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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 07:15

Dampierre mardi 23 aout 2016

 

POURQUOI CE SERAIT MOI ?

 Mais… Aussi… POURQUOI ÇA NE SERAIT PAS MOI ?

Photo de Lulu prise sur son chemin le 25/04/2013

Photo de Lulu prise sur son chemin le 25/04/2013

1ère partie ici

En empruntant cette fois le chemin du retour, je ne veux pas tourner le dos à ce que je viens d’entendre une fois encore. Si je suis venu écouter et contempler cet éveil à la vie, c’est pour que ça se continue, dans une interpellation à l’amour, et à la solidarité, au respect du droit et de ce qui est juste pour tout être humain et tout être vivant.

 

Il y a toute une illumination qui se réalise dans mon dos, grâce au soleil, pour me faire voir ce que j’ai à faire et à dire. La bise me pousse à agir de manière concrète, et à m’engager de manière précise, envers mes proches, mon prochain, mes sœurs et mon frère, mes neveux et mes nièces, et mes voisins. Dans notre recherche d’action non violente où nous nous racontons, qu’il y a une résistance quotidienne à laquelle nous sommes appelés et tenus, nous ne devons pas passer à côté des artisans de paix sans les reconnaitre, et savoir les déceler, dire tout ce qui fait que le monde tient, et continue à se fabriquer, comme dans le film « Demain ». Et si de la bouche d’un proche, surgit une parole violente : « Il y aura toujours des guerres, vous ne pouvez pas l’empêcher… Les terroristes il faut tous les zigouiller… La peine de mort, on n’aurait jamais dû la supprimer… Vous ne pourrez pas empêcher que la France continue à se doter de l’arme nucléaire ». Nous devons chercher comment, d’une manière non violente, aider à ne plus entretenir une telle ambiance. Car dans les paroles fatalistes, la frontière entre ce qu’on dit et ce qu’on fait est très poreuse. Pourquoi ça ne serait pas moi, pourquoi ça ne serait pas nous, qui remontions le courant fatalisant ?

 

Avant de nous trouver au pied du mur du djihadisme et de la radicalisation des jeunes de notre entourage, pourquoi ne serait-ce pas moi, pourquoi ne serait-ce pas nous qui entreprendrions de faire des ponts entre nous tous : « Viens boire le café, qu’on prenne le temps de causer de tout ça » ?

 

C’est alors que me revient le poème de Zacharie, à l’adresse de son enfant, Jean, qui deviendra : « le Baptiste ».  Zacharie ne pouvait plus causer depuis neuf mois. Il avait eu du mal de croire que dans leur union, sa femme et lui mettraient au monde, un enfant. « Pas nous » pensait-il. Nous ne sommes pas capables. Et lorsque l’enfant Jean sort du ventre de sa mère Elisabeth, voici le poème qui sort de la bouche de Zacharie son père. Au moment où sa langue commence à se délier, il dit : « Et toi petit enfant, tu seras appelé prophète du Très Haut ».

 

Chaque fois que je vis un moment comme celui-ci, que je suis témoin du lever du soleil, ce poème jaillit lui aussi de ma bouche à moi. Ça vient du fait que Zacharie, dans ce poème, dit en parlant de son fils :  « Il nous amènera d’en haut, la visite du soleil levant. » Tout cela est dit d’une manière très drôle, où la part de ce que fera ce petit enfant, et la part de l’intervention de Dieu, sont très entremêlées. Oui c’est Dieu qui fait se lever le soleil et qui fait sortir de la terre d’esclavage, les membres de son peuple. Oui c’est Dieu qui met de la lumière dans le cœur des gens du peuple qui marchaient dans les ténèbres. Mais n’est-ce pas aussi Jean-Baptiste qui fera tout cela. Etonnante conjonction de la part de Dieu et de la part de l’homme dans l’œuvre salvatrice qui fait se mettre debout, notre humanité.

 

Quand je reçois un faire-part de naissance, d’un petit garçon ou d’une petite fille de mes amis, je leur adresse ce poème dans ma prière, ou dans ma réponse à leur lettre. Parce que chers petits enfants, vous êtes les acteurs de notre libération, avec la Grâce de Dieu.

 

J’aime bien aussi, ce poème, lorsque Jean-Baptiste est reconnu par son père comme quelqu’un « qui marche devant le Seigneur ». De nombreux témoins et prophètes prendront le même chemin que Jean-Baptiste, pour que : « vérité et justice soient faites quoi qu’il en coûte ». Ils s’appelleront Gaby Maire, Alice Domon, Léonie Duquet, Christian et ses compagnons, les moines de Tibhirine. Et nous apprendrons que quelqu’un, pour eux et pour nous, aura été : « l’ami parti devant ». En laissant retentir en cet angélus, les paroles du livre de Fadila Semaï, à propos de Mohamed « l’ami parti devant Christian De Chergé » je prends conscience qu’avant moi, « un ami aussi, est parti devant » : Jean-Marie Buisset. Et pourquoi je ne serai pas un jour, pour vous aussi, « l’ami parti devant »? Pourquoi ça ne serait pas moi ?

