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29 avril 2019 1 29 /04 /avril /2019 19:45

Lourdes, mardi 23 avril 2019

 

C’est la question que m’ont posée des amis un peu avant que je ne parte au pèlerinage diocésain qui commençait hier. Ils l’ont fait très fraternellement.


J’aime beaucoup me trouver devant une grotte ou entrer dedans. Je pense à la grotte de Dampierre mon village natal où j’allais jouer avec mes copains étant enfant. J’ai aimé me diriger vers la grotte de Bethléem dans laquelle est né Jésus le Prince de la paix. J’y étais allé au pas de l’âne Isidore en 2012-2013, afin de me désarmer de mes violences. Je pense à beaucoup d’autres grottes que j’ai eu le bonheur de visiter : Lascaux, les Moidons, les Planches en Arbois, la grotte Chauvet, celle d’Amange … C’est beau une grotte. C’est profond ce qui peut nous venir à l’esprit, nous apparaitre, ce qui peut surgir à notre conscience quand on entre dans l’une d’elle et que l’on fait silence en soi. Ça aide à voir d’où l’on vient, de quel ventre maternel nous sortons, et ainsi de mieux parvenir où la vie nous appelle à aller, quels citoyens du monde nous sommes appelés à devenir.


Mardi matin, au lendemain de notre arrivée à Lourdes, tous les gens du pèlerinage du Jura, nous nous sommes rassemblés, avec beaucoup de gens des quatre coins du monde, au pied de la grotte de Massabielle, où Marie la maman du Christ Jésus est apparue à Bernadette. Cette béance de notre mère la terre, m’impressionne profondément, cette cavité dans le ventre de notre planète, où est venue se loger à plusieurs reprises de l’année 1858  la Vierge Marie. Je suis émerveillé de lire au pied de la statue qui représente cet événement, les paroles : «  Que soy immaculata conceptio », « Je suis l’immaculée Conception ». C’est ce que Marie a dit à Bernadette quand elles se sont demandé et dit l’une à l’autre qui elles étaient et ce qu’elles attendaient l’une de l’autre. Et en entendant s’égrener le chapelet de ces rencontres, la foule n’arrête pas de chanter : « Ave Maria » et je suis de ceux-là.


Qu’est-ce qui peut bien continuer de se concevoir, de se conscientiser et de se dire au travers de tous les échanges entre les membres de notre humanité blessée, au bord de l’abîme, de nous tous qui en portons très lourd dans notre cœur et dans notre sac à dos, entre tous les humains que nous sommes et la Maman de Jésus, le Fils du Très Bas. Qu’est-ce qui peut bien m'apparaître quand je dis et reconnais que « le fruit de vos entrailles est béni » ? 


Ce qui sort alors du ventre de la terre est « bien dit ». C’est une « béné-diction ». N’est-ce pas une parole qui peut réparer notre humanité ? Ne sommes-nous pas en présence des pièces multiples d’un puzzle à reconstituer ?


Ça y est, la messe est enclenchée. Le souffle de Jésus, son Esprit-Saint, nous fait prendre conscience que nous tous, les gens qui sommes là, nous sommes le Corps du Christ. A celles et ceux sur qui nous nous appuyons, celles et ceux qui nous ont dit : « Au pied de la grotte, tu déposeras ce que l’on te partage, ce dont on t’a chargé ... ». A nous tous il apparaît : « Le Corps du Christ ».


Ce sont les membres du Corps du Christ qui viennent d’être déchiquetés au Sri Lanka en un acte violent, odieux et fou, par d’autres membres de notre humanité, qui ne savaient pas ce qu’ils faisaient. Eux aussi, ne sont-ils pas les membres du Corps du Christ ?


A la communion, je comprends que l’esprit du Christ nous est donné pour que nous arrêtions de nous massacrer les uns les autres. L’enquête qui va être faite au Sri Lanka et aux Nations Unies, ira-t-elle jusqu’à chercher et trouver, et dénoncer de quels trafics et fabrications criminelles, viennent les armes qui ont déchiré une fois encore, la chair de notre humanité. Donne-nous la force, Ami Jésus, de nous démunir de nos violences, d’inventer des chemins où nous oserons arrêter de fabriquer et vendre des armes.


Il me revient alors à la pensée le visage d’un homme avec qui j’avais créé une profonde amitié. J’étais tout jeune prêtre, cet homme était en grande souffrance et douleur. La violence l’assaillait de bien des endroits. Il voulait, lui, citoyen de la ville où nous habitions, faire acte de justice, pensait-il, il voulait descendre le maire de la cité avec sa carabine 22 long rifle. Je comprenais dans ma prière, que l’amitié qui nous reliait, me demandait de l’aider à se défaire de sa carabine. Ça lui permettrait de ne pas passer à l’acte. J’osai humblement lui proposer de me la confier. Je la cachai sous mon lit. Ça ne suffisait pas, des fois il revenait déjeuner chez nous. Il me la redemandai avec insistance. Je lui disais : « Non ! » C’était pas facile, car il savait que la carabine n’était pas loin. Je priais et demandais à Jésus de me souffler les mots et l’attitude qu’il fallait avoir. Un jour j’arrivais à lui faire accepter qu’on détruise cette carabine. Il fut un petit peu d’accord. Je me dépêchais de briser la gâchette et le percuteur avec une masse, et de faire disparaître le tout. Mon ami m’en voulut pendant un temps. Je lui faisais alors percevoir sa dignité retrouvée. Il vint un peu de paix en lui, petit à petit. Il ne fut jamais assassin d’un de ses frères.


Je pense que je ne cesserais jamais d’être reconnaissant à Jean-Marie Muller et aux membres du M.A.N.V. de nous avoir fait découvrir qu’à l’impossible d’enrayer l’armement nucléaire de la France de manière unilatérale, nous sommes tenus. C’est ce que j’étais heureux de dire dans ma prière devant la grotte de Massabielle, au moment du baiser de paix, j’ajoutais dans ma prière au Christ : «Tu m’as aidé à persuader mon ami de se défaire de sa carabine 22 long rifle … d’arrêter ainsi de menacer de tuer le maire de notre ville … pourrais-tu souffler aux cinq évêques de France qui sont là avec leurs diocésains, dont notre évêque Vincent et nous-mêmes, que nous cherchions et trouvions moyen de créer un rapport de force non-violente avec notre président de la République. Que nos évêques s’engagent et se mouillent pour que notre président arrête de laisser fabriquer des bombes atomiques. Qu’il stoppe dans l’immédiat, de faire perfectionner les armes et engins nucléaires dont nous sommes possesseurs, qu’il fasse entrer notre pays la France, dans le traité signé par les pays de l’ONU en septembre 2017. »

Devant la grotte de Massabielle. Pèlerinage jurassien - avril 2019

Devant la grotte de Massabielle. Pèlerinage jurassien - avril 2019

Voilà ce qui m’apparaissait devant la grotte de Lourdes.


Et en recopiant ces notes sur mon cahier, afin de les partager aux amis que vous êtes, j’entendais Jésus qui me priait et me disait : « T’aurais pu te mouiller toi aussi, en le leur disant, à vos évêques, en pleine messe, au moment où ils vous ont dit : « La Paix soit avec vous »
Je ne l’ai pas fait. Une fois de plus je ne suis pas allé jusqu’au bout de l’objection de conscience. Quand, le ferai-je ?

Lulu Converset

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4 septembre 2018 2 04 /09 /septembre /2018 20:52
Des petites feuilles pleines de promesse

Des petites feuilles pleines de promesse

Dampierre, le 6 août 2018

 

« VENEZ VITE VOIR, LE PETIT GINKGO BILOBA A POUSSE DES FEUILLES »


Ce sont les mots que Jeannot nous adresse à ma sœur Bernadette et à moi, le 6 août, jour anniversaire du drame d’Hiroshima. Je n’ai pas pu participer à la commémoration organisée ce jour même par le groupe ADN à Ranchot. Mon frère, ma sœur et moi étions à l’enterrement de notre cousine Marie Vittot, dans le pays de notre maman, à Chaux les Passavant - La Grâce Dieu.


