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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 16:00

Suite des notes prises par Lulu à Midelt, ramassées, méditées et partagées par Lulu...

Cette lettre inspirée des échanges entre Lulu et frère Jean-Pierre Schumacher est dans le dossier à publier depuis février 2016... Il n'est jamais trop tard pour partager des graines d'humanité. La voici !

Pour voir l'ensemble des articles relatifs à la visite de Lulu aux moines de Midelt (résurgence de Tibhirine) Cliquez sur le tag : Midelt.

Jeudi 10 septembre 2015

 

Nous continuons Jean-Pierre Schumacher et moi à nous raconter pourquoi nous sommes si attachés à l'Algérie.

Jean-Pierre : « Tu m'as raconté hier que tu avais été séminariste soldat pendant la guerre d'Algérie, et que tu avais crapahuté avec les camarades de ton régiment dans les djebels du massif de l'Ouarsenis, pas très loin de Tibhirine où l'un de tes grands amis avait été tué »

Lucien : « Au cours de ces opérations et à ce moment-là, on ne parlait pas de Tibhirine. Je n'en connaissais pas l'existence … Tu m'as parlé hier d'Alphonse Georger qui a écrit un livre : « Journal d'un séminariste en Algérie »1960-1962 Editions Cana.

Jean-Pierre : « Je t'ai apporté le livre, le voici. »

Lucien : « Comme ça me touche que tu me le confies ainsi. »

Jean-Pierre : « Cet homme m'a beaucoup marqué par l'accueil qu'il a offert à Amédée et à moi dans la maison des Glycines au lendemain du rapt de nos 7 compagnons. Alphonse est devenu évêque d'Oran après la mort de Pierre Claverie. Pendant la guerre d'Algérie, Alphonse est devenu objecteur de conscience. Maintenant, il est évêque ermite. Il nous avait accueillis aux Glycines, bibliothèque de l'évêché pour les étudiants musulmans. Amédée et moi nous étions en ce lieu comme dans un monastère. Cet accueil a duré pendant les deux mois d'avril et mai 1996, pendant que nous cherchions ce que devenaient nos 7 compagnons. Nous espérions tant, avec beaucoup de gens à travers le monde, que les moines seraient libérés par une intervention de l'état algérien ou de l'état français ou encore de l’Église.

Lucien : « Je suis très touché Jean-Pierre d'être près de toi et de t'entendre me raconter tout cela... »

Jean-Pierre : « On a vécu tellement de choses … »

Lucien : «  C'est en Algérie, en pleine opération, que je suis devenu objecteur de conscience... »

Jean-Pierre : « Alphonse Georger m'a raconté comment il est devenu objecteur de conscience lui aussi … Il avait les officiers sur le dos, car ceux-ci sentaient bien de quel bord était Alphonse... Tu vas découvrir tout cela en lisant ce livre … Une fois qu'il est devenu prêtre ici en Algérie, le cardinal Duval l'a envoyé faire du droit. C'est après cela qu'Alphonse est devenu évêque d'Oran. »

Lucien : « Tu as donc connu le cardinal Duval ? »

Jean-Pierre : « Oui, il venait à Tibhirine chaque année pour la fête du 15 août »

Lucien : « Il tenait beaucoup à vous, membres du monastère de Tibhirine ! »

Jean-Pierre : « Il nous avait dit un jour « Vous resterez ici » ad vitam aeternam » il y a eu un moment où on devait partir dans les 15 jours. L'ordre nous avait été donné, c'était sous Boumédienne en 1976. C'était une question de jalousie entre deux hommes pour la détention du pouvoir. Il y avait un malentendu entre Boumédienne, président de la république algérienne, et Ben Cherif qui était alors responsable de la police nationale. Ben Cherif voulait que 4 lieux soient évacués de la présence d'étrangers :

  • Notre Dame d'Afrique à Alger
  • La maison saint Augustin à Anaba
  • Une maison dont je ne sais plus le nom à Santa Cruz
  • et nous, le monastère de Tibhirine.

On devait s'apprêter à partir dans 15 jours. Notre prieur est allé au cabinet de la sous-préfecture. Ils répondaient qu'ils ne pouvaient pas l'empêcher. On a téléphoné au cardinal Duval qui nous a dit : « Préparez tout comme si vous deviez partir, mais ne bougez pas. » Alors, on faisait les cartons. Des policiers passaient voir ce que nous faisions, afin de se rendre compte si on se préparait. On a su que le cardinal Duval était allé voir Boumédienne qui lui avait dit : « Je ne suis pas seul chef ici, allez voir Ben Cherif. » Il est allé voir Ben Cherif, il a été reçu avec les honneurs militaires. Ben Cherif a fait publier la venue du cardinal dans le journal El Moujahid, et les menaces d'expulsions ont été terminées.

