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19 septembre 2015 6 19 /09 /septembre /2015 19:46

Bonjour proches de notre ami et frère Lulu,


Ici tout va bien. Ce séjour est vraiment béni.
Rencontres, temps, enfin tout concoure à la joie.
VOICI un message de sa part.

Frère Benoît

 

Chers amis,

 

Dans le petit mot que je vous adressais il y a une semaine, je disais qu'en regardant vivre tout ce que je vois ici à MIDELT dans la communauté des moines avec Jean-Pierre, c'est le courant de TIBHIRINE qui fait "résurgence" que je découvre. Une chance inouïe m'est donnée comme à plein d'autres gens, c'est de pouvoir creuser avec l'un ou l'autre des moines dans des moments de "récréation" sur invitation journalière par exemple par OMAR et BAHA. Il y a bien sûr la liturgie des heures et de la messe, celle en l'honneur de St Cyprien, patron de l'Afrique du Nord, le 16/09. Dans tous ces moments, il se crée entre nous tous comme un "Ribhat es-salam" un lien de la paix.

 

Nous avons l'impression de nous trouver comme dans un jardin où nous apprenons les uns des autres comment cultiver les graines de la non-violence et de la vie fraternelle qui ensemençaient le jardin de TIBHIRINE. Je lis aussi beaucoup de textes des moines de l'ATLAS. Je relis souvent le testament de Christian de Chergé. Ça ressemble merveilleusement à la prière sacerdotale de JÉSUS au chapitre 17 de St JEAN. Et puis il y a tout ce qui a été écrit à leur propos. J'avais emporté dans mon sac à dos le livre de Jean-Marie MULLER sur les moines de TIBHIRINE avec la dédicace à Gaby Maire. C'est imprimé à la page 5 "en mémoire de Gabriel MAIRE, prêtre français, assassiné le 23 décembre 1989 à VITORIA BRÉSIL. Durant un des moments de récréation, j'ai apporté ce livre. Jean-Pierre, le prieur, m'a dit "ce livre est parmi ce qui a été écrit de meilleur à propos des moines. "

 

Pour toutes ces raisons, vous comprenez combien je me sens bien ici. J'écris tout ce que je peux de ce que j'entends et je vois de ces semences de non-violence. J'ai un peu l'impression quand je fais mon cahier pour ramasser tout cela, comme nous l'avons appris en JOC, d'écrire la suite des "actes des apôtres". Je devine que je vous fais rigoler en lisant tout çà ! Tant mieux. Je vous en raconterai d'autres avant de quitter MIDELT ce mardi 22… particulièrement notre grimpée à TATIOUINE ...

INCH ALLAH

 

Lulu

 

Semences de non-violence à Midelt
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14 septembre 2015 1 14 /09 /septembre /2015 11:40
Photo empruntée sur internet : http://chicha.over-blog.net/article-notre-dame-de-l-atlas-midelt-maroc-111064481.html

Photo empruntée sur internet : http://chicha.over-blog.net/article-notre-dame-de-l-atlas-midelt-maroc-111064481.html

A vous tous chers membres de ma famille et amis.

 

Un grand bonheur m'est donné durant tous ces jours vécus à Midelt. Je considère que ce monastère de N.D de l'ATLAS où je suis accueilli depuis quelques jours est "lieu source " comme une "résurgence de Tibhirine" a cause de la présence de cette poignée de moines, unis autour du frère Jean-Pierre, priant et travaillant, en communion avec des religieuses franciscaines, en osmose avec les habitants, musulmans pour la plupart, je me sens appelé à prier avec eux, à les écouter. Je laisse travailler et irriguer dans ma peau d'homme ce qui coule de cette source d'amour qu'est Jésus vivant ici, à travers leur médiation. je ramasse tout ce" que je peux de graine de non violence au contact de ces frères et sœurs en humanité de Midelt. J'aurai à cœur en rentrant auprès de vous , de vous les offrir pour que nous continuons ensemble la culture de la non violence en nos jardins intérieurs et communaux, seul chemin comme le dit Jean-Marie Muller pour que soit sauvé et libéré notre humanité.

Je vous remercie de m'avoir envoyé balader ici.

 

LULU

 

 

Il est vrai que notre ami et frère LULU semble fin heureux ici.

Il est en très bonne forme.

Il faut dire que les gens sont chaleureux, le temps magnifique, le cadre splendide et la soupe très bonne.

Frère Benoît

 

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4 septembre 2015 5 04 /09 /septembre /2015 21:25

Dampierre le 03 septembre 2015

 

Chers amis,

 

Après le cercle du silence de samedi 5 septembre, à Dole, et le jeûne pour demander l’arrêt de l’armement nucléaire de la France, lundi 7 septembre à Dampierre, je pars pour MIDELT au Maroc, avec le Frère Benoit de l’Abbaye d’Acey. Nous allons retrouver le Frère Jean Pierre SCHUMACHER, survivant de Tibhirine.

 

Je pars auprès de cet homme et sa petite communauté, vivre quelques jours avec eux, afin de travailler, à me défaire de mes violences, et de contribuer ainsi, à ce que mon pays, la France, se désarme, arrête de fabriquer, de vendre, des armes.Je vous dis à tous, en vous emportant dans mon cœur, mon amitié reconnaissante. J’écris cette lettre en union avec vous, à Jean Marie MULLER, à son épouse Hélène, à leurs enfants et petits enfants.

A la revoyotte.

Je pars du 8 au 22 septembre.

Toute ma fraternelle reconnaissance.

Lulu

A la rencontre de frère Jean-Pierre au Maroc

Abbaye d’Acey, le 2 septembre 2015

 

Chers Hélène et Jean Marie,

 

Durant ce mois d’aout qui vient de se terminer, j’ai beaucoup et souvent pensé à vous :

 

Les 3, 6 et 9 août, jours anniversaires des drames de Hiroshima, Nagasaki, où avec les amis du groupe ADN-MAN, nous avons à Dampierre, jeûné, afin d’être d’avantage parties prenantes pour la recherche efficace et l’exigence d’un monde et d’une humanité sans arme nucléaire, à commencer par notre peuple de France. Merci pour ce que vous pensez et écrivez, et rendez possible, que ça se lise et nous entre dans la peau et la conscience, ainsi que dans nos attitudes de chaque jour.

 

Pour tout cela, recevez toute mon amitié reconnaissante. C’est pourquoi aussi ma pensée et mon affection fraternelles vous rejoignaient les 8 et 18 août, jours de vos fêtes, chers Jean Marie et Hélène. Belle et bonne fête, et bonne santé, ainsi qu’à chez vos enfants et petits enfants.

 

C’est aussi grâce à vous que l’an dernier, avec trois amis, j’avais pu aller à Tibhirine, par la médiation d’Anne et Hubert PLOQUIN, vos cousins. Cela m’aide encore aujourd’hui, à partir le 8 septembre en direction de Midelt, au Maroc, avec Benoit, un frère de l’Abbaye d’Acey, rencontrer le Frère jean Pierre Schumacher, survivant de Tibhirine.

 

De cet homme et de sa petite communauté, je vais continuer de beaucoup apprendre à me désarmer de mes violences, et de celles qui abiment mon pays par la fabrication, la dotation et le trafic des armes nucléaires notamment.

 

Me souvenant d’une de tes paroles Jean-Marie lors de ta venue, à Dole, Poligny, et Besançon en avril 2015 : « Christian de Chergé, c’est de l’or pur. » Je me laisse marquer par la fin du livre que Christine Ray écrit sur lui. Christian dit depuis Tibhirine : «  Chrétiens et Musulmans, nous avons un besoin urgent d’entrer dans la miséricorde mutuelle. » Une parole commune qui nous vient de Dieu, nous y invite.

 

C’est bien la richesse de sa miséricorde qui se manifeste lorsque nous entrons modestement dans le besoin de ce que la foi de l’autre nous en dit Et mieux encore, de ce qu’il en vit. Cet exode vers l’autre ne saurait nous détourner de la Terre Promise, s’il est bien vrai que nos chemins convergent quand une même soif, nous attire au même puits.  Pouvons-nous nous abreuver mutuellement ?

 

"C’est au goût de l’eau qu’on en juge. La véritable eau vive est celle que nul ne peut faire jaillir ni contenir. Le monde serait moins désert si nous pouvions nous reconnaitre une vocation commune, celle de multiplier au passage, les fontaines de miséricorde." « L’invincible espérance, p.73 »

 

Je vous embrasse de tout mon cœur d’ami reconnaissant et vous emporte avec moi.

Lulu.

