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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 17:00

MIDELT, mardi 15 septembre 2015

 

TIBHIRINE DANS LES ANNEES NOIRES,

ATELIER DE LA NON-VIOLENCE

 

Très heureux de retrouver Jean-Pierre afin de continuer nos partages et ainsi pouvoir remporter les graines d'action non-violente que tout cela me permet de ramasser.

Lucien : "J'aimerais parler avec toi, Jean-Pierre, de votre relation avec votre prieur Christian, durant ces années fondamentales vécues à Tibhirine en communauté."

Jean-Pierre : "J'ai apporté ce livre de Christine RAY : "Christian de Chergé, prieur de Tibhirine" afin de pouvoir davantage encore répondre à tes questions."

 

 

Tibhirine dans les années noires

Lucien : "J'ai écrit sur mon cahier les questions que je vais essayer de ne pas manquer de te poser Jean-Pierre ! J'ai remarqué beaucoup de délicatesse et de respect entre vous les moines, entre votre prieur et vous-mêmes, mais je suis frappé aussi par toute l'exigence qui règne entre vous. Qu'est-ce qui t'a beaucoup marqué dans l'attitude de Christian pendant que vous étiez à Tibhirine ? Qu'est-ce que tu voudrais qu'en notre humanité nous n'oublions pas de ce que vous avez vécu, vous les moines, avec votre prieur et grâce à lui ? Christian ne nous a-t-il pas appris à nous désarmer, à ressembler à Jésus qui est Dieu désarmé, et non pas dieu des armées ?"

Jean-Pierre : "Le livre de Christine RAY m'a fait beaucoup connaitre Christian, j'ai passé une matinée à parler avec Christine quand elle a écrit son livre en 1998. Elle était journaliste à La Croix, en équipe avec Bruno CHENU. Tu voulais Lulu, qu'on reparle de Christian... de ce qu'il nous avait..."

Lucien : "De ce qu'il vous avait apporté de spécifique ?"

Jean-Pierre : "Ce qui est mauvais dans une communauté, ce sont les divisions, quand on travaille les uns contre les autres. L'échelle double, si nécessaire entre les musulmans et les chrétiens, afin de réaliser la rencontre avec Dieu, cette échelle double est déjà nécessaire et valable entre nous dans la communauté. C'est comme dans un couple, on va vers le même but, on monte chacun de son côté afin de parvenir au même endroit."

 

 

Tibhirine dans les années noires

Lucien : "Oui, le rôle d'un supérieur, d'un prieur, c'est important. Cette importance, vous l'avez trouvée chez Christian, mais pas comme ça d'emblée."

Jean-Pierre : "Son attitude a avancé. C'est venu de plus en plus. Au début, il était désireux de donner tout ce qu'il avait trouvé, ce qui lui donnait force et dynamisme, à cause de ce que Mohamed en mourant l'avait protégé, empêché de mourir. Cette force-là qui était en lui et qui donnait sens à sa vie, il voulait nous la communiquer, ainsi que toute sa relation avec l'Islam et sa connaissance du monde arabe, qu'il avait acquise à Rome par l'I.P.E.A. (Institut Pontifical des Etudes Arabes) pendant les 2 ans que nous l'avions envoyé là-bas. Il voulait nous former selon son modèle à lui. Nous, nous avions nos personnalités et nos expériences personnelles de la relation avec l'Islam. On avait une communauté qui fonctionnait avant que Christian n'arrive. Notre modèle fonctionnait aussi. Il fallait faire un tout avec ça. Au départ, ce n'était pas ça. Christian était très motivé, il voulait nous initier à ce qui le motivait et passionnait. On résistait, on ne voulait pas se laisser faire. On voulait que la relation se fasse entre nous, sur un plan d'égalité par rapport à l'autorité."

Lucien : "Sur le plan comportemental, vous sentiez qu'il y avait des choses sur lesquelles il fallait avancer ?"

Jean-Pierre : "On était désireux de progresser dans la connaissance de l'Islam et de la relation qu'on devait avoir en tant que chrétiens, français, moines, avec la culture musulmane et algérienne. Tous, nous avions à apprendre. Nous étions tous des novices, tout en ayant déjà une expérience. Personne ne pouvait dire : "Je", ou "Voilà ce qu'il faut faire" Nous étions tous assis sur le même banc, dans la même école, chacun devant amener sa part sur un plan d'égalité. C'est ça qui était le nœud de la bonne relation en communauté et dans l'unité. C'était quelque chose de vivant."

Lucien : "Nous l'avons senti dans le film "Des hommes et des dieux", ce que tu es en train de me dire."

 

Jean-Pierre : "Nous n'avions pas choisi Christian pour... on ne t'a pas choisi pour que tu décides seul ! "Ce problème se posait beaucoup au moment de décider si nous partions de Tibhirine ou si nous y restions. Christian a bien compris que ce n'était pas encore l'unanimité, qu'il fallait encore prendre le temps de réfléchir, pour que les plus timides ne se laissent pas influencer par la majorité... "

Lucien : "...ou par ceux qui sont persuasifs !"

Jean-Pierre : "C'est ça !"

Lucien : "Alors, comment Christian a-t-il su et pu coordonner ?"

Jean-Pierre : "Christian a beaucoup évolué, surtout, à partir du moment où il est devenu prieur. Un supérieur ne doit pas être directif, il doit être attentif à la personnalité de chacun, et avec ça, faire l'unité, tendre vers l'unité. Christian l'a très bien réalisé et accompli, au moment où on devait prendre cette décision grave : PARTIR ou RESTER."

Après le 1er échange, il a vu que ce n'était pas mûr, il n'a rien imposé. Il aurait pu dire : "Selon l'avis de la majorité...  Il a voulu l'unanimité. Il a appris à patienter pour écouter ce que chacun avait en lui... Il est parti parler avec Christophe... Je ne sais pas ce qu'ils se sont dit. Peut-être lui a t il dit : "Tu as décidé de donner ta vie... c'est pas le moment de..." Il nous a tous écoutés."

La décision engageait les frères, c'est leur vie qui se jouait. Lui, Christian, ne disait pas qu'il voulait rester. On a levé la main pour s'exprimer. Il y a eu des mains un peu timides à se lever, mais toutes étaient levées...

Lucien : "Vous avez votés à main levée que vous décidiez et vouliez rester à Tibhirine."

Jean-Pierre : "C'est un don de soi qui s'exprimait à travers ça."

Lucien : "Tu as levé la main Jean-Pierre..."

Jean-Pierre : "...A cause de tout mon passé avec le Seigneur, et la présence au peuple algérien. J'avais fait le voeu de stabilité. Cet échange, on l'a vécu en 1993..."

Lucien : "...Après la venue de Satya... Quelle trempe d'homme habitait l'être de Christian !"

Jean-Pierre : "Il était très ... pour faire fonctionner la communauté dans les moments difficiles. On le voit avec les militaires et avec Satya, le chef local du GIA. Il ne voulait pas qu'on s'engage, ni avec les uns (les membres du GIA, Groupe Islamique Armé) ni avec les autres (les militaires) Il les appelait : " Frères de la montagne (les gens du GIA), et frères de la plaine, (les militaires). Christian voulait les réconcilier les deux, et l'armée et les maquisards...

Lucien : "...en les désarmant..."

Jean-Pierre : "...en s'envisageant, en leur montrant qu'ils étaient frères. Le mot ENVISAGER ! On a vu Satya surgir tout bardé d'armes. Christian est arrivé ... C'est là qu'on a vu que Christian était fils d'un général. Christian est arrivé en bas de l'escalier au-dessus duquel il y avait Satya. Il s'est mis à crier : "AH NON ! ON N'ENTRE PAS ICI AVEC DES ARMES !..."

Lucien : "...Tu l'entends encore..."

Jean-Pierre : "Oui, il y avait devant Satya, des hommes armés de coutelas et de mitraillettes. Christian leur a dit : "Si vous voulez qu'on discute, il faut mettre les armes dehors. Jamais personne n'est entré ici avec des armes !"

 

Alors Satya a pris Christian par le bras, ils ont descendu vers une statue de la Sainte Vierge à l'entrée du monastère. Ils se sont envisagés. Christian a dit : "Non" aux 3 choses que demandait Satya :

- Le docteur frère Luc, ne pourra pas aller dans la montagne. Il est âgé et asthmatique... Venez ici, le docteur vous soignera.

(Christian ne jouait pas à celui qui commande. Les membres du GIA auraient réagi... Christian agissait et parlait plus discrètement que ce n'est exprimé dans le film.)

- Satya demandait à emporter des médicaments. Christian lui a dit : "les médicaments, c'est pour les gens qui viennent se faire soigner ici. Si vous avez besoin de vous faire soigner, venez ici !"

- Satya demandait de l'argent. Christian lui a dit : "On n'est pas riches. On gagne notre vie avec le jardin." Satya lui a dit : "Mais si, vous avez de l'argent !" Puis Christian a détourné la conversation et il a dit : "Vous savez quel jour nous sommes ? Vous savez à quel moment vous arrivez ? C'est le jour où nous nous préparons à fêter le prince de la paix : Aïssa. Satya a répondu : "Oh, excusez-nous, on ne savait pas. Mais on reviendra !"

 

Après cet évènement, Christian nous a dit qu'en envisageant cet homme violent qui avait beaucoup de sang sur les mains, en l'envisageant avec douceur et courtoisement, cet homme avait été apaisé parce qu'ils étaient entrés dans une relation d'homme à homme. Christian étant désarmé, il respectait l'homme. On arrivait à un dialogue d'homme à homme. Christian a gardé ce principe de l'importance de s'envisager. Christian est venu à la rencontre de cet homme avec une force non-violente, la volonté de se désarmer soi-même.

Lucien : "Qu'est-ce que tu réponds profondément à mes questions !"

Jean-Pierre : "Le Wali (préfet) voulait que notre maison, le monastère, soit protégé par un groupe de militaires. Alors un jour, un groupe de militaires s'est installé dans la pièce à côté de celle où j'étais portier. Christian arrive : "Non ! on n'entre pas ici avec des armes ! Pour vous coucher, allez dans la salle du dispensaire." Le lendemain, leurs chefs arrivent. Christian les a reçus dans la rue. Il est sorti les attendre dehors et leur a dit : "Si vous voulez vous installer ici, il y a assez de place dans la montagne." Arriver à persuader l'autre de ce qu'on veut en le respectant. C'est dans ce sens que Christian a évolué.

Lucien : "Je suis en recherche de la non-violence, afin de la cultiver en moi, de la laisser travailler, entre les gens que je rencontre et moi. C'est pour ça que je suis venu ici afin de chercher auprès de vous les sentiers de la non-violence. Je suis venu pour te rencontrer et écouter ce que tu es en train de me donner, particulièrement ce que vous avez vécu à Tibhirine, et que vous continuez de vivre ici à Midelt. C'est pour ça, que je vous ai dit l'autre jour en franc-comtois que je suis, que Midelt est comme une résurgence de Tibhirine."

Jean-Pierre : "La non-violence, c'est ça: Dans chacun de nous, il y a une pointe de cristal comme dit Guy Gilbert. Elle n'est pas abimée par la violence. C'est ça qu'il faut considérer, reconnaitre, mettre à jour, ce meilleur de nous-même."

Lucien : "Je t'embrasse Jean-Pierre pour te remercier."

Jean-Pierre : "On n'est pas loin de l'échelle à double battant. Voici le livre de Christine Ray."

Lucien : "Je vais me replonger dedans, même que je l'ai relu avant de venir à Midelt avec le frère Benoit pour vous rencontrer."

Jean- Pierre : "J'avais écrit à Christine pour la remercier de m'avoir fait découvrir et apprendre des choses de l'enfance de Christian de Chergé, que je ne connaissais pas."

 

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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 16:00

Suite des notes prises par Lulu à Midelt, ramassées, méditées et partagées par Lulu...

