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21 mai 2016 6 21 /05 /mai /2016 20:45

Il y a 20 ans, le 21 mai 1996, sept moines trappistes étaient assassinés en Algérie. Leur mort a soulevé l’émotion de la communauté internationale. 

 

 

Hymne inspirée par la vie et la mort des moines de Tibhirine

 

O vous qui donnez tout

O vous qui donnez tout

Jusqu’à l’extrême de la vie,

Jusqu’à l’extrême de l’amour,

Dans l’agonie de votre attente,

Vous voici devenus

Les témoins de l’espérance.

 

Martyrs de l’amitié

Sans rien savoir du jour qui vient,

Dans les ténèbres de la foi,

Vous annoncez le Dieu fidèle,

Vous serez dans la nuit

Les témoins de sa présence.

 

Martyrs de Jésus Christ,

Vous le suivrez jusqu’à la croix,

Jusqu’à sa mort dans l’abandon,

Dans l’inconnu de votre épreuve

Vous serez en mourant

Les témoins de son offrande.

 

Martyrs en un pays

Marqué du feu de la douleur,

A lui vos cœurs se sont donnés,

Dans la passion qui vous rassemble

Vous voici devenus

Simplement une semence.

 

CFC (s. Marie-Benoît) 2007 

"Hommage aux sept frères de Tibhirine". Huile de MALEL

"Hommage aux sept frères de Tibhirine". Huile de MALEL

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14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 20:29

Midelt, mardi 15 septembre 2015

 

FRERE JEAN-PIERRE, SONNEZ LES MATINES …

 

Réveillé à 3 heures et demi, je suis heureux de pouvoir me rendre à la chapelle et participer à l'office de matines. Je revois et je repense à la vie de nos frères de Tibhirine … Je nous sens en communion les uns avec les autres, avec les moines de l'abbaye d'Acey, les moniales de l'abbaye de la Grace Dieu maintenant à Igny, et par là avec tous nos frères et sœurs religieuses et religieux à travers le monde. Et voilà que se met à retentir la voix du muezzin dans un minaret proche dans la ville de Midelt … Quelle merveille que cette reconnaissance que le Dieu clément et miséricordieux est notre Père à tous ... Quel ressourcement pour l'établissement effectif de cette fraternité, dans nos cités, dans nos villages, de pays à pays, d'état à état, de nation à nation …

Quand je sors de l'office, il continue à venir en mon être une multitude de merveilles. Je prends conscience en cette nuit étoilée sous la voûte des cieux, que ces merveilles me sont offertes en permanence. Cela nécessite un travail pour en avoir conscience. Comme il fait bon s'y mettre très tôt le matin, juste au moment où va naître le jour. Est-ce que ce ne serait pas cela prier, contempler ?

 

Frère Jean-Pierre, sonnez les matines...

En entrant dans cette nuit étoilée, je fais ce que j'ai aimé réaliser durant certaines nuits de mon voyage en direction de Bethléem. J'accroche les noms des membres de ma famille à chacune des étoiles que je vois naitre de la nuit. Et je fais de même pour les noms de mes amis. Je les nomme, je les verbalise, je dis le verbe de leurs noms à chacun. A travers l'immensité de l'univers qui paraît-il, ne cesse de cavaler en extension, je ficelle votre prénom à une étoile, mes chéris. Oh, qu'elle est belle cette nuit, où j'entends retentir et résonner vos noms enchanteurs : Suzanne et Marius, mes parents, Christiane, Edwige, Elisabeth et Bernadette mes soeurs, et Georges mon petit frère. Je fais pareil avec les prénoms de ceux que vous aimez et qui vous aiment, de vos enfants et petits-enfants … Et au fur et à mesure, il y a toujours une étoile qui accepte que je lui accroche votre prénom, que j'attache à elle votre nom … Il me revient alors que Jésus disait un jour où plein de choses s'embrouillaient dans l'esprit des apôtres, dans leur rapport au pouvoir : «  Ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis, réjouissez-vous de ce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux. » (Luc 10, 20)

Sur la route en direction de Bethléem

Sur la route en direction de Bethléem

Je découvre alors que je suis appelé à faire de même pour les membres de la communauté de Tibhirine. J'accroche vos noms à chacun à une étoile : Christian, Christophe, Bruno, Michel, Célestin … Je cherche dans la nuit le nom des deux autres, ça y est, je les vois écrits sur le livre de Jean-Marie Muller dédicacé à Gaby Maire, je trouve Luc et Paul. Je fais quelques pas dans la cour du monastère pour accrocher leur nom à une étoile et je les attache avec le nom d'Amédée à des étoiles qui sont à côté de celle à laquelle est lié le nom de frère Jean-Pierre Shumacher : Vénus. « Jean-Pierre a toujours aimé les étoiles » (L'esprit deTibhirine, page 142)  J'accroche alors les noms des autres frères de la communauté avec lesquels nous venons de chanter matines: l'autre frère Jean-Pierre le jeune, Antoine qui nous aide si bien à chanter, José-Luis qui vient de partir en Allemagne, Nuno très discret mais non moins servisant, Omar et Bahra nos hôtes d'accueil ainsi que Corine, les sœurs de Tatiouine et Benoit grâce à qui j'ai pu venir ici à Midelt. J'accroche alors aussi à une étoile le nom de Daniel* de l'abbaye d'Acey afin qu'il sorte de la maladie qui l'éprouve … Et voilà qu'en continuant d'accrocher les noms des moines d'Acey à une étoile : Jean-Marc, Benjamin, François, Elie, Bernard, Pierre, Albert, Benoit, Marie-Bernard, Emile, Philippe … je tente de faire pareil avec le frère Marie-Bernard de l'abbaye de Latroun en Palestine Israël qui m'avait accueilli là-bas en juin 2013. Je tente dans ma prière de relier à des étoiles le nom des sœurs de la Grace-Dieu : Marcelle, Marie-Ange, elles sont maintenant à Igny avec plein d'autres sœurs … et me voici aussi à Poligny chez les clarisses, en train de ficeler les noms de Marie-Elisabeth, Marie-Monique, Géraldine … Je fais de même avec Odile et les sœurs carmélites de Saint Maur, la sœur de Louis Grillot, la sœur de Bernadette Baudet, la tante de Jean-Yves Pointelin : Denise, la tante de Jean-François David : Thérèse.

Les moines d'Acey, janvier 2016

Les moines d'Acey, janvier 2016

Je prends conscience alors dans cette nuit comblée d'étoiles, toute ruisselante de luminosité, je découvre en essayant d'accrocher à une étoile les prénoms d'Alain, Jean-Marc, Fabrice, Michel, Raymond, Nicole, Caroline, avec qui j'étais venu en campement ici au Maroc il y a une dizaine d'années, que vos noms sont déjà écrits dans le ciel. Une main m'a précédé. En tentant d'accrocher vos prénoms à une étoile, vous tous à qui je vais écrire une carte de Midelt : » Jacques et Elisabeth, Rachel, Maguy et Bernard, vos enfants et petits-enfants … en écoutant que le nom de Jean-Pierre est attaché à l'étoile de Vénus, je vois que quelqu'un bien avant moi a écrit vos noms dans la paume de ses mains au profond de son cœur. C'est ce qu'avait découvert une nuit la petite Thérèse de Lisieux. Dans la configuration d'un groupe d'étoiles, elle voyait se dessiner le T de Thérèse. C'est souvent comme ça dans la prière. Alors que je vous nomme Roberte, Patrice, vos enfants et petits-enfants ainsi que vous Rosaline, Jacques-Henri et vos enfants Anne, Ajay et leur petite Olivia ainsi qu'Elisabeth et Marie, notre amie Rosine, par grâce, ce que je crois faire est déjà en train de se réaliser et s'écrire par la main du Père. Je découvre que vos noms à vous tous mes amis, ceux que je viens de nommer et ceux que je n'ai pas encore prononcés, sont gravés dans le cœur même de Dieu. C'est toi Jésus, ami des femmes et des hommes que nous sommes, c'est toi qui nous le dis. Ce que nous tentons de réaliser est déjà commencé et entrepris : «  Vos noms sont écrits dans les cieux »