En nous dirigeant vers le petit ginkgo biloba, Jeannot commence à raconter :
Jeannot : « le matin on allait pour préparer la réunion (du mouvement ADN-MAN), Toinette me dit « On va aller arroser les pieds du petit ginkgo car il vient de mettre des feuilles »


Lulu : « Jeannot, t’es en train de faire de nous les témoins que ce qui a été cassé et brisé dans nos vies peut se réparer. Une fois encore, c’est l’arbre qui parle aux hommes et femmes que nous sommes. Laisserons-nous notre pâte humaine se pétrir du levain qu’est l’attitude et la parole des petits de notre humanité ? Comment passer de « témoins » des cassures à « artisans » de la réparation ? »


En arrivant vers le petit arbre, nous apercevons tout le long du tronc, de belles feuilles vertes bilobées qui poussent pour la joie de nos yeux.
Jeannot : « J’en revenais pas … En mettant le seau d’eau sur les pieds du petit ginkgo, qu’est-ce que je voyais … l’arbre qui poussait des feuilles … par la chaleur qu’il fait … j’ai compté les feuilles, y en a douze »
Lulu : « Et tu nous annonces ça Jeannot, le jour du 6 août, le jour de la commémoration d’Hiroshima … le jour où le ginkgo biloba a résisté dans la fournaise à l’éclatement de la bombe … Je suis très touché par ce que tu es en train de nous faire découvrir Jeannot … »
Jeannot : «  Va falloir qu’on viennent souvent l’arroser. »


Avec Jeannot et ma sœur Bernadette, nous nous racontons comment, à la ressemblance du petit arbre, nous venons tous de très loin. Nous avons vécu et traversé des évènements et des réalités dont nous disons : «  On en revient pas. En fait, nous sommes en train d’ (en revenir) »


Nous avons été très marqués par la teneur du travail de recherche de ces 3500 jeunes, réalisé pendant le festival de la paix à Micropolis du 2 au 5 août à Besançon, dans le souffle du mouvement MRJC, pour les Français et du  KLJB pour les Allemands.


C’est tout un peuple de jeunes, tendus dans la création d’une humanité plus juste et plus fraternelle qui s’exprimait. Dans plusieurs ateliers, durant ces jours du festival de la paix, ces « jeunes prophètes » ont demandé aux « vieux rêveurs » que sont leurs parents et nous les amis de leurs parents, de nous unir avec eux dans leurs luttes, dans leurs façons de faire, dans leurs recherches, et particulièrement celles de la communication non violente (CNV), afin qu’en « désarmant les Dieux » «  il n’y ait aucun exclu pour la fête » Parmi les signes merveilleux que c’est déjà en train de se réaliser, en voici un : Grégory 13 ans, qui a participé à tout le campement MRJC de marche au pas des ânes de Poligny à Besançon, sert la messe aux côtés de Jean-Luc Bouilleret l’évêque, Daniel Petit, Gaby Rognon et quelques aumôniers MRJC-CMR et Mission de France, qui ont tant ramés depuis des années avec ces 3500 jeunes, pour que notre monde tienne dans son avancée vers la paix et la justice. Tout cela grâce à un désarmement effectif, et dans l’établissement d’une ruralité à trempe humaine.


Jean-Marie Guinchard de la Sommette, le papa de Camille, vient communier. Au moment où je lui donne le corps du Christ, il nous dit avec émotion à Grégory et à moi, « Si Lulu est là, c’est à cause de toi Grégory »


La messe que nous célébrons est un moment de reconnaissance humble et étonnante de joie et de fête. Nous exprimons à notre ami Jésus, que notre confiance en Lui, vient du fait que, par sa manière d’aimer, et par la non-violence qui rayonne de son comportement en humanité, il fait que son Père, n’est plus à nos yeux « le Dieu des armées » mais « un Dieu désarmé ». C’est comme cela que nous l’aimons et que nous pouvons le reconnaitre comme « Notre Père ». Nous entendons les bruits que fait la terre parce qu’on la malmène, et les cris des enfants qui n’en peuvent plus, parce qu’ils sont en manque de pain et de père.


Rosine, Alphonse et moi, nous allons dans l’après-midi de ce dimanche du 5 août, à la fin du festival de la paix, chercher les ânes à Montoille, en dessous du Rosemont, chez Jocelyne et Philippe Louison, qui les ont hébergés dans leur enclos de deux hectares, pendant les 4 jours de la fête, à deux pas de la Malcombe, lieu de l’établissement du campement de plus de 500 tentes des festivaliers. Il y eut beaucoup de facilitateurs pour rendre possible cette proximité et cette faisabilité. Parmi eux, Valentin Perriard et Félicien Ragot. L’accessibilité à cet enclos pour les ânes, rendit possible, la marche ballade avec des enfants et leurs parents, participant au festival, les vendredis et samedis après-midi, le long de la Malcombe, Emmaüs, Roche d’Or, vélo route, long du Doubs, Velote. Un véritable atelier itinérant à chaque fois, signifiant expérimentalement ce que nous cherchons en communication non-violente : déligoter et dénouer les nœuds qui abiment nos êtres, et nous réjouir que grâce à cette libération, nous puissions nous relier les uns aux autres. En découvrant comme l’on vécu et dit Christian de Chergé et ses compagnons de Tibhirine, « qu’en chacun des êtres humains réside le don de l’Esprit, dont la joie secrète sera toujours d’établir la communion et de rétablir la ressemblance en jouant avec les différences »


Il avait été prévu à notre rencontre de l’équipe ADN du lundi 2 juillet, qu’en ramenant les ânes à Dampierre le 5 août au soir, à la fin du festival, grâce au véhicule d’Alphonse, nous rendions possible la petite randonnée qui aurait lieu de Dampierre à Ranchot, dans la journée du 6 août. En effet, nous pensions en nous baladant au pas des ânes, aller voir l’exposition des panneaux préparés par Toinette et Elisabeth, disposés par François et intitulés : « Commémoration des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki » Ce serait une exposition en binôme avec les peintures de Mme Chantal Prin dans la chapelle de Ranchot. Cette dame avait retenu ce lieu d’exposition depuis plusieurs mois. Elle nous permettait d’adjoindre notre exposition à la sienne. Nous ferions jeûne et marche en solidarité avec les victimes de la bombe. Nous invitions toutes les personnes qui se voulaient solidaires des victimes à venir avec nous. Un beau petit livret, réalisé par les membres de notre association franc-comtoise pour le désarmement nucléaire unilatéral de la France, expliquant à quelles personnes et mouvements nous nous référions dans l’association ADN.


La marche ne pourra pas se réaliser ce 6 août, mais l’exposition dans la chapelle de Ranchot aura lieu, et l’une des personnes référentes de notre lutte sera là, Jean-Marie Muller, fondateur du MAN avec sa femme Hélène, avec leurs enfants et petits-enfants. En effet, Jean-Marie, très fatigué, est venu se reposer aux Calmants chez Marie-Françoise et Claude Bet Garritan pendant la semaine du 5 au 12 août. C’est de là que Jean-Marie viendra avec sa famille animer le débat sur l’urgence d’organiser une défense non violente de notre humanité notamment, en exigeant le désarmement nucléaire de la France de manière unilatérale. Il a commenté le tableau des témoins.


Qu’est-ce que je regrette de n’avoir pu venir vivre une telle journée à Dampierre et Ranchot. En effet, je me trouvais avec ma famille à l’enterrement de notre cousine Marie qui avait lieu le même jour, à la même heure et à 50 kilomètres de distance.


Et Jeannot continue de raconter : « Et puis vous savez pas qui c’est qui était à la chapelle de Ranchot ? Jean-Marie Muller avec sa famille. Même que je me suis dit, quand le Dédé Siclet le journaliste viendra prendre la photo pour mettre un article dans le journal, il faut que je me mette à côté de Jean-Marie, de sa femme et de leurs enfants… Ça va paraitre un de ces jours … Vous verrez dans la semaine … 
Lulu : « Dis voir Jeannot, qui c’est qui était à cette exposition ? »
Jeannot : « Je ne sais pas … Jean-Marie et toute sa famille … Y avait la Toinette, Marie-Françoise, Gilbert et Ginette … François … La Brigitte de Choisey, le Claude a pas pu venir, Jacques Martin n’était pas là, Pierre, je sais pas … Des gens de Fraisans … Je sais pas leurs noms … »
Lulu : «  Jacques et Danielle  … ? »
Jeannot : « Oui, peut-être bien. Jean-Marie a causé. Il était assis parce qu’il était très fatigué … On ira les voir chez Marie-Françoise et Claude du jus de pommes »
Lulu : « Bien sûr ! Demain matin mardi, on ira voir nos amis aux Calmants »


Qu’est-ce que je suis heureux que Jean-Marie soit venu faire une conférence sur la non-violence à Ranchot … dans notre pays, le 6 août, le jour anniversaire où nous jeûnons en pensant aux victimes d’Hiroshima pour qu’il n’y ait plus de menaces d’éclatement de bombes nucléaires sur notre humanité … C’est vraiment la continuation du festival de la paix avec les jeunes du MRJC-KLJB … De quoi est-ce que tu te souviens Jeannot que Jean-Marie a dit dans sa conférence ? »
Jeannot : «  Je sais pas moi … Il a parlé de la violence, il a montré son livre … Je voudrais bien l’avoir »
Lulu : «  Quel livre ? »
Jeannot : « Je sais pas »
Lulu : « Surement son dernier livre : « La violence juste n’existe pas »
Jeannot : « Oui, c’est ça … Je voudrais bien l’avoir … »
Lulu : « On lui demandera quand on ira les voir demain aux Calmants. Ils nous attendent pour promener les enfants au pas des ânes avec la charrette. Qu’est-ce que je suis heureux que nous vivions ces moment-là ensemble … Que tu aies tes congés annuels juste à ce moment-là et que tu sois venu à Dampierre  pour préparer les chemins du campement du MRJC et faire les randonnées au pas des ânes avec la famille de Jean-Marie et Hélène … Qu’est-ce que ça tombe bien !
Jeannot sourit.


