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29 juillet 2016 5 29 /07 /juillet /2016 04:37
Petit retour d'une journée magnifique que j'ai passée en accompagnant Lulu à Neufchateau dans les Vosges pour rencontrer Mgr Alphonse Georger.
 
Quel bonheur quand Monseigneur Alphonse Georger et Lulu se sont découverts, on pourrait dire retrouvés, bien que ce soit leur 1ère rencontre. Leur étreinte était bouleversante, beaucoup d'émotion.
Ils ont tellement de points communs, de connaissances communes.
2 belles âmes !
Tous les deux étaient intarissables. 
Lulu: Mais tu as connu Pierre Claverie, pas possible ! Et tu es allé de nombreuses fois à Tibhirine !  
Et tu étais ami avec Christian de Chergé ? Et tu recevais chez toi Consuelo la Comtesse de Saint Exupéry ? ...
Et toi Lulu tu as connu Jean-Marie Buisset, jeune séminariste tué en Algérie. je parle de lui dans mon livre etc .. etc ...
C'était un régal de les voir tous les deux évoquer tant de souvenirs, certains difficiles de la guerre d'Algérie qui les a marqué à tout jamais.
Le Père Georger est un homme merveilleux, a insisté pour que je sois sur une des photos qu'il a prise lui-même, m'a fait la bise en nous quittant. 
Je pense que des articles pour le blog ne vont pas tarder à arriver.
Cette belle journée a fait, je le crois, beaucoup de bien à Lulu.
Que du bonheur !
Amitiés à tous !
Rosaline
 
Une journée à Neufchâteau
Une journée à Neufchâteau
Une journée à Neufchâteau
Une journée à Neufchâteau
Une journée à Neufchâteau
Une journée à Neufchâteau
Une journée à Neufchâteau
Une journée à Neufchâteau
Une journée à Neufchâteau
Une journée à Neufchâteau
Une journée à Neufchâteau

Une journée à Neufchâteau

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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 16:00

Suite des notes prises par Lulu à Midelt, ramassées, méditées et partagées par Lulu...

Cette lettre inspirée des échanges entre Lulu et frère Jean-Pierre Schumacher est dans le dossier à publier depuis février 2016... Il n'est jamais trop tard pour partager des graines d'humanité. La voici !

Pour voir l'ensemble des articles relatifs à la visite de Lulu aux moines de Midelt (résurgence de Tibhirine) Cliquez sur le tag : Midelt.

Jeudi 10 septembre 2015

 

Nous continuons Jean-Pierre Schumacher et moi à nous raconter pourquoi nous sommes si attachés à l'Algérie.

Jean-Pierre : « Tu m'as raconté hier que tu avais été séminariste soldat pendant la guerre d'Algérie, et que tu avais crapahuté avec les camarades de ton régiment dans les djebels du massif de l'Ouarsenis, pas très loin de Tibhirine où l'un de tes grands amis avait été tué »

Lucien : « Au cours de ces opérations et à ce moment-là, on ne parlait pas de Tibhirine. Je n'en connaissais pas l'existence … Tu m'as parlé hier d'Alphonse Georger qui a écrit un livre : « Journal d'un séminariste en Algérie »1960-1962 Editions Cana.

Jean-Pierre : « Je t'ai apporté le livre, le voici. »

Lucien : « Comme ça me touche que tu me le confies ainsi. »

Jean-Pierre : « Cet homme m'a beaucoup marqué par l'accueil qu'il a offert à Amédée et à moi dans la maison des Glycines au lendemain du rapt de nos 7 compagnons. Alphonse est devenu évêque d'Oran après la mort de Pierre Claverie. Pendant la guerre d'Algérie, Alphonse est devenu objecteur de conscience. Maintenant, il est évêque ermite. Il nous avait accueillis aux Glycines, bibliothèque de l'évêché pour les étudiants musulmans. Amédée et moi nous étions en ce lieu comme dans un monastère. Cet accueil a duré pendant les deux mois d'avril et mai 1996, pendant que nous cherchions ce que devenaient nos 7 compagnons. Nous espérions tant, avec beaucoup de gens à travers le monde, que les moines seraient libérés par une intervention de l'état algérien ou de l'état français ou encore de l’Église.

Lucien : « Je suis très touché Jean-Pierre d'être près de toi et de t'entendre me raconter tout cela... »

Jean-Pierre : « On a vécu tellement de choses … »

Lucien : «  C'est en Algérie, en pleine opération, que je suis devenu objecteur de conscience... »

Jean-Pierre : « Alphonse Georger m'a raconté comment il est devenu objecteur de conscience lui aussi … Il avait les officiers sur le dos, car ceux-ci sentaient bien de quel bord était Alphonse... Tu vas découvrir tout cela en lisant ce livre … Une fois qu'il est devenu prêtre ici en Algérie, le cardinal Duval l'a envoyé faire du droit. C'est après cela qu'Alphonse est devenu évêque d'Oran. »

Lucien : « Tu as donc connu le cardinal Duval ? »

Jean-Pierre : « Oui, il venait à Tibhirine chaque année pour la fête du 15 août »

Lucien : « Il tenait beaucoup à vous, membres du monastère de Tibhirine ! »

Jean-Pierre : « Il nous avait dit un jour « Vous resterez ici » ad vitam aeternam » il y a eu un moment où on devait partir dans les 15 jours. L'ordre nous avait été donné, c'était sous Boumédienne en 1976. C'était une question de jalousie entre deux hommes pour la détention du pouvoir. Il y avait un malentendu entre Boumédienne, président de la république algérienne, et Ben Cherif qui était alors responsable de la police nationale. Ben Cherif voulait que 4 lieux soient évacués de la présence d'étrangers :

  • Notre Dame d'Afrique à Alger
  • La maison saint Augustin à Anaba
  • Une maison dont je ne sais plus le nom à Santa Cruz
  • et nous, le monastère de Tibhirine.

On devait s'apprêter à partir dans 15 jours. Notre prieur est allé au cabinet de la sous-préfecture. Ils répondaient qu'ils ne pouvaient pas l'empêcher. On a téléphoné au cardinal Duval qui nous a dit : « Préparez tout comme si vous deviez partir, mais ne bougez pas. » Alors, on faisait les cartons. Des policiers passaient voir ce que nous faisions, afin de se rendre compte si on se préparait. On a su que le cardinal Duval était allé voir Boumédienne qui lui avait dit : « Je ne suis pas seul chef ici, allez voir Ben Cherif. » Il est allé voir Ben Cherif, il a été reçu avec les honneurs militaires. Ben Cherif a fait publier la venue du cardinal dans le journal El Moujahid, et les menaces d'expulsions ont été terminées.

Lucien : «  C'est formidable Jean-Pierre ce que tu as vécu avec tes frères de Notre Dame de l'Atlas à Tibhirine. Je suis très touché par l'histoire qui est reprise et racontée dans le film « Des hommes et des dieux », par les mots qui sortent de la bouche de cet homme disant à frère Christophe : «  Ne dites pas que vous êtes comme des oiseaux sur la branche, car la branche c'est vous, et les oiseaux c'est nous. Si vous partez, où est ce que nous allons pouvoir nous poser ? »

Jean-Pierre : « Nous avons eu des pressions de l'état algérien pour partir, ainsi que de l'ambassade de France en Algérie. Nous avons dit que nous ne partirions que si nos voisins nous le demandaient, parce qu'alors nous serions devenus dangereux pour eux par notre présence, parce que notre présence aurait pu provoquer leur massacre. Si les gens nous avaient dit ça, on serait partis. Nous entendions les confidences de parents : Si notre jeune part dans l'armée algérienne comme il y est appelé, notre famille est menacée par le GIA (Groupe Islamique Armé) Si notre jeune part au maquis, c'est l'armée algérienne qui menace notre famille, considérée comme alliée avec le GIA.

