre comme une injure faite à l’islam, tel qu’ils le professent et cela au double titre de l’innocence sans défense et de l’hospitalité accordée. Si nous nous taisons, les pierres de l’oued, encore baignées de leur sang, crieront jusqu’aux cieux. » (Luc 19, 40)

 

Nous relirons à ce sujet les paroles de frère Christophe dans son journal : « Le massacre des croates nous a traumatisé. Oui, car nous ne sommes pas blindés par la clôture. Elle délimite un espace d’accueil, elle figure un espace ouvert. Blessée par la souffrance de ce monde, elle pose une résolution d’amour crucifié face aux ennemis. » Il faut relire ce que ce frère a écrit dans son journal ! C’est une mine pour nous ressourcer en action non violente. Les moines ne sont pas naïfs, ils savent qu’ils pourront être directement concernés par cette violence.

 

En parvenant auprès de la source en contre haut du jardin, il me revient des paroles que Jean-Marie nous a partagées hier soir et ce matin et particulièrement celles-ci : » L’Eglise d’Algérie ne dénombre que quelques milliers de chrétiens dans un pays de quelque 35 millions d’algériens. Elle ne compte que quelques chrétiens algériens, une majorité des pratiquants venus d’occident ou d’Afrique sub saharienne. Nous sommes invités à poursuivre, à réinventer chaque jour l’Église de la rencontre. Il n’y a pas d’autre visage possible en terre musulmane ou en terre non chrétienne. Peut-être même l’Eglise d’Algérie a quelque chose à dire à l’ensemble de l’Eglise sur cette façon d’être en relation avec le monde… Etre en Église au service des autres, une Eglise qui se nourrit de la foi et aussi de la non foi, de l’indifférence des autres. Elle se doit de dénoncer l’image trompeuse qui lui colle à la peau, d’une Eglise qui condamne, qui juge, pour révéler une Eglise qui ressent, qui fait siennes les interrogations des hommes d’aujourd’hui.

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25 juin 2014 3 25 /06 /juin /2014 19:39

TIBHIRINE, lundi 10 mars 2014

 

ILS SE DEMUNISSAIENT DE LEURS PROPRIETES ET EN PARTAGEAIENT LE PRIX ENTRE TOUS (AC. 2, 45)

 

Au moment où Samir et Youssef nous apparaissent en nous ouvrant les portes du monastère de Tibhirine, mes amis Nelly et Bernard, Claude et moi, nous sommes fortement impressionnés. C’est vous tous les membres de notre escorte conduits par Jean-Marie, qui entrez avec nous dans ce jardin-source. Nous prenons le temps d’entrer tout doucement dans cet endroit où nous sommes attendus. Nous accédons en un lieu où des membres de l’humanité reçoivent d’autres membres de cette même humanité. Ça me fait deviner qu’il se passe là à Tibhirine en ce moment et en ce lieu, avec les gens avec qui nous nous rencontrons, ce qui s’est passé au commencement de la communauté chrétienne. Vous savez quand nous lisons dans les Actes des  Apôtres : « Tous les croyants ensemble mettaient tout en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens et en partageaient le prix entre tous selon les besoins de chacun. » (Actes 2, 44-45)

 

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Un café et un petit déjeuner nous sont offerts au cours duquel Jean-Marie nous présente Patrick MORVAN, un prêtre en retraite, arrivé à Tibhirine depuis quelques mois pour donner de son temps. Il veut lui aussi, rendre possible avec Jean-Marie, Samir et Youssef, que les gens qui se présentent devant la porte du monastère comme nous le faisons aujourd’hui,  puissent y entrer afin d’y ramasser ces graines de la non violence qu’ils sont venus chercher. Patrick est originaire de la Bretagne. Il a été curé en Seine Saint-Denis à Sevran où j’ai été en stage en banlieue ouvrière durant les années 1965-1966. Nous y avons connus les mêmes amis, notamment Pierre THION et Pierre DUPONT. Patrick a été soldat en Algérie pendant la guerre dans les années 1961-1962, un peu après que Claude et moi en soyons revenus. Patrick nous dit : « En présence des musulmans, en voyant leur foi, j’ai eu le coup de foudre pour le peuple algérien. J’ai découvert l’originalité et l’identité de ma propre foi. En Seine Saint-Denis j’ai rencontré beaucoup de musulmans, je me suis lié avec eux. Voilà un peu les raisons pour lesquelles j’ai voulu venir un an à Tibhirine. C’est merveilleux d’être ici. » Je lui dis : « Tu veux continuer ce qu’ont fait Anne et Hubert PLOQUIN pendant un an et demi … Nous vous disons notre reconnaissance d’être les facilitateurs de notre démarche. »

