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7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 18:47
Jean-Marie Muller lors de sa visite dans le Jura en avril 2015

Jean-Marie Muller lors de sa visite dans le Jura en avril 2015

par Jean-Marie MULLER*

 

Avertissement : Ce texte est une invitation au dialogue entre les partisans français du désarmement nucléaire afin que nous tentions de surmonter nos désaccords. Je prends personnellement parti, comme il est normal, mais je ne prétends pas à avoir le dernier mot sur ce sujet. Mon intention est d’ouvrir le débat et non de le clore. Chacun(e) est donc invité à s’exprimer afin qu’il dise est le dernier mot pour lui.

                                                      13 janvier 2016

 

Ces dernières années, des organisations de la société civile française ont affiché leur détermination à éliminer les armes nucléaires. Elles se rejoignent toutes pour affirmer que ces armes de destruction massive, loin de contribuer à la sécurité de leur pays, constituent en réalité une menace non seulement pour la paix du monde mais pour la survie même de l’humanité. Malheureusement, le mouvement antinucléaire français reste  divisé sur la stratégie à mettre en œuvre pour atteindre l’objectif d’un monde sans armes nucléaires. Plusieurs organisations pensent que la France doit prendre la décision d’un désarmement unilatéral, tandis que certaines autres estiment que ce renoncement doit s’effectuer dans le cadre d’une négociation internationale qui permette à tous les États dotés de l’arme nucléaire de décider ensemble un désarmement multilatéral. Cette division est fort préjudiciable, car elle est de nature à affaiblir considérablement l’efficacité de l’opposition aux armes nucléaires. La question qui se pose est donc de savoir si les différentes fractions du mouvement français d’opposition aux armes  nucléaires ne pourraient pas parvenir à surmonter leurs désaccords afin d’unir leurs forces dans une même  lutte.

 

Cette division n’est pas une fatalité, car le multilatéralisme et l’unilatéralisme ne sont pas de nature à s’opposer mais à se composer (c’est-à-dire, selon l’étymologie de ce mot à se « poser ensemble ») dans une réelle complémentarité. Les partisans de l’un ne devraient-ils pas être les partisans de l’autre ? Ce serait donc par erreur que les uns s’opposent aux autres.  Il nous faut donc chercher l’erreur. Il semble bien que l’erreur soit l’intégrisme de l’un et/ou de l’autre qui apporte la division. Dès lors, les deux parties sont mises en demeure de refuser tout tentation d’intégrisme afin de privilégier ce qui les unit par rapport à ce qui les divise et de concilier ainsi leurs deux approches. Au demeurant, il existe des différences d’appréciation légitimes, notamment en ce qui concerne les probabilités de succès de chacune des deux approches. Chacun peut ainsi garder sa préférence.

 

 Ce qui caractérise cette discorde, c’est que les désaccords ne sont pas symétriques. De leur côté, les unilatéralistes sont d’accord avec les multilatéralistes pour penser que la meilleure solution serait en effet le désarmement multilatéral de tous les États dotés, que ce soit à travers la signature d’une Convention internationale pour l’élimination des armes nucléaires ou à travers un accord en faveur d’un Traité d’interdictions des armes nucléaires. Ils sont prêts à soutenir les initiatives internationales prises à cet effet. Pour autant, ils ne pensent pas que le désarmement multilatéral soit possible dans un avenir prévisible. Dans l’absolu, le désarmement multilatéral est préférable au désarmement unilatéral, que ce soit pour la France ou pour le monde. Mais le problème ne se pose pas dans l’absolu, il se pose dans la réalité et, dans la réalité, l’objectif du désarmement unilatéral apparaît le plus crédible. Tout particulièrement, d’emblée, en récusant dès aujourd’hui la dissuasion nucléaire, il est mieux armé pour dé-sacraliser, pour dé-légitimer et pour dis-créditer l’arme nucléaire auprès de l’opinion publique. Les unilatéralistes partagent l’idéal d’un monde libéré des armes nucléaires, mais ils pensent devoir relativiser cet idéal, c’est-à-dire le relier à la réalité. C’est la raison pour laquelle ils ont la conviction qu’il est de leur responsabilité indissociablement éthique et politique d’exiger ici et maintenant le désarmement unilatéral de l’État français. L’obligation du désarmement est devenu un impératif catégorique personnel. Elle les oblige aujourd’hui. Elle ne saurait être éludée et remise à demain. Tandis que, pour leur part, nombre de multilatéralistes récusent la pertinence du désarmement unilatéral en faisant valoir à la fois la supériorité et la possibilité d’un désarmement multilatéral.

 

Il faut convenir que cette dissymétrie dans le désaccord se retrouve dans la recherche d’un accord, mais il ne devrait pas le rendre impossible. Au demeurant, nous n’avons d’autre choix que de tenter d’établir un dialogue pour élucider les termes de notre désaccord et nous efforcer de préciser les termes d’un accord possible. Ce dialogue doit au moins nous permettre de nous mettre d’accord sur « l’état des lieux » et cela est déjà appréciable.

 

Au terme de ce dialogue, nous devrions tous convenir qu’un mouvement antinucléaire français qui serait uni pour partager l’objectif du désarmement nucléaire unilatéral de la France serait plus crédible et plus fort pour exiger l’élimination mondiale des armes nucléaires.

 

Les termes de cette conciliation, c’est par principe que les multilatéralistes et les unilatéralistes s’accordent pour demander ensemble et le désarmement mondial et le désarmement national.

 

Il est donc demandé aux multilatéralistes faire le choix du désarmement unilatéral de la France. En ce sens, c’est leur demander de faire le plus grand pas vers un accord des deux parties. Mais paradoxalement, la nature même de la dissymétrie qui caractérise leur désaccord leur permet de faire ce pas. Car il ne leur est pas demandé  de renoncer à l’exigence du désarmement mondial qui fonde leur engagement. En revanche, les unilatéralistes devraient renoncer à l’exigence qui fonde leur engagement s’ils devaient faire le choix unique du désarmement mondial.

 

Un changement de la donne

Les échecs des rencontres internationales qui ont eu lieu en 2015 – qu’il s’agisse de la Conférence d’examen du TNP ou de la Session de l’Assemblée générale des Nations Unies - viennent changer la donne en ce début de l’année 2016. Ceux-là mêmes qui pensaient qu’un désarmement multinational était possible dans un délai raisonnable ne pourraient-ils pas tenir compte de ce changement de donne pour changer leur positionnement et reconnaître la pertinence du désarmement unilatéral ? Ils ne se déjugeraient pas, ils ne renonceraient pas à leur exigence d’un désarmement mondial, mais, comme il convient toujours, ils adapteraient leur stratégie au terrain. Le désarmement unilatéral deviendrait entre leurs mains un élément qui pourrait être décisif pour relancer la dynamique du désarmement mondial. Et, dans le même temps, les unilatéralistes pourraient redoubler leurs efforts pour exiger le désarmement mondial. Ainsi, le multi unilatéralisme s’avérerait plus opérationnel que le multilatéralisme.

 

Le rêve de Barack Obama

Dans le discours qu’il a prononcé à Prague le 5 avril 2009, le Président Barack Obama a « affirmé clairement et avec conviction l’engagement de l’Amérique à rechercher la paix et la sécurité dans un monde sans armes nucléaires. » Soit. Mais il a pris soin de préciser : « Ce but ne pourra être atteint avant longtemps, sans doute pas de mon vivant – not in my lifetime. » Et l’on ne peut que lui souhaiter longue vie… Surtout, il a affirmé : « Ne vous méprenez pas : tant que ces armes existeront, les États-Unis conserveront un arsenal sûr et efficace pour dissuader tout adversaire. » (Make no mistake : As long as these weapons exist, the United States will maintain a safe, secure and effective arsenal to deter any adversary.) Ces quelques mots sont terribles. Ils viennent mettre fin brutalement au rêve d’un monde sans armes nucléaires que le président nous invitait à partager avec lui. Car, enfin, les armes nucléaires existeront tant que les États-Unis en posséderont ! Et dès lors que le Président américain affirme ne pas vouloir renoncer à ses armes nucléaires, de quel droit demande-t-il aux autres États de renoncer à en acquérir ? Ne peuvent-ils pas tenir le même raisonnement : « Tant que ces armes existeront, nous ne renoncerons pas à les acquérir. » C’est ce qu’on appelle un cercle vicieux. Certes, Obama prend soin de préciser aussitôt : « Nous allons cependant commencer à procéder à la réduction de notre arsenal. » (But we will begin the work of reducing our arsenal.) Mais cette phrase n’efface pas la précédente. Elle confirme au contraire que les États-Unis ne sont pas prêts à désarmer. Car la réduction annoncée ne constitue en rien le désarmement. Réduire n’est pas désarmer.