 

Objecteurs de conscience

Lucien : « Ce que tu me racontes Jean-Pierre me bouleverse, car j'ai été témoin du même drame durant mon séjour en Algérie durant les années 1959-1960. Ahmed, fils de Mohamed était engagé dans l'armée française dans la région de Constantine. Il combattait dans un régiment français contre les idées de son père qui était pour l'indépendance de l'Algérie. J'écrivais à Ahmed sous la dictée de son père, lequel père comptait plus ou moins sur notre présence de soldats de l'armée française, par rapport aux incursions possibles des membres du maquis de l'Ouarsenis. »

Jean-Pierre : «  On a connu ça dans les années 1990-1996, le pays était divisé. Vous aussi, objecteurs de conscience vous avez été dans cette situation. Le cardinal Duval lui aussi était dans cette situation. Le clergé d'Algérie était divisé. Le cardinal voulait l'indépendance. Une partie de ses prêtres s'y opposaient … C'est dans ce contexte que les frères de Tibhirine ont été enlevés. Ils étaient gênants pour l'armée. Le gouvernement algérien et l'armée savaient que frère Luc soignait des blessés du GIA … Frère Luc soignait toute personne qui était blessée d'où qu'elle vienne. Après l'incursion de l'armée avant Noël 1993 qui nous intimait de partir, frère Christian, tous les frères de la communauté et moi même nous avons dit NON. L'armée et la préfecture voulaient nous mettre dans un hôtel à Médéa, nous avons dit NON. Nous n'aurions plus eu de raisons d'être là dans ces conditions. Ils voulaient nous imposer une protection militaire, nous avons dit NON. Un soir, des militaires se sont installés dans la pièce à côté de l'entrée. Ils portaient leurs armes sur eux. Christian leur a dit : « Vous ne pouvez pas entrer avec des armes dans le monastère... » Ces soldats nous disaient en parlant des membres du GIA : « Comment vous pouvez soigner ces brutes-là ? »

Ce que je te raconte là ressemble beaucoup à ce que tu as vécu quand tu étais soldat dans l'Ouarsenis, tout près de Tibhirine.

Lucien : « C'est toi Jean-Pierre qui traces des ressemblances entre l'objection à la violence et aux armes que vous avez vécu et réalisé à Tibhirine, et la manière dont mes camarades et moi nous avons cherché à devenir objecteurs en face des violences dans lesquelles nous nous trouvions à tous moments... »

Jean-Pierre : « Tu verras quand tu liras le livre d'Alphonse Georger que je te donne … Comme ça ressemble à ce que nous sommes en train de nous raconter … »

Il est 10 heures et demi. Omar est venu frapper à la porte de la salle adjacente à la chapelle où nous sommes en train de causer Jean-Pierre et moi. Il dit : « Venez, on va boire le thé que Baha nous a préparé. »

 

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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 13:37

La vie reprend... Lulu est dans son nouveau chez lui... 

Voici une lettre qu'il a écrite le 20 mai. Merci à Appoline pour les photos.

Chanteau dans le Loiret, le 20 mai 2016

 

COMME UNE TAPISSERIE DE LURCAT

 

Après la célébration dans l'église du village de la vie et de la mort de Jean-Paul, après l'appel adressé à ses enfants et petits-enfants, ainsi qu'à nous tous à continuer ce qu'il a commencé, nous venons à la maison familiale vivre un moment de partage, d'une profonde fraternité.

 

Ce qui me marque intensément, c'est la présence de tous ces gens du village de Chilleurs-aux-bois, de tous les membres de la famille de Jean-Paul et Jeannine, et aussi de la famille de Michèle ... des collègues de travail d'Esther et d'Arnaud, venus de Charix dans l'Ain. Je suis heureux de retrouver Jean-Baptiste, professeur et artisan et de parler avec lui sur "l'élévation" dans  laquelle nous sommes interpelés par la médiation des escaliers qu'il fabrique.

 

D'autant plus que nous assistons à la rupture de tant de réalités structurantes de notre humanité, qui nous font nous casser la figure les uns aux autres et dégringoler dans des situations enfermantes.

 

Et nous voilà partis avec ma nièce Esther et Apolline sa filleule âgée de 17 ans, en direction de Chanteau, village distant de 20km, chez Jean-Marie et Hélène Muller ... En arrivant dans la cour, la joie de nous retrouver est grande pour Jean-Marie et moi, tant nous nous sentons en profonde communion dans la recherche de cette voix de la non-violence. Elle est, pensons-nous humblement, la seule possibilité donnée à notre humanité, de trouver une issue, une porte de sortie, la porte de sortie de notre enfer-me-ment, afin de trouver le centre vital qui va nous permettre de nous libérer.

 

Je présente à Jean-Marie ma nièce Esther et sa filleule Apolline. Jean-Marie sait, par un appel téléphonique que je lui ai adressé, que nous arrivons de l'enterrement  de Jean-Paul. Esther et Apolline savaient, durant notre court trajet, qu'elles m'emmenaient chez Jean-Marie Muller. Durant nos rencontres familiales ou à l'occasion de campements dans les plateaux du Jura, Esther m'avait souvent entendu parler de Jean-Marie et de la non-violence. Mais qui est Jean-Marie aux yeux d'Apolline ? Un de mes amis, dont la relation m'est précieuse. Mais Apolline ne se doute pas de tout ce que cette relation a comme conséquences dans ma vie. Il y a ce qu'a écrit Jean-Marie, il y a ce qu'on dit à propos de Jean-Marie et il y a ce dont on voudrait que nos mots explicatifs soient porteurs. J'ai balbutié dans la voiture quelques mots à Esther et à Apolline, afin de traduire la place que Jean-Marie tient dans mon cœur et dans ma vie depuis 1969 ... date du procès d'Orléans. J'avais appris l'existence de ce procès par Christiane Meyer, venue nous voir à la cure Notre Dame de Dole, où j'étais jeune vicaire depuis 3 ans. Nous formions là une équipe de prêtres avec Noel Girardet, Maurice Roux, Michel Damnon, Maurice Petit, Maurice Vandel ... Nous avions comme curé notre ancien supérieur du petit séminaire de Vaux: François Chaignat. Christiane était venue nous dire : " Je suis cousine de Jean-Marie Muller ... qui avec les prêtres Desbois et Perrin, sont en train de renvoyer leurs livrets militaires ... Ils veulent obtenir le statut d'objecteurs de conscience ... ce qui leur est refusé, parce qu'ils ont fait leur service militaire. Un procès leur est donc fait. L'évêque d'Orléans Guy Riobé les soutient. Est-ce que vous voulez vous solidariser dans ce soutien en signant cette pétition. Nono et moi nous avions signé, ainsi que Gaby Maire, Pierre Demoulière, (que je retrouverai au Brésil sur les pas de Gaby en 1999)

 

Quarante-six ans après, qu'est-ce que je suis heureux, d'avoir signé cette pétition !

Oui, il y a ce que l'on dit d'un ami écrivain quand on le présente à d'autres de nos amis, on voudrait tellement que les amis en question se mettent un jour à se nourrir de ce qu'écrit cette personne, et de sa pensée si nécessaire à notre humanité, de son dynamisme, de sa force de conviction. Il y a les mots pour dire tout cela, mais en même temps il y a la quête de signes autres que nos mots, afin de corroborer ce que l'on balbutie. On voudrait tellement convaincre en même temps que respecter.

 

Je me trouvais dans cette situation, lorsque Jean-Marie nous disait d'entrer et qu'ensemble, nous franchissions le seuil de la maison, avec ma nièce Esther et sa filleule Apolline. Je sais qu'elles ne vont pas pouvoir rester longtemps ... Elles vont devoir repartir rejoindre la famille à Chilleurs aux Bois.

 

C'est alors qu'il me vient l'idée de demander à Jean-Marie, s'il veut bien offrir à Apolline et à Esther, ce cadeau qu'il m'a fait il y a deux ans, quand j'étais venu les voir, lui et sa famille, à mon retour de Palestine-Israël ... Mon voyage avait consisté à marcher de Dampierre à Bethléem pour faire avancer la paix en nous démunissant en France de nos armes nucléaires de manière unilatérale ... J'étais venu chez Jean-Marie et Hélène pour leur signifier ma reconnaissance profonde pour la manière dont ils m'avaient alimenté tout au long de cette marche ... et aussi pour tout ce que j'avais pu boire, grâce à eux, à la source de la non-violence ... particulièrement pour tout ce qui m'était parvenu par les livres que Jean-Marie a écrit sur la non-violence et sa stratégie.

 

Et il y a un endroit dans la maison de Jean-Marie et Hélène, et c'est dans le grenier sous le toit, où sont étagés et sertis, comme des filaments, incrustés dans une merveilleuse tapisserie aux nombreux fils d'or, les livres que Jean-Marie a écrits. Ils sont au cœur d'étagères qui n'en finissent pas d'aller rejoindre les murs de chaque côté qui font tenir la maison. Mais peut-être que ce sont les livres qui font tenir les murs de la maison, tellement ils sont porteurs d'une pensée si nécessaire et vitale à notre humanité, je pense à la prestigieuse tapisserie de Lurçat, nous appelant à barrer la route au péril nucléaire.