Cette lettre inspirée des échanges entre Lulu et frère Jean-Pierre Schumacher est dans le dossier à publier depuis février 2016... Il n'est jamais trop tard pour partager des graines d'humanité. La voici !

Pour voir l'ensemble des articles relatifs à la visite de Lulu aux moines de Midelt (résurgence de Tibhirine) Cliquez sur le tag : Midelt.

Jeudi 10 septembre 2015

 

Nous continuons Jean-Pierre Schumacher et moi à nous raconter pourquoi nous sommes si attachés à l'Algérie.

Jean-Pierre : « Tu m'as raconté hier que tu avais été séminariste soldat pendant la guerre d'Algérie, et que tu avais crapahuté avec les camarades de ton régiment dans les djebels du massif de l'Ouarsenis, pas très loin de Tibhirine où l'un de tes grands amis avait été tué »

Lucien : « Au cours de ces opérations et à ce moment-là, on ne parlait pas de Tibhirine. Je n'en connaissais pas l'existence … Tu m'as parlé hier d'Alphonse Georger qui a écrit un livre : « Journal d'un séminariste en Algérie »1960-1962 Editions Cana.

Jean-Pierre : « Je t'ai apporté le livre, le voici. »

Lucien : « Comme ça me touche que tu me le confies ainsi. »

Jean-Pierre : « Cet homme m'a beaucoup marqué par l'accueil qu'il a offert à Amédée et à moi dans la maison des Glycines au lendemain du rapt de nos 7 compagnons. Alphonse est devenu évêque d'Oran après la mort de Pierre Claverie. Pendant la guerre d'Algérie, Alphonse est devenu objecteur de conscience. Maintenant, il est évêque ermite. Il nous avait accueillis aux Glycines, bibliothèque de l'évêché pour les étudiants musulmans. Amédée et moi nous étions en ce lieu comme dans un monastère. Cet accueil a duré pendant les deux mois d'avril et mai 1996, pendant que nous cherchions ce que devenaient nos 7 compagnons. Nous espérions tant, avec beaucoup de gens à travers le monde, que les moines seraient libérés par une intervention de l'état algérien ou de l'état français ou encore de l’Église.

Lucien : « Je suis très touché Jean-Pierre d'être près de toi et de t'entendre me raconter tout cela... »

Jean-Pierre : « On a vécu tellement de choses … »

Lucien : «  C'est en Algérie, en pleine opération, que je suis devenu objecteur de conscience... »

Jean-Pierre : « Alphonse Georger m'a raconté comment il est devenu objecteur de conscience lui aussi … Il avait les officiers sur le dos, car ceux-ci sentaient bien de quel bord était Alphonse... Tu vas découvrir tout cela en lisant ce livre … Une fois qu'il est devenu prêtre ici en Algérie, le cardinal Duval l'a envoyé faire du droit. C'est après cela qu'Alphonse est devenu évêque d'Oran. »

Lucien : « Tu as donc connu le cardinal Duval ? »

Jean-Pierre : « Oui, il venait à Tibhirine chaque année pour la fête du 15 août »

Lucien : « Il tenait beaucoup à vous, membres du monastère de Tibhirine ! »

Jean-Pierre : « Il nous avait dit un jour « Vous resterez ici » ad vitam aeternam » il y a eu un moment où on devait partir dans les 15 jours. L'ordre nous avait été donné, c'était sous Boumédienne en 1976. C'était une question de jalousie entre deux hommes pour la détention du pouvoir. Il y avait un malentendu entre Boumédienne, président de la république algérienne, et Ben Cherif qui était alors responsable de la police nationale. Ben Cherif voulait que 4 lieux soient évacués de la présence d'étrangers :

  • Notre Dame d'Afrique à Alger
  • La maison saint Augustin à Anaba
  • Une maison dont je ne sais plus le nom à Santa Cruz
  • et nous, le monastère de Tibhirine.

On devait s'apprêter à partir dans 15 jours. Notre prieur est allé au cabinet de la sous-préfecture. Ils répondaient qu'ils ne pouvaient pas l'empêcher. On a téléphoné au cardinal Duval qui nous a dit : « Préparez tout comme si vous deviez partir, mais ne bougez pas. » Alors, on faisait les cartons. Des policiers passaient voir ce que nous faisions, afin de se rendre compte si on se préparait. On a su que le cardinal Duval était allé voir Boumédienne qui lui avait dit : « Je ne suis pas seul chef ici, allez voir Ben Cherif. » Il est allé voir Ben Cherif, il a été reçu avec les honneurs militaires. Ben Cherif a fait publier la venue du cardinal dans le journal El Moujahid, et les menaces d'expulsions ont été terminées.

Lucien : «  C'est formidable Jean-Pierre ce que tu as vécu avec tes frères de Notre Dame de l'Atlas à Tibhirine. Je suis très touché par l'histoire qui est reprise et racontée dans le film « Des hommes et des dieux », par les mots qui sortent de la bouche de cet homme disant à frère Christophe : «  Ne dites pas que vous êtes comme des oiseaux sur la branche, car la branche c'est vous, et les oiseaux c'est nous. Si vous partez, où est ce que nous allons pouvoir nous poser ? »

Jean-Pierre : « Nous avons eu des pressions de l'état algérien pour partir, ainsi que de l'ambassade de France en Algérie. Nous avons dit que nous ne partirions que si nos voisins nous le demandaient, parce qu'alors nous serions devenus dangereux pour eux par notre présence, parce que notre présence aurait pu provoquer leur massacre. Si les gens nous avaient dit ça, on serait partis. Nous entendions les confidences de parents : Si notre jeune part dans l'armée algérienne comme il y est appelé, notre famille est menacée par le GIA (Groupe Islamique Armé) Si notre jeune part au maquis, c'est l'armée algérienne qui menace notre famille, considérée comme alliée avec le GIA.

 

Objecteurs de conscience

Lucien : « Ce que tu me racontes Jean-Pierre me bouleverse, car j'ai été témoin du même drame durant mon séjour en Algérie durant les années 1959-1960. Ahmed, fils de Mohamed était engagé dans l'armée française dans la région de Constantine. Il combattait dans un régiment français contre les idées de son père qui était pour l'indépendance de l'Algérie. J'écrivais à Ahmed sous la dictée de son père, lequel père comptait plus ou moins sur notre présence de soldats de l'armée française, par rapport aux incursions possibles des membres du maquis de l'Ouarsenis. »

Jean-Pierre : «  On a connu ça dans les années 1990-1996, le pays était divisé. Vous aussi, objecteurs de conscience vous avez été dans cette situation. Le cardinal Duval lui aussi était dans cette situation. Le clergé d'Algérie était divisé. Le cardinal voulait l'indépendance. Une partie de ses prêtres s'y opposaient … C'est dans ce contexte que les frères de Tibhirine ont été enlevés. Ils étaient gênants pour l'armée. Le gouvernement algérien et l'armée savaient que frère Luc soignait des blessés du GIA … Frère Luc soignait toute personne qui était blessée d'où qu'elle vienne. Après l'incursion de l'armée avant Noël 1993 qui nous intimait de partir, frère Christian, tous les frères de la communauté et moi même nous avons dit NON. L'armée et la préfecture voulaient nous mettre dans un hôtel à Médéa, nous avons dit NON. Nous n'aurions plus eu de raisons d'être là dans ces conditions. Ils voulaient nous imposer une protection militaire, nous avons dit NON. Un soir, des militaires se sont installés dans la pièce à côté de l'entrée. Ils portaient leurs armes sur eux. Christian leur a dit : « Vous ne pouvez pas entrer avec des armes dans le monastère... » Ces soldats nous disaient en parlant des membres du GIA : « Comment vous pouvez soigner ces brutes-là ? »

Ce que je te raconte là ressemble beaucoup à ce que tu as vécu quand tu étais soldat dans l'Ouarsenis, tout près de Tibhirine.

Lucien : « C'est toi Jean-Pierre qui traces des ressemblances entre l'objection à la violence et aux armes que vous avez vécu et réalisé à Tibhirine, et la manière dont mes camarades et moi nous avons cherché à devenir objecteurs en face des violences dans lesquelles nous nous trouvions à tous moments... »

Jean-Pierre : « Tu verras quand tu liras le livre d'Alphonse Georger que je te donne … Comme ça ressemble à ce que nous sommes en train de nous raconter … »

Il est 10 heures et demi. Omar est venu frapper à la porte de la salle adjacente à la chapelle où nous sommes en train de causer Jean-Pierre et moi. Il dit : « Venez, on va boire le thé que Baha nous a préparé. »

 

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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 13:37

La vie reprend... Lulu est dans son nouveau chez lui... 

Voici une lettre qu'il a écrite le 20 mai. Merci à Appoline pour les photos.

Chanteau dans le Loiret, le 20 mai 2016

 

COMME UNE TAPISSERIE DE LURCAT

 

Après la célébration dans l'église du village de la vie et de la mort de Jean-Paul, après l'appel adressé à ses enfants et petits-enfants, ainsi qu'à nous tous à continuer ce qu'il a commencé, nous venons à la maison familiale vivre un moment de partage, d'une profonde fraternité.

 

Ce qui me marque intensément, c'est la présence de tous ces gens du village de Chilleurs-aux-bois, de tous les membres de la famille de Jean-Paul et Jeannine, et aussi de la famille de Michèle ... des collègues de travail d'Esther et d'Arnaud, venus de Charix dans l'Ain. Je suis heureux de retrouver Jean-Baptiste, professeur et artisan et de parler avec lui sur "l'élévation" dans  laquelle nous sommes interpelés par la médiation des escaliers qu'il fabrique.

 

D'autant plus que nous assistons à la rupture de tant de réalités structurantes de notre humanité, qui nous font nous casser la figure les uns aux autres et dégringoler dans des situations enfermantes.

 

Et nous voilà partis avec ma nièce Esther et Apolline sa filleule âgée de 17 ans, en direction de Chanteau, village distant de 20km, chez Jean-Marie et Hélène Muller ... En arrivant dans la cour, la joie de nous retrouver est grande pour Jean-Marie et moi, tant nous nous sentons en profonde communion dans la recherche de cette voix de la non-violence. Elle est, pensons-nous humblement, la seule possibilité donnée à notre humanité, de trouver une issue, une porte de sortie, la porte de sortie de notre enfer-me-ment, afin de trouver le centre vital qui va nous permettre de nous libérer.

 

Je présente à Jean-Marie ma nièce Esther et sa filleule Apolline. Jean-Marie sait, par un appel téléphonique que je lui ai adressé, que nous arrivons de l'enterrement  de Jean-Paul. Esther et Apolline savaient, durant notre court trajet, qu'elles m'emmenaient chez Jean-Marie Muller. Durant nos rencontres familiales ou à l'occasion de campements dans les plateaux du Jura, Esther m'avait souvent entendu parler de Jean-Marie et de la non-violence. Mais qui est Jean-Marie aux yeux d'Apolline ? Un de mes amis, dont la relation m'est précieuse. Mais Apolline ne se doute pas de tout ce que cette relation a comme conséquences dans ma vie. Il y a ce qu'a écrit Jean-Marie, il y a ce qu'on dit à propos de Jean-Marie et il y a ce dont on voudrait que nos mots explicatifs soient porteurs. J'ai balbutié dans la voiture quelques mots à Esther et à Apolline, afin de traduire la place que Jean-Marie tient dans mon cœur et dans ma vie depuis 1969 ... date du procès d'Orléans. J'avais appris l'existence de ce procès par Christiane Meyer, venue nous voir à la cure Notre Dame de Dole, où j'étais jeune vicaire depuis 3 ans. Nous formions là une équipe de prêtres avec Noel Girardet, Maurice Roux, Michel Damnon, Maurice Petit, Maurice Vandel ... Nous avions comme curé notre ancien supérieur du petit séminaire de Vaux: François Chaignat. Christiane était venue nous dire : " Je suis cousine de Jean-Marie Muller ... qui avec les prêtres Desbois et Perrin, sont en train de renvoyer leurs livrets militaires ... Ils veulent obtenir le statut d'objecteurs de conscience ... ce qui leur est refusé, parce qu'ils ont fait leur service militaire. Un procès leur est donc fait. L'évêque d'Orléans Guy Riobé les soutient. Est-ce que vous voulez vous solidariser dans ce soutien en signant cette pétition. Nono et moi nous avions signé, ainsi que Gaby Maire, Pierre Demoulière, (que je retrouverai au Brésil sur les pas de Gaby en 1999)

 

Quarante-six ans après, qu'est-ce que je suis heureux, d'avoir signé cette pétition !