 

Malgré toutes les circonspections dont a fait montre le président américain au cours de son discours de Prague, sa prise de position a fait croire à beaucoup qu’un monde sans armes nucléaires était désormais possible. Certaines organisations des sociétés civiles ont pensé qu’il était possible de parvenir à la signature d’une Convention internationale sur l‘élimination des armes nucléaires. Et, cela, d’autant plus que le 9 octobre 2009, le Comité Nobel norvégien annonce sa décision d’attribuer le Prix Nobel de la Paix au président des États-Unis, Barak Obama. Dans le communiqué rédigé à cet effet, le comité précise qu’il « a attaché une importance particulière à sa vision et à ses efforts pour un monde sans armes nucléaires ». Il est précisé : « La vision d’un monde sans armes nucléaires a fortement encouragé les négociations sur le désarmement et le contrôle des armes. »

 

Mal-heureusement, les faits sont venus contredire l’espoir suscité par le discours de Prague de Barak Obama. Dans un document de travail présenté par les États-Unis et remis le 29 avril 2015 à la  Conférence des États parties chargée d’examiner le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) qui s’est tenue à New York du 27 avril au 22 mai 2015, il est affirmé : « Tout en poursuivant [l’objectif du désarmement nucléaire], les États-Unis conserveront un arsenal sûr, sécurisé et efficace, tant pour dissuader leurs adversaires éventuels que pour prouver à leurs alliés et partenaires qu’ils peuvent compter sur les engagements pris par les États-Unis en matière de sécurité. » On ne saurait dire plus clairement que les États-Unis sont fermement décidés à maintenir leur doctrine de défense et qu’ils n’envisagent nullement de « changer leur manière de penser » afin de renoncer à la possession de leurs armes nucléaires.

 

Le même document précise que la dissuasion nucléaire américaine est bien fondée sur une stratégie d’emploi, même s’il est précisé, ou, plus exactement, dès lors qu’il est précisé que les États-Unis « n’envisagent de recours à des armes nucléaires (c’est moi qui souligne) que dans des conditions extrêmes pour défendre les intérêts vitaux du pays ou de ses alliés et partenaires »… Il est donc clairement affirmé que les Etats-Unis sont déterminés à maintenir leur arsenal nucléaire. Le rêve de Barak Obama appartient définitivement au passé. Ces éléments fondent le changement de la donne concernant les conditions du désarmement nucléaire. Ce qui était peut-être probable en 2009 ne l’est plus en 2016.

 

L’échec de la 70e session de l’AG des Nations Unies

À l’initiative de pays non-dotés, trois conférences intergouvernementales sur les conséquences humanitaires des armes nucléaires (Oslo, Nayarit et Vienne entre 2013 et 2914) s’étaient donné pour objectif de créer un processus permettant de parvenir à un Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN) sans attendre l’assentiment des pays dotés.. Ces rencontres sont des initiatives intéressantes et l’objectif recherché ne peut être que soutenu par les unilatéralistes, mais, jusqu’à présent ces conférences n’ont en définitive donné aucun résultat. Au demeurant, un tel traité voulu par des États non dotés, ne pourrait  devenir opérationnel que s’il est signé par les États dotés. Or ceux-ci ont clairement affirmé qu’ils désapprouvaient cet objectif et qu’en tout état de cause, ils ne signeraient pas pareil traité. Sans doute, les multilatéralistes pensent-ils que, s’ils refusaient de signer un tel traité, les pays dotés finiraient par être mis au ban des nations. L’argument mérite d’être retenu, mais la difficulté c’est que nombre de pays non dotés ne sont pas encore convaincus de l’importance d’envisager et de signer un tel traité. Et, là encore, la meilleure contribution que les citoyens français peuvent apporter à l’élaboration de ce traité est d’interdire à leur propre État la possession des armes nucléaires.

 

Après l’échec de la dernière Conférence d’examen du TNP, la 70e session de l’Assemblée générale des Nations Unies a fait apparaître que les États membres sont incapables de surmonter leurs divergences à propos du désarmement nucléaire. Les États dotés ont affirmé leur détermination à refuser tout accord sur l’élimination des armes nucléaires. Ainsi, le texte de la « Couverture » de la réunion de la Première Commission chargée du désarmement et de la sécurité internationale qui a eu lieu le 2 novembre 2015 précise : « Les 13 textes mis aux voix illustrent une fois de plus les divergences de vues sur le désarmement nucléaire entre d’un côté, ceux qui appellent à une accélération du processus et de l’autre, ceux qui estiment que les préalables du désarmement ne sont pas encore réunis. » 

 

Le même texte souligne : « Au nom de la France et des États-Unis, le représentant du Royaume-Uni a annoncé un vote contre les projets de résolution sur les conséquences humanitaires des armes nucléaires, sur l’engagement humanitaire en faveur de l’interdiction et de l’élimination des armes nucléaires et sur les impératifs éthiques pour un monde exempt d’armes nucléaires, car les objectifs de ces textes sont de forcer les États nucléaires au désarmement nucléaire et de saper le régime du Traité sur la non-prolifération nucléaire, en créant un monde moins sûr.  En tant que puissances nucléaires, nos trois pays sont convaincus que le désarmement nucléaire ne peut se faire que d’une manière progressive, « pas à pas ». » C’est dire on ne peut plus clairement qu’aucune dynamique ne peut être initiée qui crée les conditions de l’élimination mondiale des armes nucléaires.

 

Certes, Le 7 décembre 2015, l’AG des Nations Unies a voté en faveur de la création d’un groupe de travail qui élaborera « des mesures, dispositions et normes juridiques » pour parvenir à un monde exempt d’armes nucléaires. Ce groupe  de travail doit se réunir à Genève en 2016. Notons qu’il ne sera pas lié par les règles strictes de consensus. Il présentera un rapport à l’AG d’octobre prochain. Cette initiative est certainement positive et ne peut qu’être soutenue. Cependant, dès lors que les cinq États dotés membres du TNP se sont opposés à la création de ce groupe de travail, il lui sera très difficile de parvenir à ses fins.

 

Pour en finir avec l’arme nucléaire

Dans son livre Pour en finir avec l’arme nucléaire (La Dispute, 2011), Pierre Villard, alors co-président  du Mouvement de la paix, écrit : « Face à des processus qui ne vont pas assez vite et à des puissances nucléaires qui ne montrent pas le bon exemple, l’idée de décision unilatérale de désarmement est avancée. Ainsi Jean-Marie Muller s’interroge : « Les Français peuvent-ils vouloir renoncer à l’arme nucléaire » (Éditions du MAN, 2010). Considérant qu’on a tout essayé, l’auteur propose d’en venir au renoncement unilatéral. Cette proposition mérite respect et réflexion. La France sortirait-elle grandie d’un acte politique de renoncement à l’arme nucléaire ? J’en suis convaincu. Cependant … » Et, à partir de là, Pierre Villard récuse le choix du désarmement unilatéral en faisant valoir que  l’opinion publique française n’est pas prête à soutenir l’exigence d’actes unilatéraux, mais qu’elle est prête à s’engager dans le soutien à une démarche internationale. Il croit dès lors pouvoir affirmer : « Une campagne pour le renoncement unilatéral de la France nous ferait repartir plusieurs années en arrière  ».