 

Je demande à Jean-Marie : " Tu voudrais bien montrer ta bibliothèque à nos amies Esther et Apolline" - " Bien volontiers ..." Et nous voilà, grimpant par les escaliers de bois que nous entendons s'émouvoir de notre arrivée, par les bruissements qu'ils émettent ... Ils nous préparent à l'émerveillement qui ne tarde pas à jaillir de l'écarquillement des yeux et des balbutiements de la bouche d'Apolline et d'Esther, et aussi de mon être tout entier, au moment où nous entrons de plein pied dans le grenier. Je devine que cela serait un signe profond de notre reconnaissance, adressé à Jean-Marie, pour le travail de penseur qu'il réalise en cet endroit-laboratoire depuis plus de 40 ans. 

 

Photos prises par Appoline
Photos prises par Appoline
Photos prises par Appoline

Photos prises par Appoline

C'est là qu'est venue aboutir la réalisation de son 1er livre : " L'Evangile de la non-violence", qui va marquer tant de gens à travers la France tout d'abord, et puis le monde entier au fur et à mesure qu'il en fera le tour, grâce aux traductions qui s'en réaliseront. Je suis heureux de voir Jean-Marie, mettre la main dessus ce livre dans l'immédiat que j'en prononce le titre.

 

Je dis à Apolline : " Le plus tôt que je pourrai Apolline, je me débrouillerai pour t'en procurer un exemplaire, car hélas, il n'est plus édité. Je demanderai à Maggy de nous le trouver par Internet" Je trouve très beau aussi le moment, où dans la continuation de  notre contemplation commune, Jean-Marie empoigne le livre : " Désarmer les dieux" et qu'il nous dit avec une joie profonde et sûrement avec plus qu'un brin de fierté: "En voici la traduction en Arabe." Je pense en moi-même: C'est tellement important quand on a 17 ans comme toi, Apolline et que l'on est à la recherche du Dieu qui soit source d'Amour et non pas affublé de puissance destructrice et annihilante de ceux que l'on fait passer pour être nos irréductibles ennemis."

 

Esther est la marraine d'Apolline. Pendant que sa filleule se déplace d'un bout à l'autre des étagères afin de prendre des photos de quelques-uns des très nombreux livres qui ont été travaillés, compulsés par Jean-Marie, afin d'en produire les siens, Esther demande discrètement à Jean-Marie : " Quel est le 1er livre écrit par vous, que je pourrai offrir à ma filleule ?" Il lui répond" Le dictionnaire de la non-violence" Au moment où Apolline revient vers nous, je suis heureux de lui présenter le livre que Jean-Marie a écrit sur les moines de Tibhirine. Grâce à la couleur bleue de la couverture, je l'ai repéré sur l'étagère centrale de la bibliothèque. Avec beaucoup d'émotion, je dis à Apolline et Esther, que Jean-Marie l'a dédicacé à la mémoire de Gabriel Maire, prêtre français, assassiné le 23 décembre 1989 à Vitoria au Brésil. Gaby Maire est l'ami avec qui j'ai fait tout mon petit et grand séminaire dans le Jura. Comme les moines de Tibhirine, sa vie ne lui a pas été dérobée. Il l'avait donnée et offerte à la ressemblance de Jésus.

 

Je demande à Jean-Marie de nous épeler les noms des personnes dont il a écrit la vie et qui ont été les témoins artisans de la non-violence qui seule peut faire tenir le monde. Nous entendons les noms prestigieux et humbles en même temps, de Gandhi, de César Chavez, de Martin Luther-King, de Simone Weil, de Guy Riobé, de Jacques Gaillot, des moines de Tibhirine, de Pierre Claverie et de son chauffeur Mohamed, de Gaby Maire, des religieuses Léonie Duquet et Alice Domon ... et de beaucoup d'autres qui se sont nourris et alimentés dans le sermon sur la montagne de Jésus, dont Gandhi disait aux chrétiens que nous essayons d'être: " Vous avez dans l'évangile de Matthieu la mine qui contient les trésors capables de structurer notre humanité ... Il est urgent d'aller y creuser et y puiser... "

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31 mai 2016 2 31 /05 /mai /2016 07:23

Neufchâteau, mardi 10 mai 2016, suite ...

 

En écoutant les sœurs Denise, je trouve la confirmation que Jean-Marie Lassausse est actuellement dans une situation très grave à Tibhirine en Algérie.

Denise G. : «Voilà l'article dans le journal local Vosges Matin du 7 mai dernier : Le prêtre vosgien de Tibhirine, bloqué au monastère … Les autorités algériennes lui refusent le renouvellement de ses papiers … » C'est le même article que Rosaline m'a communiqué la veille, avant notre départ sur Neufchâteau envoyé par Henryelle de Poligny et Antoinette de Saligney.

Lucien : «Le déplacement de Jean-Marie Lassausse à Milan en mars dernier serait-il un motif du blocage qu'il subit actuellement ? » Je raconte aux sœurs Denise que c'est Jean-Marie qui m'a conduit d'Alger à Tibhirine en mars 2014 avec Nelly, Bernard et Claude Chauvin. Les sœurs m'expliquent comment elles sont allées à Tibhirine en 1974. Elles y sont retournées en 1985 alors qu'Alphonse est le vicaire général de Léon-Etienne Duval archevêque d'Alger… qu'il est curé aussi de la cathédrale d'Alger…

Denise D. «Nous avions fait la petite boucle : Alger, Cherchell, Médéa, Tibhirine, Djelfa, Laghouat, Ghardaïa, Ouargla, Touggourt, Biskra, Bou Saada, Alger... »

Nous avions rencontrés à Tibhirine plusieurs des frères qui ont disparu en 1996. Lorsque mon frère Alphonse a été ordonné évêque en 1998, Jean-Pierre Shumacher est venu à Metz pour son ordination …»

Mgr Alphonse Georger photo partagée sur internet

Mgr Alphonse Georger photo partagée sur internet

Les deux sœurs Denise sont bien en train de continuer à m'aider à chercher et trouver les sentiers de la non-violence. J'évoque alors l'amitié profonde qui me relie à Jean-Marie Muller. Cela fait sourire ces deux femmes car elles connaissent très bien «L' Évangile de la non-violence » et ce que Jean-Marie n'a cessé d'écrire depuis. C'est le signe de la reconnaissance que nous buvons à la même source dans le sillage des gens engagés dans la lutte non-violente.

Je trouve confirmation dans ce que me partage Denise G. aidée par Denise D., qu'Alphonse, né à Sarreguemines en Moselle en 1936, est ordonné prêtre en 1965. Après des études à Fribourg en Suisse, à Echterbach au Luxembourg, il revient en Algérie continuer ses études à Alger-Kouba. Il choisit alors de vivre en Algérie où il sera curé de Cherchell, vicaire général de Léon Etienne Duval puis directeur du centre diocésain d'Alger … C'est là qu'il accueillit en 1996 Jean-Pierre et Amédée au lendemain du rapt des moines de Tibhirine, durant les deux mois d'éprouvantes recherches, du 27 mars au 21 mai 1996. En 1998, il devient évêque d'Oran en remplacement de Pierre Claverie, assassiné avec son chauffeur Mohamed, deux mois et demi après la disparition des frères de Tibhirine. Alphonse sera évêque d'Oran jusqu'en 2012. Il sera remplacé par Jean-Paul Vesco, qui en 2014 nous accueillera dans la maison diocésaine d'Oran, alors que j'arrivais dans cette ville avec Nelly, Bernard, et Claude Chauvin.

Oran mars 2014

Oran mars 2014

Avec beaucoup de limpidité et de clarté, nos deux amies religieuses sortent de leur mémoire de sœurs une multitude de noms et de faits de vie, personnels et collectifs, et me les partagent. Tout cela est confirmé par des documents écrits et bien rangés dans la corbeille en osier … et donc faciles à retrouver. Elles font surgir de merveilleuses photos de manifestations auxquelles elles ont participé durant leurs engagements et leurs partages de vie, ouvrières ou rurales. Parmi les personnes auxquelles elles se réfèrent, je vois la photo d'Henri Godin, d'André Depierre de la Mission de Paris qu'ils ont fondé en janvier 1944 à Lisieux avec le cardinal Suhard... Je raconte à ces deux sœurs comment Henri et André sont des francs-comtois, des gens de chez nous. Henri est né à Audeux, (25) et André, à Vadans (39) Ils ont marqué la vie de l'abbé Jean Jourdain qui lui-même au petit séminaire de Vaux sur Poligny a marqué la vie de Gaby Maire, notre ami prêtre originaire de Port Lesney, assassiné au Brésil à Vittoria, le 23 décembre 1989. Puis j’entends et je lis dans les documents qu'elles mettent sous mes yeux, les noms des Rices, d'Henri Perrin, de Jean Legendre … C'est alors que Denise G. dit «  C'est ce dernier qui est à l'origine de ma demande de passer à la vie de salariée  … Quand je suis allée voir Alphonse en Algérie, j'ai vu des hommes venir embrasser mon frère, tellement ils avaient partagé la vie ensemble »

 

Nous reparlons de sœur Martine Ortigues, venue habiter aux Rousses dans les années 1980-1990 … Je dis aux sœurs que je l'ai connue grâce au C.A.P.C.O.