Faire ce que je vais essayer de faire, c'est découvrir que «  Ces choses sont cachées depuis le commencement du monde » (Mt, 13, 35 ; Ps,17, 2)

 

Notre travail, c'est de nous les laisser révéler afin que nous les contemplions, et d'entendre, alors que tu es tenté de croire que les choses ne se font que parce que tu es en pleine action : «  Ma grâce te suffit » (2 Cor,12, 9) … et d'entendre aussi cette autre parole que tu adresses à ton Père, ami Jésus : «  Abba, je te bénis, Seigneur du ciel étoilé et de la terre habitée, d'avoir caché cela au sage que je croyais être et de le révéler aux tout-petits que je rencontre ici au Maroc et bientôt à nouveau en France, celles et ceux pour qui tu voudrais que les choses évoluent et changent grâce à ta présence à leur côté . Qu'eux aussi découvrent que ta grâce leur suffit. » (Mt, 11, 25)

C'est probablement quelque chose qui conditionne la façon et la manière d'intensifier la culture de la non-violence. En ne faisant pas violence à Dieu dans la prière, cela me donne la grâce de ne pas faire violence à mes frères, de me démunir de toute violence même par rapport à moi-même.

L'angélus ne va pas tarder de sonner. Je pense à la Vierge Marie, enceinte de Jésus, à Marie une amie résidente ici au Maroc m'ayant confié récemment qu'elle est enceinte d'une petite fille, je pense à ma maman enceinte de moi, puis de mes petites sœurs et de notre petit-frère, sous le regard émerveillé de notre papa. Je pense à toutes les mamans. D'elles, l'Humanité est en perpétuelle extension.

Je comprends un petit peu plus, que prier ça peut être ce que je viens de vivre et d'expérimenter. Sentir en vous nommant amis, en n'arrêtant pas d'évoquer de nouveaux noms qu'il y a longtemps que je n'avais pas nommés, à qui il y a longtemps que je n'avais pas pensé, cette façon de prier, contribue à ce qu'il y ait de la place pour vous tous dans le monde, à la surface de la terre, et jusque dans la voûte des cieux. Cela je le veux un peu comme le Père Joseph Wrezinski, qui dit : «  A gauche et à droite de celles et ceux avec qui tu chemines, il y en a d'autres qui n'ont pas encore senti qu'ils avaient leur place dans la société … »  La découverte que ta grâce nous suffit, se réalise à travers tout le mouvement de l'humanité en perpétuelle extension. Je pense à la lutte tenace, de jour et de nuit, que mènent les migrants depuis tous temps et particulièrement aujourd'hui en traversant la Méditerranée pour trouver une place, essayant de faire tomber les murs de nos indifférences. Je pense à la lutte que nous sommes interpellés à mener, pour vivre notre devoir de les accueillir, de leur faire une place parce qu'ils ne pourront découvrir que leurs noms sont écrits dans le ciel, que si nous écrivons leurs noms sur un papier qui leur signifie, qu'ils ont un logement, du travail, une place sur la terre.

Photo lequotidien.lu

Photo lequotidien.lu

C'est ça ta grâce, ami Jésus, et c'est celle-là qui nous suffit. Voilà le soleil que je vois se lever dans ma conscience, alors qu'il est un peu plus de six heures et demi. Dans le sillage de l'angélus, nous allons célébrer la messe, faire eucharistie. Dans cette part de la pâte humaine, fermente déjà ce levain qui nous vient de toi, ami Jésus, et qui faisait chanter à Dieu par ta maman, alors qu'elle était en train de te concevoir sous l'action du souffle de l'Esprit :

Lever de soleil sur Jérusalem, cliché de Lulu en juin 2013

Lever de soleil sur Jérusalem, cliché de Lulu en juin 2013

« Sa miséricorde s'étend d'âge en âge, sur ceux qui l'aiment ; il a renversé les puissants de leurs trônes et élevé les humbles, il a rassasié de biens les affamés, renvoyé les riches les mains vides. » (Luc 1, 50-54)

 

*frère Daniel est décédé le 25 octobre 2015

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13 mai 2016 5 13 /05 /mai /2016 06:00

Midelt, dimanche 13 septembre 2015

 

PAR QUELS PETITS CANAUX, NOUS VIENT UNE TELLE ABONDANCE D'EAU SI LIMPIDE ET SI PURE ?

 

Jean-Pierre Schumacher sait me faire comprendre que si nous éprouvons une profonde joie à nous rencontrer lui et moi, il n'est pas le seul à pouvoir alimenter mes batteries. Afin de ramasser ce que j'aurai à donner et à ensemencer comme graines de non-violence à mon retour en France, il me faut aussi aller écouter les autres membres de la communauté monastique, ainsi que les gens qui viennent au monastère.

Je raconterai ce que j'ai découvert en écoutant Jean-Pierre Flachaire le prieur, les sœurs franciscaines de Marie, celles-là qui ont donné la maison Ksar-Meriem aux frères cisterciens en l'an 2000, celles qui vivent avec les nomades des plateaux qui sont au pied du mont Ayachi, à partir de Tatiouine. J'écrirai aussi ce que m'ont fait découvrir Manuela et Estéban, jeune couple, argentins l'un et l'autre, qui se sont connus en Inde, et qui comme moi, sont venus à Midelt pour boire à ce qui coule de Tibhirine. Je serai heureux aussi de continuer à me laisser imprégner du souffle qui habite l'être de Corinne, une française venue habiter le Maroc, vivant dans la pauvreté, mais me disant : «  Même si on vit pauvrement, on ne sait pas ce que c'est que d'être pauvre. On ne peut pas savoir ce que c'est, parce que nous avons une certaine sécurité. On sait de quoi nos lendemains seront faits. »

Alors, quand les frères m'invitent à célébrer la messe de ce dimanche 13 septembre et me disent : «  Tu feras l'homélie », Omar et Benoit m'ayant fait découvrir les canaux de leur jardin, je vais pouvoir dire : «  Chers amis de Midelt ! Je me sens comme un petit arbre dans le grand verger de la création. J'ai envie de laisser pousser en moi et autour de moi tous ces fruits de l'amour, du respect mutuel, de la compréhension, de la situation de l'autre, toutes ces graines de la non-violence. Voulez-vous que nous vivions un moment de paix et de silence, pour laisser trésir, pousser et croitre en nos jardins intérieurs et communaux, ce que nous sentons bien, cela qu'attendent les damnés de la terre, les exclus du travail, les gens arrachés du petit coin de terre où ils avaient pu faire pousser à leurs enfants quelques-unes de leurs racines, obligés de se sauver sur des embarcations de misère, risquant de couler en mer, pas du tout sûrs de parvenir en une terre d'asile. »

 

Soeur Anna et Frère Jean-Pierre Flachaire avec Caroline qui a fêté Pâques avec les soeurs et les frères de Midelt

Soeur Anna et Frère Jean-Pierre Flachaire avec Caroline qui a fêté Pâques avec les soeurs et les frères de Midelt

Nous voici à table chez les sœurs franciscaines de Marie. Nous bénissons la TABLE. Nous n'allons pas arrêter de dire du bien autour de cette table. Monique me tend le plat en me disant : «  Les invités sont toujours servis les premiers. Puis, en rigolant, nous parlons des ANES, de l'âne Isidore et de l'ânesse Joséphine qui m'ont permis de pouvoir entrer dans les territoires occupés palestiniens en juin 2013, de découvrir au cœur de Bethléem, que des massacres d'innocents s'y perpétuent, que nous y pouvons quelque chose pour l'empêcher, qu'à cet impossible nous sommes tenus. Il n'est pas fatal que de tels drames se continuent.