 

Ce qui  est vrai, c’est que les citoyens français sont spontanément plus favorables au désarmement multilatéral qu’au désarmement unilatéral. Le consensus apparent qui existerait en faveur de l’arme nucléaire n’est qu’un consensus par défaut, dès lors qu’aucun débat public n’a jamais eu lieu. En outre, cette préférence risque d’être fallacieuse, car  préférer le désarmement multilatéral ne les engage à rien et n’a pas le moindre impact sur la réalité. La proposition d’un désarmement multilatéral n’implique aucune rupture. Elle ne fait pas débat, car elle ne pose aucun problème, mais, précisément parce qu’elle ne pose aucun problème, elle ne peut en résoudre aucun. Laisser croire aux citoyens français qu’un désarmement multilatéral est possible dans un délai raisonnable les dispense de prendre position pour le désarmement unilatéral. Ils se trouvent en réalité dépourvus de moyens d’action pour faire pression sur les États américain, russe chinois, indien, nord-coréen, etc,, alors qu’ils ont de nombreuses possibilités d’agir pour faire pression sur l’État français. Un autre argument doit pris en considération, l’économie de plusieurs milliards d’Euros pas an permettraient à la France de les investir pour d’autres causes.

 

Dire qu’une campagne pour le renoncement unilatéral de la France nous ferait repartir en arrière, c’est préjuger qu’une campagne pour le désarmement multilatéral peut nous permettre d’aller loin en avant dans un avenir proche. Or, aujourd’hui, il est clair que la condition d’un tel succès n’est pas remplie et qu’elle ne le sera pas dans un avenir prévisible. Affirmer cela n’est pas céder au défaitisme, mais faire preuve de réalisme. Il nous faut en effet constater que la voie négociée vers le désarmement mondial est totalement barrée depuis des décennies et que rien ne permet de penser qu’elle puisse s’entrouvrir à l’avenir. Selon la meilleure hypothèse, il faudra encore attendre des décennies, autant dire une « éternité ». Tous les derniers événements apportent la preuve que les États nucléaires sont déterminés, avec la plus parfaite mauvaise foi, à maintenir et à moderniser leur arsenal nucléaire et qu’ils refusent toute négociation pouvant parvenir à l’élimination mondiale des armes nucléaires. Et, cela, alors même que le Traite de Non-prolifération (TNP) dont ils sont membres leur fait obligation de négocier de bonne foi un désarmement nucléaire complet.

 

Tout bien considéré, et cela est également de nature à concilier le multilatéralisme et l’unilatéralisme, le désarmement unilatéral est certainement la meilleure contribution que les citoyens français peuvent apporter au désarmement mondial. Et cela même si nul ne prétend qu’il sera simple d’en convaincre une majorité de nos concitoyens, tant ils sont encore ignorants des données du problème et des leviers dont ils disposent pour le résoudre. Il ne s’agit pas non plus de prétendre que la décision unilatérale de la France aurait une vertu exemplaire qui ferait céder les autres États dotés. Le but n’est pas de se donner en exemple aux autres, il est d’être cohérent avec soi-même.

 

L’exemple britannique

La France ne pourrait-elle pas prendre exemple sur ce qui se passe en Grande-Bretagne. Comme le souligne Marc Morgan (Alternatives non-violentes, décembre 2015), la Campagne pour un désarmement nucléaire (Campaign for nuclear disarmament, CND) fondée en 1958 « s’est très vite affirmée comme une force politique majeure ». « Le désarmement unilatéral du Royaume-Uni a toujours été un des principes de base du mouvement, soutenu par la majorité des militants. En parallèle, la CND a toujours milité activement pour un désarmement général/multilatéral. » Par ailleurs, « En écosse, le parti indépendantiste et une grande majorité de la population appellent au désarmement unilatéral. (…) Une Écosse indépendante serait certainement libre d’armes nucléaires. » Il conclut : « En Angleterre, au Royaume–toujours-uni en général, le désarmement unilatéral est toujours possible. »

 

Un surcroît de prestige pour la France

Alors que d’aucuns sont portés à laisser croire que le renoncement à l’arme nucléaire porterait atteinte à la « grandeur de la France », c’est probablement tout le contraire qui se produirait, comme l’affirmait déjà Théodore Monod lorsqu’il participait aux jeûnes organisés par la Maison de Vigilance. Dans ce monde enténébré, la France contribuerait à entretenir la petite flamme fragile de l’espérance. Comment ne pas croire en effet qu’il en résulterait un surcroît de prestige pour notre pays ? « Le prestige, déclarait M. Ban Ki-moon, le Secrétaire général des Nations Unies, lors de l’allocution qu’il prononça à Hiroshima le 6 août 2010, appartient non pas à ceux qui possèdent des armes nucléaires, mais à ceux qui y renoncent. » Sans nul doute la capacité de notre pays de faire entendre sa voix dans les grands débats de la politique internationale ne serait non pas affaiblie mais fortifiée. On peut gager que partout dans le monde des femmes et des hommes salueraient la décision de la France comme un acte de courage qui leur redonne un peu d’espérance.

 

 

* Philosophe et écrivain, auteur notamment de Libérer la France des armes nucléaires, La préméditation d’un crime contre l’humanité, Chronique Sociale, 2014.

www.jean-marie-muller.fr

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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 11:06

CITEAUX , le 14 janvier 2016

 

«  VOICI QU'UN AUTREMENT DEVIENT POSSIBLE » 

 

Depuis quelques mois je ne voyais plus rien de mon œil gauche. J'avais du mal de m'y faire. Ne plus rien voir de la gauche ça déséquilibre la vie ! «  Tu devrais aller te faire opérer » me disait-on. Ça y est, j'en reviens. Maintenant que voilà installé dans mon œil gauche un cristallin tout neuf par la doctoresse Catherine Creuzot et son équipe, mon œil droit me dit : «  Qu'est ce que ça va mieux pour la conjugaison. Nous allons à nous deux te faire voir des réalités que tu avais peine de voir ces temps passés. »

 

En effet, le jour de la plantation du Ginkgo Biloba à Dampierre le 9 janvier 2016, il y a des gens que je n'ai pas bien vus, des gestes dont je n'ai pas saisi toute la portée, des faits dont je n'ai perçu qu'une toute petite partie. Je vais être heureux de lire et entendre vos impressions et vos ressentis, chers amis d'ADN et du MAN et de plein d'autres réseaux. Et maintenant que mes deux yeux conjuguent ensemble le verbe être et pas seulement l'acte d'avoir, je vais essayer de réunir ce que j'entendrai de vous en vous disant ce que je vois.

Planter un arbre ensemble, quel bonheur nous a été donné aux uns grâce aux autres.

 

Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible

Ça s'est passé dans un jour déterminé : le 9 janvier 2016, à une heure indiquée : 11 heures. Nous avons planté un arbre qui est d'une variété rare, dont l'histoire familiale est très ancienne à la surface de la planète Terre, et qui remonte dans la nuit des temps. Le Gingko Biloba est un arbre qui a résisté à une double catastrophe, celle qui a fait disparaître les dinosaures, et celle qui en faisant disparaître Hiroshima et Nagasaki a failli faire disparaître l'humanité. Un arbre planté en un endroit on ne peut plus signifiant de la terre, dans le vieux cimetière de Dampierre. Dans un coin du pays où nos ancêtres avaient coutume d'ensevelir ce qu'ils avaient ramassé qui restait d'eux. Cimetière entourant le lieu – dieu qu'est l'église à deux pas, pas trois, de la maison où nos parents nous ont conçus, mes sœurs, mon frère et moi, mis au monde et élevés, en quelque sorte, plantés nous aussi.