( Cercle d'Approfondissement pour Prêtres en Classe Ouvrière ) … puis je l'avais retrouvée lorsqu'elle était venue en retraite dans la communauté des sœurs dominicaines d'Orchamps. Sœur Denise D. me dit alors : «  Martine faisait partie des sœurs de notre ordre qui sont allées au boulot … comme elle et avec elle, nous avons eu la chance de pouvoir nous exprimer, de pouvoir nous engager en associations et syndicats, et ainsi, nous avons fait avancer les choses dans l'Eglise et dans la société. »

 

Je repense à Sœur Madeleine d'Orchamps, quand elle s'est engagée comme institutrice de jeunes enfants, puis d'enfants et d'adolescents en difficulté à l'école Jean Bosco de Dole. Si des personnes comme Jean-Luc lisent le journal chaque jour et essayent de ne pas laisser le monde comme ils le trouvent, l'engagement de ces religieuses n'y est pas pour rien.

Nous revenons avec les sœurs Denise sur un des voyages qu'elles ont accompli en Algérie lorsqu'Alphonse était vicaire général du cardinal Duval. « Mon frère nous avait emmenées à Tibhirine, nous avions alors rencontré Christian de Chergé, le frère Luc, le frère Amédée et le frère Jean-Pierre Schumacher. Celui-ci était venu à Metz quand Alphonse a été ordonné évêque. »

En ramassant toutes ces graines d'action non-violente, nous nous redisons combien il est urgent et important de continuer à les semer et planter en nos jardins intérieurs et communaux … Nous pressentons en nous disant Au Revoir que la venue d'Alphonse à Neufchâteau au 12 rue du Moulinot, vers la fin du mois de juillet, va nous permettre d'enfin nous envisager l'un l'autre.

Déjà, nous nous reconnaissons ...

 

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13 mai 2016 5 13 /05 /mai /2016 06:00

Midelt, dimanche 13 septembre 2015

 

PAR QUELS PETITS CANAUX, NOUS VIENT UNE TELLE ABONDANCE D'EAU SI LIMPIDE ET SI PURE ?

 

Jean-Pierre Schumacher sait me faire comprendre que si nous éprouvons une profonde joie à nous rencontrer lui et moi, il n'est pas le seul à pouvoir alimenter mes batteries. Afin de ramasser ce que j'aurai à donner et à ensemencer comme graines de non-violence à mon retour en France, il me faut aussi aller écouter les autres membres de la communauté monastique, ainsi que les gens qui viennent au monastère.

Je raconterai ce que j'ai découvert en écoutant Jean-Pierre Flachaire le prieur, les sœurs franciscaines de Marie, celles-là qui ont donné la maison Ksar-Meriem aux frères cisterciens en l'an 2000, celles qui vivent avec les nomades des plateaux qui sont au pied du mont Ayachi, à partir de Tatiouine. J'écrirai aussi ce que m'ont fait découvrir Manuela et Estéban, jeune couple, argentins l'un et l'autre, qui se sont connus en Inde, et qui comme moi, sont venus à Midelt pour boire à ce qui coule de Tibhirine. Je serai heureux aussi de continuer à me laisser imprégner du souffle qui habite l'être de Corinne, une française venue habiter le Maroc, vivant dans la pauvreté, mais me disant : «  Même si on vit pauvrement, on ne sait pas ce que c'est que d'être pauvre. On ne peut pas savoir ce que c'est, parce que nous avons une certaine sécurité. On sait de quoi nos lendemains seront faits. »

Alors, quand les frères m'invitent à célébrer la messe de ce dimanche 13 septembre et me disent : «  Tu feras l'homélie », Omar et Benoit m'ayant fait découvrir les canaux de leur jardin, je vais pouvoir dire : «  Chers amis de Midelt ! Je me sens comme un petit arbre dans le grand verger de la création. J'ai envie de laisser pousser en moi et autour de moi tous ces fruits de l'amour, du respect mutuel, de la compréhension, de la situation de l'autre, toutes ces graines de la non-violence. Voulez-vous que nous vivions un moment de paix et de silence, pour laisser trésir, pousser et croitre en nos jardins intérieurs et communaux, ce que nous sentons bien, cela qu'attendent les damnés de la terre, les exclus du travail, les gens arrachés du petit coin de terre où ils avaient pu faire pousser à leurs enfants quelques-unes de leurs racines, obligés de se sauver sur des embarcations de misère, risquant de couler en mer, pas du tout sûrs de parvenir en une terre d'asile. »

 

Soeur Anna et Frère Jean-Pierre Flachaire avec Caroline qui a fêté Pâques avec les soeurs et les frères de Midelt

Soeur Anna et Frère Jean-Pierre Flachaire avec Caroline qui a fêté Pâques avec les soeurs et les frères de Midelt

Nous voici à table chez les sœurs franciscaines de Marie. Nous bénissons la TABLE. Nous n'allons pas arrêter de dire du bien autour de cette table. Monique me tend le plat en me disant : «  Les invités sont toujours servis les premiers. Puis, en rigolant, nous parlons des ANES, de l'âne Isidore et de l'ânesse Joséphine qui m'ont permis de pouvoir entrer dans les territoires occupés palestiniens en juin 2013, de découvrir au cœur de Bethléem, que des massacres d'innocents s'y perpétuent, que nous y pouvons quelque chose pour l'empêcher, qu'à cet impossible nous sommes tenus. Il n'est pas fatal que de tels drames se continuent.

Je me rends compte en écoutant les sœurs, qu'elles ont eu une MULE dans la montagne pour faciliter leurs pérégrinations avec les nomades. Elles connaissent tout ce que peut délier et relier le fait de se mettre à marcher au pas d'un âne, sur les sentiers muletiers.

Bibiane en me présentant une petite corbeille me dit : «  Le PAIN que voici a été fait par notre voisine. »

A plusieurs reprises, au cours du repas, nous causons sur le don qui nous est fait de pouvoir marcher au pas des ânes ou des mules.

Lucien : «  Ce sont eux qui nous permettent et nous aident à déligoter et dénouer des situations très enfermantes, à défaire des noueux fortement oppresseurs. »

Chacune des sœurs raconte son expérience.

Barbara : «  Nous avions une mule dans la montagne. Un jour elle refusa de passer dans un chemin étroit. Elle avait senti que si le bât qu'elle portait buttait contre le rocher, elle-même basculerait dans le vide. Nous l'avons laissé prendre un autre chemin. En bas dans la vallée, nos chemins se sont rejoints. »

Bibiane : «  Il faut passer par l'affect et non par la force. »

Barbara : «  Quand la mule descendait certains chemins, elle les descendait en travers, les pattes disposées comme ça et non pas comme ça. Elle se mettait pour avoir un angle de vue plus grand et plus large. »

Et voilà qu'en continuant notre repas avec ces sœurs mi-nomades, mi-sédentaires, nous parlons du MIEL pour guérir les blessures que nous avons pu nous faire en marchant. Les sœurs sourient à cette évocation, car elles pratiquent ce remède.

Barbara : «  A condition d'avoir du vrai miel. »

Et voilà que nous nous mettons à parler de la PIERRE NOIRE.

Barbara : « Vous connaissez Lucien ? » 

Lucien : « Non »

Barbara : « La pierre noire a été trouvée par les Pères Blancs »

Et voilà que les sœurs se mettent à me raconter toutes les vertus de cette pierre noire.

Barbara : « Vous mettez un os long dans une boite en fer, et vous le passez au feu de bois. »

Marie : «  Et vous prenez l'os, une fois devenu noir. Vous le coupez en petits morceaux, et vous le disposez, si vous avez été piqué par un serpent, sur la veine, en contre-haut, à l'incision pratiquée juste avant la piqure du serpent, et le mauvais s'en va … »

 

 

Marie et Barbara avec Caroline lors du chemin de Croix à Tatiouine

Marie et Barbara avec Caroline lors du chemin de Croix à Tatiouine

Puis Barbara me demande pourquoi je suis venu aujourd'hui à Midelt. Je raconte alors ce qui m'a amené en ce lieu.