Lulu :«  Sais-tu que dans son livre, ce qu’il écrit, ça ressemble à ce que dit le pape François. Ils sont très en communication entre eux … On demandera à Jean-Marie comment ça se fait qu’ils sont reliés comme ça l’un à l’autre, comment ça se fait qu’ils disent et tendent de la même manière à ce qu’avec eux, nous fassions la même chose : «  nous élever en humanité les uns grâce aux autres dans des relations non violentes, en arrêtant de prendre toute la place sur terre, en nous poussant les uns les autres à faire de la place à ceux qui n’en ont pas »


Jeannot sourit encore. Le voici détendu, en paix. Il a comme accompli sa mission. Il vient de raconter à Bernadette et à moi comment il nous a représentés en cette journée du 6 août 2018 où nous n’avons pas pu être là à Dampierre et Ranchot.
Lulu : «  Qu’est-ce que je suis touché que par toi Jeannot, en cette journée du 6 août, nous apprenons que le petit ginkgo biloba a poussé des feuilles, douze … Tu les a comptées sur son tronc. J’ai envie de dire qu’elles se sont reflétées dans l’eau du seau d’eau que tu venais verser sur ses pieds.

 

Par toi aussi, nous apprenons, il se reflète sur ton visage et dans tes paroles, que ce même jour, Jean-Marie était avec sa famille à l’exposition de Ranchot pour exiger le désarmement nucléaire unilatéral de la France… Que ce même jour, Jean-Marie a présenté son dernier livre : «  La violence juste n’existe pas » et que c’est la même chose que ce que déclare le pape François. J’ai encore envie de te dire Jeannot que tu es un des premiers témoins-artisans de tout ce travail … Que c’est à toi aussi que le prix Nobel de la paix a été décerné en septembre 2017 comme à tous ceux qui travaillent à nous démunir de nos violences, et qui s’affilient d’une manière ou d’une autre au mouvement ICAN (Campagne Internationale pour l’abolition des armes nucléaires ) Jeannot, c’est dans la lumière et dans l’amour que l’univers a commencé d’exister … c’est dans la non-violence seulement, que pourra se continuer son achèvement. 
Ma sœur Bernadette nous dit au revoir. Je la remercie pour tout ce qu’elle a rendu possible avec beaucoup de parents de ces jeunes pour la réalisation de ces journées du festival de la paix. Nous partons nous reposer pour être le plus en forme possible durant les rencontres qui nous attendent.


Comment se fait-il que nous ayons été si peu de vieux rêveurs du Jura à répondre à cet appel si plein d’angoisses en même temps que d’espérance, lancé par ces jeunes prophètes … Besançon n’est quand même pas si loin pour que des Jurassiens y accèdent.


Pourquoi si peu de gens de notre diocèse de Saint Claude Poligny, sont venus croiser les pas de ces jeunes faiseurs de paix … travailleurs de la non-violence … ? Pour une fois qu’un réel débat était initié par des jeunes au sujet crucial du désarmement nucléaire de notre pays.


Faudra-t-il encore un autre festival ? Mais sait-on les forces qui sont nécessaires pour lancer et réaliser un tel moment historique ? Le risque ne sera-t-il pas qu’il soit très tard 

Lucien Converset

                                 


 

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16 août 2018 4 16 /08 /août /2018 06:25
Festival de la paix et Commémoration du 6 août 2018

6 août 2018


L’association ADN commémore la bombe nucléaire d’Hiroshima


Du 2 au 5 août un événement de dimension internationale s’est tenu à Besançon : Le festival pour la paix, organisé par le Mouvement rural de la jeunesse chrétienne et son équivalent allemand, le KLJB. Près de 5000 jeunes sont venus dire leur volonté de promouvoir la paix, dans leur vie quotidienne comme dans la vie publique.


Notre ami Lulu s’est investi fortement dans cette aventure, organisant une marche au pas des ânes vers Besançon avec des groupes de jeunes du MRJC et de Pax Christi.( Il ne pouvait être avec nous ce lundi suite à un deuil dans sa famille). Marie-Françoise s’est également engagée dans cette aventure comme bénévole, mettant à la disposition du festival sa maîtrise de l’allemand et sa pratique familiale d’une agriculture au service du développement des personnes et du respect de la terre.


Notre rendez-vous annuel de jeûne et d’échange, en lien avec la mobilisation internationale de commémoration d’Hiroshima était donc modeste, beaucoup d’entre nous ayant d’autres contraintes, de famille ou de santé.


Néanmoins, nous nous sommes retrouvés à Dampierre à 10 heures, et nous avons échangé avec les enfants présents sur le sens de cette journée. Louis Pinsard a présenté les actions de mobilisation pour le désarmement nucléaire de la France proposées par le réseau Sortir du Nucléaire, et l’offre de soutien à des actions militantes proposées par Non-Violence 21. 


A 14h30, nous nous sommes retrouvée à la chapelle de Ranchot, où François avait mis en place les panneaux réalisés par Elisabeth sur les fondamentaux de l’ADN (les grands penseurs-acteurs de la Non-Violence, l’action militante via les plantations de Ginkgo-Biloba).


Jean-Marie Muller nous a rejoints avec sa compagne Hélène et leurs enfants. Il a commenté pour nous l’apport de ces précurseurs de la non-violence, insistant sur la richesse et la complexité de la pensée de Gandhi, pour qui la non-violence n’a rien de la passivité, mais au contraire est un outil actif de lutte. Il a rappelé trois événements récents qui auront un impact certain sur le désarmement nucléaire unilatéral :La conférence pour la Paix qui s’est tenue au Vatican – à laquelle JMM a participé – et qui a permis que disparaisse du message de l’Eglise la notion de « guerre juste ».


•    L’intervention le 10 novembre 2017 du pape François  qui a  exprimé un vif sentiment d’inquiétude en considérant les conséquences humanitaires et environnementales catastrophiques qui découleraient de tout usage des armes nucléaires. C’est pourquoi, a-t-il précisé, « il faut condamner fermement la menace de leur usage, ainsi que leur possession» Cette condamnation de la « possession » des armes nucléaires est décisive, car elle invite chaque Etat à renoncer unilatéralement à la dissuasion nucléaire.


•    Le traité d’interdiction des armes nucléaires proposé par l’ONU en 2017
Cette contribution de Jean-Marie, son éclairage sur les enjeux déterminants  - l’impact qu’aurait l’engagement de la conférence des évêques de France sur l’engagement du pays dans le désarmement nucléaire- nous ont été précieux pour notre mobilisation. Merci à lui.


 

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21 février 2018 3 21 /02 /février /2018 10:46

« À un monde de violence et d’injustice, au monde de la bombe atomique, on ne saurait déjà plus rien n’opposer que la révolte des consciences, du plus grand nombre de consciences possible. » 

Georges Bernanos

Ce qui est effrayant dans la dissuasion nucléaire, au-delà des risques de mort et de destruction qu’elle fait peser sur l’humanité, c’est la déraison des hommes qui s’enferment dans une logique nihiliste de mort et de destruction. Hiroshima, Nagasaki… Par l’explosion de la Bombe, toutes les pensées de l’homme ont été saccagées…


La préparation du crime nucléaire est l’attentat le plus grave perpétré contre le caractère sacré de la vie humaine, en cela d’abord qu’elle fait peser une menace de mort sur des millions de personnes innocentes, et en cela surtout que, par elle-même, elle nie et renie la sacralité de l’humanité de l’homme, de tout l’homme et de tous les hommes. L’existence même de l’arme nucléaire consacre l’échec de toutes les morales, de toutes les philosophies, de toutes les spiritualités, de toutes les sagesses, de toutes les religions. La dissuasion nucléaire est la défaite de la raison, la défaite de la pensée, la défaite de l’intelligence. La défaite de l’humanité.