Lucien : «  C'est formidable Jean-Pierre ce que tu as vécu avec tes frères de Notre Dame de l'Atlas à Tibhirine. Je suis très touché par l'histoire qui est reprise et racontée dans le film « Des hommes et des dieux », par les mots qui sortent de la bouche de cet homme disant à frère Christophe : «  Ne dites pas que vous êtes comme des oiseaux sur la branche, car la branche c'est vous, et les oiseaux c'est nous. Si vous partez, où est ce que nous allons pouvoir nous poser ? »

Jean-Pierre : « Nous avons eu des pressions de l'état algérien pour partir, ainsi que de l'ambassade de France en Algérie. Nous avons dit que nous ne partirions que si nos voisins nous le demandaient, parce qu'alors nous serions devenus dangereux pour eux par notre présence, parce que notre présence aurait pu provoquer leur massacre. Si les gens nous avaient dit ça, on serait partis. Nous entendions les confidences de parents : Si notre jeune part dans l'armée algérienne comme il y est appelé, notre famille est menacée par le GIA (Groupe Islamique Armé) Si notre jeune part au maquis, c'est l'armée algérienne qui menace notre famille, considérée comme alliée avec le GIA.

 

Objecteurs de conscience

Lucien : « Ce que tu me racontes Jean-Pierre me bouleverse, car j'ai été témoin du même drame durant mon séjour en Algérie durant les années 1959-1960. Ahmed, fils de Mohamed était engagé dans l'armée française dans la région de Constantine. Il combattait dans un régiment français contre les idées de son père qui était pour l'indépendance de l'Algérie. J'écrivais à Ahmed sous la dictée de son père, lequel père comptait plus ou moins sur notre présence de soldats de l'armée française, par rapport aux incursions possibles des membres du maquis de l'Ouarsenis. »

Jean-Pierre : «  On a connu ça dans les années 1990-1996, le pays était divisé. Vous aussi, objecteurs de conscience vous avez été dans cette situation. Le cardinal Duval lui aussi était dans cette situation. Le clergé d'Algérie était divisé. Le cardinal voulait l'indépendance. Une partie de ses prêtres s'y opposaient … C'est dans ce contexte que les frères de Tibhirine ont été enlevés. Ils étaient gênants pour l'armée. Le gouvernement algérien et l'armée savaient que frère Luc soignait des blessés du GIA … Frère Luc soignait toute personne qui était blessée d'où qu'elle vienne. Après l'incursion de l'armée avant Noël 1993 qui nous intimait de partir, frère Christian, tous les frères de la communauté et moi même nous avons dit NON. L'armée et la préfecture voulaient nous mettre dans un hôtel à Médéa, nous avons dit NON. Nous n'aurions plus eu de raisons d'être là dans ces conditions. Ils voulaient nous imposer une protection militaire, nous avons dit NON. Un soir, des militaires se sont installés dans la pièce à côté de l'entrée. Ils portaient leurs armes sur eux. Christian leur a dit : « Vous ne pouvez pas entrer avec des armes dans le monastère... » Ces soldats nous disaient en parlant des membres du GIA : « Comment vous pouvez soigner ces brutes-là ? »

Ce que je te raconte là ressemble beaucoup à ce que tu as vécu quand tu étais soldat dans l'Ouarsenis, tout près de Tibhirine.

Lucien : « C'est toi Jean-Pierre qui traces des ressemblances entre l'objection à la violence et aux armes que vous avez vécu et réalisé à Tibhirine, et la manière dont mes camarades et moi nous avons cherché à devenir objecteurs en face des violences dans lesquelles nous nous trouvions à tous moments... »

Jean-Pierre : « Tu verras quand tu liras le livre d'Alphonse Georger que je te donne … Comme ça ressemble à ce que nous sommes en train de nous raconter … »

Il est 10 heures et demi. Omar est venu frapper à la porte de la salle adjacente à la chapelle où nous sommes en train de causer Jean-Pierre et moi. Il dit : « Venez, on va boire le thé que Baha nous a préparé. »

 

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Présentation

  • : Lulu en camp volant
  • Lulu en camp volant
  • : Lucien Converset, dit Lulu est prêtre. A 75 ans, il est parti le 25 mars 2012 avec son âne Isidore en direction de Bethléem, où il est arrivé le 17 juin 2013. Il a marché pour la paix et le désarmement nucléaire unilatéral de la France. De retour en France, il poursuit ce combat. Merci à lui ! Pour vous abonner à ce blog, RDV plus bas dans cette colonne. Pour contacter l'administrateur du blog, cliquez sur contact ci-dessous.
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