 

Endroit fixé avec Alain le garde-champêtre du village quelques jours auparavant, arbre planté dans un trou creusé par des membres de notre association : Alain , François, Gilbert, Pierre etc … Arbre cherché, trouvé et acheté dans une pépinière par François, planté avec plein de gens avec qui nous faisons équipe, association, réseau de solidarité depuis un long temps déjà … et aussi ceux à qui nous avons écrits, envoyé un message, ceux avec qui nous avons dit, de bouche à oreille : «  Veux-tu venir... tu es invité … nous plantons un Gingko Biloba… »

 

Plantation réalisée dans un but très précis : Demander à notre président de la république française qu'il procède dans l'immédiat à l'arrêt de l'armement nucléaire de la France de manière unilatérale, qu'il ne dise pas qu'il est d'accord mais veut attendre que les autres commencent et qu'après il ferait. Nous insistons que ça commence maintenant et non pas dans un temps indéterminé. Nous demandons cela afin d'arrêter de faire saigner notre humanité qui est en train de se vider de sa vitalité. Et que cet arrêt soit donneur de vie et non pas de leçon, que les forces que nous détenons se transforment, se transfusent et se transfèrent immédiatement aux femmes et aux hommes qui portent des enfants dans leur ventre et sur leur dos, en mourant de faim, de paix et de solidarité à l'instant même où nous plantons le Gingko Biloba. Avec, plantée dans le cœur de chacun de nous, la présence d'une petite fille, la petite fille Espérance dont parle Charles Péguy, celle là même d'arrêter le déferlement de la violence folle qui nous fait nous entre tuer. Cela est possible. Nous en sommes sûrs et certains.

 

Il me revient comme ça plusieurs événements fondamentaux. L'arrêt de la guerre d'Algérie par le cessez le feu du 19 mars 1962 et des accords d' Evian. Je les ai vécus. Nous sommes beaucoup à avoir vécu la guerre d'Algérie et l'arrêt de la guerre, le stop aux tueries, aux tortures, aux déportations de populations. Les gens qui ont été déracinés de chez eux peuvent revenir au pays pour s'y réinstaller. L’autrement devenait possible.

 

Il me revient, raconté par mon papa, sa joie de gamin né en 1910, quand à Belmont dans le Doubs, les cloches de la petite église ont sonné l'armistice le 11 novembre 1918. Son papa qui était à la guerre allait pouvoir revenir au pays ; la vie allait pouvoir devenir tout autre. L'autrement devenait possible. Notre grand père et notre grand mère allaient pouvoir s'unir à nouveau et donner une petite sœur à notre papa : Marie-Rose qui naîtra en 1920.

 

Il naît en moi cette petite fille Espérance que dans le « terrain vague » que les vivants et les morts du village nous avaient octroyés sans se concerter et dont nous avions fait notre « terrain de jeux précis » un arbre résiliant et résistant est planté.

 

Il naît en moi cette humble et petite espérance que, dans ce terrain, capturé sous nos yeux d'enfants par l'occupant allemand, puis par le libérateur américain pour y installer l'un et l'autre leurs munitions et leur dépôt de carburant, dans ce terrain un arbre résistant et résiliant est planté.

 

La toute petite Espérance germe en moi que, dans ce terrain que, nous enfants, nous avions récupéré pour y jouer à la guerre, se joue quelque chose de symbolique et d'effectif de la paix.

 

En 1945, après le 8 mai, tout le monde pensait que la guerre était finie. Hélas, dans ce terrain, nous enfants, nous nous mettions à jouer à la petite guerre, parce que nous avions vu et entendu jouer notre sort par les adultes dans les deux grandes guerres. Nous arrivions à tromper le vigilance de nos parents, ce qui nous captivait sur ce terrain, c'était d'y dégoter les munitions délaissées, « de la poudre et des balles » et tous les adultes n'y ont jamais rien vu. Avec mes copains, Yves, Denis et d'autres, nous jouions aux artificiers avec le risque de nous faire blesser ou tuer sur le seuil de la sacristie, là, à 50 mètres où enfin, un arbre résiliant va pousser.

 

Quel bonheur que ce terrain tellement déformé par les guerres, soit redevenu terrain de plantation, qu'il y pousse la paix, la résilience et la résistance à la violence.

 

C'est tout un symbole que de planter un arbre ! C'est l'inverse constructeur de diabol-ique, celui qui divise et démolit, déchiquette les corps, les maisons et les projets. Le symbole rassemble, réunit, réemboite ce qui était boiteux. Le symbole ouvre des horizons.

 

Il me revient quand on a annoncé que les états constituants l'Europe, créaient entre eux un espace, l'espace Schengen. Pour aller depuis le Jura de France, dans la Bavière de l'Allemagne rencontrer des amis, il n'était plus nécessaire de montrer sa carte d'identité nationale à un douanier. Nous prenions conscience que nous étions citoyens du monde. Il est important qu'au moment où arrivent des milliers de migrants obligés de fuir leurs pays pilonnés par nos bombes, nous tenions à cet espace Schengen. Particulièrement en ces temps, où les mêmes pays qui ont créé cet espace essayent d'édicter des lois et des décrets scélérats pour nous enfermer et empêcher l'arrivée des gens dans notre pays.  Alors qu'il n'y a pas très longtemps, nous-mêmes nous nous comportions occupants de ces pays.

 

Qu'est ce que je vais être heureux de recevoir et lire dans la conjugaison de mes deux yeux, ce qui a été dit et écrit ce jour-là de la plantation du Gingko Biloba : le texte de Pierre Jacquin, ce qu'a dit Grégoire Durant le maire de Dampierre, ce qu'a exprimé Antoinette Gillet, Michel Gerbaud, Caroline, la chanson du déserteur par Josette, ce que nous avons entendu de la bouche de Marie-Françoise et de Stéphanie à leur fils et petit-fils Noé. Et ce que nous nous sommes dit les uns aux autres et aussi dans le profond de nos consciences, en plantant ensemble le Gingko Biloba ce samedi 9 janvier 2016 à 11 heures à Dampierre, dans la terre du vieux cimetière.

 

Je suis confiant qu'en plantant le Gingko Biloba, en commun-commune, chacun de nous a senti et pris conscience, que s'implante en lui quelque chose comme des graines de la non violence. Il y a des comportements dont je vais me défaire et me démunir.

  • vis à vis des autres
  • vis à vis de moi-même
  • vis à vis de la Terre,
  • vis à vis de la politique et de l’Écologie,
  • vis à vis des graines, des semences, des arbres, des plantes, des ânes ...

pour adopter d'autres comportements et attitudes qui élèvent notre humanité.

 

Il y a des violences dont je suis en train de me démunir et de me défaire. Ce sont des graines de non violence et de respect qui viennent se loger à leur place.

Voici que l'autrement  possible se réalise.

Lulu

 

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7 janvier 2016 4 07 /01 /janvier /2016 10:03

Plantation du Ginkgo

 

de la paix et de l'espoir

 

Samedi 9 janvier à 11h

 

Place de l'église

 

Dampierre

 

Venez nombreux participer à  cet acte symbolique pour lutter dans la non-violence contre la brutalité des armes et pour faire progresser le refus de la bombe atomique française. 

 

Plantation du Ginkgo Biloba à Dampierre

Pourquoi le Ginkgo Biloba ? Il fut l'une des rares espèces à ne pas avoir souffert de l'explosion de la bombe atomique le 6 août 1945 à Hiroshima. Cet arbre a été choisi pour être le symbole du mouvement A.D.N.-M.A.N.V. : Association Franc-Comtoise pour le Désarmement Nucléaire Unilatéral affiliée au Mouvement pour une Alternative Non-Violente.

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4 janvier 2016 1 04 /01 /janvier /2016 12:11

Lundi 28 décembre 2015

 

« LE GINKGO BILOBA, POURQUOI C'EST L'ARBRE QUE TOUT LE MONDE AIME ? » (Gaby, 6 ans)

 

Au moment où je vais retrouver mes petits neveux, Rose et Gaby, chez leur Mémé Bernadette à Planoise, je suis invité dans l'immédiat des retrouvailles à entrer dans leur jeu de 1000 bornes. C'est eux qui invitent leur grand-mère et moi à ce jeu. Ils nous en édictent les règles. Quel merveilleux moment nous vivons, parce que ce sont eux les enfants qui apprennent aux adultes que nous sommes. Rose a 9 ans et son frère Gaby 6 ans.