Lucien : «  J'ai malheureusement fait la guerre d'Algérie. Toute ma génération, de 1956 à 1962 : 400.000 soldats français en permanence en Algérie, deux millions quatre cent mille en tout durant cette guerre. La méthode de la bataille d'Alger exportée à l'école de guerre de l'Argentine, via celle des Etats-Unis... »

Fidela : «  Et au Chili aussi . »

 

Lucien : «  Quand j'ai entrepris la marche de la paix, de Dampierre à Bethleem, afin de demander l'arrêt de l'armement nucléaire de la France, une fois à Bethleem, je n'ai pas pu passer en Egypte, Lybie, Tunisie, Algérie, comme j'en avais eu le projet ...

Lorsque j'ai pu aller en Algérie, à Tibhirine en 2014, grâce à Nelly, Bernard et Claude Chauvin, à Jean-Marie et Hélène Muller, à Hubert et Anne Ploquin, à Jean-Marie Lasausse, quand j'ai pu aller dans l'Ouarsenis, au barrage de l'Oued Fodda, chez mes amis de la famille Harmel, puis à Oran dans le foyer d'accueil de Pierre Claverie... j'ai compris qu'il me fallait venir rencontrer Jean-Pierre à Midelt ainsi que vous tous, Sœurs et Frères qui demeurez ici avec lui, que vous soyez chrétiens ou musulmans.

Et voilà que je vous rencontre tous, c'est merveilleux. »

 

Nous poursuivons notre partage durant ce repas de midi, le pain et la tajine préparés par nos amies religieuses ont un goût de don et de communication dont la saveur me reste encore dans la bouche, alors que je suis en train d'en ramasser toutes les miettes afin que rien ne se perde «  Qu'il est bon, qu'il est doux d'habiter en frères et sœurs tous ensemble … C'est comme une huile parfumée qui se répand sur nos corps et nos vêtements … » ( Psaume 130 )

J'écoute avec joie et bonheur la vie de nomades expérimentée par nos amies religieuses, partageant la vie des tribus peuplant les pentes du Mont Ayachi (3700 m ) C'est de là que nous vient l'eau que nous buvons à table, que nos amis répandent sur leurs jardins, et qui alimente les canaux d'irrigation permettant la plantation et la culture des pommiers qui font la renommée de Midelt. Je suis témoin en cet endroit merveilleux du Maroc, que la vie des êtres humains que nous sommes, pour être plénière, est appelée à se tendre entre ces deux pôles : la nomadisation et la sédentarisation.  

 

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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 06:51

« LA VIOLENCE N'EST PAS UNE FATALITE.

L'HISTOIRE PEUT DEVENIR NON VIOLENTE »

(Guy RIOBBE, cité par JEAN MARIE MULLER)

 

Lettre commencée à Midelt le vendredi 11 septembre 2015

Durant mon voyage de Dampierre à Bethléem en 2012- 2013, en quête de la paix, il me revenait souvent des paroles fortes de l'évangile, des psaumes, de Job et des prophètes ou d'autres endroits de la bible.

 

Certaines venaient éclairer les ruelles sombres ou les sentiers ténébreux dans lesquels parfois je me trouvais, les passages chaotiques que j'avais à assumer à certains jours. D'autres paroles venaient éclairer et mettre en lettres de lumière, des attitudes et des gestes ainsi que des moments porteurs de bonne nouvelle, comme lorsque j'ai appris la naissance d'un petit enfant chez des amis qui m'étaient chers, quand des gens aux yeux de qui j'étais « camp volant », m'ont fait une place avec grand cœur dans leut tout petit lieu de vie. 

 

Aujourd'hui, un peu de la même manière, c'est dans la liturgie des heures partagées avec les moines de Midelt, car ils m'ont fait entrer dans leur communauté, que des paroles vives viennent éclairer ma vie, par exemple quand tout à l'heure le frère Antoine nous a aidés à chanter : « Ami Jésus, continue en nous ce que tu as commencé » et hier soir, dans la célébration des complies au psaume 90 Dieu nous disait à chacun : « Plus tu chercheras à t'unir à moi, plus tu deviendras toi même : libéré, libérant et libre » Et ces autres mots égrenés et semés dans l'inquiétude de ma chair blessée :  « Toi qui es mon allié, tu es aussi mon libérateur. » ( Ps 143 )

 

Dans les partages de 10h30 et de 16h sur invitation d'Omar : « Venez boire le thé que Baha a préparé », j'aime entendre comment Jean-Pierre Flachaire ( le jeune ) et Omar ont travaillé à la réfection de la chapelle, en gravissant l'un et l'autre le musulman et le chrétien, les barreaux de l'échelle à deux battants. Et c'est aussi dans la lecture du livre d'Alphonse Georger : « Journal d'un séminariste en Algérie, en 1960-1962 » que Jean-Pierre m'a prêté hier, que je trouve aujourd'hui : « Ma lumière et mon salut » ( Psaume 26 ) à propos de ce que j'ai vécu moi aussi séminariste en Algérie en 1959-1960. Je viens de lire ce livre en pleurant, parce que Alphonse nous révèle à partir de la situation dans laquelle il se trouve, quelle horreur répand la guerre que l'on nous a fait faire et que nous avons faite en Algérie. En même temps, la lecture de ce livre intensifie en moi, cette conviction qu' « à l'impossible nous sommes tenus ». Devant l'attitude des officiers qui étaient ses chefs, Alphonse a appris à s'opposer à des ordres injustes, à oser dire non alors qu'il était mêlé à une ambiance dégradante, à faire objection de conscience, tout en étant un homme très relié à tous ses camarades de compagnie et section.

La violence n'est pas une fatalité

Et parmi toutes les ressources que je découvre contenues dans ce journal, voici à mes yeux le trésor des trésors.

 

Alphonse raconte qu'un jour, il quitte son casernement de Castiglione pour venir à Alger. Il vient y rencontrer des aumôniers, des séminaristes et des chrétiens et aussi des hommes de bonne volonté, ne se reférant pas forcément à l'évangile, mais étant tous des lutteurs pour se défaire et démunir de la violence, de la haine et de la guerre. Il y est accueilli fraternellement et sur la table de la salle de réunion, parmi les revues et documents mis à leur disposition, il tombe sur un petit livre : «  Témoignage d' Amour » de Jean-Marie Buisset.

 

Vous devinez ma stupéfaction quand à mon tour, là, à Midelt, ce vendredi 11 septembre, en lisant ce journal d'un séminariste en Algérie, je tombe sur la recension du livret que nous avions fait au sein de l’aumônerie de la caserne de Bayonne avec le père Jégo, Bernard Robbe, Jean-Claude Paulay et moi.

 

Ce petit livre est constitué des lettres que Jean-Marie nous adressait en avril-mai 1959 depuis l'Algérie, là où il était venu soldat au 2ème RPIMA six mois avant nous. En effet, avec Jean-Marie Buisset, nous avions scellés une amitié merveilleuse dès notre arrivée à la caserne Bosquet de Mont de Marsan dès le 2 septembre 1958, jour de notre incorporation. Tout de suite, l'étincelle de l'amitié s'était allumée entre nous deux, ainsi qu'avec Jean-Claude et Bernard et avec combien d'autres camarades.

 

Parti en Algérie à la fin mars 1959, Jean-Marie nous écrivait à l’aumônerie de la caserne de Bayonne où nous poursuivions notre stage pré AFN ( Afrique Française du Nord ). Les faits et paroles écrits par Jean-Marie dans les lettres qu'il nous adressait nous révélaient dans quel drame cette guerre nous faisait plonger.

 

A chaque lettre reçue, nous sentions ce qui déchirait le cœur de notre ami Jean-Marie et nous devinions ce qui nous attendait lorsqu'à notre tour nous arriverions de l'autre côté de la méditerranée. Ces lettres, par l'amitié et la prière qu'elles recelaient nous préparaient à entrer comme Jean-Marie dans la résistance à la haine et à la violence. Nous étions touchés par l'amour qui continuait de résider et habiter dans l'être de notre ami et dans son attitude face à la guerre. Nous nous prêtions ces lettres les uns aux autres (les photocopieurs n'existaient pas) Je me souviens que nous nous disions que c'était comme lui qu'un jour nous serions appelés à agir et réagir. Nous lisions ces lettres dans nos rassemblements d’aumônerie avec le père Jego et nos groupes d'amis. Nous nous racontions que ça ressemblait au partage des lettres des apôtres Pierre, Paul et Jean dans les 1ères communautés chrétiennes de l'église naissante. Nous sentions bien que nous étions en train de constituer une église qui continuait de naître. Les lettres, une fois lues, nous revenaient et à nouveau nous les partagions avec d'autres.