Chaque citoyen(ne) est donc sommé(e) de prendre ses responsabilités face au défi des armes nucléaires. Pour autant, parmi les citoyens certains ont une responsabilité particulière dès lors qu’ils sont les porte-parole d’une communauté qui a vocation à faire valoir ses propres exigences éthiques. C’est ainsi que les évêques qui sont les porte-parole de la communauté catholique ont une mission spécifique dans le débat politique concernant l’arme nucléaire. Leur parole reste une parole citoyenne mais leur fonction de clerc leur confère un surcroît d’autorité.


1983 : les évêques français légitiment la dissuasion nucléaire;

Dans un document adopté par la Conférence épiscopale française le 8 novembre 1983 et intitulé Gagner la paix, les évêques français d’alors justifient en bonne et due forme la dissuasion nucléaire. (Cette déclaration a été adoptée par 93 oui, 8 non et 2 abstentions) Ils s’inspirent directement de la déclaration du pape Jean-Paul II qui, dans un texte lu devant l’Assemblée plénière des Nations Unies le 11 juin 1982, affirmait : "Dans les conditions actuelles, une dissuasion fondée sur l'équilibre, non certes comme une fin en soi, mais comme une étape sur la voie d'un désarmement progressif, peut encore être jugée comme moralement acceptable » Malgré sa formulation confuse et ambiguë, cette « petite phrase » ne pouvait pas ne pas être comprise comme une justification de la dissuasion nucléaire.


« Une dissuasion est encore légitime, affirment les évêques français. C’est pourquoi les nations peuvent légitimement préparer leur défense pour dissuader les agresseurs, même par une contre-menace nucléaire. » La très officielle « note explicative » donnée à la presse par les évêques est explicite : « En ce qui concerne la stratégie de la France, l'emploi serait inacceptable : il s'agirait d'une guerre totale par frappe anti-cités. Mais la qualification morale de l'emploi rejaillit-elle sur la "simple" menace ? Il semble que non, si risquée que soit la distinction." En réalité, cette distinction n'est pas risquée, elle est insensée. La menace n'est jamais "simple", mais elle est indissolublement liée à l'emploi qui, seul, peut lui donner une éventuelle signification politique et militaire.


Le 11 novembre 1983, Jacques Gaillot "affiche" sa dissidence sur la place publique en publiant dans Le Monde un article intitulé « Pourquoi j’ai voté contre ». Il affirme : « En ces propos, aucune rumeur d'Evangile qui ouvre à l'espérance. » En effet, en justifiant la préméditation d’un crime contre l’humanité qui est le ressort même de la dissuasion nucléaire, les évêques ont nié l’Evangile.


2018 : les évêques français condamneront-ils la dissuasion nucléaire ?
Alors que j’avais rappelé à un ami la déclaration des évêques justifiant la dissuasion nucléaire, celui-ci me répond : « Puisque les évêques (de l'époque) avaient pris position en 1983 via la Conférence épiscopale française, pourquoi ceux d'aujourd'hui ne pourraient-ils pas le faire en 2018 sur cette question ? » Cette réflexion est certainement justifiée. Depuis trente-cinq ans, en effet, le totalitarisme soviétique s’est effondré, essentiellement du fait de la résistance non-violente des populations civiles de l’Europe de l’Est.


Sur le fond, le texte de 1983 atteste que réflexion critique sur la dissuasion nucléaire est de la compétence des évêques. Au demeurant, elle l’est davantage lorsqu’il s’agit de la contester que lorsqu’il s’agit de l’approuver. Cependant, il existe une différence radicale entre la déclaration de 1983 qui cautionne le pouvoir politique et militaire et une éventuelle prise de position en 2018 qui ne pourrait que le contester. L’Eglise a toujours été tentée de se montrer complaisante envers les pouvoirs établis, alors qu’elle a toujours été réticente à faire preuve d’intransigeance à leur encontre. Il n’a fallu aucun courage aux évêques pour justifier la dissuasion nucléaire. Mais il leur faudra beaucoup de force et d’audace pour la condamner. 


Pourtant, il leur suffira, comme en 1983, de reprendre à leur compte les récentes déclarations de l’évêque de Rome. Dans son discours prononcé le 10 novembre 2017 lors de la conférence pour un désarmement intégral, le pape François a dénoncé les effets pervers des « coûts de modernisation et de développement des armes nucléaires » : ils « représentent un poste de dépenses considérable pour les nations, au point de devoir laisser au second plan les priorités réelles de l’humanité souffrante : la lutte contre la pauvreté, la promotion de la paix, la réalisation de projets éducatifs, écologiques et sanitaires et le développement des droits humains ». Il a également exprimé un vif sentiment d’inquiétude en considérant « les conséquences humanitaires et environnementales catastrophiques qui découlent de n’importe quel usage des engins nucléaires ». C’est pourquoi, a-t-il précisé, « si l’on considère aussi le risque d’une détonation accidentelle de telles armes due à n’importe quel type d’erreur, il faut condamner fermement la menace de leur usage, ainsi que leur possession (c’est moi qui souligne), précisément parce que leur existence est inséparable d’une logique de peur qui ne concerne pas seulement les parties en conflit, mais tout le genre humain ». Il est remarquable que l’évêque de Rome ne s’en tienne pas à condamner la menace de l’usage des armes nucléaires, mais qu’il condamne avec la même fermeté leur « possession ». Cette condamnation est décisive car elle invite chaque Etat doté d’armes nucléaires à renoncer à leur possession. 


Une déclaration publique de la Conférence épiscopale française condamnant la possession par la France des armes nucléaires sera un événement majeur. Elle constituera l’irruption de l’Evangile dans une société matérialiste dépourvue de toute éthique, elle bousculera tous les dogmes politiques établis. Cette prise de position éthique et politique aura l’effet d’une véritable conflagration. Cette perspective risque de faire peur aux évêques. Mais se taire ce serait une nouvelle fois nier l’Evangile. Nous voulons donc croire qu’ils sauront surmonter leur peur pour être fidèles à l’espérance.
Selon Jean Lurçat, c’est seulement lorsque les hommes auront eu la sagesse de libérer la terre de l’armes nucléaire qu’il sera possible de célébrer la vie et de chanter le monde : “Ce Chant du Monde ne sera plausible, possible, le monde n’osera aborder le Chant, que lorsque la Grande Menace de cette immense, immonde pustule de la Bombe, sera, d’un commun accord, arrachée de la chair des hommes. ”

Jean-Marie MULLER

* Philosophe et écrivain.
www.jean-marie-muller.fr


Dernier ouvrage paru : La violence juste n’existe pas / Oser la non-violence, le Relié.

 

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13 septembre 2017 3 13 /09 /septembre /2017 21:39

Jean-Marie Muller *


Ainsi donc, le Président Macron a cru devoir faire de la justifications de l'arme nucléaire un événement majeur du début de son quinquennat. Le 4 juillet, il se fait hélitreuiller à bord du Terrible, un des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) de Ile Longue dans la rade  de Brest et, le 20 juillet, il se rend sur la base aérienne  d'Istres qui abrite la composante aéroportée constituée des missiles air-sol de moyenne portée améliorée (ASMPA) installés sur des Mirage dont la visibilité traduit, selon le ministère des armées, la " détermination française à agir ". Un pareil affichage en faveur de la dissuasion nucléaire, qui peut paraître lisse en apparence, est lourd de graves ambiguïtés dont Emmanuel Macron ne semble pas conscient.

Sous-marin nucléaire Photo internet

Sous-marin nucléaire Photo internet

 


En 1969, alors qu'il était encore un adversaire résolu de l'arme nucléaire, François Mitterrand, évoquant le choix du général de Gaulle en faveur de la dissuasion n'hésite pas à affirmer que celui-ci est "en retard d'une stratégie et d'une morale". Il poursuit : "La sécurité sur le thème "à chacun sa bombe atomique" annonce la guerre certaine et la mort pour tous, le vainqueur étant celui qui meurt un quart d'heure après l'autre."