Je me rends compte en écoutant les sœurs, qu'elles ont eu une MULE dans la montagne pour faciliter leurs pérégrinations avec les nomades. Elles connaissent tout ce que peut délier et relier le fait de se mettre à marcher au pas d'un âne, sur les sentiers muletiers.

Bibiane en me présentant une petite corbeille me dit : «  Le PAIN que voici a été fait par notre voisine. »

A plusieurs reprises, au cours du repas, nous causons sur le don qui nous est fait de pouvoir marcher au pas des ânes ou des mules.

Lucien : «  Ce sont eux qui nous permettent et nous aident à déligoter et dénouer des situations très enfermantes, à défaire des noueux fortement oppresseurs. »

Chacune des sœurs raconte son expérience.

Barbara : «  Nous avions une mule dans la montagne. Un jour elle refusa de passer dans un chemin étroit. Elle avait senti que si le bât qu'elle portait buttait contre le rocher, elle-même basculerait dans le vide. Nous l'avons laissé prendre un autre chemin. En bas dans la vallée, nos chemins se sont rejoints. »

Bibiane : «  Il faut passer par l'affect et non par la force. »

Barbara : «  Quand la mule descendait certains chemins, elle les descendait en travers, les pattes disposées comme ça et non pas comme ça. Elle se mettait pour avoir un angle de vue plus grand et plus large. »

Et voilà qu'en continuant notre repas avec ces sœurs mi-nomades, mi-sédentaires, nous parlons du MIEL pour guérir les blessures que nous avons pu nous faire en marchant. Les sœurs sourient à cette évocation, car elles pratiquent ce remède.

Barbara : «  A condition d'avoir du vrai miel. »

Et voilà que nous nous mettons à parler de la PIERRE NOIRE.

Barbara : « Vous connaissez Lucien ? » 

Lucien : « Non »

Barbara : « La pierre noire a été trouvée par les Pères Blancs »

Et voilà que les sœurs se mettent à me raconter toutes les vertus de cette pierre noire.

Barbara : « Vous mettez un os long dans une boite en fer, et vous le passez au feu de bois. »

Marie : «  Et vous prenez l'os, une fois devenu noir. Vous le coupez en petits morceaux, et vous le disposez, si vous avez été piqué par un serpent, sur la veine, en contre-haut, à l'incision pratiquée juste avant la piqure du serpent, et le mauvais s'en va … »

 

 

Marie et Barbara avec Caroline lors du chemin de Croix à Tatiouine

Marie et Barbara avec Caroline lors du chemin de Croix à Tatiouine

Puis Barbara me demande pourquoi je suis venu aujourd'hui à Midelt. Je raconte alors ce qui m'a amené en ce lieu.

Lucien : «  J'ai malheureusement fait la guerre d'Algérie. Toute ma génération, de 1956 à 1962 : 400.000 soldats français en permanence en Algérie, deux millions quatre cent mille en tout durant cette guerre. La méthode de la bataille d'Alger exportée à l'école de guerre de l'Argentine, via celle des Etats-Unis... »

Fidela : «  Et au Chili aussi . »

 

Lucien : «  Quand j'ai entrepris la marche de la paix, de Dampierre à Bethleem, afin de demander l'arrêt de l'armement nucléaire de la France, une fois à Bethleem, je n'ai pas pu passer en Egypte, Lybie, Tunisie, Algérie, comme j'en avais eu le projet ...

Lorsque j'ai pu aller en Algérie, à Tibhirine en 2014, grâce à Nelly, Bernard et Claude Chauvin, à Jean-Marie et Hélène Muller, à Hubert et Anne Ploquin, à Jean-Marie Lasausse, quand j'ai pu aller dans l'Ouarsenis, au barrage de l'Oued Fodda, chez mes amis de la famille Harmel, puis à Oran dans le foyer d'accueil de Pierre Claverie... j'ai compris qu'il me fallait venir rencontrer Jean-Pierre à Midelt ainsi que vous tous, Sœurs et Frères qui demeurez ici avec lui, que vous soyez chrétiens ou musulmans.

Et voilà que je vous rencontre tous, c'est merveilleux. »

 

Nous poursuivons notre partage durant ce repas de midi, le pain et la tajine préparés par nos amies religieuses ont un goût de don et de communication dont la saveur me reste encore dans la bouche, alors que je suis en train d'en ramasser toutes les miettes afin que rien ne se perde «  Qu'il est bon, qu'il est doux d'habiter en frères et sœurs tous ensemble … C'est comme une huile parfumée qui se répand sur nos corps et nos vêtements … » ( Psaume 130 )

J'écoute avec joie et bonheur la vie de nomades expérimentée par nos amies religieuses, partageant la vie des tribus peuplant les pentes du Mont Ayachi (3700 m ) C'est de là que nous vient l'eau que nous buvons à table, que nos amis répandent sur leurs jardins, et qui alimente les canaux d'irrigation permettant la plantation et la culture des pommiers qui font la renommée de Midelt. Je suis témoin en cet endroit merveilleux du Maroc, que la vie des êtres humains que nous sommes, pour être plénière, est appelée à se tendre entre ces deux pôles : la nomadisation et la sédentarisation.  

 

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11 mai 2016 3 11 /05 /mai /2016 19:42

Vendredi 11 septembre 2015

 

VEUX-TU NOUS DIRE ENCORE JEAN-PIERRE, CE QUE TU AS VU EN CHEMIN ?

 

Il est dix heures, Omar vient de nous appeler à boire le thé, tous ensemble, les moines et tous les gens présents dans le monastère.

Ayant conscience que c'est un plein panier de trésors de graines de non-violence que je viens de recevoir de la part de Jean-Pierre, et que c'est encore un autre panier qui est en train de se remplir d'autres trésors de partage. Je veille à ce que rien ne se perde. 

Je dis à Jean-Pierre.

Lucien : « Veux-tu nous dire encore Jean-Pierre ce que tu as vu en chemin grâce à Christian ? »

Jean-Pierre : « Le frère Christian nous a accueillis et reconnus tels que nous étions. Nous n'étions pas novices par rapport à l'Islam. Il nous regardait et nous rencontrait sur un plan d'égalité dans notre connaissance de l'Islam, afin de progresser ensemble. Nous avions quelque chose de très important à recevoir de lui. Et lui, voulait beaucoup recevoir de nous. Nous ne voulions pas de la relation maitre-élève. Il avait cette qualité spirituelle et nous aussi. Nous avions à apprendre et à progresser ensemble. Chacun avait sa propre richesse. Il avait la sienne, nous avions la nôtre. Ça  ne veut pas dire que nous n'étions pas unis. Il y a l'image de la roue et du moyeu. Il y a aussi l'image du moteur électrique. S'il n'y a pas de tension dans un moteur électrique, c'est plat, ça ne marche pas. Il faut le positif et le négatif. S'il n'y a pas de différence de potentiel, le moteur ne peut pas tourner.  En présence des capacités de chacun, il ne faut pas que l'un ou l'autre soit éliminé. Pour que le moteur tourne, il faut mettre les capacités ensemble. Coopérer ensemble, avec les capacités de chacun pour faire un tout. C'est à faire ça, qu'est appelé un vrai supérieur. Ce sont Saint Pierre et Saint Paul, s'il n'y avait eu que Saint Pierre ou que Saint Paul, quelle pauvreté ça aurait été. Paul avait le souci de garder le lien avec Jérusalem.