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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 11:40

Jeudi 29  janvier 2015

 

Un jour, pendant que nous nous promenions avec des enfants de l’Association Floriane, dans les coteaux des environs de Salins, un orage très violent nous était tombé dessus. Cela avait beaucoup tendu nos relations les uns avec les autres. Chacun avait eu tendance à se comporter en «  Sauve qui peut », en abandonnant à leur sort les plus faibles, ceux qui avaient du mal de marcher. Nous avions réussi cependant à nous réfugier avec nos ânes dans une maison qui est sur le flanc du Val d’Héry, la ferme d’Arloz, chez Bernard.


Très sympathique, cet homme nous avait dit : « Entrez ! Venez vite vous mettre à l’abri ! En attendant que le gros de l’orage se passe, vous allez boire quelque chose de chaud. Vous reprendrez ensuite votre chemin … » Cet accueil nous avait fait du bien. Une grande part de la tension agressive qui régnait entre nous était retombée.

 

Nous avions longuement et profondément causé avec cet homme. Il avait pris le temps de nous recevoir. Puis l’orage s’était un peu calmé au dehors et aussi entre nous. Bien que le ciel soit encore sombre, nous décidions de reprendre le chemin afin d’arriver à notre lieu de ralliement avant la tombée de la nuit. C’est alors que Bernard nous dit : » Oh, regardez ! Voila que se dessine un arc en ciel. Vous le voyez, entre le Fort Belin et le Fort Saint André. »

 

 

Oh ! Comme c’était beau ce qui se réalisait sous nos yeux ! L’arc en ciel reliait les deux forts. C’était comme une anse de panier, soutenant la ville de Salins blottie dans le fond de la vallée.

 

Je me souviens aujourd’hui que Bernard au moment de partir, nous avait invité en souriant à ce que nous allions chercher au pied de l’arc en ciel : « Vous creuserez. Vous allez y découvrir des trésors, ne passez pas à côté sans chercher »

 

Après l’avoir salué et remercié pour la manière dont il nous avait accueillis, nous nous étions dirigés en direction du pied de l’arc en ciel, en dessous du Fort Belin. C’était justement notre point de ralliement : le Rayon de Soleil.

 

C’était merveilleux alors, comment nous avions continué à traverser l’orage qui empestait notre groupe. Il me revient que nous avions cherché et trouvé la manière d’aménager l’allure de notre marche, ainsi que l’ambiance de notre équipée. Il était devenu essentiel que la solidarité imprègne intensément nos comportements, les uns vis-à-vis des autres. Nous nous rendions compte que, pour que l’ensemble de notre groupe aille bien, il nous fallait d’abord être attentifs aux plus petits, aux plus fragiles, à celles et ceux qui avaient le plus de difficulté de marcher. L’orage avait fait surgir en nous des agressivités les uns à l’égard des autres. Ce n’était pas très beau comme nous nous étions dévisagés au lieu de nous envisager. N’étant pas tous du même quartier, ni non plus de même niveau social, la façon dont nous étions habillés, avait fait surgir de nos bouches, des moqueries les uns envers les autres : « Oh ! T’as vu comme il est fringué ! … T’aurais pu trouver d’autres  godasses pour venir marcher avec nous … La prochaine fois, tu trouveras un autre anorak que celui que t’as sur le dos ! » C’était même allé jusqu’à des mots et des gestes durs et violents par rapport à nos origines, concernant nos mamans.

 

Grâce à notre halte chez Bernard et son appel à creuser au pied de l’arc en ciel, les membres de l’équipe animatrice et moi, nous étions intervenus pour découvrir et dire qu’il y a des paroles et des attitudes qu’il faut savoir nous interdire les uns envers les autres lorsque l’atmosphère est orageuse. En effet, ça peut devenir explosif. Particulièrement quand ça touche à l’image que nous avons de notre Maman. Nous devons nous interdire d’exprimer ce que l’on est tenté de dire des mamans des autres. C’est d’elles dont nous venons, d’où nous sommes originaires. Il est tellement délicat de toucher à cet essentiel. Il est sage de poser là, des interdits.

 

C’était beau ce que nous mettions à jour en reprenant notre chemin en direction du pied de l’arc en ciel. Que de trésors nous découvrions !

 

Je me souviens même des mots que l’un des enfants, Olivier, juché sur le dos de l’âne Isidore avait dit à l’un des plus petits qui était très fatigué : » Viens Maxime, je te donne ma place » il était alors descendu de l’âne et avait aidé Maxime à grimper à son tour sur le dos d’Isidore pour qu’il y trouve repos et joie. J’avais alors écrit sur mon cahier, que j’avais tiré de ma poche de veste : « Merveille sur un dos d’âne. » Nous arrivions devant la Beline. Le ciel se dégageait. Nous chantions notre joie. Simone notre vieille amie était sortie sur le pas de la porte de sa maison, pour nous donner à nous des chocolats et des carottes à nos ânes. Nous étions juste au pied de l’arc en ciel. Comme il faisait beau et bon à ce moment là et en ce lieu. De manière rigolote, nous nous étions creusés les méninges pour trouver comment faire, afin que chacun de nous découvre sa place, en commençant par les plus petits. Il me revenait les paroles du Père Joseph Wrezinski que Bernard et Colette Berthet m’avaient apprises à Champdivers au sein du Mouvement ATD quart Monde : « Commençons à faire de la place pour les plus faibles, comme ça on sera sûrs de n’oublier personne »

 

Aujourd’hui dans l’ouragan de  violence qui vient de nous tomber dessus en France, les 7, 8 9 janvier, nous prenons un peu plus conscience que des drames comme celui ci, s’abattent depuis plusieurs décennies en de multiples endroits de la terre.

 

En certains lieux de la planète terre, ce sont des cyclones de violence qui déchirent des pans entiers de notre humanité : Kobané à la frontière turco-syrienne, mis à feu et à sang par Daesch, Nigéria et Niger où des populations entières subissent pillages, viols et tueries de toutes sortes par Boko Haram et tant d’autres endroits où des personnes souffrent. Une question doit se poser à nos consciences. Il y a des origines à toutes ces violences. Ayons la lucidité et le courage de remonter en amont de ces guerres larvées, jusqu’aux violences premières. Nous en décelons quelques unes. L’omniprésence de l’idole argent. Ne devons nous pas entreprendre, à commencer par moi-même, de chercher et trouver des moyens pour arrêter de tout sacrifier à cette idole. Ne démissionnons pas de nos projets de construire notre humanité, mais démunissons nous de manière unilatérale, des violences qui barrent la route au souffle de l’Esprit : la fabrication et le commerce de tout armement, et particulièrement du nucléaire.

 

Comme nous y appelle sans cesse Jean-Claude Guillebeaud : « Arrêtons de foncer à grande vitesse de manière parallèle les uns et les autres, car, c’est alors que nous nous éloignons les uns des autres, nous nous individualisons. Prenons le temps de causer, de creuser au pied de nos arcs en ciels, de nous écouter, en donnant valeur à la parole de l’autre. Comme il fait bon de déceler dans ce que l’autre vient de nous dire, la part de vérité qui y est cachée, laissant à l’autre le temps de nous l’offrir. Evitons de  nous croire obligés d’aller jusqu’à caricaturer et tourner en dérision l’attitude et la parole de l’autre, sous le prétexte de la liberté d’expression. C’est la transversalité.

 

Dans beaucoup d’endroits de la planète, surgissent des arcs en ciels, des groupes de gens, qui en raison de leur manière de vivre, nous signifient que nous pouvons éviter de nous laisser engloutir dans nos ouragans de violence et de détresse. Il vient d’arriver un de ces arcs en ciels à nos yeux de lecteur, ce sont : Lettres à un ami fraternel, de Christian de Chergé, le prieur de Tibhirine aux éditions Bayard. Ce livre vient de paraitre il y a 15 jours, des amis me l’ont offert, c’est un merveilleux outil pour creuser au pied de l’arc en ciel qu’est Tibhirine, afin de sortir de nos violences pour nous libérer les uns grâce aux autres. Lorsqu’il y a un an, j’étais allé grâce à des amis, à Tibhirine en Algérie, j’avais deviné que la mort des 7 moines n’avait pas fini de nous mener à la vie. Je repensais à notre ami Gaby Maire, qui en 1989, quelques temps avant d’être assassiné au Brésil disait : « Je préfère une mort qui mène à la vie, plutôt qu’une vie qui mène à la mort ».