 

A la fin mai, quand nous avons appris que Jean-Marie était tué (tombé en embuscade dans le massif de l'Ouarsenis, ses parents, ses sœurs et son frère  apprenant sa mort le 29 mai 1959, jour de la fête des mères) nous avons rassemblé toutes les lettres et avons cherché à constituer un petit livre que nous avons offert et envoyé à une multitude de camarades et amis en Algérie et en France dans les équipes d’aumônerie avec lesquelles nous étions en lien. Elles atteignirent le cœur de beaucoup et déposèrent en chacun un souffle d'amour et de résistance à la violence. Cependant, ces amorces d'pobjections de conscience, ne me conduisent pas à penser refuser de partir en Algérie . Dans l'ambiance où nous vivions ce n'était pas pensable.

 

Cinquante sept ans après, là au Maroc, à Midelt, je trouve le livre écrit par Alphonse Georger : « Journal d'un séminariste-soldat. » Ce livre m'est prêté par Jean-Pierre Schumacher, survivant de Tibhirine, et dans ce livre je découvre page 128, la reprise du petit cahier « Témoignage d'Amour » constitué des lettres que Jean-Marie Buisset nous avait envoyées à Bayonne depuis Boghari Castiglione, Aïn-Dahlia du cœur de l'Ouarsenis, montagne dans laquelle était cachée Tibhirine ! Quelle convergence !

 

Bien sûr qu'un jour j'espère pouvoir rencontrer Alphonse Georger. C'est lui qui a accueilli Amédée et Jean-Pierre au lendemain de la disparition des 7 témoins de l'Atlas. Amédée et Jean-Pierre ne pouvaient plus demeurer à Tibhirine. Alphonse, alors évêque co-adjuteur de Léon Etienne Duval à Alger, leur avait offert un lieu de vie aux Glycines. Alphonse devint par la suite évêque d'Oran, succédant à Pierre Claverie, assassiné le 1er août 1996, avec son chauffeur Mohammed. Alphonse est aujourd'hui évêque-ermite dans la région de Cherchell. C'est Jean-Paul Vesco qui lui a succédé comme évêque d'Oran. Nous avons rencontré Jean-Paul et été accueilli par lui à l'évêché d'Oran en mars 2014 avec Nelly et Bernard et Claude Chauvin.

 

A la veille du jeudi saint de cette année 2016, Jean-Luc Bey me dit : « Si on allait voir la Madeleine ? Elle m'a souhaité mon anniversaire hier. » Sœur Madeleine a été institutrice de Jean-Luc, Eric, Brigitte et de combien d'autres de nos amis à l'école Jean Bosco durant les années 1970-1980. Il y avait aussi dans l'équipe éducative, Odile, Vivianne, Christine, Fabienne, Gaby … Sœur Madeleine est depuis plusieurs années en retraite dans la communauté des sœurs dominicaines d'Orchamps, à deux pas de chez nous. Jean-Luc et son épouse Béatrice et moi, nous sommes infiniment reconnaissants à Madeleine de nous avoir appris à lire et à écrire, à faire lecture et écriture des humbles évènements fondamentaux de nos vies, à la lumière de l'évangile de Jésus. Nous ne voyions pas d'emblée l'essentiel de ce nous vivions. Souvent, cela demeurait caché à nos yeux. C'est alors que Madeleine nous disait : « En vous écoutant raconter ce que vous me dites, voyons donc ! » Merci Madeleine de continuer à chercher dans le fouillis de nos vies le sens de notre existence.

 

 

Et me voilà heureux de raconter à Madeleine et aux religieuses dominicaines d'Orchamps en cette veille du jeudi-saint, l'émouvante histoire qui m'est arrivée avec Jean-Pierre Schumacher à Midelt en septembre 2015, grâce au frère Benoit de l'abbaye d'Acey : l'offrande du livre d'Alphonse Georger : » Journal d'un séminariste soldat ». Je leur raconte ma découverte que dans ce livre est serti le »témoignage d'amour » de Jean-Marie Buisset, tout petit livre réalisé par l'équipe de l'aumonerie de Bayonne et le père Marcel Jégo dont je suis le secrétaire. » Et voilà qu'en entendant le nom d'Alphonse Georger, les sœurs me disent : « Mais nous le connaissons Alphonse Georger. Il est le frère d'une de nos sœurs, religieuse à Neufchateau dans les Vosges. Plusieurs disent : « Je l'ai lu ce livre. »

 

Me voilà profondément heureux de trouver le chemin qui me permettra de rencontrer un jour très prochain je l'espère, celui qui devient notre ami Alphonse.

 

C'est grâce à une plénitude d'amis !

 

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24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 06:00

Le jour de Pâques, le 27 mars, c'est le 20ème anniversaire de l'enlèvement des moines à Tibhirine. A l'occasion de ce triste anniversaire, Lulu nous parle aujourd'hui de frère Célestin assassiné le 23 mai 1996 avec 6 de ses frères moines

Les moines de Tibhirine - frère Célestin

Jean-Pierre : « Un de nos frères de Tibhirine, le frère Célestin Ringeard est venu comme toi faire son service en Algérie. C'était en 1957. Il a 24 ans

 

«  Le groupe auquel il appartient a fait prisonnier un jeune combattant du FLN. C'est la première fois qu'il est confronté à semblable situation. Il est bouleversé. Il intervient alors auprès de ses camarades afin que la vie du fellaga soit épargnée. Grâce à lui, le jeune homme ne sera pas exécuté et des années plus tard, le fils de ce rescapé viendra jusqu’au monastère de Bellefontaine retrouver le père Célestin pour le remercier.

C'est un homme de terrain. Dans la mouvance des prêtres ouvriers qui émergent à la fin des années 1960, il devient éducateur des rues à Nantes.

Pendant des années, il travaille auprès des plus démunis... Il les soutient jusqu'au fond des abîmes où les circonstances de la vie les ont plongés.


Il a accompagné ainsi non seulement les pauvres, mais aussi des drogués et des prostituées... n'abandonnant personne et veillant à ce que les plus malheureux ne passent jamais Noël dans la solitude. Il a accompagné les démunis. Il n'envisage pas un instant de ne pas être avec eux, tant il se sent l'un d'eux. Une nuit un jeune homme homosexuel lui lance un appel. Célestin se rend à son chevet, mais le garçon se défenestre au moment où le prêtre parvient au bas de l'immeuble. Ce désespéré meurt à ses pieds sur le trottoir. Après des années de confrontation à la violence permanente, il entre à la Trappe à Bellefontaine où il restera 4 ans.

Il y fait connaissance avec Michel Fleury et Bruno Lemarchand. Ensemble ils font route pour Notre Dame de l'Atlas en Algérie en 1986. Célestin a 52 ans.

 

Célestin comme Christian de Chergé expérimente cette arrivée en Algérie comme un retour. Il semble répondre à un appel. Depuis toutes ces années, le lien est resté sous jacent mais puissant entre eux et cette terre où ils trouveront tous les deux la mort. A son arrivée, il est accueilli au pied de la passerelle par l'homme qu'il a épargné pendant la guerre et qui le serre dans ses bras. D'emblée, le contact avec ce pays passe par la communion avec l'autre, l'étranger, pour lui sans aucun doute, le frère. C'est en 1989 qu'il prononce ses vœux définitifs à l'Atlas. Choqué et meurtri émotionnellement et physiquement, par l'incursion du groupe du GIA en 1993, il est rapatrié en France pour subir plusieurs pontages. Il reste en convalescence à Bellefontaine. Son plus ardent désir est de rejoindre sa communauté et l'Algérie. Comme le dira et vivra Pierre Claverie, évêque d'Oran, assassiné avec son chauffeur Mohamed le 1er Août 1996 «  Nos sangs sont mêlés dans la violence. Jésus s'est posé sur ces lignes de fractures de l'Humanité. Il est mort là. C'est le sens de la croix ». Célestin reviendra en France. Comme si il avait  conscience du dénouement proche, il a tenu à être du nombre.

 

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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 08:01

 

D’ALGER à OUED FODDA,  le 8 mars 2014

 

VOS NOMS SONT GRAVES SUR LES PAUMES DE MES MAINS (ISAIE 49 )

 

Les panneaux routiers nous indiquent que nous approchons de CHLEF, l’ancienne ORLEANSVILLE. Comme je comprends qu’au moment de l’indépendance en 1962, le peuple algérien ait voulu effacer les noms des villes et villages qu’avait imposés  l’administration colonisatrice.

En effet, durant la guerre d’Algérie, la petite ville que nous dénommions (LAMARTINE), ne s’appelle plus ainsi. Elle a retrouvé son nom originel : (KARIMIA).

Je suis peiné et heureux en même temps de chercher et trouver, grâce au jeu des cartes Michelin, l’ancienne et la nouvelle, ces noms chargés du poids de notre histoire et ceux, nouvellement porteurs de nos aspirations et de nos espérances. Ne sont-ils pas désormais des signes du respect d’une civilisation et de la recherche de la véritable libération et identité d’un peuple ? 