Mais le but du jeu est d'arriver individuellement le plus vite possible à faire les 1000 bornes. Il n'y a de relation avec les autres que de les empêcher d'arriver avant soi. A un moment je me rends compte que Rose et Gaby aspirent à quelque chose de solidaire. Ils ne se satisfont pas d'être dans une attitude empêchant les autres d'arriver. Je dis alors aux enfants : » Et si vous inventiez des nouvelles cartes où, au lieu de nous empêcher d'avancer les uns les autres, nous nous aiderions par exemple, à réparer un pneu crevé ou à atteindre un poste d'essence. Est ce que ça ne serait pas plus rigolo et sympathique ? »

 

Je constate très vite que Gaby et Rose se laissent prendre à devenir créateurs d'une autre tournure donnée au jeu de 1000 bornes. En effet, tout en continuant de jouer, nous voyons des dessins de cartes de solidarité surgir de leurs doigts d'enfants. Ils pourront les inclure dans le jeu de 1000 bornes et lui donner ainsi une tout autre teneur. Leur grand-mère et moi nous nous réjouissons de voir dans quelle direction les mains des enfants orientent leur jeu. Ils sont véritablement entrés dans un jeu tout neuf parce qu'ils en sont devenus inventeurs.

 

Je leur raconte aussi la belle randonnée au pas des ânes le long du chemin de halage, que nous venons de vivre avant hier au lendemain de Noël avec les enfants du mouvement ATD quart monde en vacances avec leurs parents à la Bise. Je dis combien l'ambiance était très belle parce que certains grands jeunes avaient le souci d'aider les enfants à trouver place chacun à leur tour sur le dos de l'âne Gamin ou sur la charrette tirée par l'âne Rameaux.

 

Rose et Gaby ont entendu aussi Bernadette et moi parler du Ginkgo Biloba que nous allons planter à Dampierre le 9 janvier avec les amis du mouvement A.D.N.- M.A.N. Nous demandons dans ce mouvement que la France arrête de paralyser une part importante de l'économie nationale et mondiale en fabriquant et vendant des armes nucléaires. Un argent fou est englouti dans ce commerce où nous nous menaçons de mort les uns les autres, alors que cet argent doit susciter la vie et l'alimenter, à commencer par celle des gens qui meurent de faim et sont obligés de se sauver de chez eux. Je montre la photo où Jeannot et moi nous sommes venus nous ressourcer au pied de l'arbre aux mille écus d'or de Dampierre. C'est alors que nous entendons Gaby nous dire : 

 

Gaby : Je sais pas pourquoi le Ginkgo Biloba c'est un arbre que tout le monde aime ?

Lucien : Oh qu'elle est belle ta question Gaby ! Tu veux bien, je vais l'écrire sur mon cahier, et nous allons essayer d'y répondre. Il y a plusieurs raisons qui amènent les gens à aimer cet arbre. Probablement que c'est parce qu'il est un arbre résistant. La violence provoquée par les guerres que se font les hommes n'est pas arrivée à le faire disparaître.

Gaby : Oui, au Japon toute la ville avait été brûlée ...

Rose : A cause des Américains …

Gaby : Tous les arbres ont brûlé sauf le Ginkgo Biloba …

Bernadette : Comment vous savez tout ça mes petits ?

Gaby : C'est mon papa qui me l'a dit

Rose : Moi, c'est grâce à un livre

Lucien : Dis voir le titre de ton livre, Rose ?

C'est Gaby qui nous répond, il veut nous signifier que lui aussi accède à la lecture.

Gaby : Le royaume de Kensuké. Ils sont partis à la pêche en pirogue.

Lucien : Je trouve très belle Rose, ta manière de grande sœur, de laisser ton frère Gaby nous dire le titre du livre que tu es en train de lire.

 

Bernadette : Le monsieur âgé avec le petit …

Rose : Kensuké dit : « Je vais te raconter mon histoire. »

Lucien : Une histoire !

Rose : Non ! « Mon histoire » Je vivais dans la ville de Nagasaki, j'ai fait des études à Londres pour devenir docteur et je suis revenu à Nagasaki. Je suis devenu docteur … et un jour il y a eu une guerre …

Gaby : Attends !

Rose : J'ai voulu devenir docteur sur un bateau. Des japonais étaient très contents parce qu'ils gagnaient … Ils étaient forts … Un jour les Américains ont lancé une bombe atomique sur Nagasaki …

Lucien : Je trouve que la façon dont vous nous racontez l'histoire de Kensuké et Mica, ça montre vraiment que vous êtes Gaby et Rose, des frère et sœur. L'un et l'autre, vous laissez l'autre raconter l'histoire qui, on le sent, habite votre cœur à chacun.

 

Ma sœur Bernadette nous a laissé continuer le partage, elle est allée à la cuisine préparer le repas. L'ardeur qui caractérise le partage se poursuit pendant le repas autour de la table. Chacun exprime ce qu'il a au fond de son buffet. C'est alors que Gaby dit :

Gaby : Je veux écrire Gaby sur ton cahier à côté de ce que je dis.

Lucien : Oh, c'est beau Gaby ! Ecris ton nom sur mon cahier, tu vas le mettre à côté de ce que tu as dit.

 

Le ginkgo biloba
Le ginkgo biloba

Lucien : Donc le Ginkgo Biloba, tout le monde en parle parce qu'il a résisté à la brûlure de la bombe atomique à Hiroshima et à Nagasaki. Et comme nous formons avec votre mémé et des amis un groupe de résistance pour demander l'arrêt de l'armement nucléaire de la France, nous avons pris comme emblème et logo de notre groupe la feuille du Ginkgo Biloba. Nous allons planter un petit arbre Ginkgo Biloba le samedi 9 janvier à 11 heures à Dampierre.

 

Bernadette : Comment ça va se passer cette journée du 9 janvier à Dampierre, quand le Ginkgo Biloba va être planté ?

Lucien : A l'endroit de Dampierre où nous manifestons notre solidarité avec les gens qui ont été brûlés les 6 et 9 août 1945 au Japon, c'est là que nous allons creuser un trou pour y planter le petit arbre. Nous l'avons déjà dans un pot, il est à l'étable à côté du pressoir en attendant le jour de la plantation, je lui mets un peu d'eau au pied de temps en temps. Une fois que le jeune arbre sera mis dans le trou, «  ses plus fortes racines du côté d'où vient le vent » comme disait notre papa, afin qu'il résiste à ce qui pourrait lui être contraire », de nos mains, des enfants en premier, nous recouvrirons ses racines avec la terre.

Planter un arbre que l'on aime, avec le concours et le jeu des enfants, grâce à la genèse de leurs questions et réflexions «  en laissant leur verbe se faire chair «  (Jean 1 -14) , voilà qui fait pousser l'humanité dans le sens de son élévation et en direction de l'épanouissement de ses plus fragiles rejetons.

Rose et Gaby nous parlent d'un autre arbre qu'ils viennent de planter dans leur jardin familial à Charix, un « liquidambar ». C'est tellement important à leurs yeux que Rose me demande mon cahier, et comme tout à l'heure son frère l'a fait, elle écrit :

Le ginkgo biloba

Et nous revenons sur le livre qu'elle est en train de lire.

Lucien : Tu me montreras dans ton livre, Rose, où tout ça est écrit sur Nagasaki. Il y avait déjà eu l'éclatement d'une bombe nucléaire sur Hiroshima, trois jours avant ; jamais on n’aurait dû commettre ce crime. C'est un crime contre l’Humanité. C'en est un aussi contre la Terre, qui est le berceau de l'Humanité.

Rose : Pourquoi ?