Pour sa part, quelques années plus tard, à l'occasion de l'élection présidentielle de 1981, François Mitterrand se mettra lui-même délibérément en retard pour pouvoir se rallier à l'Etat nucléaire. 


Le président Giscard d'Estaing fera lui-même l'expérience qu'en possédant l'arme nucléaire, il est "en retard d'une stratégie". Dans ses mémoires, il raconte que dans l'hypothèse où la France devrait faire face à une agression soviétique la doctrine l'inviterait à procéder à un tir nucléaire tactique sur les armées soviétiques, provoquant ainsi une escalade nucléaire qui menacerait de détruire la France. Dans ces conditions, le Président français conclut qu'il n'a pas d'autre choix que de ne pas donner l'autorisation de tir. Il conclut, incluant cette fois le domaine de la dissuasion stratégique : "Quoi qu'il arrive, je ne prendrai jamais l'initiative d'un geste qui conduirait à l'anéantissement de la France".


Pour sa part, Emmanuel Macron se trouve effectivement en retard "d'une stratégie et d'une morale". La préméditation d'un crime contre l'humanité qui structure la dissuasion nucléaire implique la négation et le reniement  des valeurs morales qui fondent la civilisation. Peut-être faut-il reconnaître au Président français une circonstance atténuante du fait que les clercs, qu'ils soient laïcs ou religieux, ont trahi leur mission, qui est de promouvoir ces valeurs, en s’accommodant eux-mêmes de l'arme nucléaire. Il existe une réelle indécence à dépenser des milliards d'Euros à une œuvre de mort qui nous menace plutôt qu'elle nous protège, au détriment de nombreuses œuvres de vie qui se trouvent en manque de moyens.


François Mitterrand aurait pu préciser que le général de Gaulle était également "en retard d'une démocratie". Il est remarquable qu'Emmanuel Macron ait décidé de justifier l'arme nucléaire en dehors de tout débat démocratique. Pas un seul député n'est intervenu au sein de l'Assemblée Nationale pour mettre en doute le choix nucléaire du Président de la République. Les Insoumis eux-mêmes se sont soumis sans oser la moindre contestation. Et où sont les écologistes dans cette affaire, alors même que l'arme nucléaire devrait susciter de leur part une opposition irréductible ? Il est vrai qu'un ministre d'Etat est censé les représenter au sein du gouvernement, mais, précisément, il s'agit d'un ministre de l'Etat et non pas de l'écologie.


Face à la menace terroriste


D'une manière plus générale, prétendre que face à la menace terroriste, la France est en guerre, c'est encore être en retard d'une stratégie et d'une morale. Le terrorisme n'est pas la guerre. La caractéristique de la stratégie terroriste est de permettre, par les moyens techniques les plus simples, de contourner et de mettre en échec les dissuasions militaires dont les moyens techniques sont les plus sophistiqués. Alors que les grandes puissances industrielles prétendent détenir les armes qui rendent inviolable leur sanctuaire national, l'arme des terroristes vient porter la violence, la destruction et la mort au cœur même de leurs villes. Le terrorisme vient prendre à revers la défense des sociétés modernes en sorte que les armes les plus puissantes s'avèrent inutiles et vaines aux mains des décideurs politiques et militaires. La stratégie du terrorisme pose donc comme postulat le refus de la guerre. Ce qui caractérise la guerre, c'est la réciprocité des actions décidées et entreprises par chacun des deux adversaires. Or, précisément, face à l'action des terroristes, aucune action réciproque ne peut être entreprise par les décideurs adverses. Ceux-ci se trouvent dans l'incapacité de répondre coup pour coup à un adversaire qui se dérobe. C'est donc se fourvoyer que de prétendre combattre le terrorisme en faisant la guerre.

 
Nous ne pouvons pas nous dispenser de chercher à comprendre le terrorisme, sous le prétexte fallacieux que ce serait déjà commencer à le justifier. En réalité, comme toute stratégie d'action violente, le terrorisme a sa propre rationalité politique. Et il est vain de la nier en brandissant son immoralité intrinsèque. Pour éradiquer le terrorisme, c'est-à-dire pour le déraciner, il faut d'abord s'efforcer de comprendre quelles sont les racines historiques, sociologiques, idéologiques et politiques qui l'alimentent. Dès lors que la dimension politique du terrorisme sera reconnue, il deviendra possible de rechercher la solution politique qu'il exige. En définitive, pour vaincre le terrorisme, ce n'est pas la guerre qu'il faut faire, mais la justice qu'il faut construire.

 

Face à l'extrême tragique de la guerre et du terrorisme, le réalisme ne devrait-il pas nous conduire à réfléchir enfin sur les possibilités offertes par la stratégie de l'action non-violente ? Opter pour la non-violence, c'est précisément refuser d'imiter la violence des violents par une réaction symétrique qui crée un engrenage dans lequel les adversaires se trouvent enfermés dans une spirale de violence. La non-violence vient rompre le cycle des ressentiments, des revanches et des vengeances et devrait nous permettre de rattraper nos retards.
Certes, la non-violence est un risque : elle est le risque même de l'espérance.

* Membre fondateur du Mouvement pour une Alternative Non-violente (MAN)
Auteur de Libérer la France de l’arme nucléaire, 2014, Chronique sociale.
www.jean-marie-muller.fr
 

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26 juillet 2017 3 26 /07 /juillet /2017 20:00

Lettre de Jean-Marie MULLER* du 21 juillet 2017

 

 

Lors de son discours au Congrès de Versailles, Le 3 juillet 2017, Emmanuel Macron a présenté les principes qu’il entend mettre en œuvre pour construire la paix dans « un monde dangereux ». « Notre environnement, précise-t-il, y compris notre environnement proche, se caractérise par l’accumulation des menaces. (…) Les mouvements terroristes se développent dans de multiples régions avec des moyens qui augmentent leur capacité de nuisance. » Il souligne alors que « notre outil militaire revêt dans ces circonstances une importance majeure » en précisant que la dissuasion est « la clé de voûte de notre sécurité ». Cette formule se voudrait  décisive, mais elle reste une affirmation idéologique qui risque fort de n’être que formelle et de n’avoir aucune prise sur la réalité des menaces qui pèsent sur notre société.

 

 

Le lendemain, alors même que le Premier Ministre présentait la politique de son gouvernement devant l’Assemblée Nationale, le Président de la République se faisait hélitreuiller à bord du Terrible, un des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) de la base de l’Île Longue dans la rade de Brest. Il tenait ainsi à « rencontrer celles et ceux qui oeuvrent à la nécessaire permanence de la dissuasion nucléaire ».  Une séquence de lancement simulé était au programme, mais on ne nous a pas dit quel était le scénario envisagé. On peut s’interroger sur l’opportunité d’une telle initiative à un tel moment. En venant s’enfermer dans un sous-marin nucléaire, le Président  de la République se faisait prisonnier du monde ancien que, par ailleurs, il prétend combattre.

 

 

24 heures après la démission du chef d’état-major des armées, Emmanuel Macron s’est rendu sur la base aérienne 125 d’Istres qui est un maillon essentiel de la dissuasion française. Mise en œuvre au cœur de la guerre froide, cette base abrite la composante aéroportée constituée des missiles ASMPA (missiles air-sol de moyenne portée améliorée) installés sur des Mirage dont la visibilité traduit, selon le ministère  des armées, la « détermination française à agir ». Au cours de son intervention, le Président déclare : « La dissuasion nucléaire est au cœur de notre défense, elle est la garantie de nos intérêts vitaux et j’en suis le garant. » Et il rappelle l’effort financier de l’Etat en faveur des investissements militaires : « Dès 2018, nous augmenterons notre effort de 20 %. Le budget sera porté à 34,2 milliards d’euros dès 2018. Aucun budget autre que celui des armées ne sera augmenté. » Mais l’immense paradoxe c’est qu’une crise majeure soit survenue à propos d’une réduction de 180 millions du budget des armées, alors que des milliards sont consacrés à l’arme nucléaire qui s’avère parfaitement incapable d’éradiquer les menaces terroristes. À aucun moment, dans aucun conflit, non seulement l’emploi mais la menace même de l’arme nucléaire ne sauraient être envisagés. Ils sont véritablement im-pensables, étant donné l’ampleur de la catastrophe humanitaire qui serait provoquée par tout usage de cette arme de destruction aveugle.