 

Quelques mois avant d’être emmenés prisonniers avec ses compagnons, Christian de Chergé écrivait à Maurice Borrmans (qui avait été son professeur à l’institut pontifical d’Islamologie de Rome) : « Chacun se sait voué au même témoignage d’amour auprès de ce peuple meurtri et trompé… Il y a ce qui mûrit en secret et qui fait que rien ne sera plus comme avant, y compris dans l’approche de l’Islam. »

 

Depuis que j’ai ce livre entre les mains, je dévore chaque jour quelques unes de ces lettres de Christian, afin de me nourrir pour le combat journalier et non violent contre ce qui n’est pas juste. J’y trouve une multitude de connivences avec ce qu’un certain galiléen nommé Jésus, a dit et fait dans le pourtour de la montagne qui nous permet de contempler la mer de Tibériade. C’est comme un arc de lumière afin de nous arrêter d’assombrir la situation de notre humanité : « On vous a dit : Aimez vos petits copains mais haïssez vos ennemis … il faut tous les descendre … Eh bien, moi je vous dis : Aimez vos ennemis, priez pour ne pas entrer dans la tentation de croire que c’est par la fabrication et le trafic des armes que vous arriverez à vous en débarrasser (Matthieu 5, 43-44 et 26, 41)

 

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Il arrive dans nos ciels d’orage, qu’à côté d’un arc en ciel en surgisse un second. En même temps que la parution de ce livre, nous arrivait par Internet un très profond document de Jean-Marie Muller : « Face à la tragédie de Charlie Hebdo » Ainsi, je peux écrire à Jean-Marie : « Merci pour ce bel arc en ciel dans nos épreuves que tu viens de nous faire parvenir. Comme les lettres de Christian de Chergé, comme l’Evangile de la non violence, aujourd’hui, vous nous permettez de creuser au fond de nos êtres, et de trouver les ressources pour empêcher nos malheurs. Nous sommes appelés à nous démunir de nos pouvoirs et de nos forces agressives, de nos armements de manière unilatérale et à faire confiance à la conjonction de nos trésors d’amour, de justice et de vérité.

 

Au moment même où je finis d’écrire cette lettre, il nous apparait encore un autre arc en ciel : c’est ce que fait et écrit Latifa, la maman de la première victime de Mohammed Merah. En allant rencontrer dans les cités et les écoles les jeunes, Latifa les aide à trouver des chemins de fraternité en abandonnant les tentations de violence.

C’est par la lecture d’un article écrit par Jacques et Elisabeth Lamy et paru ce matin même dans la Voix du Jura, que m’apparait la lumière de cet arc en ciel.

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13 août 2014 3 13 /08 /août /2014 21:52

Tibhirine, le 10 mars 2014     

 

« DESORMAIS TIBHIRINE N’APPARTIENT PLUS A L’EGLISE, MAIS A L’HUMANITE » (Jean-Marie LASSAUSSE)   

 

Avec mes 3 amis Claude, Nelly et Bernard, nous continuons à nous laisser conduire par Patrick MORVAN qui est devenu un frère pour nous. Comme Jean-Marie, il est vraiment là pour nous donner tout ce qu’il a su et pu trouver à Tibhirine.

En descendant de la source du jardin en direction du cimetière où reposent les  restes des corps des 7 moines, une forte impression me travaille. Celle-là, que, de ce petit village, il est en train de couler pour le monde une immense grâce. C’est ça qui fait dire de temps en temps à Jean-Marie : « Désormais Tibhirine n’appartient plus à l’Eglise, mais à l’humanité »

 

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En entrant dans le silence du cimetière, la disposition des 7 tombes me parle lumineusement. Dans la terrible nuit de violence qui enveloppe l’Algérie et toute notre humanité en cette époque, il se dessine là, pour nos yeux, comme une constellation d’étoiles. Je me mets à genoux et j’embrasse la terre, notre mère, qui, en ramassant ces 7 membres de l’humanité dans ses bras, nous rassemble tous pour nous enraciner, et nous faire pousser à leur ressemblance jusqu’à l’extrême de l’Amour. Les humbles grains de foi et d’amour ne deviennent ils pas aussi les jardiniers de l’espérance ?

En me relevant d’entre les morts, ce sont des paroles de vie que je continue d’entendre venant d’eux. Paroles de même sève que celles que j’ai entendues chaque fois que je suis allé me ramasser à l’abbaye d’ACEY en priant avec ce qui est écrit dans « l’Invincible Espérance » et dans « 7 vies pour Dieu et l’Algérie » présentés par Bruno CHENU.

Elles sont aussi de la même trempe que celles que j’avais découvertes dans l’abbaye de LATROUN, lorsque j’attendais Valérie, afin d’aller prendre l’avion à Tel Aviv pour revenir en France le 30 juin 2013. Ce matin-là, accompagné du frère Marie-Bernard, ami lui aussi de Jean-Marie MULLER, j’étais allé lire, entendre, écouter une découverte au creux du jardin de cette abbaye, située en pleine fracture entre Israël et Palestine.

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Photos de Lulu prises à Latroun

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Il y a là en effet quelque chose qui fut pour moi comme une « révélation », «  une apocalypse ». Quelque chose d’étonnant est gravé sur chacune des 7 stèles qui sont là, érigées en mémoire des 7 moines de l’abbaye de TIBHIRINE.


Merci tout rempli d’action de grâces, à celles et ceux qui ont compris, et nous l’ont partagé, que, ce que le Fils de l’Homme, par la médiation de l’apôtre Jean, dit à l’ange de chacune des 7 églises d’Asie, c’est à chacun des 7 moines de Tibhirine qu’il le dit :


-      A Christophe, il dit :

« La constance aussi ne te manque pas. N’as-tu pas souffert pour mon nom sans te lasser ? Au vainqueur, je ferai manger de l’Arbre de Vie placé dans le paradis de Dieu. (Ap 2, 3,7) »

 

-       A Bruno, il dit :

« Je connais tes épreuves. Reste fidèle jusqu’à la mort et je te donnerai la Couronne de Vie. » (Ap, 2,10)

 

-      A Luc il dit : 

«  Tu tiens ferme à mon nom. Au vainqueur je donnerai de la manne cachée. Je lui donnerai aussi un caillou blanc, un caillou portant gravé un nom nouveau » (Ap2, 13, 17)

 

-      A Paul, il dit :

«  Je connais ta conduite : l’amour, la foi, le dévouement, la constance dont tu fais preuve. Tenez ferme jusqu’à mon retour. Au vainqueur, je donnerai l’étoile du matin. (Ap 2,19, 28)


-      A Michel il dit :

«  Tu n’as pas souillé tes vêtements. Le vainqueur sera revêtu de blanc. Son nom, j’en répondrai en présence de mon Père. » (Ap,3, 4, 5)


 

-       A Célestin il dit :

 « Voici que je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui, et lui près de moi … Au vainqueur, je donnerai de prendre place auprès de moi sur mon trône. (Ap3,20,21 )


 

-       A Christian il dit :

«  J’ai ouvert devant toi une porte que nul ne peut fermer et disposant pourtant de peu de puissance, tu as gardé ma parole sans renier mon nom. Tiens ferme. Sur le vainqueur, je graverai le nom de mon Dieu, le nom nouveau que je porte » (Ap3,8,12)

 

Il vient alors à mes yeux et à ma conscience, que ces paroles que le Fils de l’Homme donne à ces 7 témoins-martyrs de l’Atlas, c’est à nous tous, en humanité, qu’il les communique.

 

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2 août 2014 6 02 /08 /août /2014 21:11

Tibhirine le 10 mars 2014

 

«  LES MOINES, ILS NOUS AIMAIENT »

(Un habitant du village de Tibhirine)

Nous avons du mal de quitter la chapelle. Il s’est échangé en cet endroit, tant de choses entre « ces hommes et leur Dieu », de ces « choses cachées depuis le commencement du monde. » (Ps 77, 2 - Mt 13,35) C’est en ce lieu qu’ont retenti dans le silence avec une humble intensité,  tant de paroles s’enracinant dans la chair de nos frères moines. C’est là, « qu’ils ont donné chair aux psaumes », pour reprendre un mot du jardinier de ces lieux. C’est là que la parole de Dieu, s’entremêlant à la parole des gens du voisinage et aussi de tous les gens d’Algérie, leur est rentrée dans la peau. 