 

Lucien : Parce que on ne tue pas. Il est interdit de tuer. L'être humain n'est pas fait pour tuer et haïr mais pour vivre et aimer. Vous savez, Rose et Gaby, quand je dis cela, je le puise dans deux livres qui ont été écrits il y a très longtemps, celui de Sophocle, et l’Évangile où sont ramassées les paroles de deux personnes merveilleuses, Antigone et Jésus. Ils nous donnent goût à la vie et ils nous communiquent la force d’aimer.

 

Nous allons planter le Ginkgo Biloba dans la terre de Dampierre, parce qu'il a résisté à la brûlure de la violence de la bombe atomique.

En faisant cela, les paroles d'Antigone et de Jésus et d'une multitude d'autres témoins de la non-violence, se planteront dans nos cœurs. Elles nous aideront à résister à la violence qui est faite à notre mère la Terre, et par là à notre Humanité.

Ces paroles plantées dans nos cœurs nous permettrons de créer des liens entre tous les humains et aussi avec les astres, les étoiles, avec la Terre, et tous les animaux qu'elle porte, avec les ânes qui nous supportent, et avec les plantes et les fleurs, les fruits e les graines qu'elles rapportent...

Rose écrit sur mon cahier les références de son livre :

Le ginkgo biloba

get elle met sur la table la feuille de Ginkgo Biloba que leur mémé Bernadette a ramassée sous l'arbre dans la cour de la mairie de Dampierre. Je raconte que j'ai ramassé beaucoup de ces feuilles à l'automne dernier, que j'en offre aux gens que je rencontre ou à qui j'écris. J'en tiens souvent une aussi dans mes mains et j'essaie de lire et d'aider à lire sur ces feuilles les noms des amis qui nous attendent pour jouer avec eux, afin de les faire entrer dans le jeu de la société.

 

L'autre jour, pendant la randonnée avec les enfants de la Bise, je leur ai offert des feuilles de Ginkgo Biloba. J'essayais de lire avec les enfants ce qui était écrit sur nos feuilles.

L'un d'eux, en prenant la feuille de très près, cherchait à lire le nom des copains qui l'attendaient.

Il n'y arrivait pas. Il s'est écrié : « Je ne trouve pas de nom »  Quelqu'un a prêté attention à sa réaction et lui a dit calmement : «  Il y a des choses qui existent mais on ne les voit pas toujours.

D'ailleurs, souvent c'est l'essentiel que l'on ne voit pas. Mais  c'est écrit dans le cœur.

Écoute le nom des copains qui comptent sur toi ….

Tu sens leur présence battre dans ton cœur, c'est là que leurs noms sont écrits...

C'est comme si c'était écrit sur ta feuille de Ginkgo Biloba ... »

 

Lucien : vous voyez, Gaby et Rose, c'est pour ça que tout le monde aime cet arbre, le Ginkgo Biloba...

Qu'est-ce qu'elle était importante, Gaby, ta question de tout à l'heure. Regardez le chemin qu'elle nous a fait tracer, tout ce que nous nous sommes raconté.

Rose : On a écrit toutes ces pages sur ton cahier !

Lucien : Je vais essayer de les mettre sur mon blog. Tout ce que nous avons écrit ensemble, m'aide beaucoup à revenir de Bethléem, en étant faiseur de paix, quoi qu'il en coûte.

Je crois bien qu'il y a une deuxième raison pour laquelle les gens aiment beaucoup le Gingo Biloba.

C'est parce qu'il existait déjà il y a deux cent millions d'années. Il existait avant les dinosaures. Il y a eu un événement catastrophique sur la terre auquel les dinosaures n'ont pas pu résister ; ils ont été anéantis, mais lui, le Ginkgo Biloba, humblement a résisté. Je vais continuer à lire le livre que Jacques-Henri et Rosaline m'ont prêté. ‘Ginkgo Biloba, l'arbre qui a vaincu le temps’, de Pierre-François Michel, aux éditions du « Félin » . C'est dans ce livre que j'ai appris beaucoup de ces choses, nous les ajoutons à celles que vous nous rapportez. On en reparlera après la plantation du Ginkgo Biloba samedi 9 Janvier 2016 à 11 heures.

 

 

En attendant, qu'est-ce que vous m'aidez, Rose et Gaby à bien préparer la plantation de cet arbre dans la terre de Dampierre, et en même temps à planter dans la profondeur de nos cœurs et de nos relations entre nous tous , des paroles et des actes de résistance à la violence, de nous dire des mots d'amour et de tendresse et de les traduire dans des engagements et des paroles données.

 

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5 novembre 2015 4 05 /11 /novembre /2015 22:05

Dampierre, le 06 octobre 2015 (Jour anniversaire de ta naissance, chère Maman)

 

1ère partie de la lettre ici

 

Je suis allé appuyer mon dos contre le tronc du Ginkgo Biloba, ce merveilleux arbre qui se trouve dans la cour de la maison commune, à quelques pas de l'endroit où la chouette est revenue habiter dans le clocher de cette autre maison qui nous est commune : l'église.

 

Revenir où nous avons été conçus, mis au monde et entourés de tendresse #2

Depuis deux ans bientôt, chaque 1er lundi du mois, justement dans une salle de la mairie de Dampierre, nous nous retrouvons avec toute une équipe d'amis, dans le sillage du M.A.N.V. (Mouvement pour une Alternative Non Violente) nous vivons en ce jour un jeûne non pas privatif, mais partageur. Nous menons une action pour nous démunir, nous défaire, et nous désincarcérer de l'enfer-mement du nucléaire. Un de nos amis, Pierre, a proposé que le groupe s'appelle A.D.N. Nos partages sont axés sur nos façons d'Agir pour que nous français, nous Désarmions notre pays du Nucléaire de manière unilatérale. De temps en temps, en mettant mon dos contre l'écorce du tronc du Ginkgo Biloba, je frotte mes côtés et ma colonne vertébrale contre la rugosité de l’écorce de cet arbre. Je fais les mêmes gestes qu'accomplissait notre papa en s'appuyant tout contre le tronc de tel ou tel cerisier ou pommier qu'il avait plantés. Qu'est ce que pouvaient bien se raconter notre papa et ses arbres ? Beaucoup de choses de la sagesse " Ces choses cachées depuis le commencement du monde".

 

Je parlais l'autre jour avec le Ginkgo Biloba. Des enfants me voyant appuyer mon dos contre cet arbre me demandèrent ce qui arrivait. Je leur racontais que j'étais en train de crier ma révolte à l'arbre, contre mon propre comportement qui abime ma vie et celle des autres. Avec les enfants, je me laissais étonner par la capacité de résistance qui habite cet arbre, jusque dans le fait qu'il ne s'est pas laissé briser lorsque des hommes ont fracturé la matière, et par là ont cassé et notre histoire et notre humanité, quand ils ont  déclenché la déflagration d'Hiroshima et de Nagasaki. Adossé à l'arbre Ginkgo Biloba, je me souvenais alors, que tout homme et donc moi même est habité de résilience. En appuyant mon dos d'homme contre la colonne de l'arbre, je recevais comme une douce secousse. Quelque chose de la sève de résistance de l'arbre aux ouragans de violence, cherchait à se transfuser en mon être. En mettant mon corps tout contre l'arbre " je ne prenais pas un chemin de grandeur ni de prodiges qui me dépassent" (Ps 130) mais celui là de la non violence et de la tendresse comme l'ont si merveilleusement réalisés la petite Thérèse de Lisieux et le Povorello d'Assise. J'entendais que le Ginkgo Biloba voulait m'aider à changer mon regard sur les gens de mon village et sur ceux qui s'y arrêtent ou le traversent. A nous tous, l'arbre nous disait: " Enfants de Dampierre et d'ailleurs, je ne vais pas tarder un jour de grand vent, à vous donner à chacun une petite feuille d'or où le soleil aura écrit les noms de celles et ceux qui vous attendent. Lorsque vous ramasserez cette petite feuille d'or, vous recevrez en même temps quelque chose de cette sève qui m'a été donnée et qui continue de l'habiter, à condition que je ne la garde pas pour moi tout seul. Si je n'étais pas prêt en permanence à vous communiquer cette petite feuille, porteuse de la sève de résilience, il y a longtemps que je serai mort. Et je crois bien que ce sont les oiseaux migrateurs qui sont venus se loger en mes ramures, depuis mon plus jeune âge, comme l'ont expérimenté mes ancêtres depuis des millénaires, ce sont ces oiseaux migrateurs qui m'ont donné d'être habités de cette sève et de cette capacité de résistance à toute violence.