 

Photo du net :  Bruno Zanzottera

Photo du net : Bruno Zanzottera

Lucien : « Veux tu me dire Jean-Pierre comment a été vécu le Ribat es Salam à Tibhirine ? »

Jean-Pierre : « Il y a surtout eu Christian, Christophe et Michel de notre communauté, qui y ont été engagés. J'y étais très ouvert. Je craignais que ce soit un pôle unique. Le Ribat es Salam avait été fondé par Christian et Claude Rault, devenu évêque de Ghardaïa – Sahara. Nous voulions rester des cisterciens, mais aussi continuer d'entrer en devenir. Christian a demandé aux soufis s'ils voulaient bien venir à Tibhirine deux fois par an. Nous ne voulions pas que tout soit tiré dans ce sens-là. Mais ça ne veut pas dire que nous étions fermés. Nous vivions une tension tout en cherchant à garder l'unité. Nous cultivions les deux tendances.

Lucien : « Une sorte de tension créatrice ? »

Jean-Pierre : « C'est ça. »

Lucien : « Et en plein milieu de ces années noires, c'est quoi qui a contribué à ce que vous restiez ? »

Jean-Pierre : « Il fallait chercher l'unanimité sans exclure celui qui n'est pas conforme à la tendance la plus forte. Il a fallu plusieurs séances pour savoir si, unanimement, nous restions ou pas. En 1993, nous avions déjà choisi que si nous partions, nous nous rejoindrions à Fes au Maroc. Si nous ne pouvions pas revenir en Algérie, nous irions ensemble dans un autre pays musulman. Nous voulions rester ensemble, quoi qu'il arrive. Nous avons choisi de rester. Nous voulions ne pas abandonner la population. Il y a eu des pressions pour que nous partions, de la part du gouvernement algérien et de l'ambassade de France. A Rome, les autorités de notre ordre cistercien nous ont laissé libres de choisir, « selon votre conscience commune ». Les autorités algériennes ont poussé très fort pour que nous partions, ainsi que certaines opinions françaises. «  Qu'est-ce que vous fichez là-bas en Algérie ? … Vous êtes fous … » , nous disait-on. Un jour, c'est Christophe qui causait avec un algérien, un habitant de Tibhirine. Il lui disait : « Nous ne sommes pas sûrs de rester, nous sommes comme les oiseaux sur la branche. » Mais l'algérien lui a dit : « En fait, la branche, c'est vous, et les oiseaux, c'est nous. 

« Quelqu'un a dit aussi : » Est ce que le pasteur se sauve lorsque les brebis sont en danger ? » et en plus, nous avions fait un vœu dans la stabilité, celui-là d'être fidèle au peuple algérien. C'est comme dans la vie conjugale. Quand le GIA en 1993 a dit : « Ordre aux européens et étrangers de partir d'Algérie » nous avons dit : «  Est ce que c'est le GIA ou notre maitre Jésus qui nous a envoyé en mission ? »

Lucien : «  Je suis émerveillé et touché ami Jean-Pierre de tout ce que tu rends possible que je puisse ramasser de graines de non-violence en t'écoutant. Tu n'es pas trop fatigué ?

Jean-Pierre : « Non ! J'aime bien parler de tout cela. C'est le Seigneur qui nous porte tous et qui est à l'origine de tout cela. »

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28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 13:36
Photo de frère Jean-Pierre prise par Caroline le jour de Pâques à Midelt

Photo de frère Jean-Pierre prise par Caroline le jour de Pâques à Midelt

Vendredi 11 septembre 2015

 

 

DIS-NOUS, FRERE JEAN-PIERRE ! QU'AS TU VU EN CHEMIN ?

 

Ces paroles que j'adresse au frère Jean-Pierre Schumacher, survivant de Tibhirine, en ce matin de présence intense dans le monastère de Midelt, ce sont les paroles que, dans sa liturgie pascale, l'Eglise adresse à Marie-Madeleine. L'Eglise  pose cette question à Marie-Madeleine au matin de Pâques, quand elle revient de prendre soin du corps de Jésus, déposé dans le tombeau et que, Jésus lui-même lui apparaît ressuscité dans le jardin.

 

Dis-nous Jean-Pierre ce que tu vois sur ce chemin sur lequel tu continues de marcher, depuis, voilà bientôt 20 ans que tes compagnons de vie ont été enlevés à ton regard pour être mis à mort. A voir ton humble comportement, ne sont-ils pas vivants à tes yeux ? La vie leur a-t-elle été prise ? Ne l'avaient-ils pas donnée pour Dieu et pour l'Algérie ? Et la manière dont vous avez vécus et dont vous vous êtes aimés avec les gens de Tibhirine, la façon dont, ni la violence ni la haine n'ont eu raison de vous, le comment vous êtes restés branchés avec les habitants, tout cela n'est-il pas chemin d' Emmaüs où Jésus est en train de nous rattraper ? Merci d'être là Jean-Pierre, de prendre le temps de causer avec nous. Nous avons l'impression que tu chemines avec nous afin de mieux nous laisser rattraper par Jésus.

 

Dis-nous Jean-Pierre comment tu es arrivé à Tibhirine ?

Jean-Pierre : « J'ai été ordonné prêtre à Lyon en 1953 chez les frères maristes. Certains supérieurs dans notre ordre, après l'indépendance de l'Algérie voulaient faire arrêter l'expérience de l'abbaye de Tibhirine, où le frère Luc était présent depuis 1946... En 1955, Luc est fait prisonnier par le FLN avec le frère Matthieu. Ça dure une semaine. Ils sont mis en prison par représailles de la part du FLN en raison que l'armée française a tué un de leurs chefs fellaghas. Mais frère Luc a soigné la femme de l'un d'entre eux. Cet homme dit aux membres du FLN : « Ne touchez pas à cet homme. » C'est alors qu'un autre homme du groupe en libérant frère Luc lui dit : « Tu pourras nous demander tout ce que tu voudras ... » Luc leur dit : « Des cerises ! » La saison était passée. Ils lui en trouvèrent quand même. Ils sont libérés de la manière suivante : « Demain matin l'armée française va ouvrir la route. Vous montez dans le car qui va passer après. » En fait, c'est l'armée qui les a ramenés à Tibhirine. Tout cela a bouleversé frère Luc. Il devra aller se reposer en France.

 

J'ai été ordonné prêtre chez les frères maristes à Lyon en 1953. Quand j'arrive à Tibhirine en 1955 frère Luc n'est pas là. Comme je te l'ai dit, certains supérieurs de notre ordre voudraient faire arrêter l'expérience de Tibhirine, mais le cardinal Duval veut garder et que soit maintenue l'abbaye. Quand Luc revient de France, des frères de Tibhirine disent : « Il ne faut pas que frère Luc continue d'exercer son métier. Le père Lebeau qui prêche notre retraite dit : « Il est bon qu'il y ait un dispensaire à l'ombre du monastère. » Il avait bien raison. Je venais d'être nommé commissionnaire. Quand j'allais en ville, je me rendais bien compte comment le travail de frère Luc rayonnait à Tibhirine, à Médéa et aux environs. C'était le seul médecin d'Algérie à ne pas être dépendant du ministère de la santé.

 

Lucien : « Et c'est en 1971 que vous voyez arriver Christian de Chergé ? »

Jean-Pierre : « Christian avait fait son séminaire chez les Carmes. Il avait été soldat dans l'Ouarsenis. »

Lucien : « Vers Tiaret ! »

Jean-Pierre : « Oui, dans une SAS. Il faisait le lien avec la population. Il était aidé par un homme qui s'appelait Mohammed, un supplétif. Cet homme pouvait être considéré comme traitre à la population par certains membres du FLN. Un jour, le FLN a voulu descendre Christian. Mohammed s'y est opposé en disant : « Cet homme fait du bien à notre peuple. » le FLN a laissé Christian tranquille, mais quelques jours après, Mohammed ce père de famille de 10 gosses, était égorgé. Cette expérience a marqué toute la vie de Christian. Il ne nous en parlait pas. Il y a des choses, je les ai sues par après, récemment. Christian a relié cela à la passion du Christ, à sa parole lorsqu'il dit : « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime. »

Ce sommet de notre foi a été vécu par un musulman, pour moi. Depuis ce jour, Christian avait pris la résolution : « Quand je serai prêtre, je reviendrais servir l'Algérie, me mettre au service du peuple algérien jusqu'à la fin de ma vie. » C'est ce qu'il a fait. Il n'a jamais démordu de cette résolution, jusqu'au martyre.