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Cette peau va en être labourée, tellement déchiquetée, qu’un jour elle ne leur restera même plus sur le dos. » ( Ps : 128, 3 ; Job 19) Voilà que nos frères moines sont devenus des jardiniers et des cultivateurs de l’action non violente. Nous ramassons et nous cueillons les fruits de cette action dessous ce que les moines ont semé et planté. ( Jn, 4,28 ; Ps 125 ). Il y a urgence pour nous-mêmes de semer et planter les graines de leurs comportements dans nos rencontres. Jean-Marie nous disait encore tout à l’heure en venant,  qu’à Tibhirine « les moines ont tenté de faire un pont entre leur prière et les cris des hommes d’aujourd’hui. » Au moment où nous allons franchir le seuil pour sortir de la chapelle, c’est avec un sens aigu de l’histoire que nous entendons Patrick nous raconter : « il ne faut pas que j’oublie de vous dire que c’est dans cette chapelle qu’il s’est passé un évènement initiateur le 21 septembre 1975. Vous irez voir dans le livre de Jean-Marie, reprenant ce qui s’est passé ce soir-là.

 

« Christian de CHERGE n’étant pas encore prieur du monastère, nous sommes en pleine période du ramadan. Il prend le temps après complies pour l’adoration silencieuse. Il sent alors la présence d’un autre dans la chapelle. Un homme en prière, mais ce n’est pas un moine, qui laisse venir sur les lèvres « Allah Akbar » Commence alors, entre silence et prière à deux voix, un moment de grâce inédit, inouï. L’arabe et le français se mélangent, se rejoignent mystérieusement, se répondent, se fondent et se confondent, se complètent et se conjuguent. Le musulman invoque le Christ. Le chrétien se soumet au plan de Dieu sur tous les croyants, et l’un d’entre eux qui fut le prophète Mahomet. »

 

Il y a comme cela des petites anecdotes, des petits faits révélateurs de ce qui s’est vécu à Tibhirine. «  Les travaux du prieur à propos du dialogue interreligieux sont un trésor dont nous découvrons seulement l’étendue. » Ce sont tous ces faits, les travaux en commun dans le jardin avec Christophe, les paroles qui situent bien qui ils sont les uns par rapport aux autres, petits oiseaux et petites branches du grand arbre qu’est notre humanité. C’est encore tout le long et quotidien défilé des enfants, des femmes et des hommes venant se faire soigner auprès du frère Luc, le visiteur-priant de ce fameux soir du 21 septembre 1975, revenant de temps en temps et disant : « il y a longtemps que nous n’avons pas creusé notre puits » A partir de 1993 jusqu’au 26 mai 1996, il y a eu tous ces moments où ces hommes se sont affrontés dans une attitude non violente en reconnaissant : « Pouvons-nous partir de cet endroit, après ce que nous entendons et voyons, ne sommes-nous pas appelés à rester avec les gens de Tibhirine … ? » C’est toute cette longue histoire qui a fait dire récemment à un homme du village de Tibhirine : « Les moines, ils nous aimaient »

 

Patrick nous dit : « Voulez-vous que nous nous dirigions vers la fontaine et ensuite vers le cimetière » En faisant ce trajet, je pense à l’attitude de Christian et de ses frères moines, aux actes qu’ils ont été amenés à réaliser et aux paroles qui en sont sorties. Ils nous appellent à nous démunir, à nous défaire et à nous désarmer de tout ce qui nous empêche d’être des hommes. Plusieurs faits vécus ici me reviennent, dont Jean-Marie et Patrick témoignent. La veille de Noël 1993, un commando avec Sayah Attiyah à sa tête, fait irruption dans le monastère. Ils rattroupent les moines et les gens de l’hôtellerie et commencent à vouloir poser leurs exigences. Christian intervient en disant : » Jamais personne n’est entré ici avec des armes. Si vous voulez discuter avec nous, entrez, mais laissez vos armes dehors. Si ce n’est pas possible, allons dehors … car Noël pour nous, c’est la fête du Prince de la paix et vous venez en armes. Le chef des rebelles finira presque par s’excuser : « Je ne savais pas »

 

En septembre 1994, frère Luc dira dans son journal : « la vie chrétienne ce n’est pas d’abord d’écrire sur Dieu, c’est de révéler chacun à sa manière, le visage de Jésus dans la vie de chaque jour.

 

Dans sa prière, Christian dira : « Seigneur, désarme-moi, désarme-les »

 

Nous sentons, en respirant profondément durant notre déplacement, que ce lieu appelé par Etienne Léon Duval : « le poumon du diocèse » est en train de le devenir pour des horizons encore plus larges que ceux-là. Ce que nous comprenons et ramassons en notre for intérieur, nous voulons l’emporter, pour le planter, le semer et le partager, avec vous, amis de France, avec qui nous allons bientôt nous retrouver. Nous voulons vraiment faire avec vous cette découverte, que l’Eglise d’Algérie, dans le sillage des moines de Tibhirine, est une Eglise de la rencontre.

 

En accomplissant ce trajet, c’est merveilleux d’apercevoir toutes ces graines de non violence, que Patrick va encore nous aider à ramasser. J’aime beaucoup réentendre de sa bouche ce que nous avons déjà entendu de celle de Jean-Marie ou lu dans son livre, particulièrement ce qui s’est passé le 14 décembre 1993. Ce jour là, 12 croates de confession chrétienne, sont assassinés à Tamesguida … là, dans ce village que vous voyez en contrebas de chez nous. Christian de CHERGE écrira dans La Croix du 24 février 1994, «  Il faut dire l’humiliation de tous ceux qui dans notre environnement ont ressenti ce massacre comme une injure faite à l’islam, tel qu’ils le professent et cela au double titre de l’innocence sans défense et de l’hospitalité accordée. Si nous nous taisons, les pierres de l’oued, encore baignées de leur sang, crieront jusqu’aux cieux. » (Luc 19, 40)

 

Nous relirons à ce sujet les paroles de frère Christophe dans son journal : « Le massacre des croates nous a traumatisé. Oui, car nous ne sommes pas blindés par la clôture. Elle délimite un espace d’accueil, elle figure un espace ouvert. Blessée par la souffrance de ce monde, elle pose une résolution d’amour crucifié face aux ennemis. » Il faut relire ce que ce frère a écrit dans son journal ! C’est une mine pour nous ressourcer en action non violente. Les moines ne sont pas naïfs, ils savent qu’ils pourront être directement concernés par cette violence.

 

En parvenant auprès de la source en contre haut du jardin, il me revient des paroles que Jean-Marie nous a partagées hier soir et ce matin et particulièrement celles-ci : » L’Eglise d’Algérie ne dénombre que quelques milliers de chrétiens dans un pays de quelque 35 millions d’algériens. Elle ne compte que quelques chrétiens algériens, une majorité des pratiquants venus d’occident ou d’Afrique sub saharienne. Nous sommes invités à poursuivre, à réinventer chaque jour l’Église de la rencontre. Il n’y a pas d’autre visage possible en terre musulmane ou en terre non chrétienne. Peut-être même l’Eglise d’Algérie a quelque chose à dire à l’ensemble de l’Eglise sur cette façon d’être en relation avec le monde… Etre en Église au service des autres, une Eglise qui se nourrit de la foi et aussi de la non foi, de l’indifférence des autres. Elle se doit de dénoncer l’image trompeuse qui lui colle à la peau, d’une Eglise qui condamne, qui juge, pour révéler une Eglise qui ressent, qui fait siennes les interrogations des hommes d’aujourd’hui.

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25 juin 2014 3 25 /06 /juin /2014 19:39

TIBHIRINE, lundi 10 mars 2014

 

ILS SE DEMUNISSAIENT DE LEURS PROPRIETES ET EN PARTAGEAIENT LE PRIX ENTRE TOUS (AC. 2, 45)

 

Au moment où Samir et Youssef nous apparaissent en nous ouvrant les portes du monastère de Tibhirine, mes amis Nelly et Bernard, Claude et moi, nous sommes fortement impressionnés. C’est vous tous les membres de notre escorte conduits par Jean-Marie, qui entrez avec nous dans ce jardin-source. Nous prenons le temps d’entrer tout doucement dans cet endroit où nous sommes attendus. Nous accédons en un lieu où des membres de l’humanité reçoivent d’autres membres de cette même humanité. Ça me fait deviner qu’il se passe là à Tibhirine en ce moment et en ce lieu, avec les gens avec qui nous nous rencontrons, ce qui s’est passé au commencement de la communauté chrétienne. Vous savez quand nous lisons dans les Actes des  Apôtres : « Tous les croyants ensemble mettaient tout en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens et en partageaient le prix entre tous selon les besoins de chacun. » (Actes 2, 44-45)

 