Oui, il y a ce que l'on dit d'un ami écrivain quand on le présente à d'autres de nos amis, on voudrait tellement que les amis en question se mettent un jour à se nourrir de ce qu'écrit cette personne, et de sa pensée si nécessaire à notre humanité, de son dynamisme, de sa force de conviction. Il y a les mots pour dire tout cela, mais en même temps il y a la quête de signes autres que nos mots, afin de corroborer ce que l'on balbutie. On voudrait tellement convaincre en même temps que respecter.

 

Je me trouvais dans cette situation, lorsque Jean-Marie nous disait d'entrer et qu'ensemble, nous franchissions le seuil de la maison, avec ma nièce Esther et sa filleule Apolline. Je sais qu'elles ne vont pas pouvoir rester longtemps ... Elles vont devoir repartir rejoindre la famille à Chilleurs aux Bois.

 

C'est alors qu'il me vient l'idée de demander à Jean-Marie, s'il veut bien offrir à Apolline et à Esther, ce cadeau qu'il m'a fait il y a deux ans, quand j'étais venu les voir, lui et sa famille, à mon retour de Palestine-Israël ... Mon voyage avait consisté à marcher de Dampierre à Bethléem pour faire avancer la paix en nous démunissant en France de nos armes nucléaires de manière unilatérale ... J'étais venu chez Jean-Marie et Hélène pour leur signifier ma reconnaissance profonde pour la manière dont ils m'avaient alimenté tout au long de cette marche ... et aussi pour tout ce que j'avais pu boire, grâce à eux, à la source de la non-violence ... particulièrement pour tout ce qui m'était parvenu par les livres que Jean-Marie a écrit sur la non-violence et sa stratégie.

 

Et il y a un endroit dans la maison de Jean-Marie et Hélène, et c'est dans le grenier sous le toit, où sont étagés et sertis, comme des filaments, incrustés dans une merveilleuse tapisserie aux nombreux fils d'or, les livres que Jean-Marie a écrits. Ils sont au cœur d'étagères qui n'en finissent pas d'aller rejoindre les murs de chaque côté qui font tenir la maison. Mais peut-être que ce sont les livres qui font tenir les murs de la maison, tellement ils sont porteurs d'une pensée si nécessaire et vitale à notre humanité, je pense à la prestigieuse tapisserie de Lurçat, nous appelant à barrer la route au péril nucléaire.

 

Je demande à Jean-Marie : " Tu voudrais bien montrer ta bibliothèque à nos amies Esther et Apolline" - " Bien volontiers ..." Et nous voilà, grimpant par les escaliers de bois que nous entendons s'émouvoir de notre arrivée, par les bruissements qu'ils émettent ... Ils nous préparent à l'émerveillement qui ne tarde pas à jaillir de l'écarquillement des yeux et des balbutiements de la bouche d'Apolline et d'Esther, et aussi de mon être tout entier, au moment où nous entrons de plein pied dans le grenier. Je devine que cela serait un signe profond de notre reconnaissance, adressé à Jean-Marie, pour le travail de penseur qu'il réalise en cet endroit-laboratoire depuis plus de 40 ans. 

 

Photos prises par Appoline
Photos prises par Appoline
Photos prises par Appoline

Photos prises par Appoline

C'est là qu'est venue aboutir la réalisation de son 1er livre : " L'Evangile de la non-violence", qui va marquer tant de gens à travers la France tout d'abord, et puis le monde entier au fur et à mesure qu'il en fera le tour, grâce aux traductions qui s'en réaliseront. Je suis heureux de voir Jean-Marie, mettre la main dessus ce livre dans l'immédiat que j'en prononce le titre.

 

Je dis à Apolline : " Le plus tôt que je pourrai Apolline, je me débrouillerai pour t'en procurer un exemplaire, car hélas, il n'est plus édité. Je demanderai à Maggy de nous le trouver par Internet" Je trouve très beau aussi le moment, où dans la continuation de  notre contemplation commune, Jean-Marie empoigne le livre : " Désarmer les dieux" et qu'il nous dit avec une joie profonde et sûrement avec plus qu'un brin de fierté: "En voici la traduction en Arabe." Je pense en moi-même: C'est tellement important quand on a 17 ans comme toi, Apolline et que l'on est à la recherche du Dieu qui soit source d'Amour et non pas affublé de puissance destructrice et annihilante de ceux que l'on fait passer pour être nos irréductibles ennemis."

 

Esther est la marraine d'Apolline. Pendant que sa filleule se déplace d'un bout à l'autre des étagères afin de prendre des photos de quelques-uns des très nombreux livres qui ont été travaillés, compulsés par Jean-Marie, afin d'en produire les siens, Esther demande discrètement à Jean-Marie : " Quel est le 1er livre écrit par vous, que je pourrai offrir à ma filleule ?" Il lui répond" Le dictionnaire de la non-violence" Au moment où Apolline revient vers nous, je suis heureux de lui présenter le livre que Jean-Marie a écrit sur les moines de Tibhirine. Grâce à la couleur bleue de la couverture, je l'ai repéré sur l'étagère centrale de la bibliothèque. Avec beaucoup d'émotion, je dis à Apolline et Esther, que Jean-Marie l'a dédicacé à la mémoire de Gabriel Maire, prêtre français, assassiné le 23 décembre 1989 à Vitoria au Brésil. Gaby Maire est l'ami avec qui j'ai fait tout mon petit et grand séminaire dans le Jura. Comme les moines de Tibhirine, sa vie ne lui a pas été dérobée. Il l'avait donnée et offerte à la ressemblance de Jésus.

 

Je demande à Jean-Marie de nous épeler les noms des personnes dont il a écrit la vie et qui ont été les témoins artisans de la non-violence qui seule peut faire tenir le monde. Nous entendons les noms prestigieux et humbles en même temps, de Gandhi, de César Chavez, de Martin Luther-King, de Simone Weil, de Guy Riobé, de Jacques Gaillot, des moines de Tibhirine, de Pierre Claverie et de son chauffeur Mohamed, de Gaby Maire, des religieuses Léonie Duquet et Alice Domon ... et de beaucoup d'autres qui se sont nourris et alimentés dans le sermon sur la montagne de Jésus, dont Gandhi disait aux chrétiens que nous essayons d'être: " Vous avez dans l'évangile de Matthieu la mine qui contient les trésors capables de structurer notre humanité ... Il est urgent d'aller y creuser et y puiser... "

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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 15:29

Abbaye d’Acey le 23 avril 2016

 

Cher Jean-Marie

 

C’est à l’abbaye cistercienne d’Acey que me parvient, grâce à des amis du mouvement A.D.N.-M.A.N., le message que tu nous adresses à ton retour de Rome, de la conférence internationale intitulée : « Non-violence et Paix juste, une contribution à la compréhension de la non-violence et à l’engagement envers celle-ci de la part des catholiques ».

 

J’étais venu à Acey où en me reposant je fais ramasser en moi dans la prière le témoignage de la non violence des moines de TIBHIRINE, en lisant le livre qui vient de paraître « Tibhirine : l’Héritage ». Comment ramasser les graines de cet héritage de non violence et l’ensemencer dans la terre de nos jardins intérieurs et communaux ? Et c’est au moment de la prière des complies, hier soir :

« Maintenant tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix »

que le frère Benoît me communique ton message où tu nous donnes quelque chose, comme tu le dis, « qui s’apparente à une véritable révolution copernicienne », où vous dites, et c’est un acte : «  Nous croyons qu’il n’existe pas de guerre juste. »

 

J’ai tout de suite chanté en mon cœur le Magnificat. Ce chant est révolutionnaire où il est dit de Dieu « qu’il renverse les puissants de leur trône et qu’il élève les humbles, qu’il comble de biens les affamés et renvoie les riches les mains vides », et que c’est à cela que nous devons nous atteler pour que chaque homme et femme puisse trouver sa place de manière non violente, car plus rien ne justifie quelque guerre que ce soit.

 

Place première doit être faite aux migrants, aux affamés. Ce n’est pas dans l’utilisation de l’argent avec un profit effréné et non humain que nous ferons le monde. Il nous faut nous organiser de manière non violente. Aux pauvres et aux  blessés de la vie nous devons dire, comme je te l’ai souvent entendu dire : « Après vous ».

 

A Hélène et à toi Jean-Marie,  à vos enfants et petits-enfants je vous dis toute mon amitié fraternelle et reconnaissante pour le don que vous nous offrez. Comme je suis bien heureux que tu sois allé « acteur » à Rome à cette conférence. Tu te souviens quand nous en parlions il y a deux ans ? Nous espérions humblement …C’est inouï ce qui en sort. C’est merveilleux comme tous ces membres de la conférence, et toi, vous nous permettez de ressourcer et renforcer notre espérance, la présence de la petite fille espérance dans non luttes non-violentes. S’ouvre devant nos yeux le seul chemin qui puisse libérer notre humanité : celui-là de la non violence

 

Je vous embrasse chers Jean-Marie et tous les tiens, de tout mon cœur d’ami profondément reconnaissant

Lulu      

 

conférence de Rome : photo du web

conférence de Rome : photo du web

Faire prévaloir l’Évangile de la non-violence

 

dans la pensée et l’action de l’Église

 

Jean-Marie Muller*

 

À l’initiative du Conseil Pontifical Justice et Paix et de Pax Christi International s’est tenu à Rome du 11 au 13 avril 2016 une conférence internationale intitulée « Non-violence et paix juste : une contribution à la compréhension de la non-violence et à l’engagement envers celle-ci de la part des catholiques. » Nous nous sommes retrouvés quelque quatre-vingts participants venant d’Afrique, des Amériques, d’Asie, d’Europe, du Moyen-Orient et d’Océanie. Notons la présence de plusieurs évêques et de nombreux théologiens. Dès avant le début  de cette rencontre, nous avions reçu une note qui précisait clairement qu’il était urgent de repenser la compréhension catholique de la non-violence.

 

Pendant ces trois jours, dans une ambiance particulièrement chaleureuse, nous avons pu partager nos réflexions et nos expériences. Nous avons été unanimes pour affirmer que tout au long de sa vie Jésus a témoigné de la non-violence et que les Chrétiens avaient l’obligation morale de devenir eux-mêmes des témoins de la non-violence. 