 

 

On connaît l’affirmation du Président François Mitterrand : « L’arme nucléaire, c’est moi ! ». Pour sa part, Emmanuel Macron entend faire comprendre au monde entier que « l’arme nucléaire, c’est lui !. » Cette priorité politique et stratégique affichée par le Président de la République en faveur de l’arme nucléaire est d’une gravité exceptionnelle qui est décisive pour mettre en échec la politique de renouveau qu’il voudrait conduire. Elle constitue une faute et une erreur qui impliquent la négation et le reniement des valeurs éthiques qui fondent la civilisation. Et cela d’autant plus qu’elle semble bénéficier d’un consensus populaire. Au demeurant, il ne s’agit que d’un consensus par défaut dès lors qu’aucun débat démocratique n’accompagne ce choix. Et, pendant ce temps, les clercs, qu’ils soient religieux ou laïcs, continuent de trahir leur mission en s’accommodant de la préméditation du crime contre l’humanité qui fonde la dissuasion nucléaire.

 

 

« Le prestige, déclarait M. Ban Ki-Moon, le Secrétaire général des Nations Unies, lors de l’allocution qu’il prononça à Hiroshima le 6 août 2010, appartient non pas à ceux qui possèdent des armes nucléaires, mais à ceux qui y  renoncent. »  Il est mal-heureux que le Président Macron se trompe de prestige.

 

 

* Philosophe et écrivain

Auteur  de Libérer la France des armes nucléaires, 2014, Chronique Sociale.

www.jean-marie-muller.fr

E. Macron au Congrès de Versailles

E. Macron au Congrès de Versailles

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1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 09:24
Le Pape François, place Saint Pierre, lâche une colombe symbole de paix - RV

Le Pape François, place Saint Pierre, lâche une colombe symbole de paix - RV

Au début de cette nouvelle année, je présente mes vœux sincères de paix aux peuples et aux nations du monde, aux Chefs d’État et de Gouvernement, ainsi qu’aux responsables des communautés religieuses et des diverses expressions de la société civile. Je souhaite la paix à chaque homme, à chaque femme ainsi qu’à chaque enfant et je prie pour que l’image et la ressemblance de Dieu dans chaque personne nous permettent de nous reconnaître mutuellement comme des dons sacrés dotés d’une immense dignité. Surtout dans les situations de conflit, respectons cette « dignité la plus profonde » et faisons de la non-violence active notre style de vie.

 

Voilà le Message pour la 50ème Journée Mondiale de la Paix. Dans le premier, le bienheureux Pape Paul VI s’est adressé à tous les peuples, non seulement aux catholiques, par des paroles sans équivoque : « Finalement [a] émergé d'une manière très claire le fait que la paix était l'unique et vraie ligne du progrès humain (et non les tensions des nationalismes ambitieux, non les conquêtes violentes, non les répressions créatrices d'un faux ordre civil) ». Il mettait en garde contre le « péril de croire que les controverses internationales ne peuvent se résoudre par les voies de la raison, à savoir par des pourparlers fondés sur le droit, la justice et l'équité, mais seulement au moyen des forces qui sèment la terreur et le meurtre ». Au contraire, en citant Pacem in terris de son prédécesseur saint Jean XXIII, il exaltait « le sens et l'amour de la paix, fondée sur la vérité, sur la justice, sur la liberté, sur l'amour ». L’actualité de ces paroles, qui aujourd’hui ne sont pas moins importantes et pressantes qu’il y a cinquante ans, est frappante.

 

À cette occasion, je souhaite m’arrêter sur la non-violence comme style d’une politique de paix et je demande à Dieu de nous aider tous à puiser à la non-violence dans les profondeurs de nos sentiments et de nos valeurs personnelles. Que ce soient la charité et la non-violence qui guident la manière dont nous nous traitons les uns les autres dans les relations interpersonnelles, dans les relations sociales et dans les relations internationales. Lorsqu’elles savent résister à la tentation de la vengeance, les victimes de la violence peuvent être les protagonistes les plus crédibles de processus non-violents de construction de la paix. Depuis le niveau local et quotidien jusqu’à celui de l’ordre mondial, puisse la non-violence devenir le style caractéristique de nos décisions, de nos relations, de nos actions, de la politique sous toutes ses formes !

 

Pour lire la suite du message : un clic vers Radio Vatican

Pour lire le message de Jean-Marie Muller au sujet de ce message : Promouvoir la non-violence, un clic vers son site.

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19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 08:24

Sur son blog, Alain Refalo retrace les 50 ans d'engagements de Jean-Marie MULLER :

 

Il y a 50 ans, le 10 octobre 1966, Jean-Marie Muller donnait sa toute première conférence publique à Orléans sur le thème « La violence et l’évangile » dans le cadre d’une rencontre oecuménique à laquelle participait notamment l’évêque d’Orléans Guy Riobé et le pasteur Miroglio, responsable de l’Eglise réformée d’Orléans. Jeune professeur de philosophie, il est alors âgé de 26 ans, Jean-Marie Muller y faisait le constat que « le monde est en état de violence » et qu’ « il est menacé par la violence jusque dans son existence même ». Il posait alors cette question qui demeure toujours d’actualité : « Face à cela, que devons-nous faire, que pouvons-nous faire ? » C’est précisément à ces questions cruciales que Jean-Marie Muller ne cesse de réfléchir depuis cinq décennies en s’efforçant de relever le formidable défi que nous lance la non-violence.

 

 

Jean-Marie Muller, 50 ans d’engagements au service de la non-violence

Nous vous invitons vivement à lire la totalité de cet article sur le blog d'Alain REFALO. Clic ! 

 

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21 juillet 2016 4 21 /07 /juillet /2016 21:07

Chers amis,

....

Je voudrais vous remercier d'avoir contribué à nous transmettre la lettre de Jean-Marie Muller et d'avoir rendu possible le jaillissement d'un ressourcement de la petite fille Espérance, grâce aux réponses de Maryse, de Toinette et de Rachel depuis l'Inde, où elle réalise justement ce qu'il est urgent de donner à notre humanité, face au déferlement de la violence (...)

Et voici, dans le même sillage qu'arrive un mail des Vosges. 

Les Soeurs Denise, (dont une soeur d'Alphonse Georger) réagissent dans le même sens que celui que nous essayons d'étayer.

Voici le très beau mail qu'elles ont envoyé. 

Tout cela nous prépare beaucoup à notre voyage en direction de Midelt et contribue humblement à cultiver en nous et entre nous, le climat de la non-violence, dont nous avons tous tant besoin.

Est ce que ça ne serait pas trop vous demander de mettre tous ces documents sur le blog, quand vous le pourrez:

- la lettre de Jean-Marie

- les réponses de Maryse, Toinette et Rachel

- Et cette dernière lettre des Soeurs Denise sur laquelle il y a un lien sur : "Attentats: Repenser notre rapport au monde"

Cela suscitera sans doute encore d'autres réactions afin de travailler à la culture de la non-violence. Nous sommes en train de préparer un temps très fort dans ce sens: le jeûne du 6 au 9 août, la pose de la plaque, les rencontres très riches que nous allons vivre, fortifiées par les conférences qui vont nous être données.

Et puis, quand vous le pourrez, (et tant que nous y sommes) pouvez-vous rajouter: Oh ! Ce qu'il est beau ce tas de fumier !

Grosses bises fraternelles.

A la revoyotte 

Lulu et Rosaline

 

Bonjour, Jean Marie,

Après avoir lu votre "faire part", nous continuerons d'avoir confiance en l' "HOMME", en nos consciences...et nos ginkgos bilobas, bien enracinés dans la terre, et nos espoirs en un monde meilleur, demain.

Bien amicalement, à tous.

Maryse 

 

Plantation du ginkgo biloba à Dampierre

Plantation du ginkgo biloba à Dampierre

Merci Maryse, de sauver du feu nucléaire la petite sœur Espérance.
 
Aujourd'hui plus que jamais, nous partageons cette volonté tenace, rendue plus facile dans la solidarité.
  • Après Dampierre, St Maur, Saligney, la commune de Pesmes souhaite la plantation d'un Ginkgo biloba.
  • Nous avons avancé dans notre pratique non-violente au sein du groupe,
  •  Le groupe EELV Bourgogne-Franche-Comté me sollicite pour organiser un atelier sur la Non-Violence à leur congrès d'octobre,
que de signaux positifs, modestes mais réels, se manifestent à nous  (et n'est-ce pas cela-même, la "petite fille Espérance" ?)
 