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Un café et un petit déjeuner nous sont offerts au cours duquel Jean-Marie nous présente Patrick MORVAN, un prêtre en retraite, arrivé à Tibhirine depuis quelques mois pour donner de son temps. Il veut lui aussi, rendre possible avec Jean-Marie, Samir et Youssef, que les gens qui se présentent devant la porte du monastère comme nous le faisons aujourd’hui,  puissent y entrer afin d’y ramasser ces graines de la non violence qu’ils sont venus chercher. Patrick est originaire de la Bretagne. Il a été curé en Seine Saint-Denis à Sevran où j’ai été en stage en banlieue ouvrière durant les années 1965-1966. Nous y avons connus les mêmes amis, notamment Pierre THION et Pierre DUPONT. Patrick a été soldat en Algérie pendant la guerre dans les années 1961-1962, un peu après que Claude et moi en soyons revenus. Patrick nous dit : « En présence des musulmans, en voyant leur foi, j’ai eu le coup de foudre pour le peuple algérien. J’ai découvert l’originalité et l’identité de ma propre foi. En Seine Saint-Denis j’ai rencontré beaucoup de musulmans, je me suis lié avec eux. Voilà un peu les raisons pour lesquelles j’ai voulu venir un an à Tibhirine. C’est merveilleux d’être ici. » Je lui dis : « Tu veux continuer ce qu’ont fait Anne et Hubert PLOQUIN pendant un an et demi … Nous vous disons notre reconnaissance d’être les facilitateurs de notre démarche. »

 

En écoutant ces hommes, Jean-Marie et Patrick, nous sentons qu’il y a en ce lieu comme un souffle … une présence de l’Esprit du Christ Jésus… que c’est cela que les moines faisaient habiter en eux. Vous nous permettez de laisser cet esprit entrer en nous, amis Jean-Marie, Patrick, Youssef, Samir et gens de Tibhirine. Belle équipe de jardiniers que vous êtes ! Vous nous faites découvrir comment cultiver notre propre jardin quand nous serons rentrés en France. Ainsi, avance humblement, dans l’humus, au profond de l’humanité, la culture de la non violence.

 

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Jean-Marie nous indique dans quelles chambres nous pourrons déposer non seulement nos sacs à dos mais aussi, laisser se planter au fond de nous-mêmes tout ce que nous aurons découvert de « La Force d’Aimer », qui habitait et habite toujours le cœur des moines. Un cadeau inestimable m’est offert par Jean-Marie, auquel je n’aurais jamais pensé : «  Tu auras la chambre de Christian de CHERGE ». Dans l’immédiat, je me dis en moi-même : « C’est là que Christian a écrit la deuxième partie de son testament… »

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Puis Jean-Marie, partant rejoindre Samir et Youssef au jardin, nous remet dans les mains de Patrick. C’est beau comment Patrick nous dit : » Si vous voulez bien, nous allons continuer à entrer dans cette maison … et en même temps, vous et moi, nous laisserons entrer en nous le souffle de la non violence qui travaillait l’être des moines. De plus en plus, cette maison devient la maison de gens du monde entier. C’est merveilleux de voir tous ces gens qui viennent chercher et entendre ce que les moines ont semé ici. J’ai entendu Jean-Marie tout à l’heure vous indiquer en entrant, l’endroit où frère Luc recevait et soignait les villageois…

 

Lors de la terrible nuit de l’enlèvement, le 26 mars 1996, frère Jean-Pierre dormait et n’a rien entendu. Nous pensons que les ravisseurs se sont introduits dans l’enceinte du monastère par le jardin…

 

Venez ! Nous allons nous diriger vers la chapelle installée en 1976 dans l’ancien pressoir du domaine viticole… Que de chants psalmodiés ont été exprimés en ce lieu … Le film « Des Hommes et des Dieux » n’a pas été tourné ici, mais cependant il traduit toute la  belle dignité avec laquelle ces hommes ont prié Dieu leur ami et notre Père ici dans cette chapelle, encore le soir du 26 mars, quelques heures avant leur enlèvement … quand ils ont dit complies … et chanté  Bonsoir à Notre Dame de l’Atlas : Salve Regina et qu’ils l’ont appelée Mère de Miséricorde »

 

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Nous nous arrêtons un long moment en ce lieu  sur l’invitation de Patrick. Nous ressentons votre présence, Christian, Christophe, Luc, Paul, Michel, Bruno et Célestin, qui avec Amédée, Jean-Pierre et tant d’autres, avez donné votre confiance à Celui qui savait vous rassurer parce qu’Il communiait à vos doutes.

 

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Les jours où les paroles du psaume 21 résonnaient en ce lieu, vos mots étaient en alliance avec ceux de Jésus avec les cris de beaucoup de gens du village de Tibhirine et de toute l’Algérie : « Père, on a l’impression que tu nous abandonnes  … durant le jour, aucune réponse à nos cris de détresse … On ne verra donc pas le bout de cette guerre fratricide … Et durant la nuit, quand on voudrait avoir un peu de repos et de répit, pas moyen d’avoir un peu de silence, c’est le bruit des armes que nous entendons et qui nous déchire … nous avons peur. »

 

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Frères moines, c’est là que vous veniez à heures régulières, exprimer les assauts surprenants et inattendus qui déchiraient la vie des gens du village et la vôtre. Vous pétrissiez tout ce temps de prière d’une foi confiance, enracinée, dans le fait que pour vous, Jésus est Bon Pasteur, Bon Berger. Là où il vous emmène, c’est là où il a été conduit par l’Esprit. Pas facile de dire, pas facile de reconnaitre que le chemin de croix est un juste chemin. Comment se laisser dire que rien ne vous manquera, alors que vous avez l’impression un peu plus chaque jour que l’on vient vous prendre votre vie. Combien de fois, vous vous êtes offerts les uns aux autres dans les psalmodies exprimées en deux chœurs,

- les questions angoissantes qui sont les vôtres et celles de vos voisins

- et les paroles pacifiantes de Jésus : « Je suis avec vous pour toujours, avec vous et avec tous ceux que vous portez dans vos cœurs »

 

Vous étiez confiants que Jésus en les disant à vous, les disait aussi aux gens du village et par là, à tous les gens de l’Atlas. Vous écoutiez dans les mots psalmodiés, le timbre de la voix de votre Maitre et Ami Jésus … vous compreniez que ce qu’il vous disait à chacun, c’était adressé aussi à tous en commun. Tout en entendant les peurs et les effrois des uns et des autres mêlés aux vôtres, vous chantiez que l’amour du Christ vous était donné à tous.

 

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Là, en ce lieu, dans combien de psaumes vous reconnaissiez que la situation des membres du peuple algérien était comparable à celle des tourterelles et des hirondelles, des passereaux et des moineaux, effarouchés, effarés, effrayés, par les violences qui leur étaient faites … les gens eux-mêmes, venant voir le frère Luc pour soigner leurs blessures et leurs maladies, vous faisaient comprendre : « Petits oiseaux que nous sommes, nous vous en supplions, ne partez pas … demeurez , afin que nous puissions être au moins comme des oiseaux sur la branche …  Pour cela, il faut que vous, les branches de l’arbre vous restiez. » Vous compreniez et faisiez tout pour demeurer branchés sur Jésus, le Fils de Dieu. L’un de vous, allait lire la parole de Dieu en Saint Jean au chapitre 15 : « Pour porter un fruit qui demeure, restez branchés sur Moi. » et vous lui disiez en chœur : « Sans Toi, sans ta manière de vivre et d’aimer, nous ne pouvons rien faire. »

 

Patrick nous racontait qu’à plusieurs reprises, des hommes avaient surgi en armes aux portes du monastère et même à l’intérieur. Les moines avaient réagi en disant : «  Ici, c’est une maison de paix, il est insupportable d’y tenir des armes. Sortons » Les moines avaient réussis à faire comprendre à ces hommes qu’il ne fallait pas entrer ici avec leurs armes. Nous-mêmes aujourd’hui, nous comprenions que nous sommes appelés à nous désarmer, à nous défaire et à nous démunir de nos violences. Nous nous engageons à nous arrêter dans la course aux armements de toutes sortes de manière unilatérale.

 

Avec Christian de CHERGE et avec vous tous, frères moines, nous faisons cette prière : « Désarme-moi, désarme-les  »

 

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16 juin 2014 1 16 /06 /juin /2014 09:40

Lundi 10 mars 2014. En chemin pour Tibhirine…

 

« CE QUI PRIMAIT C’EST QU’IL Y AIT UN LIEN AVEC LA POPULATION » (Le jardinier de Tibhirine)

 

Nous prenons un bref petit déjeuner à la maison diocésaine d’Alger. Il est 5 heures 15, quand nous quittons la maison et que nous montons les quatre, à bord de la voiture de Jean-Marie. C’est un trajet éprouvant que nous entreprenons. Celui-là que Christian de Chergé a plusieurs fois réalisé. Mais je pense, particulièrement à cette fois-là, où il a prit ce chemin au lendemain du 1er décembre 1993. Il venait de commencer d’écrire ce qui deviendra son testament spirituel, qui ressemble comme nous l’avons vu, à celui de Jésus, dans l’évangile de Jean, au chapitre 17. Et je me dis, en écoutant Jean-Marie depuis hier soir, qu’il y a peut être, dans les paroles qu’il nous donne, un peu, beaucoup, là aussi comme quelque chose de son testament.