 

En ne mettant pas de barrière à la venue des oiseaux migrateurs, jusque chez moi ni non plus aux alentours, je prends conscience d'une plénitude de choses possibles. C'est inouï ce que le vent qui a poussé ces oiseaux jusque là me souffle de choses réelles auxquelles je n'avais pas pensé.

Depuis que je suis petit arbre, c'est cet apprentissage qui continue de me faire pousser et résister aux violences. J'ai besoin de vous, sœurs et frères humains, pour que soit maintenue ma résistance et que se réalise celle des autres en notre " maison commune " jusqu'à la finition du monde dans la durée des temps."

Je m'étais mis à sourire et les enfants aussi. L'arbre Ginkgo Biloba avait deviné. Il nous dit encore " Je vous parle comme Jésus dans l'évangile. C'est vrai que j'ai beaucoup puisé à cette source " Laudato Si " dit le pape François. Martin Luther King. Gandhi, Tolstoï et combien d'autres le disent aussi: La source de la non violence a jailli au flanc de la montagne de Galilée. C'est sur ces sentiers qu'il nous faut apprendre à vivre et à aimer, afin de tracer d'autres chemins là où nous vivons.

C'est alors que me revinrent les pensées, les paroles et les actes des moines de Tibhirine rencontrés au printemps de l'année dernière avec Bernard, Nelly et Claude.

Et quelle ne fut pas ma joie aussi, il y a quelques jours, de laisser s'entremêler nos pas, nos pensées et nos prières avec ceux de Jean-Pierre Schumacher et des moines du petit monastère de Midelt au Maroc en compagnie de Frère Benoit de l'abbaye d'Acey. J'ai été très touché de pouvoir ramasser en ces lieux, plein de petites graines de non violence, une multitude de feuilles d'or comme celles du Gingko Biloba.

Les hirondelles, la chouette, le Ginkgo Biloba de Dampierre, le pommier de Midelt nous disent en arbres et en oiseaux de bon augure, que c'est là où nous vivons, en nos jardins intérieurs et communaux, qu'il nous faut ramasser ces feuilles et ces grains, et faire pousser ces semences et instaurer la culture de la non violence. « Si tu veux la paix, fais la paix »

 Lulu

 

 

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29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 21:15

Au lendemain de notre arrivée au Monastère de MIDELT avec le frère Benoît de l’Abbaye d’ACEY, le 8 septembre 2015, une profonde joie habite en mon être. C’est celle de trouver ce mot « RESURGENCE » pour signifier la continuité de prière aimante et de travail humble qui existent entre les moines de TIBHIRINE et ceux de MIDELT. En Franche-Comté, nous avons appris à l’école que la Loue est une résurgence du Doubs ; c’est dans le sous-sol de la plaine karstique de Pontarlier, que l’on se rend compte qu’une partie de l’eau du Doubs se perd. Cette eau ressort à OUHANS. C’est la source de la Loue. De même, lors du drame de la disparition des sept moines de Tibhirine, on a pu penser que c’en était fini de la vie des moines, de ce qu’ils avaient initié, de ce ruisseau de la non-violence qui, grâce à leur engagement irriguait notre humanité. Au mieux, on garderait des traces de ce qui s’était vécu à Tibhirine, à travers les écrits de Christian De Chergé, et des autres moines :« Sept vies pour Dieu, Sept vies pour l’Algérie ». On essayerait de se laisser travailler par ce courant étonnant. Mais c’était sans compter sur « L’Invincible espérance », tellement vécue par les moines de Tibhirine. Cette humble espérance cherchait à sourdre ailleurs pour que nous puissions y étancher notre soif, sans cesser de continuer à couler à Tibhirine. C’est alors que les deux moines Amédée et Jean-Pierre, survivants de Tibhirine, sont venus rejoindre les membres du petit monastère marocain de FEZ qui se transféra par la suite à MIDELT. J’avais beaucoup lu les écrits de Christian de Chergé et des autres moines dans le livre de Christine REY. J’avais vu plusieurs fois le film « DES HOMMES ET DES DIEUX ». Et puis, j’étais allé à Tibhirine avec Nelly, Bernard et Claude, en Mars 2014.

 

Dans l’immédiat de notre arrivée à Midelt avec le frère Benoît de l’Abbaye d’ACEY, le mardi 8 Septembre, je sentis le trait d’union entre Tibhirine et Midelt. Il y a comme un courant souterrain qui se faufile dans le ventre de la terre, d’un lieu à l’autre, sous la chaine de l’ATLAS. Il y a comme un souffle persistant qui anime d’un endroit à l’autre, en traversant les frontières estimées impénétrables. D’où me venait cette impression, au point que je pus dire avec joie à la poignée des moines qui nous accueillaient : « en franc-comtois que je suis, je voudrais vous dire que Midelt est une résurgence de Tibhirine. » ? Fort probablement, ça nous venait du fait de l’habitation d’Amédée et de Jean-Pierre en ce lieu, eux qui ont vécu de nombreuses années à Tibhirine. Ça venait aussi du fait que le Maroc, comme l’Algérie est imprégné de la culture Berbéro-Arabe, et de la religion de l’Islam. Aussi, très vite, j’ai senti à Midelt que, si l’espace du monastère était clos et ramassé, c’était pour être offert et ouvert. Je me rappelai les mots de Jésus à la multiplication des pains : « ramassez les morceaux afin que rien ne se perde » ( Jean, Ch 5). Il me revenait aussi les mots de notre papa sous les pommiers à Dampierre : « on va ramasser les pommes… comme ça elles ne seront pas perdues. On va ramasser sans amasser, on va ramasser pour donner ». Ce que je voyais vivre à Midelt, c’est bien ce que j’avais senti qui s’était vécu à Tibhirine.

Et de fait, je ne tardai pas à me rendre compte que, discrètement, mais efficacement, des liens se sont tissés et continuent de se créer à Midelt entre les membres de la population de la ville et des environs et la petite poignée des moines, comme à Tibhirine. Il ne faut pas oublier non plus qu’aujourd’hui à Tibhirine, entre Jean-Marie LASSAUSSE et les gens qui travaillent à la ferme, ainsi qu’avec les personnes qui assurent la permanence, beaucoup de monde qui passe peut se ressourcer au souffle des « sept vies pour Dieu et sept vies pour l’Algérie ».

 

Dès notre arrivée le mardi au soir à Midelt, après le repas à l’hôtellerie, je fus marqué durant les complies par le chant des psaumes et du « Salve Regina » … Nous vivions la reconnaissance de ta présence, Ami Jésus, et celle de ta Mère, au cœur de nos vies, comme c’était chanté à Tibhirine, comme c’était traduit dans le film « des hommes et des dieux ».

J’étais aidé dans tout ça par le fait que je voyais le visage du frère Jean-Pierre Schumacher. En vivant ce moment intensément, je me disais, et c’était ma prière : « Ami Jésus, merci de me permettre de rencontrer le frère Jean-Pierre, il est là sous mes yeux, à quelques mètres de moi. Il est le frère qui a vécu avec Amédée, Christian de Chergé, et les autres moines : Christophe, Michel, Célestin, Luc, Bruno et Paul, il y a une vingtaine d’années … J’espère bien qu’il me racontera dans les jours qui viennent ce qu’il a vécu de ton amour dans la non-violence, en compagnie de ces sept hommes sur la tombe de qui je suis allé ramasser ce qui reste de mon être, moi, qui ai malheureusement fait la guerre d’Algérie. Il me racontera ce qu’avec ses frères, ils ont vécu d’amour et de mort, de relations et d’affrontements avec les gens de la région. Tu es notre Espérance, Vierge Marie, et notre Avocate : « Salve Regina …. Spes nostra salve … Advocata nostra … » Avant de m’endormir dans l’Hôtellerie, j’ai voulu relire le testament de Christian de Chergé : « Quand un A-DIEU s’envisage »

 

Ça ressemblait étonnamment à ton testament, Ami Jésus, que j’allai chercher au chapitre 17 de l’évangile de Jean : « Père, l’heure est venue… ». Toi, Christian de Chergé, et toi, Christ Jésus, qu’est-ce que vous vous ressemblez ! Faites que nous, Chrétiens, nous vous ressemblions.