La Prière de Charles Péguy « La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’Espérance » : 

« La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’Espérance. La Foi ça ne m’étonne pas. Ce n’est pas étonnant. J’éclate tellement dans ma création. La Charité, dit Dieu, ça ne m’étonne pas. Ça n’est pas étonnant. Ces pauvres créatures sont si malheureuses qu’à moins d’avoir un cœur de pierre, comment n’auraient-elles point charité les unes des autres. Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’Espérance. Et je n’en reviens pas. L’Espérance est une toute petite fille de rien du tout. Qui est venue au monde le jour de Noël de l’année dernière. C’est cette petite fille de rien du tout. Elle seule, portant les autres, qui traversa les mondes révolus. La Foi va de soi. La Charité va malheureusement de soi. Mais l’Espérance ne va pas de soi. L’Espérance ne va pas toute seule. Pour espérer, mon enfant, il faut être bienheureux, il faut avoir obtenu, reçu une grande grâce. La Foi voit ce qui est. La Charité aime ce qui est. L’Espérance voit ce qui n’est pas encore et qui sera. Elle aime ce qui n’est pas encore et qui sera. Sur le chemin montant, sablonneux, malaisé. Sur la route montante. Traînée, pendue aux bras de des grandes sœurs, qui la tiennent par la main, la petite espérance s’avance. Et au milieu de ses deux grandes sœurs elle a l’air de se laisser traîner. Comme une enfant qui n’aurait pas la force de marcher. Et qu’on traînerait sur cette route malgré elle. Et en réalité c’est elle qui fait marcher les deux autres. Et qui les traîne, et qui fait marcher le monde. Et qui le traîne. Car on ne travaille jamais que pour les enfants. Et les deux grandes ne marchent que pour la petite ». 

 

Antoinette 

 

Messages d'espérance

Bonjour Jean-Marie,

 

Pardonne-moi, je me permets de te répondre et de te tutoyer comme si nous nous connaissions depuis longtemps, mais Lulu me parle tellement de toi, que j'ai l'impression de te compter dans mes proches, même si je ne te l'ai jamais signifié.

Je viens de lire ta lettre, qui me rend très triste. 

Et à la fois je comprends, qu'après autant d'années de lutte, la petite fille Espérance semble être malade et bien fragile.

Toutefois, je voudrais répondre à une de tes interpellations: Où sont les clercs?

Je suis actuellement en Inde, à Indore (ouest).

Et je vis aujourd'hui le 24e anniversaire de la création d'USM, Universal Solidarity Mouvement, fondé par Varghese Alengaden, qui est toujours présent.

Les clercs sont là !

Tant ! Tant de personnes, et parmi eux, tant de jeunes de 15-16ans, qui après avoir suivi une formation de "leadership pour la paix", agissent, en ayant pris des résolutions et en agissant à leur échelle ! Tant d'actions se répandent ici ! Pour tous sujets. (Celui du nucléaire pourrait en faire partie.)

Les consciences sont en sommeil, oui...

Mais à certains endroits de la planète, elles se réveillent ! Tu connais l'Inde et je sais que tu as reçu là-bas un prix très beau l'année dernière.

La petite fille espérance te demande de ne pas laisser s'éteindre la dernière étoile qui reste...

Et de la protéger, d'en prendre soin, pour qu'elle se répande à nouveau...

 

Elle est venue en voyage avec moi, je lui dis de revenir en France au plus vite..

Te chuchoter ce beau message.

 

Bien amicalement,

 

Rachel

 

Merci Rachel, tu as su trouver les mots qui je l'espère redonneront de la force à Jean-Marie. Il est découragé, malheureux et cela nous fait de la peine.
Merci d' avoir renvoyé en France la petite fille Espérance, on a tous besoin d'elle et on va se battre pour ne pas la laisser mourir.
God blessed you !
Best regards
Rosaline
Chère Rosaline,
 
Quelle richesse que les messages que vous nous avez adressés ! MERCI !
 
L'analyse de Jean-Marie Muller ne peut que secouer la conscience des disciples de Jésus dont nous nous réclamons ! La petite fille Espérance vacille ! Pourtant, au milieu du tragique de notre monde, elle est présence ; elle est le moteur de tant d'engagements d'hommes et de femmes pour qu'advienne un monde plus humain !
 
Vos relations avec des connaissances qui œuvrent en Inde, visant l'éducation des jeunes qui s'impliquent progressivement dans une filière humanitaire pour s'y donner totalement ! Quel souffle d'humanité ;  il ne peut que les faire grandir et avoir un impact sur leur entourage, voire leur pays !..
 
Et puis, il y a ces voix qui semblent crier dans le désert quand elles dénoncent les injustices criantes qui accablent la grande Humanité ! Nous soutenons François, notre Pape, de tout notre cœur pour que ses appels pour combattre la haine, les violences... trouvent un écho dans le cœur et l'agir de tous nos frères les hommes.
 
Et combien souhaiterait-on que nos responsables d'Eglise sortent de leur frilosité pour
condamner la fabrication et le commerce des armes, en particulier nucléaires.
Nous sommes solidaires d' associations qui luttent et s'investissent pour leur abolition et l'arrêt des constructions en cours. Hommes de Foi en l'Humanité ! 
 
Me vient en mémoire ces trois religieuses dominicaines des Etats-Unis qui furent emprisonnées pour avoir manifesté et dénoncé les armes nucléaires en pénétrant simplement sur un site de fabrication. Il y a de cela une dizaine d'années. De 2 à 3 ans pour certaines, furent leurs temps d'incarcération dans des maisons d'arrêt différentes. Notre congrégation, via sa commission Justice et Paix,  a pu leur témoigner par la prière et des échanges de correspondance notre solidarité dans leur combat exemplaire. Lors d'un deuxième emprisonnement, l'une a du être hospitalisée,
puis est décédée ! Femmes d’Évangile pour un monde de Paix ! 
 
Je me permets de vous communiquer une tribune intéressante parue dans le journal Le Monde,  parvenue via le Mouvement de la Paix : "Attentats: Repenser notre rapport au monde"
 
....
 
Nous vous embrassons
Denise et Denise
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20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 13:36

Jean-Marie Muller*

 

Le 14 juillet 2016

 

En 1957, Jean Lurçat (1892-1966) réalise une tapisserie qui représente L’Homme d’Hiroshima : celui-ci, affirme-t-il, « a été brûlé, dépouillé, vidé par la bombe… Mais avec lui, ce sont toutes nos raisons de vivre qui ont été saccagées… » Parmi la pluie de ruines qui tombent autour de son personnage, figure « La Croix », ce qui signifie que la bombe a provoqué la déliquescence du christianisme. « La bombe n’épargne aucune idéologie, aucun système… Elle anéantit toutes les pensées de l’homme, tout le patrimoine culturel commun… »

 

L'homme d'Hiroshima (Jean Lurçat 1957)

L'homme d'Hiroshima (Jean Lurçat 1957)

Le 8 août 1945, deux jours après l’explosion de la bombe atomique sur Hiroshima, Albert Camus écrit : « La civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie . » Il conclut : « Devant les perspectives terrifiantes qui s’ouvrent à l’humanité, nous percevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d’être mené. Ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison  . » Mal-heureusement, face aux gouvernements qui ont choisi l’enfer, les peuples ont renoncé à leur faire entendre raison…

 

En 1946, Bernanos écrits plusieurs articles qui stigmatisent la bombe atomique comme une dérive de l’intelligence à laquelle l’homme raisonnable ne peut qu’opposer l’objection de sa conscience. Selon lui, le plus grand danger, ce n’est pas que la bombe atomique détruise l’humanité, mais quelle « détruise la raison humaine en anéantissant l’humanité raisonnable  ». La bombe crée un « ordre inhumain » qui doit être refusé : « Au monde de la bombe atomique, on ne saurait déjà plus rien opposer que la révolte des consciences, du plus grand nombre de consciences possible . » Force nous est de reconnaître que l’appel de Bernanos à l’insurrection des consciences n’a pas été entendu. Les hommes – du moins le plus grand nombre d’entre eux - ne se sont pas révoltés, ils se sont habitués, résignés, accommodés, adaptés, soumis. Ils ont démissionné. Ils ont accepté l’inacceptable.

 

Avant même qu’aucune bombe atomique n’ait explosé, la préméditation du crime contre l’Humanité et la Civilisation qui fonde la dissuasion nucléaire consacre le reniement et la négation de toute morale, de toute éthique, de toute philosophie et de toute sagesse. Une fois que nous avons accepté de consentir au meurtre nucléaire, c’est toute la morale publique qui se trouve gangrenée. La civilisation s’effondre et toutes nos espérances dans l’Humanité deviennent douteuses. En outre, la menace de l’explosion accidentelle ou délibérée d’une bombe dont les conséquences humanitaires seraient irréparables est bien réelle. Compte tenu de la modernisation des arsenaux nucléaires, l’horloge de l’Apocalypse (ou horloge de la fin du monde), créée en 1947 par des scientifiques atomistes de l’Université de Chicago, a été avancée de 2 minutes le 22 janvier 2015 et affiche désormais minuit moins trois.