 

Jean-Marie nous raconte, une fois que nous sommes dans sa voiture, des choses que nous retrouvons, certes dans son livre : « le jardinier de Tibhirine », mais entendre de sa bouche ce qu’il a écrit dans son livre, et en être témoins, comme ça se traduit en ce moment, ça, c’est un grand don qui nous est fait. Nous le ramassons pour vous le partager. Ça me rappelle quand j’étais gamin, et que mon papa m’apprenait à labourer avec la charrue brabant, tirée par nos deux chevaux, Coco et Lisette.

Mon papa me disait : « ce grain que nous avons ramassé à la saison dernière, nous devons faire très attention de ne pas le perdre. Pour cela, il ne faut pas l’amasser mais en donner une partie et semer l’autre. Ramasser sans amasser. Ramasser pour donner. »

 

C‘est incroyable Jean-Marie ce que tu es en train de nous donner. Nous le ramassons, pour nous en nourrir, mais aussi pour le partager et le semer.

 

Nous venons de sortir de la ville d’Alger… Comme il est très tôt, la circulation est assez fluide…

 

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 - « Pourrais-tu nous dire Jean-Marie comment c’est venu, que tu sois appelé à devenir le jardinier de Tibhirine, là où tu es en train de nous emmener ? »

- « Le 20 mai 2001, dom André Barbeau, alors père abbé d’Aiguebelle et responsable de Tibhirine, me demande, en accord avec l’Evêque d’Alger, Henri Teissier, si je peux prendre en charge, la gestion du domaine… Henri, est un homme qui m’a beaucoup marqué, quand il était Evêque d’Alger. Je suis heureux de continuer de le rencontrer… »

« Ces deux hommes, André et Henri, me disent : nous souhaiterions continuer une présence. Est-ce que tu accepterais d’être le responsable de Tibhirine, en particulier des terres et du monastère ? Ce qui primait, c’était qu’il y ait encore un lien avec la population. Dans ce petit cimetière, j’ai éprouvé avec force, tout ce que pouvait être cet héritage de Tibhirine, dont j’étais indigne… En relisant le testament de Christian de Chergé, j’ai trouvé la trace d’un frère. J’ai compris aussi que devenir le jardinier de Tibhirine, allait m’engager bien au delà de la gestion du monastère. En acceptant, je recevais une part inestimable de la vie, de la mémoire, de la foi des martyrs de l’Atlas… Et j’ai accepté. »

« Une forme de présence chrétienne, notamment pour l’exploitation menée en association, avec quelques villageois : Mohamed, Youssef, et Samir… Vous allez les voir tout à l’heure. Ils vont nous accueillir, quand nous entrerons dans le monastère. »

 

 

Je me disais, à la pensée que dans quelques heures, nous entrerions dans le cimetière de Tibhirine : « C’est surprenant comment dans la proximité de certains tombeaux, tout un relèvement de nos êtres peut se réaliser. »

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Nous roulons à allure régulière, en traversant la plaine de la Mitidja, puis la ville de Blida… Il y a des constructions partout… Beaucoup ne sont pas terminées… Les splendides plantations d’orangers qui sont une des caractéristiques de Blida et de la plaine environnante, m’avaient beaucoup impressionné, quand en 1960, soldats, nous empruntions cette route pour aller en opération Etincelle et Jumelles dans l’Atlas blidéen.

Puis j’avais été choqué en 1983, quand nous étions venus en Algérie faire un campement avec 20 ados des Loisirs Populaires de Dole et 7 jeunes accompagnateurs. J’avais en effet découvert, que beaucoup de cultures vivrières avaient été abandonnées, sous l’administration Boumediene. J’avais trouvé qu’il fallait payer très cher le kilo de pomme de terre et la galette de pain…

 

 

Aujourd’hui, je suis heureux de voir que beaucoup de cultures et de plantations sont revalorisées. Mais cela ne nous empêche pas de déceler que ceux qui gouvernent le pays actuellement, veulent garder le pouvoir rien que pour eux.

Abdelaziz BOUTEFLIKA ne peut plus marcher suite à un A.V.C.

Il se déplace en fauteuil roulant et il brigue un quatrième mandat. Il se dissimule derrière lui toute une mafia d’hommes de pouvoir qui captent et gardent rien que pour eux, les ressources de ce pays si riche. BOUTEFLIKA sera réélu Président de la République Algérienne pour un quatrième mandat le 17 avril… Car les gens sont sous la crainte que ne reviennent les années noires comme entre 1990 et 2000. Une colère couve dans l’être profond des gens. Leur dignité est bafouée.

 

 

Ça y est nous voilà aux portes des gorges de la Chiffa.

Beaucoup de vilains souvenirs me reviennent, comme la peur et la crainte. Le réflexe de tenir et serrer son arme tout contre soi, au cas où nous tomberions en embuscade dans ces gorges fatidiques. Cependant je contemple les hauteurs de Chréa. A flanc de montagne, un nombre impressionnant de bulldozers et de pelleteuses sont à pied d’œuvres afin d’établir un immense ouvrage : une imposante autoroute est en construction qui ira d’Alger à Médéa, puis à Hassi-Messaoud, à Ghardaïa, et Tamanrasset…

Mais alors qu’une multitude de jeunes Algériennes et Algériens sont en chômage, ce genre de chantier, ne leur est pas accessible. Il est attribué à des entreprises chinoises…

Quels contrats commerciaux ont bien pu s’instaurer entre la Chine et l’Algérie ???

Nous entendons beaucoup parler de ces chantiers, où la main d’œuvre uniquement Chinoise, prend le travail des Algériens, et, se trouve exploitée elle aussi. Il n’y a aucune osmose entre ces chantiers et le peuple Algérien.

Qu’est-ce qui met en danger, encore aujourd’hui, la vie des Algériens ? Bien-sûr que c’est en partie le terrorisme caché et larvé. Mais en causant nous rencontrons des gens qui nous appellent à remonter en amont de ces actes terroristes dont on a toujours une crainte terrible, qu’ils ne reviennent déchiqueter la société Algérienne comme ils l’ont fait de 1990 à 2000 (Quant il y eut 150 000 à 200 000 morts). Et nous sentons qu’il y a comme cause à tout cela, une guerre latente, entre quelques oligarques pour garder le pouvoir et l’argent. Ils profitent de l’extraction du gaz et du pétrole, mais c’est au mépris des gens du peuple. Ils les privent du strict nécessaire et particulièrement de leur dignité.

 

Jean-Marie nous raconte que, dès qu’il a commencé d’entrer dans ce jardin de Tibhirine où il nous conduit, tous les jours il découvre des trésors de vie et de foi, que les moines ont laissés. Il se sent appelé après les avoir découverts, à les ramasser, particulièrement, dans la contemplation et la prière, dans le travail et le jardinage, afin de mieux nous les faire partager.

Merci Jean-Marie de la manière dont tu parles de ces graines de non-violence et comment tu nous offres de les ramasser afin de les emporter et les cultiver dans le jardin de nos relations. Tu me fais penser Jean-Marie, à cet homme, qui dans l’évangile de Mathieu au chapitre 13 verset 44, vient à trouver un trésor dans un champ. Il le recache après l’avoir découvert, et s’en va, ravi de joie, vendre tout ce qu’il possède, pour acheter ce champ, afin d’y amener tous ceux qui voudraient venir y ramasser les graines qui vont changer toute leur vie.

Désormais, en traversant les gorges de la Chiffa, ce ne sont plus des balles et un fusil, que j’ai serré contre moi. Je me suis démuni de ce qui entretient la crainte et la peur. J’ai laissé pousser en moi les plantes ensemencées par la petite fille Espérance, dont nous a parlé Jean-Marie Muller dans le sillage de Charles Péguy. Nous sommes capables de traverser les ravins des ténèbres et de la mort, comme il est dit au psaume 22. A condition que nous nous laissions habiter et travailler par cette présence aimante qu’est l’être même de Jésus.