Christian est devenu prêtre. Son premier poste a été la basilique de Montmartre à Paris. Là, il était responsable de la liturgie et de la manécanterie.

Un beau jour il dit à sa maman : « Je vais à Aiguebelle pour devenir moine pour l'Algérie. »

 

Tibhirine ne pouvait pas avoir de noviciat. C'était une communauté en voie de disparition et de fermeture. Nous étions après l'indépendance de l'Algérie. Avec quelques moines, nous avions été envoyés de Timadeuc pour empêcher cette fermeture. Nous étions demandés par le cardinal Duval. Nous étions envoyés au nombre de dix : quatre de Timadeuc, quatre d'Aiguebelle, et deux de Cîteaux. Il y en avait trois qui étaient déjà là, trois seulement de « stabilisés ». Nous étions des religieux prêtés. Lorsque Christian arrive en 1971, nous nous sommes dit : «  Il faudrait qu'on ait un frère qui sache bien l'arabe et qu'il ait une bonne culture du monde musulman et du peuple algérien. » Christian est resté deux ans à Rome.

En 1976, Christian fait sa profession solennelle, il voulait faire profession pour Tibhirine. Il fallait alors qu'il y ait avec lui, six religieux « stabilisés ». Il n'y en avait que trois. C'est alors que trois nouveaux ont alors accepté de l'être : Aubin, Roland et moi.

 

Le 1er octobre, pour la fête de sainte Thérèse, Christian fait profession solennelle à Notre Dame de l'Atlas à Tibhirine. Nous réalisons alors, une vraie communauté monastique : ça a tout changé (sourire apaisant de Jean-Pierre).

Il fallait donc nommer un abbé. On a demandé que ce soit un prieur. On a alors réduit l'abbaye à être un prieuré.

En 1984, on élit le 1er prieur, c'est Christian.

 

Lucien : « Vous étiez déjà très ouverts au monde musulman ! »

Jean- Pierre : « De Rome, Christian était revenu très motivé dans ce sens-là. Les anciens avaient des relations avec l'islam, mais pas comme celles de Christian.  Nous n'étions pas uniformes dans le prieuré, mais nous étions amis. Dans toute communauté, c'est un frère, André, venu nous voir qui nous le dit : « Dans toute communauté, il doit y avoir des tensions … »

Pour les anciens, l'union se faisait par la convivialité avec le monde musulman. Il y avait eu jusqu'à 50 ouvriers avant l'indépendance. Les anciens c'était Luc, Etienne, le cellérier, ingénieur agronome … Christian lui, son orientation était dans le sens des soufis. L'Eglise après le concile, recherchait les rencontres avec l'Islam. L'orientation de Christian, c'est la spiritualité, l'intérieur. Il faut relire son testament. Nous le trouvons idéaliste, naïf. On lui disait de ne pas regarder avec des lunettes roses, mais de regarder objectivement. Christian citait des paroles du Coran dans la messe. Certains lui disaient : » Le Coran et l'Evangile, ne les mets pas au même plan. Christian ne voulait pas que l'on prononce et que l'on entende le mot Israël dans la liturgie, à cause des résonnances politiques. Il était toujours en avance.

 

Le frère Christian de Chergé dans son testament dit : « Ceux qui me traitaient de naïf et idéaliste, doivent savoir que maintenant mon vœu est exaucé, ma curiosité en amont est satisfaite. Je vois les fils de l'Islam avec le regard de Dieu. »

Ce n'est pas Christian uniquement qui a fait évoluer la communauté dans l'accueil de l'Islam. Ce n'est pas Christian uniquement qui nous a appris à aimer les musulmans. On était parmi eux depuis 1946, avec une très bonne compréhension de l'islam. On ne voulait pas être traités de novices dans la relation avec l'Islam. On est restés ce que nous étions. La preuve que j'étais ouvert, c'est moi qui ai découvert les soufis. Il y a eu le concile. Quand j'ai su que j'étais appelé à vivre à Tibhirine, j'étais heureux.

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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 08:17

Des nouvelles de Notre-Dame de l'Atlas

 

avec le père Jean-Pierre FLACHAIRE

 

Prieur du monastère de Midelt

 

dans le Moyen Atlas au Maroc

 

(interview du 2 avril 2016)

Merci à frère Benoît de l'abbaye d'Acey qui nous a fait connaître cette vidéo.

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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 06:51

« LA VIOLENCE N'EST PAS UNE FATALITE.

L'HISTOIRE PEUT DEVENIR NON VIOLENTE »

(Guy RIOBBE, cité par JEAN MARIE MULLER)

 

Lettre commencée à Midelt le vendredi 11 septembre 2015

Durant mon voyage de Dampierre à Bethléem en 2012- 2013, en quête de la paix, il me revenait souvent des paroles fortes de l'évangile, des psaumes, de Job et des prophètes ou d'autres endroits de la bible.

 

Certaines venaient éclairer les ruelles sombres ou les sentiers ténébreux dans lesquels parfois je me trouvais, les passages chaotiques que j'avais à assumer à certains jours. D'autres paroles venaient éclairer et mettre en lettres de lumière, des attitudes et des gestes ainsi que des moments porteurs de bonne nouvelle, comme lorsque j'ai appris la naissance d'un petit enfant chez des amis qui m'étaient chers, quand des gens aux yeux de qui j'étais « camp volant », m'ont fait une place avec grand cœur dans leut tout petit lieu de vie. 

 

Aujourd'hui, un peu de la même manière, c'est dans la liturgie des heures partagées avec les moines de Midelt, car ils m'ont fait entrer dans leur communauté, que des paroles vives viennent éclairer ma vie, par exemple quand tout à l'heure le frère Antoine nous a aidés à chanter : « Ami Jésus, continue en nous ce que tu as commencé » et hier soir, dans la célébration des complies au psaume 90 Dieu nous disait à chacun : « Plus tu chercheras à t'unir à moi, plus tu deviendras toi même : libéré, libérant et libre » Et ces autres mots égrenés et semés dans l'inquiétude de ma chair blessée :  « Toi qui es mon allié, tu es aussi mon libérateur. » ( Ps 143 )

 

Dans les partages de 10h30 et de 16h sur invitation d'Omar : « Venez boire le thé que Baha a préparé », j'aime entendre comment Jean-Pierre Flachaire ( le jeune ) et Omar ont travaillé à la réfection de la chapelle, en gravissant l'un et l'autre le musulman et le chrétien, les barreaux de l'échelle à deux battants. Et c'est aussi dans la lecture du livre d'Alphonse Georger : « Journal d'un séminariste en Algérie, en 1960-1962 » que Jean-Pierre m'a prêté hier, que je trouve aujourd'hui : « Ma lumière et mon salut » ( Psaume 26 ) à propos de ce que j'ai vécu moi aussi séminariste en Algérie en 1959-1960. Je viens de lire ce livre en pleurant, parce que Alphonse nous révèle à partir de la situation dans laquelle il se trouve, quelle horreur répand la guerre que l'on nous a fait faire et que nous avons faite en Algérie. En même temps, la lecture de ce livre intensifie en moi, cette conviction qu' « à l'impossible nous sommes tenus ». Devant l'attitude des officiers qui étaient ses chefs, Alphonse a appris à s'opposer à des ordres injustes, à oser dire non alors qu'il était mêlé à une ambiance dégradante, à faire objection de conscience, tout en étant un homme très relié à tous ses camarades de compagnie et section.