 

Le pape François a adressé aux participants un message qui a été lu par le Cardinal Peter Turkson, Président du Conseil Pontifical Justice et Paix. « L’humanité, affirme François, a besoin de rénover tous les meilleurs outils à sa disposition pour aider les hommes et les femmes d’aujourd’hui à réaliser leurs aspirations pour la justice et la paix. En ce sens, vos idées sur la revitalisation des outils de non-violence, et de non-violence active en particulier, seront une contribution nécessaire et positive. C’est ce que vous vous proposez de faire en tant que participants à la Conférence de Rome. » Il précise : « Dans notre monde complexe et violent, c’est une entreprise véritablement formidable de travailler pour la paix en vivant la pratique de la non-violence ! (…) Nous pouvons nous réjouir à l’avance de l’abondance des différences culturelles et de la variété des expériences de vie parmi les participants à la Conférence de Rome et celle-ci ne fera qu’augmenter le niveau des échanges et contribuer au renouveau du témoignage actif de la non-violence comme une « arme » pour réaliser la paix. »

 

La Conférence a adopté un document qui appelle l’Église catholique à s’engager à faire prévaloir l’importance centrale de « l’Évangile de la non-violence ». Ce qui est remarquable, et probablement décisif, c’est que les participants ne se contentent pas d’ajouter un paragraphe sur la non-violence dans la doctrine de la légitime violence et de la guerre juste, mais qu’ils remettent en cause cette doctrine au nom de l’exigence de non-violence. « Ceux d’entre nous, est-il affirmé, qui se situent dans la tradition chrétienne sont appelés à reconnaître le caractère central de la non-violence active dans la vision et le message de Jésus. (…) Ni passive, ni faible, la non-violence de Jésus était le pouvoir de l’amour en action. De manière claire, la Parole de Dieu, le témoignage de Jésus, ne devraient jamais être utilisés pour justifier la violence, l’injustice et la guerre. Nous confessons qu’à maintes reprises le peuple de Dieu a trahi ce message essentiel de l’Évangile en participant à des guerres, à la persécution, l’oppression, l’exploitation et la discrimination. »

 

Et puis vient ce passage décisif : « Nous croyons qu’il n’existe pas de « guerre juste ». Trop souvent la « doctrine de la guerre juste » a été utilisée pour approuver la guerre plutôt que pour l’empêcher ou la limiter . Le fait même de suggérer qu’une « guerre juste » est possible mine l’impératif moral de développer les moyens et les capacités nécessaires pour une transformation non-violente du conflit. Nous avons besoin d’un nouveau cadre éthique qui soit cohérent avec l’Évangile de la non-violence. »

 

Dans leurs conclusions, les participants appellent à ne « plus utiliser ni enseigner la « théorie  de la guerre juste », mais à « promouvoir les pratiques et les stratégies non-violentes (la résistance non-violente, la justice restaurative, la protection civile non armée, la transformation des conflits et les stratégies de construction de la paix) ». Soulignons également qu’il est demandé de plaider pour « l’abolition des armes nucléaires » Enfin, les participants « appellent le Pape François à partager avec le monde une encyclique sur la non-violence et la paix juste ».

 

Le malheur, jusqu’à présent, était que l’Église, d’une part, prêchait l’amour et, d’autre part, justifiait la violence. Entre ces deux discours, il y avait un vide immense, la partie manquante étant précisément la non-violence. La Conférence de Rome propose de remplir ce vide.

 

Cette rencontre propose donc un renouvellement en profondeur de la pensée de l’Église sur la question de la violence qui veut rompre avec la doctrine séculaire de la guerre juste pour proposer aux Chrétiens de devenir des acteurs de la non-violence. Cette rupture qui est un ressourcement évangélique s’apparente à une véritable révolution copernicienne. Elle pourrait être décisive pour l’avenir même de l’Église.

 

 

* Philosophe et écrivain. Auteur notamment de L’évangile de la non-violence (Fayard, 1969) et de Désarmer les dieux, Le christianisme et l’islam au regard de l’exigence de non-violence ( Le Relié Poche, 2009)

Site personnel : www.jean-marie-muller.fr

 

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7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 18:47
Jean-Marie Muller lors de sa visite dans le Jura en avril 2015

Jean-Marie Muller lors de sa visite dans le Jura en avril 2015

par Jean-Marie MULLER*

 

Avertissement : Ce texte est une invitation au dialogue entre les partisans français du désarmement nucléaire afin que nous tentions de surmonter nos désaccords. Je prends personnellement parti, comme il est normal, mais je ne prétends pas à avoir le dernier mot sur ce sujet. Mon intention est d’ouvrir le débat et non de le clore. Chacun(e) est donc invité à s’exprimer afin qu’il dise est le dernier mot pour lui.

                                                      13 janvier 2016

 

Ces dernières années, des organisations de la société civile française ont affiché leur détermination à éliminer les armes nucléaires. Elles se rejoignent toutes pour affirmer que ces armes de destruction massive, loin de contribuer à la sécurité de leur pays, constituent en réalité une menace non seulement pour la paix du monde mais pour la survie même de l’humanité. Malheureusement, le mouvement antinucléaire français reste  divisé sur la stratégie à mettre en œuvre pour atteindre l’objectif d’un monde sans armes nucléaires. Plusieurs organisations pensent que la France doit prendre la décision d’un désarmement unilatéral, tandis que certaines autres estiment que ce renoncement doit s’effectuer dans le cadre d’une négociation internationale qui permette à tous les États dotés de l’arme nucléaire de décider ensemble un désarmement multilatéral. Cette division est fort préjudiciable, car elle est de nature à affaiblir considérablement l’efficacité de l’opposition aux armes nucléaires. La question qui se pose est donc de savoir si les différentes fractions du mouvement français d’opposition aux armes  nucléaires ne pourraient pas parvenir à surmonter leurs désaccords afin d’unir leurs forces dans une même  lutte.

 

Cette division n’est pas une fatalité, car le multilatéralisme et l’unilatéralisme ne sont pas de nature à s’opposer mais à se composer (c’est-à-dire, selon l’étymologie de ce mot à se « poser ensemble ») dans une réelle complémentarité. Les partisans de l’un ne devraient-ils pas être les partisans de l’autre ? Ce serait donc par erreur que les uns s’opposent aux autres.  Il nous faut donc chercher l’erreur. Il semble bien que l’erreur soit l’intégrisme de l’un et/ou de l’autre qui apporte la division. Dès lors, les deux parties sont mises en demeure de refuser tout tentation d’intégrisme afin de privilégier ce qui les unit par rapport à ce qui les divise et de concilier ainsi leurs deux approches. Au demeurant, il existe des différences d’appréciation légitimes, notamment en ce qui concerne les probabilités de succès de chacune des deux approches. Chacun peut ainsi garder sa préférence.

 

 Ce qui caractérise cette discorde, c’est que les désaccords ne sont pas symétriques. De leur côté, les unilatéralistes sont d’accord avec les multilatéralistes pour penser que la meilleure solution serait en effet le désarmement multilatéral de tous les États dotés, que ce soit à travers la signature d’une Convention internationale pour l’élimination des armes nucléaires ou à travers un accord en faveur d’un Traité d’interdictions des armes nucléaires. Ils sont prêts à soutenir les initiatives internationales prises à cet effet. Pour autant, ils ne pensent pas que le désarmement multilatéral soit possible dans un avenir prévisible. Dans l’absolu, le désarmement multilatéral est préférable au désarmement unilatéral, que ce soit pour la France ou pour le monde. Mais le problème ne se pose pas dans l’absolu, il se pose dans la réalité et, dans la réalité, l’objectif du désarmement unilatéral apparaît le plus crédible. Tout particulièrement, d’emblée, en récusant dès aujourd’hui la dissuasion nucléaire, il est mieux armé pour dé-sacraliser, pour dé-légitimer et pour dis-créditer l’arme nucléaire auprès de l’opinion publique. Les unilatéralistes partagent l’idéal d’un monde libéré des armes nucléaires, mais ils pensent devoir relativiser cet idéal, c’est-à-dire le relier à la réalité. C’est la raison pour laquelle ils ont la conviction qu’il est de leur responsabilité indissociablement éthique et politique d’exiger ici et maintenant le désarmement unilatéral de l’État français. L’obligation du désarmement est devenu un impératif catégorique personnel. Elle les oblige aujourd’hui. Elle ne saurait être éludée et remise à demain. Tandis que, pour leur part, nombre de multilatéralistes récusent la pertinence du désarmement unilatéral en faisant valoir à la fois la supériorité et la possibilité d’un désarmement multilatéral.

 

Il faut convenir que cette dissymétrie dans le désaccord se retrouve dans la recherche d’un accord, mais il ne devrait pas le rendre impossible. Au demeurant, nous n’avons d’autre choix que de tenter d’établir un dialogue pour élucider les termes de notre désaccord et nous efforcer de préciser les termes d’un accord possible. Ce dialogue doit au moins nous permettre de nous mettre d’accord sur « l’état des lieux » et cela est déjà appréciable.

 

Au terme de ce dialogue, nous devrions tous convenir qu’un mouvement antinucléaire français qui serait uni pour partager l’objectif du désarmement nucléaire unilatéral de la France serait plus crédible et plus fort pour exiger l’élimination mondiale des armes nucléaires.

 

Les termes de cette conciliation, c’est par principe que les multilatéralistes et les unilatéralistes s’accordent pour demander ensemble et le désarmement mondial et le désarmement national.

 

Il est donc demandé aux multilatéralistes faire le choix du désarmement unilatéral de la France. En ce sens, c’est leur demander de faire le plus grand pas vers un accord des deux parties. Mais paradoxalement, la nature même de la dissymétrie qui caractérise leur désaccord leur permet de faire ce pas. Car il ne leur est pas demandé  de renoncer à l’exigence du désarmement mondial qui fonde leur engagement. En revanche, les unilatéralistes devraient renoncer à l’exigence qui fonde leur engagement s’ils devaient faire le choix unique du désarmement mondial.

 

Un changement de la donne

Les échecs des rencontres internationales qui ont eu lieu en 2015 – qu’il s’agisse de la Conférence d’examen du TNP ou de la Session de l’Assemblée générale des Nations Unies - viennent changer la donne en ce début de l’année 2016. Ceux-là mêmes qui pensaient qu’un désarmement multinational était possible dans un délai raisonnable ne pourraient-ils pas tenir compte de ce changement de donne pour changer leur positionnement et reconnaître la pertinence du désarmement unilatéral ? Ils ne se déjugeraient pas, ils ne renonceraient pas à leur exigence d’un désarmement mondial, mais, comme il convient toujours, ils adapteraient leur stratégie au terrain. Le désarmement unilatéral deviendrait entre leurs mains un élément qui pourrait être décisif pour relancer la dynamique du désarmement mondial. Et, dans le même temps, les unilatéralistes pourraient redoubler leurs efforts pour exiger le désarmement mondial. Ainsi, le multi unilatéralisme s’avérerait plus opérationnel que le multilatéralisme.

 

Le rêve de Barack Obama

Dans le discours qu’il a prononcé à Prague le 5 avril 2009, le Président Barack Obama a « affirmé clairement et avec conviction l’engagement de l’Amérique à rechercher la paix et la sécurité dans un monde sans armes nucléaires. » Soit. Mais il a pris soin de préciser : « Ce but ne pourra être atteint avant longtemps, sans doute pas de mon vivant – not in my lifetime. » Et l’on ne peut que lui souhaiter longue vie… Surtout, il a affirmé : « Ne vous méprenez pas : tant que ces armes existeront, les États-Unis conserveront un arsenal sûr et efficace pour dissuader tout adversaire. » (Make no mistake : As long as these weapons exist, the United States will maintain a safe, secure and effective arsenal to deter any adversary.) Ces quelques mots sont terribles. Ils viennent mettre fin brutalement au rêve d’un monde sans armes nucléaires que le président nous invitait à partager avec lui. Car, enfin, les armes nucléaires existeront tant que les États-Unis en posséderont ! Et dès lors que le Président américain affirme ne pas vouloir renoncer à ses armes nucléaires, de quel droit demande-t-il aux autres États de renoncer à en acquérir ? Ne peuvent-ils pas tenir le même raisonnement : « Tant que ces armes existeront, nous ne renoncerons pas à les acquérir. » C’est ce qu’on appelle un cercle vicieux. Certes, Obama prend soin de préciser aussitôt : « Nous allons cependant commencer à procéder à la réduction de notre arsenal. » (But we will begin the work of reducing our arsenal.) Mais cette phrase n’efface pas la précédente. Elle confirme au contraire que les États-Unis ne sont pas prêts à désarmer. Car la réduction annoncée ne constitue en rien le désarmement. Réduire n’est pas désarmer.

