Parviendrons-nous à désarmer nos dieux ?
Le 8 mars 2014
PARVIENDRONS-NOUS A désarmer NOS DIEUX ?
Nous ne nous disons pas grand-chose, dans le taxi conduit par Sid-Ali, qui nous emmène depuis Alger en direction de l’OUARSENIS. Je sens beaucoup de respect de la part de mes amis Nelly, Bernard et Claude, avec qui et grâce à qui, je me suis embarqué dans cette recherche. En même temps je sens une détermination, de leur part, à tout faire pour que je retrouve mes amis de 1960, la famille H.
Aujourd’hui, roulant sur cette route, du contrefort de l’Atlas Tellien… je pense et je nous revois 54 ans auparavant. C’était sur cette même route, que nous partions en « opération JUMELLE », le 24 juillet 1960. Nous nous déplacions en G.M.C. Nous ne savions pas où nous allions, mais les officiers du commandement, eux le savaient. Nous partions faire « la pacification et le maintien de l’ordre. » En fait, nous partions exécuter « le plan CHALLE », qui consistait à vider les gens de leurs douars et les expulser de leurs mechtas, afin de les parquer, et de les établir dans des « villages de regroupements » ça permettait d’avoir main mise permanente sur eux, et de déclarer « zones interdites » d’immenses territoires où les soldats que nous étions, pouvaient et devaient tirer impunément sur tout ce qui ce qui bougeait. C’était une véritable déportation de population, pensée et organisée, en haut lieu, exécutée par les troupes que nous étions. C’est ce qui continue de se passer, dans beaucoup d’endroits de la terre, comme aujourd’hui encore en PALESTINE, pour les Bédouins du NEGUEV. C’est dans cette situation dramatique, dont j’avais été témoin, que j’avais commencé de devenir « objecteur de conscience ».
Aujourd’hui, avec mes amis Nelly, Bernard et Claude, je sens que nous cherchons à emprunter un chemin de pardon. Si nous arrivons à trouver mes amis de la famille H., comment parviendrons-nous à leur signifier que nous leur demandons ce pardon ? J’espère retrouver en plein Djebel, ces amis de 1960, mais je n’en suis pas sûr !
Hier, lorsque nous allions dans l’OUARSENIS pour l’opération Jumelle, avec des centaines de soldats en arme, c’étaient des tonnes de munitions que nous emportions, afin de maintenir « L’ALGERIE FRANCAISE », sous le joug colonial.
Aujourd’hui, je pars avec des amis, dans une recherche non-violente. Démunis de tout pouvoir, ayant les mains nues, étant presque sûrs de trouver des gens dont les mains de jardiniers, sont semeuses de graines de possible. J’espère pouvoir retrouver les personnes que j’avais connues, lorsqu’elles étaient enfants. Aujourd’hui, devenues des femmes et des hommes avec qui, nous pourrons nous aborder, nous rencontrer, et nous reconnaitre, frères et sœurs en Humanité. Nous pourrons alors entrer dans une attitude, qui nous fera dire, à nos dieux : « Pardonnez nous nos offenses… » Le papa des personnes que j’espère retrouver, ne m’avait-il pas dit, en 1960 : « Ici tu es loin de ton père, je suis comme ton père… Tu es comme mon fils. » Les dieux de nos armées, grâce à la manière dont nous nous causerons, deviendront des dieux désarmés.
Mais allons nous retrouver mes amis de 1960 ?