La violence n'est pas une fatalité

Et parmi toutes les ressources que je découvre contenues dans ce journal, voici à mes yeux le trésor des trésors.

 

Alphonse raconte qu'un jour, il quitte son casernement de Castiglione pour venir à Alger. Il vient y rencontrer des aumôniers, des séminaristes et des chrétiens et aussi des hommes de bonne volonté, ne se reférant pas forcément à l'évangile, mais étant tous des lutteurs pour se défaire et démunir de la violence, de la haine et de la guerre. Il y est accueilli fraternellement et sur la table de la salle de réunion, parmi les revues et documents mis à leur disposition, il tombe sur un petit livre : «  Témoignage d' Amour » de Jean-Marie Buisset.

 

Vous devinez ma stupéfaction quand à mon tour, là, à Midelt, ce vendredi 11 septembre, en lisant ce journal d'un séminariste en Algérie, je tombe sur la recension du livret que nous avions fait au sein de l’aumônerie de la caserne de Bayonne avec le père Jégo, Bernard Robbe, Jean-Claude Paulay et moi.

 

Ce petit livre est constitué des lettres que Jean-Marie nous adressait en avril-mai 1959 depuis l'Algérie, là où il était venu soldat au 2ème RPIMA six mois avant nous. En effet, avec Jean-Marie Buisset, nous avions scellés une amitié merveilleuse dès notre arrivée à la caserne Bosquet de Mont de Marsan dès le 2 septembre 1958, jour de notre incorporation. Tout de suite, l'étincelle de l'amitié s'était allumée entre nous deux, ainsi qu'avec Jean-Claude et Bernard et avec combien d'autres camarades.

 

Parti en Algérie à la fin mars 1959, Jean-Marie nous écrivait à l’aumônerie de la caserne de Bayonne où nous poursuivions notre stage pré AFN ( Afrique Française du Nord ). Les faits et paroles écrits par Jean-Marie dans les lettres qu'il nous adressait nous révélaient dans quel drame cette guerre nous faisait plonger.

 

A chaque lettre reçue, nous sentions ce qui déchirait le cœur de notre ami Jean-Marie et nous devinions ce qui nous attendait lorsqu'à notre tour nous arriverions de l'autre côté de la méditerranée. Ces lettres, par l'amitié et la prière qu'elles recelaient nous préparaient à entrer comme Jean-Marie dans la résistance à la haine et à la violence. Nous étions touchés par l'amour qui continuait de résider et habiter dans l'être de notre ami et dans son attitude face à la guerre. Nous nous prêtions ces lettres les uns aux autres (les photocopieurs n'existaient pas) Je me souviens que nous nous disions que c'était comme lui qu'un jour nous serions appelés à agir et réagir. Nous lisions ces lettres dans nos rassemblements d’aumônerie avec le père Jego et nos groupes d'amis. Nous nous racontions que ça ressemblait au partage des lettres des apôtres Pierre, Paul et Jean dans les 1ères communautés chrétiennes de l'église naissante. Nous sentions bien que nous étions en train de constituer une église qui continuait de naître. Les lettres, une fois lues, nous revenaient et à nouveau nous les partagions avec d'autres.

 

A la fin mai, quand nous avons appris que Jean-Marie était tué (tombé en embuscade dans le massif de l'Ouarsenis, ses parents, ses sœurs et son frère  apprenant sa mort le 29 mai 1959, jour de la fête des mères) nous avons rassemblé toutes les lettres et avons cherché à constituer un petit livre que nous avons offert et envoyé à une multitude de camarades et amis en Algérie et en France dans les équipes d’aumônerie avec lesquelles nous étions en lien. Elles atteignirent le cœur de beaucoup et déposèrent en chacun un souffle d'amour et de résistance à la violence. Cependant, ces amorces d'pobjections de conscience, ne me conduisent pas à penser refuser de partir en Algérie . Dans l'ambiance où nous vivions ce n'était pas pensable.

 

Cinquante sept ans après, là au Maroc, à Midelt, je trouve le livre écrit par Alphonse Georger : « Journal d'un séminariste-soldat. » Ce livre m'est prêté par Jean-Pierre Schumacher, survivant de Tibhirine, et dans ce livre je découvre page 128, la reprise du petit cahier « Témoignage d'Amour » constitué des lettres que Jean-Marie Buisset nous avait envoyées à Bayonne depuis Boghari Castiglione, Aïn-Dahlia du cœur de l'Ouarsenis, montagne dans laquelle était cachée Tibhirine ! Quelle convergence !

 

Bien sûr qu'un jour j'espère pouvoir rencontrer Alphonse Georger. C'est lui qui a accueilli Amédée et Jean-Pierre au lendemain de la disparition des 7 témoins de l'Atlas. Amédée et Jean-Pierre ne pouvaient plus demeurer à Tibhirine. Alphonse, alors évêque co-adjuteur de Léon Etienne Duval à Alger, leur avait offert un lieu de vie aux Glycines. Alphonse devint par la suite évêque d'Oran, succédant à Pierre Claverie, assassiné le 1er août 1996, avec son chauffeur Mohammed. Alphonse est aujourd'hui évêque-ermite dans la région de Cherchell. C'est Jean-Paul Vesco qui lui a succédé comme évêque d'Oran. Nous avons rencontré Jean-Paul et été accueilli par lui à l'évêché d'Oran en mars 2014 avec Nelly et Bernard et Claude Chauvin.

 

A la veille du jeudi saint de cette année 2016, Jean-Luc Bey me dit : « Si on allait voir la Madeleine ? Elle m'a souhaité mon anniversaire hier. » Sœur Madeleine a été institutrice de Jean-Luc, Eric, Brigitte et de combien d'autres de nos amis à l'école Jean Bosco durant les années 1970-1980. Il y avait aussi dans l'équipe éducative, Odile, Vivianne, Christine, Fabienne, Gaby … Sœur Madeleine est depuis plusieurs années en retraite dans la communauté des sœurs dominicaines d'Orchamps, à deux pas de chez nous. Jean-Luc et son épouse Béatrice et moi, nous sommes infiniment reconnaissants à Madeleine de nous avoir appris à lire et à écrire, à faire lecture et écriture des humbles évènements fondamentaux de nos vies, à la lumière de l'évangile de Jésus. Nous ne voyions pas d'emblée l'essentiel de ce nous vivions. Souvent, cela demeurait caché à nos yeux. C'est alors que Madeleine nous disait : « En vous écoutant raconter ce que vous me dites, voyons donc ! » Merci Madeleine de continuer à chercher dans le fouillis de nos vies le sens de notre existence.

 

 

Et me voilà heureux de raconter à Madeleine et aux religieuses dominicaines d'Orchamps en cette veille du jeudi-saint, l'émouvante histoire qui m'est arrivée avec Jean-Pierre Schumacher à Midelt en septembre 2015, grâce au frère Benoit de l'abbaye d'Acey : l'offrande du livre d'Alphonse Georger : » Journal d'un séminariste soldat ». Je leur raconte ma découverte que dans ce livre est serti le »témoignage d'amour » de Jean-Marie Buisset, tout petit livre réalisé par l'équipe de l'aumonerie de Bayonne et le père Marcel Jégo dont je suis le secrétaire. » Et voilà qu'en entendant le nom d'Alphonse Georger, les sœurs me disent : « Mais nous le connaissons Alphonse Georger. Il est le frère d'une de nos sœurs, religieuse à Neufchateau dans les Vosges. Plusieurs disent : « Je l'ai lu ce livre. »

 

Me voilà profondément heureux de trouver le chemin qui me permettra de rencontrer un jour très prochain je l'espère, celui qui devient notre ami Alphonse.

 

C'est grâce à une plénitude d'amis !

 

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27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 05:00

Le jour de Pâques, le 27 mars, c'est le 20ème anniversaire de l'enlèvement des moines à Tibhirine. Aujourd'hui, Lulu nous parle de frère Christian, prieur de l'Atlas, assassiné le 23 mai 1996 avec 6 frères de sa communauté. 