 

Malgré toutes les circonspections dont a fait montre le président américain au cours de son discours de Prague, sa prise de position a fait croire à beaucoup qu’un monde sans armes nucléaires était désormais possible. Certaines organisations des sociétés civiles ont pensé qu’il était possible de parvenir à la signature d’une Convention internationale sur l‘élimination des armes nucléaires. Et, cela, d’autant plus que le 9 octobre 2009, le Comité Nobel norvégien annonce sa décision d’attribuer le Prix Nobel de la Paix au président des États-Unis, Barak Obama. Dans le communiqué rédigé à cet effet, le comité précise qu’il « a attaché une importance particulière à sa vision et à ses efforts pour un monde sans armes nucléaires ». Il est précisé : « La vision d’un monde sans armes nucléaires a fortement encouragé les négociations sur le désarmement et le contrôle des armes. »

 

Mal-heureusement, les faits sont venus contredire l’espoir suscité par le discours de Prague de Barak Obama. Dans un document de travail présenté par les États-Unis et remis le 29 avril 2015 à la  Conférence des États parties chargée d’examiner le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) qui s’est tenue à New York du 27 avril au 22 mai 2015, il est affirmé : « Tout en poursuivant [l’objectif du désarmement nucléaire], les États-Unis conserveront un arsenal sûr, sécurisé et efficace, tant pour dissuader leurs adversaires éventuels que pour prouver à leurs alliés et partenaires qu’ils peuvent compter sur les engagements pris par les États-Unis en matière de sécurité. » On ne saurait dire plus clairement que les États-Unis sont fermement décidés à maintenir leur doctrine de défense et qu’ils n’envisagent nullement de « changer leur manière de penser » afin de renoncer à la possession de leurs armes nucléaires.

 

Le même document précise que la dissuasion nucléaire américaine est bien fondée sur une stratégie d’emploi, même s’il est précisé, ou, plus exactement, dès lors qu’il est précisé que les États-Unis « n’envisagent de recours à des armes nucléaires (c’est moi qui souligne) que dans des conditions extrêmes pour défendre les intérêts vitaux du pays ou de ses alliés et partenaires »… Il est donc clairement affirmé que les Etats-Unis sont déterminés à maintenir leur arsenal nucléaire. Le rêve de Barak Obama appartient définitivement au passé. Ces éléments fondent le changement de la donne concernant les conditions du désarmement nucléaire. Ce qui était peut-être probable en 2009 ne l’est plus en 2016.

 

L’échec de la 70e session de l’AG des Nations Unies

À l’initiative de pays non-dotés, trois conférences intergouvernementales sur les conséquences humanitaires des armes nucléaires (Oslo, Nayarit et Vienne entre 2013 et 2914) s’étaient donné pour objectif de créer un processus permettant de parvenir à un Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN) sans attendre l’assentiment des pays dotés.. Ces rencontres sont des initiatives intéressantes et l’objectif recherché ne peut être que soutenu par les unilatéralistes, mais, jusqu’à présent ces conférences n’ont en définitive donné aucun résultat. Au demeurant, un tel traité voulu par des États non dotés, ne pourrait  devenir opérationnel que s’il est signé par les États dotés. Or ceux-ci ont clairement affirmé qu’ils désapprouvaient cet objectif et qu’en tout état de cause, ils ne signeraient pas pareil traité. Sans doute, les multilatéralistes pensent-ils que, s’ils refusaient de signer un tel traité, les pays dotés finiraient par être mis au ban des nations. L’argument mérite d’être retenu, mais la difficulté c’est que nombre de pays non dotés ne sont pas encore convaincus de l’importance d’envisager et de signer un tel traité. Et, là encore, la meilleure contribution que les citoyens français peuvent apporter à l’élaboration de ce traité est d’interdire à leur propre État la possession des armes nucléaires.

 

Après l’échec de la dernière Conférence d’examen du TNP, la 70e session de l’Assemblée générale des Nations Unies a fait apparaître que les États membres sont incapables de surmonter leurs divergences à propos du désarmement nucléaire. Les États dotés ont affirmé leur détermination à refuser tout accord sur l’élimination des armes nucléaires. Ainsi, le texte de la « Couverture » de la réunion de la Première Commission chargée du désarmement et de la sécurité internationale qui a eu lieu le 2 novembre 2015 précise : « Les 13 textes mis aux voix illustrent une fois de plus les divergences de vues sur le désarmement nucléaire entre d’un côté, ceux qui appellent à une accélération du processus et de l’autre, ceux qui estiment que les préalables du désarmement ne sont pas encore réunis. » 

 

Le même texte souligne : « Au nom de la France et des États-Unis, le représentant du Royaume-Uni a annoncé un vote contre les projets de résolution sur les conséquences humanitaires des armes nucléaires, sur l’engagement humanitaire en faveur de l’interdiction et de l’élimination des armes nucléaires et sur les impératifs éthiques pour un monde exempt d’armes nucléaires, car les objectifs de ces textes sont de forcer les États nucléaires au désarmement nucléaire et de saper le régime du Traité sur la non-prolifération nucléaire, en créant un monde moins sûr.  En tant que puissances nucléaires, nos trois pays sont convaincus que le désarmement nucléaire ne peut se faire que d’une manière progressive, « pas à pas ». » C’est dire on ne peut plus clairement qu’aucune dynamique ne peut être initiée qui crée les conditions de l’élimination mondiale des armes nucléaires.

 

Certes, Le 7 décembre 2015, l’AG des Nations Unies a voté en faveur de la création d’un groupe de travail qui élaborera « des mesures, dispositions et normes juridiques » pour parvenir à un monde exempt d’armes nucléaires. Ce groupe  de travail doit se réunir à Genève en 2016. Notons qu’il ne sera pas lié par les règles strictes de consensus. Il présentera un rapport à l’AG d’octobre prochain. Cette initiative est certainement positive et ne peut qu’être soutenue. Cependant, dès lors que les cinq États dotés membres du TNP se sont opposés à la création de ce groupe de travail, il lui sera très difficile de parvenir à ses fins.

 

Pour en finir avec l’arme nucléaire

Dans son livre Pour en finir avec l’arme nucléaire (La Dispute, 2011), Pierre Villard, alors co-président  du Mouvement de la paix, écrit : « Face à des processus qui ne vont pas assez vite et à des puissances nucléaires qui ne montrent pas le bon exemple, l’idée de décision unilatérale de désarmement est avancée. Ainsi Jean-Marie Muller s’interroge : « Les Français peuvent-ils vouloir renoncer à l’arme nucléaire » (Éditions du MAN, 2010). Considérant qu’on a tout essayé, l’auteur propose d’en venir au renoncement unilatéral. Cette proposition mérite respect et réflexion. La France sortirait-elle grandie d’un acte politique de renoncement à l’arme nucléaire ? J’en suis convaincu. Cependant … » Et, à partir de là, Pierre Villard récuse le choix du désarmement unilatéral en faisant valoir que  l’opinion publique française n’est pas prête à soutenir l’exigence d’actes unilatéraux, mais qu’elle est prête à s’engager dans le soutien à une démarche internationale. Il croit dès lors pouvoir affirmer : « Une campagne pour le renoncement unilatéral de la France nous ferait repartir plusieurs années en arrière  ».

 

Ce qui  est vrai, c’est que les citoyens français sont spontanément plus favorables au désarmement multilatéral qu’au désarmement unilatéral. Le consensus apparent qui existerait en faveur de l’arme nucléaire n’est qu’un consensus par défaut, dès lors qu’aucun débat public n’a jamais eu lieu. En outre, cette préférence risque d’être fallacieuse, car  préférer le désarmement multilatéral ne les engage à rien et n’a pas le moindre impact sur la réalité. La proposition d’un désarmement multilatéral n’implique aucune rupture. Elle ne fait pas débat, car elle ne pose aucun problème, mais, précisément parce qu’elle ne pose aucun problème, elle ne peut en résoudre aucun. Laisser croire aux citoyens français qu’un désarmement multilatéral est possible dans un délai raisonnable les dispense de prendre position pour le désarmement unilatéral. Ils se trouvent en réalité dépourvus de moyens d’action pour faire pression sur les États américain, russe chinois, indien, nord-coréen, etc,, alors qu’ils ont de nombreuses possibilités d’agir pour faire pression sur l’État français. Un autre argument doit pris en considération, l’économie de plusieurs milliards d’Euros pas an permettraient à la France de les investir pour d’autres causes.

 

Dire qu’une campagne pour le renoncement unilatéral de la France nous ferait repartir en arrière, c’est préjuger qu’une campagne pour le désarmement multilatéral peut nous permettre d’aller loin en avant dans un avenir proche. Or, aujourd’hui, il est clair que la condition d’un tel succès n’est pas remplie et qu’elle ne le sera pas dans un avenir prévisible. Affirmer cela n’est pas céder au défaitisme, mais faire preuve de réalisme. Il nous faut en effet constater que la voie négociée vers le désarmement mondial est totalement barrée depuis des décennies et que rien ne permet de penser qu’elle puisse s’entrouvrir à l’avenir. Selon la meilleure hypothèse, il faudra encore attendre des décennies, autant dire une « éternité ». Tous les derniers événements apportent la preuve que les États nucléaires sont déterminés, avec la plus parfaite mauvaise foi, à maintenir et à moderniser leur arsenal nucléaire et qu’ils refusent toute négociation pouvant parvenir à l’élimination mondiale des armes nucléaires. Et, cela, alors même que le Traite de Non-prolifération (TNP) dont ils sont membres leur fait obligation de négocier de bonne foi un désarmement nucléaire complet.

 

Tout bien considéré, et cela est également de nature à concilier le multilatéralisme et l’unilatéralisme, le désarmement unilatéral est certainement la meilleure contribution que les citoyens français peuvent apporter au désarmement mondial. Et cela même si nul ne prétend qu’il sera simple d’en convaincre une majorité de nos concitoyens, tant ils sont encore ignorants des données du problème et des leviers dont ils disposent pour le résoudre. Il ne s’agit pas non plus de prétendre que la décision unilatérale de la France aurait une vertu exemplaire qui ferait céder les autres États dotés. Le but n’est pas de se donner en exemple aux autres, il est d’être cohérent avec soi-même.

 

L’exemple britannique

La France ne pourrait-elle pas prendre exemple sur ce qui se passe en Grande-Bretagne. Comme le souligne Marc Morgan (Alternatives non-violentes, décembre 2015), la Campagne pour un désarmement nucléaire (Campaign for nuclear disarmament, CND) fondée en 1958 « s’est très vite affirmée comme une force politique majeure ». « Le désarmement unilatéral du Royaume-Uni a toujours été un des principes de base du mouvement, soutenu par la majorité des militants. En parallèle, la CND a toujours milité activement pour un désarmement général/multilatéral. » Par ailleurs, « En écosse, le parti indépendantiste et une grande majorité de la population appellent au désarmement unilatéral. (…) Une Écosse indépendante serait certainement libre d’armes nucléaires. » Il conclut : « En Angleterre, au Royaume–toujours-uni en général, le désarmement unilatéral est toujours possible. »

 

Un surcroît de prestige pour la France

Alors que d’aucuns sont portés à laisser croire que le renoncement à l’arme nucléaire porterait atteinte à la « grandeur de la France », c’est probablement tout le contraire qui se produirait, comme l’affirmait déjà Théodore Monod lorsqu’il participait aux jeûnes organisés par la Maison de Vigilance. Dans ce monde enténébré, la France contribuerait à entretenir la petite flamme fragile de l’espérance. Comment ne pas croire en effet qu’il en résulterait un surcroît de prestige pour notre pays ? « Le prestige, déclarait M. Ban Ki-moon, le Secrétaire général des Nations Unies, lors de l’allocution qu’il prononça à Hiroshima le 6 août 2010, appartient non pas à ceux qui possèdent des armes nucléaires, mais à ceux qui y renoncent. » Sans nul doute la capacité de notre pays de faire entendre sa voix dans les grands débats de la politique internationale ne serait non pas affaiblie mais fortifiée. On peut gager que partout dans le monde des femmes et des hommes salueraient la décision de la France comme un acte de courage qui leur redonne un peu d’espérance.