 

Au moment où nous quittons la station service de TIBERKANINE , où nous avons fait halte afin de remplir le réservoir de la voiture, Monsieur Sid ALI le chauffeur du taxi nous dit : «  Pendant que nous buvions le café, je me suis fait expliquer par des gens de la région avec qui j’ai causé, quel chemin il nous faut prendre pour parvenir au barrage de l’OUED-FODDA, là où vous espérez retrouver vos amis de 1960. Il nous faut bien traverser la petite ville de KARIMIA, elle n’est plus guère loin … Tenez … Est-ce que ce ne serait pas ces habitations que nous voyons ? 

Je réponds : «  Oui, Oui. Voilà l’endroit où nous avions cantonnés en août 1960 … là sous ces eucalyptus … là le long de cette rivière OUED-FODDA, qui descend du barrage appelé aussi barrage du STEEG … Oh, comme cette eau coule encore ! 

 

Quelle émotion se met à travailler mon être profond !

C’est là en effet que j’avais beaucoup « miséré », c’est sous ces eucalyptus que j’avais mûri la manière et la façon qu’il me faudrait employer pour affronter mon capitaine et oser lui dire ma réprobation à propos de ce qui s’était passé dans l’opération d’où nous revenions.

J’avais écrit alors sur un carnet ce que nous vivions d’éprouvant, ce dont nous parlions avec les copains, nos réactions et aussi ce que je pensais et essayais de faire. J’ai conservé tous ces carnets, gardiens et révélateurs de ce que nous découvrions. Quelle lutte nous avions entreprise, afin de ne pas nous laisser « déglinguer » et démolir. Combien de fois chacun de nous s’était retrouvé à certains moments isolé et seul. Et cela, malgré les belles amitiés vécues et réalisées entre copains, au sein du groupe d’amis que nous formions dans la compagnie. Souvent, tout seul, en face de ma conscience.

Pourquoi qu’à deux, trois ou quatre, nous ne nous étions pas dit : « Avec ce qui vient de se passer, il nous faut en conscience rendre nos armes et nos bagages … ? 

Pourquoi ne sommes nous pas allés jusque là ? Pourquoi n’avons-nous pas pu le faire ?

 

Nous traversons KARIMIA et nous ne tardons pas à emprunter une route escarpée que je reconnais bien. Etablie dans les années de la construction du barrage en 1932, au flanc d’une montagne stable, cette route est toujours la même. C’est celle-là que nous empruntions avec nos G.M.C. en 1960 pour partir et revenir d’opérations dans le djebel. Elle est toujours aussi bien entretenue. Accessibilité au barrage hydro électrique oblige.

 

Un panneau : « Barrage de l’OUED-FODDA » apparait puis peu de temps après, encore un avec la même indication. Nous sommes vraiment sur la bonne route. Nous n’allons pas tarder de parvenir en cet endroit où rien ne semble avoir bougé d’un centimètre. Mais peut-être que des choses ont bougé mais qu’elles ne le paraissent pas dans l’immédiat. Ce seront probablement mes amis dont la situation aura bougé. De toute façon, je devrai garder, ancré en moi, l’attitude de Madame  Germaine TILLION, qui, lorsqu’elle réalisait en 1937 ses travaux d’ethnologue dans les AURES, disait à propos des CHAOUIAS qu’elle rencontrait : «  Je veille à ne pas leur faire dire ce que je voudrais bien qu’ils me disent, mais qu’il disent, ce que réellement ils ont à dire et veulent me dire » Mais peut-être que je ne retrouverai pas mes amis, parce que leur place aura changé.

 

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Ça y est, la guérite du gardien du barrage est en vue, sur le même petit promontoire où elle se trouvait en 1960. Je n’ai pas à préparer ce que je vais dire, ça vient tout seul. Je grimpe les marches d’escaliers qui me mettent en présence d’un homme en armes … Au moment où je lui explique en présence de mes trois amis Claude, Nelly et Bernard et du chauffeur de taxi Sid ALI : «Bonjour Monsieur, j’étais soldat de l’armée française ici en 1960. J’étais devenu ami avec Monsieur Mohammed   H. , je sais qu’il est mort en 1984 … »

Je m’apprête à lui demander s’il peut m’aider à rencontrer le fils de Monsieur Mohammed   H. qui travaille au barrage : Abdelkader, lorsque les hommes qui viennent de s’adjoindre au gardien me répondent et me font comprendre qu’il n’y a plus ici au village du barrage de gens qui portent le nom de famille   H.  et me disent «  Il faut redescendre à KARIMIA pour trouver quelqu’un qui s’appelle du nom de  H. … » Tout cela me décontenance …  ça me surprend qu’avec la grande famille que Monsieur H. a fondé, il n’y ait plus personne de leur famille qui réside ici. En fait, je suis en train de faire une erreur d’investigation dans ma recherche … Il n’y a peut-être plus personne qui porte le nom de famille de H. mais il y a probablement issus de la famille H. qui portent un autre nom. En effet, les filles de Monsieur H se sont mariées, elles ont mis au monde des enfants. Cela serait bien surprenant qu’il n’y ait pas quelques uns des petits-enfants de Monsieur Mohamed H qui habitent ici …

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Justement,  je suis en train d’expliquer pour la 4ème ou 5ème fois à des jeunes qui viennent de s’adjoindre aux hommes qui entourent le gardien , que j’ai été soldat ici il y a 54 ans … que j’avais lié amitié avec un homme père d’une grande famille qui habitait là et dont le nom est Monsieur H. … quand, voilà qu’un jeune d’une vingtaine d’années se met à sourire en entendant ce que je balbutie …

Il nous regarde, il a compris et il nous dit «  Venez avec moi, on va descendre au bas du village … »

Et  je me mets à dire les prénoms des enfants de Monsieur Mohamed H. , Abdelkader, Fatima, Yasmina … Parvenus très vite au bas du village, le sourire du jeune homme s’épanouit davantage encore sur son visage puis sur le mien, le nôtre, quand je redis les prénoms de Fatima, Yasmina. En effet, ce jeune homme me dit «  Voilà le mari de Fatima ! » C’est monsieur B. je comprends qu’il n’y a plus de gens qui portent le nom de Monsieur Mohamed H. mais il y a des gens de sa famille qui habitent là : ce sont les familles de ses filles, et ses filles elles-mêmes.

Je demande alors : « Et Fatima, est-ce que je pourrais la saluer ?» Le jeune homme me répond « Justement, la voilà qui arrive.»

Quelle joie et quel bonheur de nous saluer avec Fatima, Yasmina, Alia, avec leurs maris, leurs enfants et petits-enfants.

 

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En un court laps de temps, beaucoup de gens de la famille de Monsieur Mohamed H. se sont rassemblés autour de nous. Une merveilleuse fête de retrouvailles se réalise il y a plus de cinquante ans que nous ne nous étions pas revus. Et nous nous nous souvenions de nos prénoms ! Cela n’avait pas bougé. Je repensais à la parole du prophète Isaïe, (49) : «  pour que mon salut atteigne aux extrémités de la terre. Cieux, criez de joie ! Terre, jubile ! Moi, je ne t’oublierai jamais. Je t’ai gravé sur les paumes de mes mains, je t’ai caché dans l’ombre de ma main. «  Isaïe (49) 2, 6, 13, 16.

Il y avait quelque  chose dans nos regards et sur les traits de nos visages, qui n’avait pas changé, qui était resté et qui nous habitait.

Oh, le bonheur de nous retrouver !

Quels moments de fraternité étaient suscités entre-nous.

C’est alors que je leur redis «  Votre Papa m’avait dit, ici tu es loin de ton Père, je suis comme ton Père, tu es comme mon Fils »

Cinquante ans après qu’elles aient été dites, ce sont ces paroles fondatrices qui nous font  nous rencontrer et nous regarder en frères et sœurs, avec vous Fatima, Yasmina, Alia, vos maris, vos enfants et petits-enfants.

Je sentais comment Claude, Nelly et Bernard, mes compagnons de voyage, étaient associés à cette fraternité. Ils avaient tant fait pour que nos retrouvailles aboutissent.

Nous expérimentions que ces paroles étaient vraies, une fois encore «  Le Verbe se faisait chair »

 

Cinquante ans après qu’elles soient sorties de la bouche de leur Père et qu’elles aient été ramassées par eux les enfants et par moi, ces paroles qui fondaient notre relation d’amitié et de fraternité, n’avaient pas bougé d’un iota.

Ni les années, ni les distances, ni la guerre que nous avions faite, subie, traversée, n’avaient  donné un seul coup de ciseau à ce qui nous reliait.