 

En écoutant ces hommes, Jean-Marie et Patrick, nous sentons qu’il y a en ce lieu comme un souffle … une présence de l’Esprit du Christ Jésus… que c’est cela que les moines faisaient habiter en eux. Vous nous permettez de laisser cet esprit entrer en nous, amis Jean-Marie, Patrick, Youssef, Samir et gens de Tibhirine. Belle équipe de jardiniers que vous êtes ! Vous nous faites découvrir comment cultiver notre propre jardin quand nous serons rentrés en France. Ainsi, avance humblement, dans l’humus, au profond de l’humanité, la culture de la non violence.

 

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Jean-Marie nous indique dans quelles chambres nous pourrons déposer non seulement nos sacs à dos mais aussi, laisser se planter au fond de nous-mêmes tout ce que nous aurons découvert de « La Force d’Aimer », qui habitait et habite toujours le cœur des moines. Un cadeau inestimable m’est offert par Jean-Marie, auquel je n’aurais jamais pensé : «  Tu auras la chambre de Christian de CHERGE ». Dans l’immédiat, je me dis en moi-même : « C’est là que Christian a écrit la deuxième partie de son testament… »

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Puis Jean-Marie, partant rejoindre Samir et Youssef au jardin, nous remet dans les mains de Patrick. C’est beau comment Patrick nous dit : » Si vous voulez bien, nous allons continuer à entrer dans cette maison … et en même temps, vous et moi, nous laisserons entrer en nous le souffle de la non violence qui travaillait l’être des moines. De plus en plus, cette maison devient la maison de gens du monde entier. C’est merveilleux de voir tous ces gens qui viennent chercher et entendre ce que les moines ont semé ici. J’ai entendu Jean-Marie tout à l’heure vous indiquer en entrant, l’endroit où frère Luc recevait et soignait les villageois…

 

Lors de la terrible nuit de l’enlèvement, le 26 mars 1996, frère Jean-Pierre dormait et n’a rien entendu. Nous pensons que les ravisseurs se sont introduits dans l’enceinte du monastère par le jardin…

 

Venez ! Nous allons nous diriger vers la chapelle installée en 1976 dans l’ancien pressoir du domaine viticole… Que de chants psalmodiés ont été exprimés en ce lieu … Le film « Des Hommes et des Dieux » n’a pas été tourné ici, mais cependant il traduit toute la  belle dignité avec laquelle ces hommes ont prié Dieu leur ami et notre Père ici dans cette chapelle, encore le soir du 26 mars, quelques heures avant leur enlèvement … quand ils ont dit complies … et chanté  Bonsoir à Notre Dame de l’Atlas : Salve Regina et qu’ils l’ont appelée Mère de Miséricorde »

 

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Nous nous arrêtons un long moment en ce lieu  sur l’invitation de Patrick. Nous ressentons votre présence, Christian, Christophe, Luc, Paul, Michel, Bruno et Célestin, qui avec Amédée, Jean-Pierre et tant d’autres, avez donné votre confiance à Celui qui savait vous rassurer parce qu’Il communiait à vos doutes.