Les moines de Tibhirine - Frère Christian

Lucien : « Qu'est-ce donc ce qui a tant attiré Christian de Chergé à vouloir donner sa vie à ce pays ? Il dit dans son testament « Ma vie était donnée à Dieu et à ce pays » 

Jean-Pierre : « C'est beau comment les frères de Tibhirine nous avions tous des raisons très personnelles et intimes qui nous ont poussé à venir et très souvent à revenir en Algérie. »

Christian dans son même testament dit que c'est sur les genoux de sa mère, sa toute première église, précisément en Algérie qu'il a appris que «  l'Algérie et l'Islam étaient tout un. »   

 

Christian naît à Colmar le 18 Janvier 1937 son père Guy de Chergé est commandant du 67ème régiment d'artillerie d'Afrique en 1942. « J'avais 5 ans et je découvrais l'Algérie pour un premier séjour de 3 ans. Ma mère nous a appris à mes frères et à moi le respect de la droiture et des attitudes de cette prière musulmane.                      

Ils prient Dieu disait ma mère.

Ainsi j'ai toujours su que le Dieu de l'Islam et le Dieu de Jésus-Christ ne font pas nombre.« Musulmans et chrétiens ont le même ciel au dessus de leur livre »

En 1956, à 19 ans, il entre au séminaire des Carmes.

Et voici qu'en septembre 1958 il est appelé à faire son service militaire. En 1957 il y a eu la terrible bataille d'Alger. Le sort de l'Algérie qui a traversé l'histoire de sa famille et la complexité de ce conflit lui font se poser bien des questions, mais pas un seul instant il ne songe à échapper à son engagement.

Lucien : « J'ai connu et expérimenté les mêmes sentiments. Pourquoi n'avons nous pas été objecteurs avant de partir ? »

Jean-Pierre : « Il prend son poste d'officier dans les services administratifs, du djebel au nord de TIARET en 1959, dans ses bagages il emporte le Coran avec la Bible.

Lucien : « Exactement au moment où est tué Jean-Marie Buisset, et quelques mois avant que je ne vienne faire des opérations dans ce djebel Ouarsenis.

J'y emporterai moi aussi le Coran avec la Bible dans mon sac à dos et j'apprendrai quelques mots d'arabe.

Jean-Pierre : « Un jour il fait une rencontre dont il ne peut pas imaginer à quel point elle va bouleverser sa vie. Mohamed est un homme simple, pieux et père de 10 enfants, qui travaille sous l'autorité française. Il n'ignore pas l'ambiguïté de sa situation et sait qu'à tout moment il peut tomber sous les balles des siens, combattants de l'armée de libération nationale ( ALN ) … Christian le voit prier et ces deux êtres se retrouvent tels 2 frères liés en Dieu. « Toute cette période reste gravée par un rayon de lumière qui a changé l'éclairage de ma vie et l'a conduite où j'en suis, écrit-il en 1985 . Un homme profondément religieux, garde-champêtre de la commune a aidé ma foi à se libérer en s'exprimant au fil d'un quotidien difficile, comme une réponse tranquille avec la simplicité de l'authenticité... » Au cours d'une embuscade, Mohamed tente de faire cesser le tir, cherchant à protéger son ami en danger. Christian sent la menace peser sur son sauveur. Il le voit inquiet et lui promet de prier afin qu'il soit épargné d'une soif éventuelle de vengeance. Hélas, le lendemain, au nom de l'offense, Mohamed est assassiné. Il a donné sa vie pour sauver son frère chrétien. Mohamed deviendra un guide essentiel placé sur le chemin de l'une des initiations les plus fondamentales de sa vie.

« Celui qui sauve un homme est considéré comme ayant sauvé tous les hommes »

Cette phrase du Coran habitera Christian à jamais et constituera le lien qui l'attache à l'ami sacrifié. Cette blessure que Christian porte toujours au cœur est à l'origine de sa volonté de rester en Algérie. Dans le sang de cet ami, assassiné pour n'avoir pas voulu pactiser avec la haine j'ai su que mon appel à suivre le Christ devrait trouver à se vivre tôt ou tard dans le pays même où m'avait été donné ce gage de l'amour le plus grand. Mohamed, l'ami parti devant est aussi la preuve de la présence du Christ chez les musulmans qui pratiquent la religion du cœur.

A propos de faits très graves tels que les tortures, Christian écrit « Il n'est jamais permis d'accomplir un acte mauvais même s'il est prescrit par un supérieur »

Marqué par la force de la prière musulmane et par le geste d'amour qui l'a retenu à la vie, de retour au séminaire des Carmes, il étudie aussi l'arabe et le Coran.

Ordonné prêtre en 1964 à St Sulpice, il est nommé chapelain à la Basilique du Sacré cœur à Montmartre.

Là, un ami du séminaire lui indique l'abbaye d'Aiguebelle, devant sa soif de vie contemplative. Il y entre en 1969. Cette abbaye est très liée à Tibhirine.

Sachant sa détermination de partir au monastère de Tibhirine en Algérie, son père, le général Guy de Chergé lui écrira : « Relis l'évangile... Pourquoi vas-tu t'enterrer là-bas ? « Il y entre le 15 Janvier 1971. En 1972 il part 2 ans à Rome suivre des cours d'arabe et d'islamologie. Il y bâtit des passerelles entre le Coran et la Bible.

 

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26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 06:00

Le jour de Pâques, le 27 mars, c'est le 20ème anniversaire de l'enlèvement des moines à Tibhirine. Aujourd'hui, Lulu nous parle de frère Bruno assassiné le 23 mai 1996 avec 6 de ses frères moines. 

Les moines de Tibhirine - Frère Bruno

Jean-Pierre : « C'est étonnant comme chacun de nous à Tibhirine nous avons été marqués par l'Algérie, bien avant d'y venir réaliser la communauté monastique que nous avons constituée. Pour la plupart il y a eu comme un re-tour. Ainsi le frère Bruno... là aussi il faudra que tu ailles voir le livre de René Guitton, ce qui y est écrit à propos de Bruno, dont le nom était Christian Lemarchand »

Lucien : Il faut que je te dise Jean-Pierre, que justement, quand nous avons appris le 23 Mai 1996 la mort des frères de Tibhirine, un de nos amis Pierre Charcusset

( que je rencontrais grâce à Maurice et Simone et toute une équipe d'amis de Choisey avec qui nous fabriquions le bois des campements aux PONTETS pour les gosses des Loisirs Populaires de Dole) me dit en pleurant : « Dans les 7 moines, il y a un de mes amis, c'est Christian Lemarchand. J'ai fait mon service militaire avec lui. Quel homme que ce Christian ! Il avait pris le nom de frère Bruno au monastère.

 

Bruno (Christian Lemarchand) est né au Vietnam, et dès sa jeune enfance il grandit en Algérie qui devient le berceau de son destin. Son père militaire de carrière entraîne la famille au gré de ses mutations coloniales dans plusieurs postes algériens. Ce passé s'inscrit en lui à jamais et le retient à ce pays auquel il voue un véritable amour. Il éprouve le sentiment irrésistible d'appartenir à cette terre. Il sait qu'il y reviendra. A 26 ans il est ordonné prêtre, puis devient enseignant professeur de lettres, directeur du collège de Saint-Charles à Thouars dans les Deux-Sèvres. Attiré par la vie monastique, il entre à 50 ans dans l'abbaye de Bellefontaine. Passe alors un prêtre de Constantine qui donne une conférence et parle de l'Algérie, réveillant les cicatrices et l'amour enfouis au cœur de Bruno. Il part pour Tibhirine en 1984. Au monastère il est frère hôtelier. Il revient faire un séjour à Bellefontaine. Il retourne définitivement à Tibhirine en 1989. Il y prononce ses vœux. Christian de Chergé le nomme Supérieur délégué de l'annexe de Fez.