Pendant près d’une heure, nous sommes là à nous exprimer notre émotion et notre joie les uns aux autres.

Nous nous prenons à témoins les uns en présence des autres et nous reconnaissons ce qui nous relie les uns avec les autres aussi  intensément depuis tant d’années, et qui ressurgit en plein midi de ce jour.

 

C’est alors que, demandant des nouvelles de leur plus jeune frère Abdelkader, ses trois sœurs me répondent : «  Abdelkader est mort ! C’était durant ces années qu’on ne veut plus revoir … Les années noires de 1990 à 2000. C’est durant cette décennie terrible qu’a été déchirée la vie des moines de TIBHIRINE, celle de Pierre CLAVERIE et son chauffeur Mohammed et de combien d’autres, 150 000, 200 000 qui sont morts. Les noms de tous ces gens ne sont-ils pas écrits dans les paumes des mains de quelqu’un comme l’est le nom d’Abdelkader. Je veux y adjoindre le nom de Jean-Marie BUISSET, l’ami des Ardennes tué le 29 mai 1959, celui de l’homme de l’Oued EL ARDJEM tué dans l’embuscade que nous avions montée et le nom de l’enfant que j’avais enterré … Sa mère ne l’ayant peut-être jamais retrouvé.

La famille de mes amis, comme beaucoup d’autres familles, avait été déchiquetée en raison de questions de pouvoir, d’argent et de violence.

En 1960, l’attitude, l’accueil et les paroles de leur Papa et grand-père m’avaient ouvert les yeux et le cœur et fait entrer en objection de conscience.

Nous avions essayé de faire obstacle à la guerre.

Dans les années 1990-2000, ils avaient maintenu leur lutte afin de pouvoir vivre.

Qu’est ce que j’aurais  voulu connaitre ce qui s’était passé, mais ça ne se demande pas comme ça, il faut de longs partages afin de pouvoir commencer à y parvenir.

Peut-être qu’un jour ils me partageront ce qui leur a ôté leur frère Abdelkader.

Et voilà que nous sommes interpellés à la table préparée, pendant que nous causions.

Ainsi les filles et les petites-filles de Monsieur Mohamed H. ont préparé pour Nelly, Bernard, Claude et moi un repas chaud, du lapin, des légumes et du couscous : » Asseyez-vous … Vous allez manger ! « La fraternité qui nous relie se célèbre  et se fête par le repas de l’hospitalité »

 

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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 20:48

04-19 Mars 2014

 

Une fois encore, en m’émerveillant, j’ai envie de dire : « d’où ça vient cette possibilité d’être partis en camps volants sur nos chemins d’humanité, comme nous venons de le faire en allant en ALGERIE avec Claude, Nelly et Bernard, guidés par leur fils Luc du 04 au 19 mars 2014 ? !  D’où ça vient et pourquoi faire ? »

Luc nous avait dit : «  En raison de mon travail à FLORENCE et à TOULOUSE, je ne pourrai pas faire le voyage avec vous, mais quand vous arriverez à l’aéroport HOUARI BOUMEDIENE à ALGER, il y aura Sana, une amie qui vous attendra… Elle vous conduira chez Saïd et Aziza, ses beaux parents… Ensuite elle vous emmènera à la maison diocésaine d’Alger au 22 chemin d’Hydra à EL BIAR… Et  quand vous arriverez par le train à ORAN, il y aura aussi mes amis qui vous attendront et vous conduiront… Vous allez être marqués par l’accueil des Algériens, et par la manière dont ils vont vous recevoir. »

A la façon dont Luc allait continuer de nous guider, nous sentions que lui, Luc, fait partie de ce peuple Algérien… Il est des leurs… Un de ceux qui avec eux, cherchent un chemin de libération pour tout le monde. Ses parents, Nelly et Bernard sont humblement heureux de leur fils. Son oncle Claude et moi, leur exprimions de temps en temps, qu’ils pouvaient l’être. C’est ainsi qu’un pont s’établit entre les deux peuples Algérien et Français, de chaque coté des deux rives de la MEDITERANEE… C’est par des liens comme ceux-ci, que nous entreprenons une culture de la non violence qui empêche la guerre.


Durant ces 15 jours, notre voyage en Algérie a été de cette teneur, touchant à la fraternité. Nous n’allons pas pouvoir tout vous raconter. Vous vous en doutez.

Je vais essayer de vous partager ce qui fut pour moi, et pour nous, tout le long de notre chemin, comme des sources de vie, dans le champ labouré de violence et de guerre, qu’est l’ALGERIE !!!


Trois points de repères, lieux-sources vont nous attirer plus que d’autres. Je vais vous raconter mes émotions, mes impressions et mes réactions et engagements.

Je les unirai à ceux de Claude, Nelly et Bernard. Ce sera particulièrement quand nous allons nous trouver :

A Oued FODDA : dans la région de CHELEF, en plein djebel ou ouarsenis, où j’avais connu et lié amitié avec un homme, Mohamed et sa famille, pendant la guerre en 1960… Est-ce que nous allions pouvoir les retrouver 53 ans après ?

A TIBHIRINE : où ont vécu jusqu'au 26-27 mars 1996, et reposent maintenant  les sept moines, qui ont « donné leur vie pour Dieu et pour l’ALGERIE ». Allions-nous pouvoir nous y rendre ? Nous comptions beaucoup sur « les jardiniers » de ce lieu, « où les Hommes et les Dieux » se rencontrent, parce qu’ils sont désarmés.

A ORAN : c’est là que nous pensions le plus facilement parvenir, mais là aussi, c’était avec l’espérance  que nous trouverions « des Algériens par alliance », et qu’à cette alliance nous serions conviés, et que nous pourrions trouver nourriture. Etonnant comment le souffle de Pierre CLAVERIE et Mohamed nous y attendait. Dix huit ans après leur assassinat, leur esprit est plus que jamais créateur d’humanité.


A mon retour de Bethléem, en juin 2013, j’avais senti que j’aurais toujours à intensifier la prise de conscience, qu’il est urgent de résister, au sein de la part d’humanité, qui est mienne, qui est nôtre et que c’est par moi, par nous, qu’il me faut, qu’il nous faut commencer. Entrer en résistance contre tout ce qui n’est pas juste, et qui abîme les êtres que nous sommes. Pour avancer vers ce but, la nécessité germe de « la terre des hommes » et nous pousse à entrevoir et promouvoir tout ce qui peut nous désarmer et démunir de nos violences, les uns en présence des autres.


Comme des milliers et des milliers d’hommes de ma génération en France, nous sommes allés faire la guerre en ALGERIE, il y a maintenant un peu plus de 50 ans. Afin de « pacifier » et de « maintenir l’ordre », le pouvoir de vie et de mort que l’on nous avait alors attaché sur le dos, n’avait jamais été pour moi, un titre de gloire et d’honneur, mais un poids écrasant tout, les autres et nous-mêmes, une charge dont il fallait nous défaire et nous démunir.

Je me souviens avoir senti en 1959 dans l’immédiat où je débarquais pour la première fois en tenue de camouflé, à la CASBAH d’ALGER, portant une arme, combien j’avais à me démunir et me déligoter de ce pouvoir odieux qui nous collait à la peau. Pouvoir qui consistait à décréter qu’un tel était suspect, complice du F.L.N.  donc ennemi, et que je devais le saisir, le prendre, l’enlever, contribuer à le faire disparaitre… Il m’avait fallu beaucoup de temps pour commencer à devenir objecteur de conscience.


Aujourd’hui, en partant en ALGERIE, j’y allais avec mes amis Claude, Nelly et Bernard, confiants qu’il y avait là bas, des gens qui veulent et aspirent de tout leur être, à la paix. Ils habitent des endroits dans les villes et les Djebels, dont ils ont fait de véritables lieux-sources de la non-violence. Ils sont hommes et femmes de bonne volonté qui nous apprendraient à nous défaire de nos préjugés et de nos violences, et sur quels chemins de justice et de droit, nous aurions à nous engager pour continuer à devenir des créateurs et artisans de paix.

SALAM ALEIKUM.

 

 

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  • : Lulu en camp volant
  • Lulu en camp volant
  • : Lucien Converset, dit Lulu est prêtre. A 75 ans, il est parti le 25 mars 2012 avec son âne Isidore en direction de Bethléem, où il est arrivé le 17 juin 2013. Il a marché pour la paix et le désarmement nucléaire unilatéral de la France. De retour en France, il poursuit ce combat. Merci à lui ! Pour vous abonner à ce blog, RDV plus bas dans cette colonne. Pour contacter l'administrateur du blog, cliquez sur contact ci-dessous.
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