 

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Les jours où les paroles du psaume 21 résonnaient en ce lieu, vos mots étaient en alliance avec ceux de Jésus avec les cris de beaucoup de gens du village de Tibhirine et de toute l’Algérie : « Père, on a l’impression que tu nous abandonnes  … durant le jour, aucune réponse à nos cris de détresse … On ne verra donc pas le bout de cette guerre fratricide … Et durant la nuit, quand on voudrait avoir un peu de repos et de répit, pas moyen d’avoir un peu de silence, c’est le bruit des armes que nous entendons et qui nous déchire … nous avons peur. »

 

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Frères moines, c’est là que vous veniez à heures régulières, exprimer les assauts surprenants et inattendus qui déchiraient la vie des gens du village et la vôtre. Vous pétrissiez tout ce temps de prière d’une foi confiance, enracinée, dans le fait que pour vous, Jésus est Bon Pasteur, Bon Berger. Là où il vous emmène, c’est là où il a été conduit par l’Esprit. Pas facile de dire, pas facile de reconnaitre que le chemin de croix est un juste chemin. Comment se laisser dire que rien ne vous manquera, alors que vous avez l’impression un peu plus chaque jour que l’on vient vous prendre votre vie. Combien de fois, vous vous êtes offerts les uns aux autres dans les psalmodies exprimées en deux chœurs,

- les questions angoissantes qui sont les vôtres et celles de vos voisins

- et les paroles pacifiantes de Jésus : « Je suis avec vous pour toujours, avec vous et avec tous ceux que vous portez dans vos cœurs »

 

Vous étiez confiants que Jésus en les disant à vous, les disait aussi aux gens du village et par là, à tous les gens de l’Atlas. Vous écoutiez dans les mots psalmodiés, le timbre de la voix de votre Maitre et Ami Jésus … vous compreniez que ce qu’il vous disait à chacun, c’était adressé aussi à tous en commun. Tout en entendant les peurs et les effrois des uns et des autres mêlés aux vôtres, vous chantiez que l’amour du Christ vous était donné à tous.

 

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Là, en ce lieu, dans combien de psaumes vous reconnaissiez que la situation des membres du peuple algérien était comparable à celle des tourterelles et des hirondelles, des passereaux et des moineaux, effarouchés, effarés, effrayés, par les violences qui leur étaient faites … les gens eux-mêmes, venant voir le frère Luc pour soigner leurs blessures et leurs maladies, vous faisaient comprendre : « Petits oiseaux que nous sommes, nous vous en supplions, ne partez pas … demeurez , afin que nous puissions être au moins comme des oiseaux sur la branche …  Pour cela, il faut que vous, les branches de l’arbre vous restiez. » Vous compreniez et faisiez tout pour demeurer branchés sur Jésus, le Fils de Dieu. L’un de vous, allait lire la parole de Dieu en Saint Jean au chapitre 15 : « Pour porter un fruit qui demeure, restez branchés sur Moi. » et vous lui disiez en chœur : « Sans Toi, sans ta manière de vivre et d’aimer, nous ne pouvons rien faire. »

 

Patrick nous racontait qu’à plusieurs reprises, des hommes avaient surgi en armes aux portes du monastère et même à l’intérieur. Les moines avaient réagi en disant : «  Ici, c’est une maison de paix, il est insupportable d’y tenir des armes. Sortons » Les moines avaient réussis à faire comprendre à ces hommes qu’il ne fallait pas entrer ici avec leurs armes. Nous-mêmes aujourd’hui, nous comprenions que nous sommes appelés à nous désarmer, à nous défaire et à nous démunir de nos violences. Nous nous engageons à nous arrêter dans la course aux armements de toutes sortes de manière unilatérale.

 

Avec Christian de CHERGE et avec vous tous, frères moines, nous faisons cette prière : « Désarme-moi, désarme-les  »

 

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  • : Lulu en camp volant
  • Lulu en camp volant
  • : Lucien Converset, dit Lulu est prêtre. A 75 ans, il est parti le 25 mars 2012 avec son âne Isidore en direction de Bethléem, où il est arrivé le 17 juin 2013. Il a marché pour la paix et le désarmement nucléaire unilatéral de la France. De retour en France, il poursuit ce combat. Merci à lui ! Pour vous abonner à ce blog, RDV plus bas dans cette colonne. Pour contacter l'administrateur du blog, cliquez sur contact ci-dessous.
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Et commémoration des bombardements d'Hiroshima et Nagasaki entre les 6 et 9 août, chaque année.

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