 

 

* Philosophe et écrivain, auteur notamment de Libérer la France des armes nucléaires, La préméditation d’un crime contre l’humanité, Chronique Sociale, 2014.

www.jean-marie-muller.fr

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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 11:06

CITEAUX , le 14 janvier 2016

 

«  VOICI QU'UN AUTREMENT DEVIENT POSSIBLE » 

 

Depuis quelques mois je ne voyais plus rien de mon œil gauche. J'avais du mal de m'y faire. Ne plus rien voir de la gauche ça déséquilibre la vie ! «  Tu devrais aller te faire opérer » me disait-on. Ça y est, j'en reviens. Maintenant que voilà installé dans mon œil gauche un cristallin tout neuf par la doctoresse Catherine Creuzot et son équipe, mon œil droit me dit : «  Qu'est ce que ça va mieux pour la conjugaison. Nous allons à nous deux te faire voir des réalités que tu avais peine de voir ces temps passés. »

 

En effet, le jour de la plantation du Ginkgo Biloba à Dampierre le 9 janvier 2016, il y a des gens que je n'ai pas bien vus, des gestes dont je n'ai pas saisi toute la portée, des faits dont je n'ai perçu qu'une toute petite partie. Je vais être heureux de lire et entendre vos impressions et vos ressentis, chers amis d'ADN et du MAN et de plein d'autres réseaux. Et maintenant que mes deux yeux conjuguent ensemble le verbe être et pas seulement l'acte d'avoir, je vais essayer de réunir ce que j'entendrai de vous en vous disant ce que je vois.

Planter un arbre ensemble, quel bonheur nous a été donné aux uns grâce aux autres.

 

Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible
Voici qu'un autrement devient possible

Ça s'est passé dans un jour déterminé : le 9 janvier 2016, à une heure indiquée : 11 heures. Nous avons planté un arbre qui est d'une variété rare, dont l'histoire familiale est très ancienne à la surface de la planète Terre, et qui remonte dans la nuit des temps. Le Gingko Biloba est un arbre qui a résisté à une double catastrophe, celle qui a fait disparaître les dinosaures, et celle qui en faisant disparaître Hiroshima et Nagasaki a failli faire disparaître l'humanité. Un arbre planté en un endroit on ne peut plus signifiant de la terre, dans le vieux cimetière de Dampierre. Dans un coin du pays où nos ancêtres avaient coutume d'ensevelir ce qu'ils avaient ramassé qui restait d'eux. Cimetière entourant le lieu – dieu qu'est l'église à deux pas, pas trois, de la maison où nos parents nous ont conçus, mes sœurs, mon frère et moi, mis au monde et élevés, en quelque sorte, plantés nous aussi.

 

Endroit fixé avec Alain le garde-champêtre du village quelques jours auparavant, arbre planté dans un trou creusé par des membres de notre association : Alain , François, Gilbert, Pierre etc … Arbre cherché, trouvé et acheté dans une pépinière par François, planté avec plein de gens avec qui nous faisons équipe, association, réseau de solidarité depuis un long temps déjà … et aussi ceux à qui nous avons écrits, envoyé un message, ceux avec qui nous avons dit, de bouche à oreille : «  Veux-tu venir... tu es invité … nous plantons un Gingko Biloba… »

 

Plantation réalisée dans un but très précis : Demander à notre président de la république française qu'il procède dans l'immédiat à l'arrêt de l'armement nucléaire de la France de manière unilatérale, qu'il ne dise pas qu'il est d'accord mais veut attendre que les autres commencent et qu'après il ferait. Nous insistons que ça commence maintenant et non pas dans un temps indéterminé. Nous demandons cela afin d'arrêter de faire saigner notre humanité qui est en train de se vider de sa vitalité. Et que cet arrêt soit donneur de vie et non pas de leçon, que les forces que nous détenons se transforment, se transfusent et se transfèrent immédiatement aux femmes et aux hommes qui portent des enfants dans leur ventre et sur leur dos, en mourant de faim, de paix et de solidarité à l'instant même où nous plantons le Gingko Biloba. Avec, plantée dans le cœur de chacun de nous, la présence d'une petite fille, la petite fille Espérance dont parle Charles Péguy, celle là même d'arrêter le déferlement de la violence folle qui nous fait nous entre tuer. Cela est possible. Nous en sommes sûrs et certains.

 

Il me revient comme ça plusieurs événements fondamentaux. L'arrêt de la guerre d'Algérie par le cessez le feu du 19 mars 1962 et des accords d' Evian. Je les ai vécus. Nous sommes beaucoup à avoir vécu la guerre d'Algérie et l'arrêt de la guerre, le stop aux tueries, aux tortures, aux déportations de populations. Les gens qui ont été déracinés de chez eux peuvent revenir au pays pour s'y réinstaller. L’autrement devenait possible.

 

Il me revient, raconté par mon papa, sa joie de gamin né en 1910, quand à Belmont dans le Doubs, les cloches de la petite église ont sonné l'armistice le 11 novembre 1918. Son papa qui était à la guerre allait pouvoir revenir au pays ; la vie allait pouvoir devenir tout autre. L'autrement devenait possible. Notre grand père et notre grand mère allaient pouvoir s'unir à nouveau et donner une petite sœur à notre papa : Marie-Rose qui naîtra en 1920.

 

Il naît en moi cette petite fille Espérance que dans le « terrain vague » que les vivants et les morts du village nous avaient octroyés sans se concerter et dont nous avions fait notre « terrain de jeux précis » un arbre résiliant et résistant est planté.

 

Il naît en moi cette humble et petite espérance que, dans ce terrain, capturé sous nos yeux d'enfants par l'occupant allemand, puis par le libérateur américain pour y installer l'un et l'autre leurs munitions et leur dépôt de carburant, dans ce terrain un arbre résistant et résiliant est planté.

 

La toute petite Espérance germe en moi que, dans ce terrain que, nous enfants, nous avions récupéré pour y jouer à la guerre, se joue quelque chose de symbolique et d'effectif de la paix.

 

En 1945, après le 8 mai, tout le monde pensait que la guerre était finie. Hélas, dans ce terrain, nous enfants, nous nous mettions à jouer à la petite guerre, parce que nous avions vu et entendu jouer notre sort par les adultes dans les deux grandes guerres. Nous arrivions à tromper le vigilance de nos parents, ce qui nous captivait sur ce terrain, c'était d'y dégoter les munitions délaissées, « de la poudre et des balles » et tous les adultes n'y ont jamais rien vu. Avec mes copains, Yves, Denis et d'autres, nous jouions aux artificiers avec le risque de nous faire blesser ou tuer sur le seuil de la sacristie, là, à 50 mètres où enfin, un arbre résiliant va pousser.

 

Quel bonheur que ce terrain tellement déformé par les guerres, soit redevenu terrain de plantation, qu'il y pousse la paix, la résilience et la résistance à la violence.

 

C'est tout un symbole que de planter un arbre ! C'est l'inverse constructeur de diabol-ique, celui qui divise et démolit, déchiquette les corps, les maisons et les projets. Le symbole rassemble, réunit, réemboite ce qui était boiteux. Le symbole ouvre des horizons.

 

Il me revient quand on a annoncé que les états constituants l'Europe, créaient entre eux un espace, l'espace Schengen. Pour aller depuis le Jura de France, dans la Bavière de l'Allemagne rencontrer des amis, il n'était plus nécessaire de montrer sa carte d'identité nationale à un douanier. Nous prenions conscience que nous étions citoyens du monde. Il est important qu'au moment où arrivent des milliers de migrants obligés de fuir leurs pays pilonnés par nos bombes, nous tenions à cet espace Schengen. Particulièrement en ces temps, où les mêmes pays qui ont créé cet espace essayent d'édicter des lois et des décrets scélérats pour nous enfermer et empêcher l'arrivée des gens dans notre pays.  Alors qu'il n'y a pas très longtemps, nous-mêmes nous nous comportions occupants de ces pays.

 

Qu'est ce que je vais être heureux de recevoir et lire dans la conjugaison de mes deux yeux, ce qui a été dit et écrit ce jour-là de la plantation du Gingko Biloba : le texte de Pierre Jacquin, ce qu'a dit Grégoire Durant le maire de Dampierre, ce qu'a exprimé Antoinette Gillet, Michel Gerbaud, Caroline, la chanson du déserteur par Josette, ce que nous avons entendu de la bouche de Marie-Françoise et de Stéphanie à leur fils et petit-fils Noé. Et ce que nous nous sommes dit les uns aux autres et aussi dans le profond de nos consciences, en plantant ensemble le Gingko Biloba ce samedi 9 janvier 2016 à 11 heures à Dampierre, dans la terre du vieux cimetière.

 

Je suis confiant qu'en plantant le Gingko Biloba, en commun-commune, chacun de nous a senti et pris conscience, que s'implante en lui quelque chose comme des graines de la non violence. Il y a des comportements dont je vais me défaire et me démunir.

  • vis à vis des autres
  • vis à vis de moi-même
  • vis à vis de la Terre,
  • vis à vis de la politique et de l’Écologie,
  • vis à vis des graines, des semences, des arbres, des plantes, des ânes ...

pour adopter d'autres comportements et attitudes qui élèvent notre humanité.

 

Il y a des violences dont je suis en train de me démunir et de me défaire. Ce sont des graines de non violence et de respect qui viennent se loger à leur place.

Voici que l'autrement  possible se réalise.

Lulu

 

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7 janvier 2016 4 07 /01 /janvier /2016 10:03

Plantation du Ginkgo

 

de la paix et de l'espoir

 

Samedi 9 janvier à 11h

 

Place de l'église

 

Dampierre

 

Venez nombreux participer à  cet acte symbolique pour lutter dans la non-violence contre la brutalité des armes et pour faire progresser le refus de la bombe atomique française. 

 

Plantation du Ginkgo Biloba à Dampierre

Pourquoi le Ginkgo Biloba ? Il fut l'une des rares espèces à ne pas avoir souffert de l'explosion de la bombe atomique le 6 août 1945 à Hiroshima. Cet arbre a été choisi pour être le symbole du mouvement A.D.N.-M.A.N.V. : Association Franc-Comtoise pour le Désarmement Nucléaire Unilatéral affiliée au Mouvement pour une Alternative Non-Violente.

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4 janvier 2016 1 04 /01 /janvier /2016 12:11

Lundi 28 décembre 2015

 

« LE GINKGO BILOBA, POURQUOI C'EST L'ARBRE QUE TOUT LE MONDE AIME ? » (Gaby, 6 ans)

 

Au moment où je vais retrouver mes petits neveux, Rose et Gaby, chez leur Mémé Bernadette à Planoise, je suis invité dans l'immédiat des retrouvailles à entrer dans leur jeu de 1000 bornes. C'est eux qui invitent leur grand-mère et moi à ce jeu. Ils nous en édictent les règles. Quel merveilleux moment nous vivons, parce que ce sont eux les enfants qui apprennent aux adultes que nous sommes. Rose a 9 ans et son frère Gaby 6 ans.

Mais le but du jeu est d'arriver individuellement le plus vite possible à faire les 1000 bornes. Il n'y a de relation avec les autres que de les empêcher d'arriver avant soi. A un moment je me rends compte que Rose et Gaby aspirent à quelque chose de solidaire. Ils ne se satisfont pas d'être dans une attitude empêchant les autres d'arriver. Je dis alors aux enfants : » Et si vous inventiez des nouvelles cartes où, au lieu de nous empêcher d'avancer les uns les autres, nous nous aiderions par exemple, à réparer un pneu crevé ou à atteindre un poste d'essence. Est ce que ça ne serait pas plus rigolo et sympathique ? »

 

Je constate très vite que Gaby et Rose se laissent prendre à devenir créateurs d'une autre tournure donnée au jeu de 1000 bornes. En effet, tout en continuant de jouer, nous voyons des dessins de cartes de solidarité surgir de leurs doigts d'enfants. Ils pourront les inclure dans le jeu de 1000 bornes et lui donner ainsi une tout autre teneur. Leur grand-mère et moi nous nous réjouissons de voir dans quelle direction les mains des enfants orientent leur jeu. Ils sont véritablement entrés dans un jeu tout neuf parce qu'ils en sont devenus inventeurs.