 

Nous voilà en train de sortir des gorges de la Chiffa. Jean-Marie nous fait deviner au loin, la ville de Médéa, dans la lumière du soleil levant. Il est bientôt sept heures. Voici presque deux heures que nous roulons. Nous allons bientôt entrer dans la cité : « Tenez… voilà le fossé où au matin du 21 mai 1996, les têtes des sept moines ont été retrouvées. Sans les restes de leur corps… »

Jean-Marie nous fait comprendre : faut-il vraiment s’obstiner de chercher et vouloir tout trouver ce qui s’est passé juste avant le 21 mai ? On ne trouvera peut-être jamais comment ils sont morts… Ne faudrait-il pas aussi et surtout continuer à creuser le puits au fond de notre propre jardin, et tirer l’eau vitale, pour nous engager à transformer nos propres manière de vivre, bêcher, piocher et faire pousser les graines des béatitudes ! (Mathieu 5 ; L’invincible espérance page 35).

 

Ah ! vous savez quand nous entrons dans ce monastère comme nous allons le faire tout à l’heure, « nous sommes impressionnés en franchissant la petite porte… Elle donne sur une cour agréablement ombragée. C’est là que les patients du toubib, le frère Luc, se blottissaient le long du mur, sur les pierres de taille accolées… Les femmes et les enfants patientaient… Pendant plus de cinquante ans, il a soigné des milliers de malades, et ceux-là sont encore reconnaissants aujourd’hui. Ils sont nombreux à revenir à Tibhirine, pour lui rendre hommage. »

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Nous qui venions en Algérie, pour ramasser des graines de non-violence, afin de les remporter et les cultiver dans nos champs d’actions, nous sentons que nous avons mis à jour un sacré chemin en venant à Tibhirine. Nous voyons bien, que nous avons déjà trouvé de merveilleuses parcelles de ce que nous cherchions.

 

Ça y est, nous traversons la ville de Médéa et le petit village de Tibhirine est désormais en vue. Dire que ce petit village, insignifiant comme ça apparemment, s’est revêtu d’une dignité infiniment profonde. Il se passe en moi, en entrant dans Tibhirine, ce que je ressens quand quelqu’un d’éprouvé me fait entrer chez lui, et que je découvre l’infinie dignité de son être. Je repense à ce que Saint Irénée de Lyon, à la fin du 2ème siècle, révélait aux gens avec qui il vivait : « la gloire de Dieu c’est l’homme vivant. »

 

Jean-Marie, le visage tout rempli de paix, nous dit en arrivant devant le portail du monastère : « les portes vont s’ouvrir… Nous sommes attendus ».

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7 juin 2014 6 07 /06 /juin /2014 09:08

D'Alger à Tibhirine, Lundi 10 mars 2014

AVEC QUI PARTONS-NOUS POUR TIBHIRINE ?

QUELLE SERA NOTRE ESCORTE ? « Apoc. 3 4 »

 

Ainsi j’ai pu me lever tôt ce lundi matin. Révéillé bien avant quatre heures, je me mets debout afin de marcher vers la lumière… Partir pour Tibhirine.

La grâce qui nous est donnée, à Nelly, Bernard et Claude et à moi, c’est qu’en vivant de tels moments, nous n’allons pas garder, rien que pour nous, ce dont nous sommes témoins.

La grâce qui nous arrive, c’est déjà de vous porter dans nos cœurs de chair, vous tous les amis. Jean Marie (le jardinier de Tibhirine) nous a dit hier soir, qu’il n’y aurait pas d’escorte policière à notre embarcation pour Tibhirine. Notre escorte sera donc non violente. Ce sera vous : nous allons partir accompagnés par vous tous, que nous nommons avec vos paroles et vos mots, que nous appelons par vos noms. La grâce qui nous est offerte, c’est de vous porter dans nos cœurs de chair, vous tous. Et je me réjouis en conscience, d’être porté dans vos cœurs en vous portant dans le mien. Tout ce travail est une mise au monde, un enfantement…Nous le vivons en action de grâce.

 

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Je vous nomme, vous qui êtes au commencement de ma  vie, maman et papa, Susanne et Marius, et tout de suite, en même temps, vous mes sœurs et frère, comme je vous nommais sur cette même terre d’Algérie dans l’Ouarsenis…Il y a un peu plus de cinquante ans…Quand vos noms s’inscrivaient dans le cœur de Monsieur Mohamed H, dans celui, de Fatima, de Yasmina et d’Allia, ses filles, et dans celui d’Amed et Abdelkader, ses fils, pendant que c’était la guerre.

 

Après vous avoir nommés, vous, grâce à qui, j’ai commencé de vivre en votre chair et d’y être aimé, je vous vois vous tous dont les noms sont écrits sur mes cahiers : Sur celui là, qui va de Dampierre en France à Bethléem en Palestine, sur celui là aussi, qui va de Dampierre en France à Oued Fodda en Algérie, et sur celui là encore qui va de l’abbaye d’Acey en France à l’abbaye de Latroun en Palestine-Israel, et l’abbaye de Tibhirine en Algérie. Je vous nomme tous, celles et ceux dont le nom est paru dans mes cahiers, qui sont une part du livre de vie (Apoc 1- 11 ; 3- 6) Vous êtes notre escorte.

 

Oh ! qu’elle est de chair, ma prière ! Elle est de votre chair, de la mienne, et de la tienne ami Jésus, en qui repose tous celles et ceux que je nomme, mais aussi tous ceux et celles que tu n’oublies pas, et que tu sais appeler par leurs noms, toi Jésus Christ.

 

En découvrant dans la prière d’hier soir et dans celle de ce matin, ce qui se passe en ton cœur ami Jésus Christ, et dans le tien Christian de Chergé, et dans celui de tes compagnons de Tibhirine, je suis émerveillé de ce qui habite en vos êtres profonds. Cela me fait partir à la recherche de celles et ceux dont nous ne savons pas, ni le nombre, ni le chiffre, ni le nom. Combien êtes vous, et qui êtes vous, vous tous, dont le sang a coulé sur la terre d’Algérie. Vous êtes aussi notre escorte. Je pense à ce qui vous est arrivé à vous, frères et sœurs humains, dont le sang a coulé, suite à beaucoup de tortures, à la villa Susini, dans la forêt de Sidi Ferruche, à votre place Maurice Audin, à ton endroit Jean Marie Buisset, en plein djébel Ouarsenis, quand ta vie comme celle de tant d’autres, à « voltigée » en éclats… Je pense à vous tous frères et sœurs. Vous êtes aussi notre escorte. Vous tous, victimes  des luttes d’intérêts et de pouvoirs, durant les années noires, de 1990 à l’an 2000.

 

Je pense à vous, qui aux portes de la Casba et de Bab-el-oued, humblement vous vouliez être les petites branches, du grand et unique arbre, qu’est l’humanité, pour protéger les petits oiseaux, qui venaient se réfugier auprès de vous… Je pense à toi Abdelkader d’Oued Fodda, mort en 1997…

 

Et voici  que c’est tout l’arbre de vie qui a été saccagé, mis à feu et à sang, par la guerre. Je pense à toi l’homme de l’Oued Ardjem, tué durant une nuit d’embuscade, en 1960, pendant  l’opération Jumelles… Et à toi aussi, petit enfant des environs de Ténes, blessé durant une autre opération. Tu es mort dans nos bras. Je t’ai enterré, et ta maman n’aura jamais su où tu étais tombé. Je pense à vous tous, qui avez sombré, dans les affres de la mort, dont le sang et la chair ont pourri sans sépulture. Nous découvrions d’une opération à l’autre, «  vos ossements desséchés », comme dans le livre du prophète Ezéchiel au chapitre 37.  Je vous entends dire encore aujourd’hui : « nos os sont desséchés, notre espérance est détruite, c’en est fait de nous » (v.12), alors que nous allons prendre le chemin de Tibhirine. Et nous n’avons même pas retrouvé tous vos ossements, moines de Tibhirine. Dans vos cercueils,  il n’y a que vos têtes. C’est alors que Yahwé-Dieu nous dit, à vous et à nous, car nous sommes nous aussi des gens qui sont tombés : «  Voici que j’ouvre vos tombeaux. De l’endroit où vous êtes tombés, je vais vous faire remonter…Et je mettrai mon esprit  en vous, et vous vivrez. » (Ez. 37 11- 14. )

 

Nous avons l’impression que tout a été arraché de cet arbre de vie. Pas facile de dire que « quand il est venu chez lui, il y en a quelques uns qui l’ont reconnu, là ou notre humanité est cassée, fracturée, abîmée. » (Jo 1 12 - Lc 24)

 

Petit reste !  vous êtes là, c’est vous aussi qui nous accompagnez ! C’est vous tous qui êtes notre escorte, infinie petite église d’Algérie. Merci à vous Hélène et Jean Marie Muller qui nous avez mis en lien, avec vos cousins, Anne et Hubert Ploquin. Vous avez été hôtes d’accueil, au monastère de Tibhirine, durant les années 2012, 2013. C’est grâce à vous que nous frappons à la porte de cette infime petite église d’Algérie et que nous entendons : «  Entrez ! » Emportés par vous, vous êtes aussi notre escorte.