Lulu le 8 septembre 2015

 

Testament de Christian de Chergé extrait de l'album "slams mystiques"

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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 08:12

Le réseau pour une paix juste au Moyen-Orient vous invite.

Le festival n'est pas fini !

Festival Palestine au coeur à Dole
Festival Palestine au coeur à Dole
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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 08:00
Dans le n° de la Croix du 6 octobre 2015

Dans le n° de la Croix du 6 octobre 2015

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11 août 2015 2 11 /08 /août /2015 09:36

Dans le bloc-notes de la Vie du 6 au 13 août 2015 :

 

 

Le 6 août 1945, la forteresse volante américaine Enola Gay, qui transportait la bombe atomique baptisée Little Boy, larguait cette dernière sur ­Hiroshima. Ce jeudi, cela fait donc 70 ans. Curieusement, peu de monde aura commenté cet anniversaire-là. Il est pourtant considérable et le deuil est loin d’être fait. Cela pour deux raisons différentes.

 

D’abord, le souvenir d’Hiroshima hante toujours la conscience occidentale. En 1995, pour le cinquantième anniversaire, un événement considérable s’était produit. Un pavé dans la mare avait été jeté par le philosophe américain John Rawls, l’une des autorités morales les moins contestées outre-Atlantique. À ceux qui affirment toujours, contre vents et marées, que cette effroyable tuerie avait été « légitime » car, en obligeant le Japon à capituler, elle avait permis de raccourcir la guerre et donc d’économiser des vies, John Rawls opposa un démenti cinglant. Dans un article devenu célèbre – publié dans la revue Dissent (et en français par la revue Esprit de février 1997) – il affirmait que, tout bien pesé, Hiroshima était rigoureusement injustifiable. Et même criminel au regard de l’Histoire.

 

Nous savons aujourd’hui que ces bombardements massifs (ajoutés aux bombardements incendiaires de Tokyo et à celui de Dresde en Allemagne) ont marqué une véritable rupture dans l’histoire de nos démocraties. Un philosophe et théologien irlandais, Desmond Fennell, affirme même que ces crimes « démocratiques » marquèrent la fin d’une ère historique de 17 siècles, celle de l’humanisme d’inspiration chrétienne. L’Occident, en somme, a failli à ses propres croyances en choisissant d’opposer le crime au crime, le mal au mal. Cette question n’est pas seulement « historique ». Elle habite toujours le présent. Les terroristes se servent de cette faille morale pour justifier leurs propres crimes et mobiliser les fanatismes. Et ce n’est pas fini.

 

Une autre partie du deuil incombe aux Japonais eux-mêmes. Comment cela ? Par son horreur même, ­Hiroshima conféra au Japon tout entier un statut de victime historique. Et cela jusqu’à aujourd’hui. Un peu comme si le tragique bombardement de Dresde par les Britanniques (de 25 000 à 130 000 morts civils, selon les sources) avait rétroactivement innocenté les Allemands du nazisme. Autrement dit, un écran, un voile fut jeté, après Hiroshima, sur le militarisme nippon des années de guerre. À la différence de l’Allemagne, le Japon fut en quelque sorte dispensé d’examen de conscience. Il n’y eut jamais l’équivalent d’un tribunal de Nuremberg pour juger les crimes de guerre japonais en Asie. Et pourtant, ceux-ci furent eux aussi abjects. Il y eut les massacres de Chine et du Pacifique, les camps de concentration, l’emploi des gaz de combat, les expériences médicales pratiquées sur les prisonniers, les viols de femmes en Corée ou ailleurs, etc. Sur aucun de ces crimes de guerre, les Japonais ne furent contraints de s’expliquer.

 

Ce n’est plus le cas 70 ans plus tard. Tokyo se trouve sommé de présenter ses excuses à ses voisins asiatiques. Or le compte n’y est pas. Ce deuil-là, lui non plus, n’est pas fait. Faudra-t-il un siècle ?

 

Retrouver cet article sur le site de la Vie et vous pourrez lire d'autres articles sur l'arme nucléaire.

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9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 05:00

Dans l'encyclique du pape François, nous vous proposons 2 paragraphes à lire en ce triste 70ème anniversaire de l'explosion de la bombe à Nagasaki.

 

57. Il est prévisible que, face à l’épuisement de certaines ressources, se crée progressivement un scénario favorable à de nouvelles guerres, déguisées en revendications nobles. La guerre produit toujours de graves dommages à l’environnement comme à la richesse culturelle des populations, et les risques deviennent gigantesques quand on pense aux armes nucléaires ainsi qu’aux armes biologiques. En effet, « malgré l’interdiction par des accords internationaux de la guerre chimique, bactériologique et biologique, en réalité la recherche continue dans les laboratoires pour développer de nouvelles armes offensives capables d’altérer les équilibres naturels ». Une plus grande attention est requise de la part de la politique pour prévenir et pour s’attaquer aux causes qui peuvent provoquer de nouveaux conflits. Mais c’est le pouvoir lié aux secteurs financiers qui résiste le plus à cet effort, et les projets politiques n’ont pas habituellement de largeur de vue. Pourquoi veut-on préserver aujourd'hui un pouvoir qui laissera dans l’histoire le souvenir de son incapacité à intervenir quand il était urgent et nécessaire de le faire ? ...

 

...

104. Mais nous ne pouvons pas ignorer que l’énergie nucléaire, la biotechnologie, l’informatique, la connaissance de notre propre ADN et d’autres capacités que nous avons acquises, nous donnent un terrible pouvoir. Mieux, elles donnent à ceux qui ont la connaissance, et surtout le pouvoir économique d’en faire usage, une emprise impressionnante sur l’ensemble de l’humanité et sur le monde entier. Jamais l’humanité n’a eu autant de pouvoir sur elle-même et rien ne garantit qu’elle s’en servira toujours bien, surtout si l’on considère la manière dont elle est en train de l’utiliser. Il suffit de se souvenir des bombes atomiques lancées en plein XXème siècle, comme du grand déploiement technologique étalé par le nazisme, par le communisme et par d’autres régimes totalitaires au service de l’extermination de millions de personnes, sans oublier, qu’aujourd’hui, la guerre possède des instruments toujours plus mortifères. En quelles mains se trouve et pourrait se trouver tant de pouvoir ? Il est terriblement risqué qu’il réside en une petite partie de l’humanité.

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  • : Lulu en camp volant
  • Lulu en camp volant
  • : Lucien Converset, dit Lulu est prêtre. A 75 ans, il est parti le 25 mars 2012 avec son âne Isidore en direction de Bethléem, où il est arrivé le 17 juin 2013. Il a marché pour la paix et le désarmement nucléaire unilatéral de la France. De retour en France, il poursuit ce combat. Merci à lui ! Pour vous abonner à ce blog, RDV plus bas dans cette colonne. Pour contacter l'administrateur du blog, cliquez sur contact ci-dessous.
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Désarmement nucléaire

Journée de jeûne pour demander le désarmement nucléaire unilatéral de la France,

tous les 1ers lundis du mois de 14h à 17h en hiver, de 16h à 18h en été, à Dampierre (39) avec un temps de partage et de réflexion animé par Lulu.

Et commémoration des bombardements d'Hiroshima et Nagasaki entre les 6 et 9 août, chaque année.

L'anti-pub

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