 

Je leur raconte aussi la belle randonnée au pas des ânes le long du chemin de halage, que nous venons de vivre avant hier au lendemain de Noël avec les enfants du mouvement ATD quart monde en vacances avec leurs parents à la Bise. Je dis combien l'ambiance était très belle parce que certains grands jeunes avaient le souci d'aider les enfants à trouver place chacun à leur tour sur le dos de l'âne Gamin ou sur la charrette tirée par l'âne Rameaux.

 

Rose et Gaby ont entendu aussi Bernadette et moi parler du Ginkgo Biloba que nous allons planter à Dampierre le 9 janvier avec les amis du mouvement A.D.N.- M.A.N. Nous demandons dans ce mouvement que la France arrête de paralyser une part importante de l'économie nationale et mondiale en fabriquant et vendant des armes nucléaires. Un argent fou est englouti dans ce commerce où nous nous menaçons de mort les uns les autres, alors que cet argent doit susciter la vie et l'alimenter, à commencer par celle des gens qui meurent de faim et sont obligés de se sauver de chez eux. Je montre la photo où Jeannot et moi nous sommes venus nous ressourcer au pied de l'arbre aux mille écus d'or de Dampierre. C'est alors que nous entendons Gaby nous dire : 

 

Gaby : Je sais pas pourquoi le Ginkgo Biloba c'est un arbre que tout le monde aime ?

Lucien : Oh qu'elle est belle ta question Gaby ! Tu veux bien, je vais l'écrire sur mon cahier, et nous allons essayer d'y répondre. Il y a plusieurs raisons qui amènent les gens à aimer cet arbre. Probablement que c'est parce qu'il est un arbre résistant. La violence provoquée par les guerres que se font les hommes n'est pas arrivée à le faire disparaître.

Gaby : Oui, au Japon toute la ville avait été brûlée ...

Rose : A cause des Américains …

Gaby : Tous les arbres ont brûlé sauf le Ginkgo Biloba …

Bernadette : Comment vous savez tout ça mes petits ?

Gaby : C'est mon papa qui me l'a dit

Rose : Moi, c'est grâce à un livre

Lucien : Dis voir le titre de ton livre, Rose ?

C'est Gaby qui nous répond, il veut nous signifier que lui aussi accède à la lecture.

Gaby : Le royaume de Kensuké. Ils sont partis à la pêche en pirogue.

Lucien : Je trouve très belle Rose, ta manière de grande sœur, de laisser ton frère Gaby nous dire le titre du livre que tu es en train de lire.

 

Bernadette : Le monsieur âgé avec le petit …

Rose : Kensuké dit : « Je vais te raconter mon histoire. »

Lucien : Une histoire !

Rose : Non ! « Mon histoire » Je vivais dans la ville de Nagasaki, j'ai fait des études à Londres pour devenir docteur et je suis revenu à Nagasaki. Je suis devenu docteur … et un jour il y a eu une guerre …

Gaby : Attends !

Rose : J'ai voulu devenir docteur sur un bateau. Des japonais étaient très contents parce qu'ils gagnaient … Ils étaient forts … Un jour les Américains ont lancé une bombe atomique sur Nagasaki …

Lucien : Je trouve que la façon dont vous nous racontez l'histoire de Kensuké et Mica, ça montre vraiment que vous êtes Gaby et Rose, des frère et sœur. L'un et l'autre, vous laissez l'autre raconter l'histoire qui, on le sent, habite votre cœur à chacun.

 

Ma sœur Bernadette nous a laissé continuer le partage, elle est allée à la cuisine préparer le repas. L'ardeur qui caractérise le partage se poursuit pendant le repas autour de la table. Chacun exprime ce qu'il a au fond de son buffet. C'est alors que Gaby dit :

Gaby : Je veux écrire Gaby sur ton cahier à côté de ce que je dis.

Lucien : Oh, c'est beau Gaby ! Ecris ton nom sur mon cahier, tu vas le mettre à côté de ce que tu as dit.

 

Le ginkgo biloba
Le ginkgo biloba

Lucien : Donc le Ginkgo Biloba, tout le monde en parle parce qu'il a résisté à la brûlure de la bombe atomique à Hiroshima et à Nagasaki. Et comme nous formons avec votre mémé et des amis un groupe de résistance pour demander l'arrêt de l'armement nucléaire de la France, nous avons pris comme emblème et logo de notre groupe la feuille du Ginkgo Biloba. Nous allons planter un petit arbre Ginkgo Biloba le samedi 9 janvier à 11 heures à Dampierre.

 

Bernadette : Comment ça va se passer cette journée du 9 janvier à Dampierre, quand le Ginkgo Biloba va être planté ?

Lucien : A l'endroit de Dampierre où nous manifestons notre solidarité avec les gens qui ont été brûlés les 6 et 9 août 1945 au Japon, c'est là que nous allons creuser un trou pour y planter le petit arbre. Nous l'avons déjà dans un pot, il est à l'étable à côté du pressoir en attendant le jour de la plantation, je lui mets un peu d'eau au pied de temps en temps. Une fois que le jeune arbre sera mis dans le trou, «  ses plus fortes racines du côté d'où vient le vent » comme disait notre papa, afin qu'il résiste à ce qui pourrait lui être contraire », de nos mains, des enfants en premier, nous recouvrirons ses racines avec la terre.

Planter un arbre que l'on aime, avec le concours et le jeu des enfants, grâce à la genèse de leurs questions et réflexions «  en laissant leur verbe se faire chair «  (Jean 1 -14) , voilà qui fait pousser l'humanité dans le sens de son élévation et en direction de l'épanouissement de ses plus fragiles rejetons.

Rose et Gaby nous parlent d'un autre arbre qu'ils viennent de planter dans leur jardin familial à Charix, un « liquidambar ». C'est tellement important à leurs yeux que Rose me demande mon cahier, et comme tout à l'heure son frère l'a fait, elle écrit :

Le ginkgo biloba

Et nous revenons sur le livre qu'elle est en train de lire.

Lucien : Tu me montreras dans ton livre, Rose, où tout ça est écrit sur Nagasaki. Il y avait déjà eu l'éclatement d'une bombe nucléaire sur Hiroshima, trois jours avant ; jamais on n’aurait dû commettre ce crime. C'est un crime contre l’Humanité. C'en est un aussi contre la Terre, qui est le berceau de l'Humanité.

Rose : Pourquoi ?

 

Lucien : Parce que on ne tue pas. Il est interdit de tuer. L'être humain n'est pas fait pour tuer et haïr mais pour vivre et aimer. Vous savez, Rose et Gaby, quand je dis cela, je le puise dans deux livres qui ont été écrits il y a très longtemps, celui de Sophocle, et l’Évangile où sont ramassées les paroles de deux personnes merveilleuses, Antigone et Jésus. Ils nous donnent goût à la vie et ils nous communiquent la force d’aimer.

 

Nous allons planter le Ginkgo Biloba dans la terre de Dampierre, parce qu'il a résisté à la brûlure de la violence de la bombe atomique.

En faisant cela, les paroles d'Antigone et de Jésus et d'une multitude d'autres témoins de la non-violence, se planteront dans nos cœurs. Elles nous aideront à résister à la violence qui est faite à notre mère la Terre, et par là à notre Humanité.

Ces paroles plantées dans nos cœurs nous permettrons de créer des liens entre tous les humains et aussi avec les astres, les étoiles, avec la Terre, et tous les animaux qu'elle porte, avec les ânes qui nous supportent, et avec les plantes et les fleurs, les fruits e les graines qu'elles rapportent...

Rose écrit sur mon cahier les références de son livre :

Le ginkgo biloba

get elle met sur la table la feuille de Ginkgo Biloba que leur mémé Bernadette a ramassée sous l'arbre dans la cour de la mairie de Dampierre. Je raconte que j'ai ramassé beaucoup de ces feuilles à l'automne dernier, que j'en offre aux gens que je rencontre ou à qui j'écris. J'en tiens souvent une aussi dans mes mains et j'essaie de lire et d'aider à lire sur ces feuilles les noms des amis qui nous attendent pour jouer avec eux, afin de les faire entrer dans le jeu de la société.

 

L'autre jour, pendant la randonnée avec les enfants de la Bise, je leur ai offert des feuilles de Ginkgo Biloba. J'essayais de lire avec les enfants ce qui était écrit sur nos feuilles.

L'un d'eux, en prenant la feuille de très près, cherchait à lire le nom des copains qui l'attendaient.

Il n'y arrivait pas. Il s'est écrié : « Je ne trouve pas de nom »  Quelqu'un a prêté attention à sa réaction et lui a dit calmement : «  Il y a des choses qui existent mais on ne les voit pas toujours.

D'ailleurs, souvent c'est l'essentiel que l'on ne voit pas. Mais  c'est écrit dans le cœur.

Écoute le nom des copains qui comptent sur toi ….

Tu sens leur présence battre dans ton cœur, c'est là que leurs noms sont écrits...

C'est comme si c'était écrit sur ta feuille de Ginkgo Biloba ... »

 

Lucien : vous voyez, Gaby et Rose, c'est pour ça que tout le monde aime cet arbre, le Ginkgo Biloba...

Qu'est-ce qu'elle était importante, Gaby, ta question de tout à l'heure. Regardez le chemin qu'elle nous a fait tracer, tout ce que nous nous sommes raconté.

Rose : On a écrit toutes ces pages sur ton cahier !

Lucien : Je vais essayer de les mettre sur mon blog. Tout ce que nous avons écrit ensemble, m'aide beaucoup à revenir de Bethléem, en étant faiseur de paix, quoi qu'il en coûte.

Je crois bien qu'il y a une deuxième raison pour laquelle les gens aiment beaucoup le Gingo Biloba.

C'est parce qu'il existait déjà il y a deux cent millions d'années. Il existait avant les dinosaures. Il y a eu un événement catastrophique sur la terre auquel les dinosaures n'ont pas pu résister ; ils ont été anéantis, mais lui, le Ginkgo Biloba, humblement a résisté. Je vais continuer à lire le livre que Jacques-Henri et Rosaline m'ont prêté. ‘Ginkgo Biloba, l'arbre qui a vaincu le temps’, de Pierre-François Michel, aux éditions du « Félin » . C'est dans ce livre que j'ai appris beaucoup de ces choses, nous les ajoutons à celles que vous nous rapportez. On en reparlera après la plantation du Ginkgo Biloba samedi 9 Janvier 2016 à 11 heures.

 

 

En attendant, qu'est-ce que vous m'aidez, Rose et Gaby à bien préparer la plantation de cet arbre dans la terre de Dampierre, et en même temps à planter dans la profondeur de nos cœurs et de nos relations entre nous tous , des paroles et des actes de résistance à la violence, de nous dire des mots d'amour et de tendresse et de les traduire dans des engagements et des paroles données.

 

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5 novembre 2015 4 05 /11 /novembre /2015 22:05

Dampierre, le 06 octobre 2015 (Jour anniversaire de ta naissance, chère Maman)

 

1ère partie de la lettre ici

 

Je suis allé appuyer mon dos contre le tronc du Ginkgo Biloba, ce merveilleux arbre qui se trouve dans la cour de la maison commune, à quelques pas de l'endroit où la chouette est revenue habiter dans le clocher de cette autre maison qui nous est commune : l'église.