 

Je vous vois dans l’escorte, des personnes qui nous accompagnent, vous aussi Bernadette et Jean  Coulet, qui m’avez offert le livre : «  Le jardinier de Tibhirine ». Et vous faites partie de l’équipée, des amis qui nous avez offert les ânes, il y a 33 ans : Andrée et Michel, Danielle et Alain, Michou et Jean, et vos enfants à tous . Grâce vous, nous avons pris goût à marcher aux pas de l’âne et ainsi, retrouvé le pas de l’homme que nous avons perdu. Tout cela fait partie intégrante de la culture de la non violence.  C’est pour en chercher les graines que nous nous sommes mis en route, afin d’entrer dans le jardin de Tibhirine et les y ramasser… Vous nous escortez, Bernard, Jean, Alphonse, et vous membres des familles de Jean-Claude et de Jean-Marie, du Lot et Garonne, du Gers, des Ardennes et du Jura, qui auriez tant voulu, que nous ne partions pas, à la guerre… Vous êtes aussi de notre escorte, Gaby Maire, Alice Domon, et Léonie Duquet. Votre sang a coulé sur une autre terre, celle d’Amérique Latine, pour que la paix vienne par la justice. Cette terre est aussi la Terre des Hommes.

 

Quelqu’un a merveilleusement écrit ta présence Gaby, dans cette escorte, pour Tibhirine. C’est ta sœur Marie Thérèse, qui dans les échos de Vitoria dit : « Qu’il y a un parallèle entre la vie des moines et la tienne. Comme à eux, la vraie question qui s’est posée à toi, c’est : doit-on partir ? doit-on rester au risque de notre vie ? Comme eux, tu es resté, en disant je préfère une mort qui mène à la vie, qu’une vie qui mène à la mort»  

 

Toi aussi Gaby, tu as tellement été bouleversé, par la guerre d’Algérie, où tu étais venu soldat, à Colomb-Béchar avec Gérard Mouquod et tant d’autres... 

 

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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 13:25

Alger, dimanche 9 mars 2014

 

NOUS NOUS PREPARONS A PARTIR RAMASSER LES GRAINES DE LA NON VIOLENCE DANS LES JARDINS DE TIBHIRINE

 

Ayant conscience que l’accompagnement de Claude, Nelly et Bernard me permet de vivre des moments de grâce  inouïe, j’essaye de n’en rien perdre. Je ramasse tout ce que je peux dans mon cahier …

 

Il y a quelques jours « Le jardinier de Thibirine », nous a proposé de nous emmener dans sa voiture  tous les quatre avec lui demain lundi 10 mars, à ce point-phare, pour notre humanité, qu’est Tibhirine.

 

Afin de bien m’y préparer, je savoure le calme et le repos que nous permettent de trouver dans la maison diocésaine d’Alger, les trois religieuses : Rita, Gabriella et Julia. Je lis et relis : « Sept vies pour Dieu et l’Algérie » par Bruno Chenu aux éditions Bayard. J’y reprends en priant le testament spirituel de Frère Christian page 210-212. Lu et médité ce soir à Alger, je reprendrai sans doute ce trésor, demain à Thibirine. Je découvre qu’il est de la même veine que ce que, toi, Ami Jésus, tu confiais à ton père la veille de ta passion, lorsque « Levant les yeux au ciel, tu lui disais : Père, l’heure est venue que je donne les paroles et les semences de la vie éternelle à tous ceux que tu m’as donné » ( Jean 17 )

 

Je me retrouve comme si, il y avait devant moi, sous mes yeux, deux sacs de graines précieuses. Et je sens bien que c’est de cela qu’il me faut me nourrir. Il y a quelque chose, comme une force qui est cachée dans ces deux sacs de graines, que sont ces deux testaments, celui de Jésus et celui de Christian. L’un et l’autre sont nouveaux, neufs, originaux. Je commence à les ouvrir l’un et l’autre. Je me mets à en manger une part, quelques mots de l’un et de l’autre. Ça me nourrit. Ça me fait du bien. Je savoure ce que je lis et que j’écoute, comme si c’était la 1ère fois que je les lisais et entendais. J’en garde une autre part que je ne mange pas. Je mets de côté les paroles qu’il faudra ensemencer, donner à d’autres, planter ailleurs, ne pas garder rien que pour moi, ni rien que pour nous.

 

Enfant de paysan, je me souviens alors, d’avoir vécu quelque chose de semblable avec mon père, lorsque chaque été, le mois de juillet venu, nous allions à Evans à la batteuse chez le Louis Muneret, entrepreneur. Nous y emmenions les deux premières charretées de gerbes de blé de la moisson que nous venions de commencer. Il y avait deux parts aussi qui étaient faites par nos mains, du grain qui venait de tomber dans les sacs : une part que nous emportions moudre au Moulin de la Bruyère. Avec la farine apportée chez le boulanger, nous faisions le pain pour nos repas familiaux. Et l’autre part du grain, nous la montions dans le grenier où il allait rester jusqu’à l’automne bien au sec. Nous le reprendrions pour les semailles au moment venu : « Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt … «  (Jean 12,23)

 

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A ta suite Frère Christian, et dans ton sillage Ami Jésus, toi Christ, je me mets à m’adresser à Notre Père, en empruntant vos mots à l’un et à l’autre et en les mêlant les uns aux autres.

Dès le commencement, c’est merveilleux comme ils se ressemblent :

Christian de Chergé : « S’il m’arrivait un jour – et ça pourrait être aujourd’hui – d’être victime du terrorisme, qui semble englober maintenant … » (page 210)

Jésus Christ : «  Père, l’heure est venue maintenant … j’ai manifesté ton nom aux hommes que tu as tirés du monde pour me les donner … » (Jean 17, 1,5,6)

Christian de Chergé : «  Ma vie était donnée à Dieu et à ce pays … (page 210)

Jésus Christ : « J’ai veillé sur eux, aucun ne s’est perdu » (Jean 17)

Christian de Chergé : «  Et toi, l’ami de la dernière minute qui n’a pas su ce que tu faisais … »  (page 212)

Jésus Christ : «  Sauf le fils de perdition, pour que l’écriture s’accomplisse … » (Jean 17, 12)

Christian de Chergé : «  Je sais le mépris dont on a pu entourer les algériens … »  (page 211)

Jésus- Christ : «  Le monde les a pris en haine … » (Jean 17, 14)

Christian de Chergé : «  Voici que je pourrai, s’il plait à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec Lui, les enfants de l’Islam … » (page  212)

Jésus-Christ : «  Que tous soient un, comme toi, Père tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous …) (Jean 17, 21)

Oh ! Si c’est beau ! Comme vos paroles se rassemblent ! C’est peut-être aussi parce que les consonances de vos noms vibrent pareillement, Christian de Chergé … Jésus-Christ de Galilée … !

 

Je n’ai pas tout « égrainé «  … car je ne vais pas tout manger ce soir. Il me faut beaucoup en garder. En effet, à l’avenir je devrai guetter, voir venir le moment  et déceler l’endroit où semer et planter de ces paroles tellement vives, qui sont sorties de votre bouche à l’un et à l’autre, Jésus-Christ et Christian … en sorte que, elles parviennent de vos bouches à nos oreilles, et par là, «  jusqu’aux extrémités du monde. » (Ac. 1, 8)

Je vais me coucher tôt ce soir, afin de me trouver à pied d’œuvre demain matin. Une fois encore, «  il y aura eu un soir pour qu’il y ait un matin, et la lumière sera comme au premier jour. » (Gen. 1, 3,5 )

 

PS : n'hésitez pas à suivre les liens vers les personnes ou documents que citent Lulu... Ces liens sont positionnés par exemple sur les titres de livres cités. Vous retrouverez le testament spirituel de Christian de Chergé. (Exemple : voici un lien vers le site des moines de Thibirine)

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  • : Lulu en camp volant
  • Lulu en camp volant
  • : Lucien Converset, dit Lulu est prêtre. A 75 ans, il est parti le 25 mars 2012 avec son âne Isidore en direction de Bethléem, où il est arrivé le 17 juin 2013. Il a marché pour la paix et le désarmement nucléaire unilatéral de la France. De retour en France, il poursuit ce combat. Merci à lui ! Pour vous abonner à ce blog, RDV plus bas dans cette colonne. Pour contacter l'administrateur du blog, cliquez sur contact ci-dessous.
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