 

Si les peuples se sont tus, c’est tout particulièrement parce que les clercs eux-mêmes, dont la fonction est de défendre les valeurs éternelles et désintéressées qui fondent l’Humanité de l’Homme, ont gravement trahi leur mission. Parmi les clercs, ceux qui se réfèrent à l’Évangile chrétien ont une mission dont l’importance est décisive. Selon Julien Benda, les hommes d’Église sont « les clercs par excellence ». Non pas parce que l’Évangile serait la parole de Dieu qui devrait s’imposer à tous les hommes, mais parce qu’il est la parole de l’Homme qui exprime les aspirations spirituelles universelles qui donne sens à l’existence de tout être humain. Mal-heureusement, les clercs chrétiens se sont eux-mêmes résignés à la menace de l’apocalypse nucléaire qui pèse sur notre société. Certes, d’autres clercs pourraient et devraient s’exprimer. Mais où sont les clercs des autres religions ? Où sont les clercs de l’université française ? Où sont les clercs d’une laïcité authentique ? Et où sont les clercs d’une écologie conséquente ? Et, encore, où sont les clercs d’une vraie gauche ?

 

Bien sûr, sans attendre la parole des clercs, les citoyens ont la liberté de penser et d’agir selon leur conscience en s’organisant au sein de la société civile pour affirmer leur dissidence éthique et politique avec la dissuasion nucléaire. Mais le pouvoir de leur parole au sein de l’opinion publique, leur capacité de se faire entendre auprès des pouvoirs publics sont sans commune mesure avec ceux des clercs. Sans le concours de ces derniers, les citoyens risquent fort de demeurer impuissants pour faire céder les gouvernements. Qui saurait nier le retentissement international considérable qu’aurait une déclaration solennelle des évêques français en faveur de l’abandon unilatéral par la France de son arsenal nucléaire ?

 

Pour ma part, j’ai longtemps espéré que les évêques de France auraient l’audace évangélique et le réalisme politique de dénoncer la dissuasion nucléaire et de préconiser le désarmement nucléaire unilatéral de la France. Aujourd’hui, tout me laisse penser que je dois renoncer à cette espérance. Interprétant à l’envers la sagesse supposée des « trois petits singes », ils ont décidé d’être aveugles, d’être sourds et d’être muets devant le Mal nucléaire. Si les évêques français dénonçaient la dissuasion nucléaire française, probablement que le gouvernement n'y renoncerait pas immédiatement. Mais eux-mêmes seraient désarmés alors qu'aujourd'hui ils sont eux-mêmes armés.

 

Luc Ravel, évêque aux armées, le 13 février 2014, lors d’une audition  devant la Commission de la défense de l’Assemblée Nationale, précise que l’Église appelle à un « désarmement mondial, multilatéral, progressif et simultané » ; mais il ne s’agit là que d’un vœu pieu qui n’engage strictement à rien et ne peut avoir aucun impact sur la réalité. Il affirme ensuite « qu'en l'état du monde d'aujourd'hui, le nucléaire et la dissuasion sont nécessaires ». À l’évidence, cette nécessité militaire efface l’exigence évangélique. Quand tout est dit, l’arme nucléaire n’est pas une arme légitime de défense, mais une arme criminelle de terreur, de destruction, de dévastation et d’anéantissement Au-delà de l’im-moralité intrinsèque de l’acte nucléaire, il est essentiel de prendre conscience de son in-faisabilité substantielle. À aucun moment, dans aucune crise internationale, la menace de l’emploi de l’arme nucléaire ne pourrait être opérationnelle. À l’arme nucléaire, l’homme raisonnable, l’homme moral, l’homme spirituel, l’homme sage, l’homme enfin ne peut qu’opposer un non catégorique et définitif qui exige le désarmement unilatéral de son pays.

 

En 2014, l’Institut catholique  de Paris, la commission Justice et Paix France et le mouvement Pax Christi France ont publié un livre intitulé La paix sans la bombe ? Dès l’introduction, il est clairement affirmé que « ces analyses ne concluent pas à la nécessité d’un abandon unilatéral de l’arme nucléaire ». Il est précisé : « Le nucléaire militaire est sans doute une réalité durable ; sa disparition ne pourra résulter que de décennies d’efforts internationaux concertés. » Des décennies ! Autant dire une éternité ! Ce qui signifie qu’en attendant des lendemains improbables qui chanteront le désarmement mondial, les citoyens français sont invités à s’accommoder de la dissuasion nucléaire fondée sur la préméditation d’un crime contre l’Humanité…

 

D’autres événements sont survenus qui confirment que les évêques ont décidé de se taire. Après avoir tenté de dialoguer avec nombre d'entre eux, j'en viens à la conviction que face à la foi nucléaire, ils n’oseront pas l’apostasie. Le silence des évêques  est d’autant plus grave qu’il ne vaut pas seulement une abstention, mais qu’il vaut une acceptation du crime nucléaire. Selon la sagesse des nations : « Qui ne dit mot, consent ». Leur silence vaut un consentement criminel au meurtre nucléaire.

 

Cette position de l’Église de France est non seulement une erreur mais c’est une faute, une faute contre l’esprit… C’est véritablement un « scandale » au sens évangélique du terme… Et le plus affligeant, ce n’est peut-être pas que désormais nous devions vivre avec la bombe, mais que nous devions vivre sans l’Espérance Évangélique… Certes, le caractère subversif intrinsèque de l’Évangile reste entier, mais, par lui-même, il est impuissant à agir dans l’histoire…

 

J’ai bien conscience que d’aucuns viendront me reprocher la dureté de mon intransigeance. J'assume cette dureté. C'est la dureté de mon opposition à l'arme nucléaire. Si je suis scandalisé, si ce scandale m’atteint au plus profond de mon être, que voulez-vous que j’y fasse ? « Et si je suis désespéré, que voulez-vous que j’y fasse ? » Ainsi se termine un entretien avec le philosophe Günther Anders . Selon lui s’accommoder de la bombe, c’est être « frappé de cécité de l’âme  ». Face à la préparation de l’apocalypse nucléaire, l’homme raisonnable est rongé par la honte : « La honte d’aujourd’hui : la honte de ce que des hommes ont pu faire à d’autres hommes ; la honte aussi, donc, de ce qu’ils peuvent encore aujourd’hui se faire, donc aussi de ce que nous pouvons nous faire les uns aux autres, donc la honte d’être aussi un homme . » Ce qui désespère Anders, c’est d’être dans la situation de ne pouvoir rien faire d’autre, jour après jour, année après année, que d’alerter la conscience de ses contemporains devant la menace d’apocalypse nucléaire qui pèse sur le monde alors même que ceux-ci restent sourds à ses appels et s’enferment dans une attitude d’irresponsabilité. Je dois avouer que j’en suis arrivé là… Je suis désespéré de voir la société française prisonnière des armes nucléaires dans l’indifférence générale.

 

Victime des radiations de la bombe d’Hiroshima, la petite fille espérance a contracté un cancer nucléaire. Elle aurait pu guérir si le mal avait été soigné à temps. Mais les hommes ne s’en sont pas souciés et, aujourd’hui, la petite fille espérance est en train de mourir de son cancer nucléaire…

 

* Philosophe et écrivain.

Auteur notamment de  libérer la France des armes nucléaires, Chronique Sociale, Lyon, 2014.

Lauréat 2013 du Prix international de la fondation indienne Jamnalal Bajaj pour la promotion des valeurs gandhiennes.

Site personnel : www.jean-marie-muller.fr

 

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  • : Lulu en camp volant
  • Lulu en camp volant
  • : Lucien Converset, dit Lulu est prêtre. A 75 ans, il est parti le 25 mars 2012 avec son âne Isidore en direction de Bethléem, où il est arrivé le 17 juin 2013. Il a marché pour la paix et le désarmement nucléaire unilatéral de la France. De retour en France, il poursuit ce combat. Merci à lui ! Pour vous abonner à ce blog, RDV plus bas dans cette colonne. Pour contacter l'administrateur du blog, cliquez sur contact ci-dessous.
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