Il lit beaucoup les Pères du désert, Jean de la Croix.

Il assiste Thami le jardinier. Beaucoup de liens s'instaurent entre les deux communautés pour des raisons économiques de subsistance et de partage de la même foi. Il y a mille kilomètres entre les deux. C'est l'épine dorsale de l'Atlas qui les relie l'une à l'autre. C'est comme entre une mère et sa fille. Les voilà nomades de montagne. Quel merveilleux trait d'union entre elles deux.

 

Et voilà que, en raison de tous ces liens, entre eux, les moines de Tibhirine qui vont élire bientôt leur prieur, demandent à Bruno de bien vouloir être là auprès d'eux. Quand on vit des moments importants dans notre existence, on aime beaucoup que les frères soient là, nous assurent de leur présence aimante. N'est-ce pas merveilleux quand la démocratie est vécue ainsi dans la fraternité.

Bruno quitte Fez le 18 Mars 1996 pour prendre le chemin de Tibhirine. Thami le  jardinier éprouve un mauvais pressentiment. Il veut dissuader Bruno de partir, mais le moine se doit d'être présent dans quelques jours à l'élection du prieur de Tibhirine.

Il quitte Fez ce jour là pour ne plus jamais revenir, comme ceux qui s'en retournent chez eux finir leur vie. »

 

Lucien : « Inouï tout ce qui s'est tricoté entre vos deux communautés durant ces années noires...c'est comme une guirlande de lumières toutes petites et scintillantes. Qu'est ce que je suis touché et marqué par ce que tu me racontes et m'appelles à lire ainsi que tes frères sur la vie des témoins de l'Atlas. C'est beau comment vous continuez.

Jean-Pierre : « T'as remarqué l'image sacrée qui est dans la Chapelle entre l'autel et la représentation de la Vierge Marie que l'on prie au moment du Salve Regina.

Sur cette image nous voyons les 7 dormants d’Éphèse. Elle a été peinte par les sœurs moniales de Tazert ( village dans l'Atlas marocain ) et offerte à notre communauté Notre Dame de l'Atlas de Midelt, quand a eu lieu l'inauguration et qu'est venu Dom André Barbeau le 8 Septembre 2000.

Lucien : « Et qu'est-ce donc ce qui a amené Christian à relier sa vie à celle de l'Algérie. Comment il l'a fait ?

Jean-Pierre : « Au moment où des hommes vont tenter d'arracher à la terre d'Algérie nos 7 Frères, une sève d'une étonnante abondance s'est mise à couler des racines de ces petits arbres blessés. Et cet arrachement plutôt que de les faire disparaître va faire apparaître ce qui est l'essentiel d'une vie : la manière de nous aimer les uns les autres.

Jusqu'à ce jour on ne connaissait pas Tibhirine pour ainsi dire. Et voilà que leur enlèvement, leur disparition pendant deux mois, puis l'annonce de leur mort au lieu de s'installer dans la vengeance et la haine, s'éparpillent à travers le monde pour y faire pousser les graines de la non-violence. Combien de cœurs et de sillons humains se sont ouverts à travers le monde pour y recevoir des semences de paix et de justice.

Lucien : « Comment est-ce que je vais faire pour ramasser tout ce que tu me dis et me propose de lire...

Jean-Pierre : « Tu ne pourras pas tout ramasser, c'est tellement abondant. Saisis ce qui te convient aujourd'hui et ce dont tu as besoin pour avancer sur le chemin de la non-violence... Arrange toi pour que ça nourrisse ta vie de relation avec Dieu et tes frères en Humanité et que ça donne goût et attrait de faire de même à ceux qui n'en ont pas encore connaissance... »

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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 06:00

Le jour de Pâques, le 27 mars, c'est le 20ème anniversaire de l'enlèvement des moines à Tibhirine. Aujourd'hui, Lulu nous parle de frère Paul assassiné le 23 mai 1996 avec 6 de ses frères moines.

Les moines de Tibhirine - frère Paul

Jean-Pierre : « Un autre de nos frères a lui aussi accompli comme Célestin son service militaire en Algérie. C'est le frère Paul Favre-Miville.

 

Tu vas trouver dans le livre de René Guitton « Si nous nous taisons » plein de choses très belles au sujet de son rapport à l'Algérie. Ce Paul est né à Bonnevaux dans les pré-alpes de Savoie, dans la vallée de l'Abondance. Il va au collège de Thonon. Son père, forgeron au village voudrait que son fils reprenne la forge. Paul préfère se spécialiser et suivre une formation de plombier-chauffagiste. « Il ignore combien son choix sera un jour essentiel à la vie d'une communauté et d'un petit village perdu au cœur de l'Atlas algérien. C'est là qu'il effectue son service militaire, dans la région de Blida, donc pas très loin de Tibhirine. Après beaucoup de recherches, il arrête son choix en 1984. Paul écrit au Père Abbé Jean-Marc de l'abbaye de Tamié. C'est dans cette abbaye que Christophe l'a précédé, et Christian de Chergé vient y rencontrer la communauté en quête de vocations nouvelles pour Notre Dame de l'Atlas. Paul est conquis par les propos du prieur de Tibhirine. C'est décidé. Il prononcera ses vœux solennels en Algérie, et ce n'est qu'après la mort de son père qu'il part pour l'Atlas le 29 décembre 1989. Il est accompagné par le père abbé Jean-Marc. Ils arrivent pour assister à la profession de foi de Christophe.

 

En 1991, Paul prononcera ses vœux de stabilité en présence de Christian de Chergé et de 8 membres de sa famille. » 

« Paul est le frère plombier de Notre-Dame de l'Atlas. Il est responsable de toute l'installation d'eau, du bâtiment et de l'exploitation agricole. C'est lui qui a réalisé le système d'irrigation. Il connaît bien son métier, il y a été familiarisé dès son enfance. »

« Au monastère, Paul est très respectueux du silence, mais il sait avoir le mot pour rire, pour dédramatiser les tensions, et le conseil juste dans les moments les plus difficiles. Il est souriant et parle peu de lui, jugeant que l'intérêt c'est les autres. »

« Le 26 Mars 1996, à quelques heures de l'enlèvement, il revient d'un séjour en France, rapportant des boutures de hêtre. Il espère les voir grandir dans les jardins de Tibhirine....Il meurt la même année que sa mère. Elle ne connaîtra pas le destin de ce fils qu'elle a tant aimé, et qui a choisi de se retirer du monde pour être plus près de Dieu, au service des hommes. »

 

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Présentation

  • : Lulu en camp volant
  • Lulu en camp volant
  • : Lucien Converset, dit Lulu est prêtre. A 75 ans, il est parti le 25 mars 2012 avec son âne Isidore en direction de Bethléem, où il est arrivé le 17 juin 2013. Il a marché pour la paix et le désarmement nucléaire unilatéral de la France. De retour en France, il poursuit ce combat. Merci à lui ! Pour vous abonner à ce blog, RDV plus bas dans cette colonne. Pour contacter l'administrateur du blog, cliquez sur contact ci-dessous.
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Désarmement nucléaire

Journée de jeûne pour demander le désarmement nucléaire unilatéral de la France,

tous les 1ers lundis du mois de 14h à 17h en hiver, de 16h à 18h en été, à Dampierre (39) avec un temps de partage et de réflexion animé par Lulu.

Et commémoration des bombardements d'Hiroshima et Nagasaki entre les 6 et 9 août, chaque année.

L'anti-pub

Les pubs sur les blogs ou les sites que vous consultez sont trop agressives ? Il existe un moyen de respirer à nouveau, en téléchargeant le pare-pub Adblock Plus (clic). Vous ne supprimerez pas les pubs imposées, mais vous ne les verrez plus.