 

Revenir où nous avons été conçus, mis au monde et entourés de tendresse #2

Depuis deux ans bientôt, chaque 1er lundi du mois, justement dans une salle de la mairie de Dampierre, nous nous retrouvons avec toute une équipe d'amis, dans le sillage du M.A.N.V. (Mouvement pour une Alternative Non Violente) nous vivons en ce jour un jeûne non pas privatif, mais partageur. Nous menons une action pour nous démunir, nous défaire, et nous désincarcérer de l'enfer-mement du nucléaire. Un de nos amis, Pierre, a proposé que le groupe s'appelle A.D.N. Nos partages sont axés sur nos façons d'Agir pour que nous français, nous Désarmions notre pays du Nucléaire de manière unilatérale. De temps en temps, en mettant mon dos contre l'écorce du tronc du Ginkgo Biloba, je frotte mes côtés et ma colonne vertébrale contre la rugosité de l’écorce de cet arbre. Je fais les mêmes gestes qu'accomplissait notre papa en s'appuyant tout contre le tronc de tel ou tel cerisier ou pommier qu'il avait plantés. Qu'est ce que pouvaient bien se raconter notre papa et ses arbres ? Beaucoup de choses de la sagesse " Ces choses cachées depuis le commencement du monde".

 

Je parlais l'autre jour avec le Ginkgo Biloba. Des enfants me voyant appuyer mon dos contre cet arbre me demandèrent ce qui arrivait. Je leur racontais que j'étais en train de crier ma révolte à l'arbre, contre mon propre comportement qui abime ma vie et celle des autres. Avec les enfants, je me laissais étonner par la capacité de résistance qui habite cet arbre, jusque dans le fait qu'il ne s'est pas laissé briser lorsque des hommes ont fracturé la matière, et par là ont cassé et notre histoire et notre humanité, quand ils ont  déclenché la déflagration d'Hiroshima et de Nagasaki. Adossé à l'arbre Ginkgo Biloba, je me souvenais alors, que tout homme et donc moi même est habité de résilience. En appuyant mon dos d'homme contre la colonne de l'arbre, je recevais comme une douce secousse. Quelque chose de la sève de résistance de l'arbre aux ouragans de violence, cherchait à se transfuser en mon être. En mettant mon corps tout contre l'arbre " je ne prenais pas un chemin de grandeur ni de prodiges qui me dépassent" (Ps 130) mais celui là de la non violence et de la tendresse comme l'ont si merveilleusement réalisés la petite Thérèse de Lisieux et le Povorello d'Assise. J'entendais que le Ginkgo Biloba voulait m'aider à changer mon regard sur les gens de mon village et sur ceux qui s'y arrêtent ou le traversent. A nous tous, l'arbre nous disait: " Enfants de Dampierre et d'ailleurs, je ne vais pas tarder un jour de grand vent, à vous donner à chacun une petite feuille d'or où le soleil aura écrit les noms de celles et ceux qui vous attendent. Lorsque vous ramasserez cette petite feuille d'or, vous recevrez en même temps quelque chose de cette sève qui m'a été donnée et qui continue de l'habiter, à condition que je ne la garde pas pour moi tout seul. Si je n'étais pas prêt en permanence à vous communiquer cette petite feuille, porteuse de la sève de résilience, il y a longtemps que je serai mort. Et je crois bien que ce sont les oiseaux migrateurs qui sont venus se loger en mes ramures, depuis mon plus jeune âge, comme l'ont expérimenté mes ancêtres depuis des millénaires, ce sont ces oiseaux migrateurs qui m'ont donné d'être habités de cette sève et de cette capacité de résistance à toute violence.

 

En ne mettant pas de barrière à la venue des oiseaux migrateurs, jusque chez moi ni non plus aux alentours, je prends conscience d'une plénitude de choses possibles. C'est inouï ce que le vent qui a poussé ces oiseaux jusque là me souffle de choses réelles auxquelles je n'avais pas pensé.

Depuis que je suis petit arbre, c'est cet apprentissage qui continue de me faire pousser et résister aux violences. J'ai besoin de vous, sœurs et frères humains, pour que soit maintenue ma résistance et que se réalise celle des autres en notre " maison commune " jusqu'à la finition du monde dans la durée des temps."

Je m'étais mis à sourire et les enfants aussi. L'arbre Ginkgo Biloba avait deviné. Il nous dit encore " Je vous parle comme Jésus dans l'évangile. C'est vrai que j'ai beaucoup puisé à cette source " Laudato Si " dit le pape François. Martin Luther King. Gandhi, Tolstoï et combien d'autres le disent aussi: La source de la non violence a jailli au flanc de la montagne de Galilée. C'est sur ces sentiers qu'il nous faut apprendre à vivre et à aimer, afin de tracer d'autres chemins là où nous vivons.

C'est alors que me revinrent les pensées, les paroles et les actes des moines de Tibhirine rencontrés au printemps de l'année dernière avec Bernard, Nelly et Claude.

Et quelle ne fut pas ma joie aussi, il y a quelques jours, de laisser s'entremêler nos pas, nos pensées et nos prières avec ceux de Jean-Pierre Schumacher et des moines du petit monastère de Midelt au Maroc en compagnie de Frère Benoit de l'abbaye d'Acey. J'ai été très touché de pouvoir ramasser en ces lieux, plein de petites graines de non violence, une multitude de feuilles d'or comme celles du Gingko Biloba.

Les hirondelles, la chouette, le Ginkgo Biloba de Dampierre, le pommier de Midelt nous disent en arbres et en oiseaux de bon augure, que c'est là où nous vivons, en nos jardins intérieurs et communaux, qu'il nous faut ramasser ces feuilles et ces grains, et faire pousser ces semences et instaurer la culture de la non violence. « Si tu veux la paix, fais la paix »

 Lulu

 

 

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29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 21:15

Au lendemain de notre arrivée au Monastère de MIDELT avec le frère Benoît de l’Abbaye d’ACEY, le 8 septembre 2015, une profonde joie habite en mon être. C’est celle de trouver ce mot « RESURGENCE » pour signifier la continuité de prière aimante et de travail humble qui existent entre les moines de TIBHIRINE et ceux de MIDELT. En Franche-Comté, nous avons appris à l’école que la Loue est une résurgence du Doubs ; c’est dans le sous-sol de la plaine karstique de Pontarlier, que l’on se rend compte qu’une partie de l’eau du Doubs se perd. Cette eau ressort à OUHANS. C’est la source de la Loue. De même, lors du drame de la disparition des sept moines de Tibhirine, on a pu penser que c’en était fini de la vie des moines, de ce qu’ils avaient initié, de ce ruisseau de la non-violence qui, grâce à leur engagement irriguait notre humanité. Au mieux, on garderait des traces de ce qui s’était vécu à Tibhirine, à travers les écrits de Christian De Chergé, et des autres moines :« Sept vies pour Dieu, Sept vies pour l’Algérie ». On essayerait de se laisser travailler par ce courant étonnant. Mais c’était sans compter sur « L’Invincible espérance », tellement vécue par les moines de Tibhirine. Cette humble espérance cherchait à sourdre ailleurs pour que nous puissions y étancher notre soif, sans cesser de continuer à couler à Tibhirine. C’est alors que les deux moines Amédée et Jean-Pierre, survivants de Tibhirine, sont venus rejoindre les membres du petit monastère marocain de FEZ qui se transféra par la suite à MIDELT. J’avais beaucoup lu les écrits de Christian de Chergé et des autres moines dans le livre de Christine REY. J’avais vu plusieurs fois le film « DES HOMMES ET DES DIEUX ». Et puis, j’étais allé à Tibhirine avec Nelly, Bernard et Claude, en Mars 2014.

 

Dans l’immédiat de notre arrivée à Midelt avec le frère Benoît de l’Abbaye d’ACEY, le mardi 8 Septembre, je sentis le trait d’union entre Tibhirine et Midelt. Il y a comme un courant souterrain qui se faufile dans le ventre de la terre, d’un lieu à l’autre, sous la chaine de l’ATLAS. Il y a comme un souffle persistant qui anime d’un endroit à l’autre, en traversant les frontières estimées impénétrables. D’où me venait cette impression, au point que je pus dire avec joie à la poignée des moines qui nous accueillaient : « en franc-comtois que je suis, je voudrais vous dire que Midelt est une résurgence de Tibhirine. » ? Fort probablement, ça nous venait du fait de l’habitation d’Amédée et de Jean-Pierre en ce lieu, eux qui ont vécu de nombreuses années à Tibhirine. Ça venait aussi du fait que le Maroc, comme l’Algérie est imprégné de la culture Berbéro-Arabe, et de la religion de l’Islam. Aussi, très vite, j’ai senti à Midelt que, si l’espace du monastère était clos et ramassé, c’était pour être offert et ouvert. Je me rappelai les mots de Jésus à la multiplication des pains : « ramassez les morceaux afin que rien ne se perde » ( Jean, Ch 5). Il me revenait aussi les mots de notre papa sous les pommiers à Dampierre : « on va ramasser les pommes… comme ça elles ne seront pas perdues. On va ramasser sans amasser, on va ramasser pour donner ». Ce que je voyais vivre à Midelt, c’est bien ce que j’avais senti qui s’était vécu à Tibhirine.

Et de fait, je ne tardai pas à me rendre compte que, discrètement, mais efficacement, des liens se sont tissés et continuent de se créer à Midelt entre les membres de la population de la ville et des environs et la petite poignée des moines, comme à Tibhirine. Il ne faut pas oublier non plus qu’aujourd’hui à Tibhirine, entre Jean-Marie LASSAUSSE et les gens qui travaillent à la ferme, ainsi qu’avec les personnes qui assurent la permanence, beaucoup de monde qui passe peut se ressourcer au souffle des « sept vies pour Dieu et sept vies pour l’Algérie ».

 

Dès notre arrivée le mardi au soir à Midelt, après le repas à l’hôtellerie, je fus marqué durant les complies par le chant des psaumes et du « Salve Regina » … Nous vivions la reconnaissance de ta présence, Ami Jésus, et celle de ta Mère, au cœur de nos vies, comme c’était chanté à Tibhirine, comme c’était traduit dans le film « des hommes et des dieux ».

J’étais aidé dans tout ça par le fait que je voyais le visage du frère Jean-Pierre Schumacher. En vivant ce moment intensément, je me disais, et c’était ma prière : « Ami Jésus, merci de me permettre de rencontrer le frère Jean-Pierre, il est là sous mes yeux, à quelques mètres de moi. Il est le frère qui a vécu avec Amédée, Christian de Chergé, et les autres moines : Christophe, Michel, Célestin, Luc, Bruno et Paul, il y a une vingtaine d’années … J’espère bien qu’il me racontera dans les jours qui viennent ce qu’il a vécu de ton amour dans la non-violence, en compagnie de ces sept hommes sur la tombe de qui je suis allé ramasser ce qui reste de mon être, moi, qui ai malheureusement fait la guerre d’Algérie. Il me racontera ce qu’avec ses frères, ils ont vécu d’amour et de mort, de relations et d’affrontements avec les gens de la région. Tu es notre Espérance, Vierge Marie, et notre Avocate : « Salve Regina …. Spes nostra salve … Advocata nostra … » Avant de m’endormir dans l’Hôtellerie, j’ai voulu relire le testament de Christian de Chergé : « Quand un A-DIEU s’envisage »

 

Ça ressemblait étonnamment à ton testament, Ami Jésus, que j’allai chercher au chapitre 17 de l’évangile de Jean : « Père, l’heure est venue… ». Toi, Christian de Chergé, et toi, Christ Jésus, qu’est-ce que vous vous ressemblez ! Faites que nous, Chrétiens, nous vous ressemblions.

Lulu le 8 septembre 2015

 

Testament de Christian de Chergé extrait de l'album "slams mystiques"

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  • : Lulu en camp volant
  • Lulu en camp volant
  • : Lucien Converset, dit Lulu est prêtre. A 75 ans, il est parti le 25 mars 2012 avec son âne Isidore en direction de Bethléem, où il est arrivé le 17 juin 2013. Il a marché pour la paix et le désarmement nucléaire unilatéral de la France. De retour en France, il poursuit ce combat. Merci à lui ! Pour vous abonner à ce blog, RDV plus bas dans cette colonne. Pour contacter l'administrateur du blog, cliquez sur contact ci-dessous.
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