 

A mon retour dans mon village, je suis arrêté par Henri et Anna : « Reste déjeuner avec nous. » Et ils me partagent que leur filleul à eux, est venu les voir la semaine dernière. C’est un homme qui en porte lourd sur ses épaules. Plutôt que d’attendre que les autres fassent la démarche d’entreprendre de refaire l’unité de la famille, il a dit à ses parrain et marraine : « je prends conscience que c’est à moi de commencer à entreprendre la démarche du pardon qui refera l’unité de notre famille. »

 

En remettant un seau d’eau sur les pieds du petit Ginkgo Biloba, je m’apprête à relire les paroles que nous avons gravées sur le petit écriteau, planté à coté de lui… A ce moment-là, je l’entends qui me dit : « Vous m’avez planté le 09 janvier 2016, ici à Dampierre, dans une ambiance communale, afin de demander l’arrêt de l’armement nucléaire de la France de manière unilatérale. Continuez à ne pas être des gens qui attendent que ce soient les autres qui commencent à se désarmer ! N’attendez pas que les autres enrayent l’injustice, mais faites en sorte que ce soit nous, qui commencions à nous démunir de nos violences. »

 

Pourquoi ça ne serait pas moi ? Pourquoi ça ne serait pas nous qui commencions ?

 

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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 13:37

La vie reprend... Lulu est dans son nouveau chez lui... 

Voici une lettre qu'il a écrite le 20 mai. Merci à Appoline pour les photos.

Chanteau dans le Loiret, le 20 mai 2016

 

COMME UNE TAPISSERIE DE LURCAT

 

Après la célébration dans l'église du village de la vie et de la mort de Jean-Paul, après l'appel adressé à ses enfants et petits-enfants, ainsi qu'à nous tous à continuer ce qu'il a commencé, nous venons à la maison familiale vivre un moment de partage, d'une profonde fraternité.

 

Ce qui me marque intensément, c'est la présence de tous ces gens du village de Chilleurs-aux-bois, de tous les membres de la famille de Jean-Paul et Jeannine, et aussi de la famille de Michèle ... des collègues de travail d'Esther et d'Arnaud, venus de Charix dans l'Ain. Je suis heureux de retrouver Jean-Baptiste, professeur et artisan et de parler avec lui sur "l'élévation" dans  laquelle nous sommes interpelés par la médiation des escaliers qu'il fabrique.

 

D'autant plus que nous assistons à la rupture de tant de réalités structurantes de notre humanité, qui nous font nous casser la figure les uns aux autres et dégringoler dans des situations enfermantes.

 

Et nous voilà partis avec ma nièce Esther et Apolline sa filleule âgée de 17 ans, en direction de Chanteau, village distant de 20km, chez Jean-Marie et Hélène Muller ... En arrivant dans la cour, la joie de nous retrouver est grande pour Jean-Marie et moi, tant nous nous sentons en profonde communion dans la recherche de cette voix de la non-violence. Elle est, pensons-nous humblement, la seule possibilité donnée à notre humanité, de trouver une issue, une porte de sortie, la porte de sortie de notre enfer-me-ment, afin de trouver le centre vital qui va nous permettre de nous libérer.

 

Je présente à Jean-Marie ma nièce Esther et sa filleule Apolline. Jean-Marie sait, par un appel téléphonique que je lui ai adressé, que nous arrivons de l'enterrement  de Jean-Paul. Esther et Apolline savaient, durant notre court trajet, qu'elles m'emmenaient chez Jean-Marie Muller. Durant nos rencontres familiales ou à l'occasion de campements dans les plateaux du Jura, Esther m'avait souvent entendu parler de Jean-Marie et de la non-violence. Mais qui est Jean-Marie aux yeux d'Apolline ? Un de mes amis, dont la relation m'est précieuse. Mais Apolline ne se doute pas de tout ce que cette relation a comme conséquences dans ma vie. Il y a ce qu'a écrit Jean-Marie, il y a ce qu'on dit à propos de Jean-Marie et il y a ce dont on voudrait que nos mots explicatifs soient porteurs. J'ai balbutié dans la voiture quelques mots à Esther et à Apolline, afin de traduire la place que Jean-Marie tient dans mon cœur et dans ma vie depuis 1969 ... date du procès d'Orléans. J'avais appris l'existence de ce procès par Christiane Meyer, venue nous voir à la cure Notre Dame de Dole, où j'étais jeune vicaire depuis 3 ans. Nous formions là une équipe de prêtres avec Noel Girardet, Maurice Roux, Michel Damnon, Maurice Petit, Maurice Vandel ... Nous avions comme curé notre ancien supérieur du petit séminaire de Vaux: François Chaignat. Christiane était venue nous dire : " Je suis cousine de Jean-Marie Muller ... qui avec les prêtres Desbois et Perrin, sont en train de renvoyer leurs livrets militaires ... Ils veulent obtenir le statut d'objecteurs de conscience ... ce qui leur est refusé, parce qu'ils ont fait leur service militaire. Un procès leur est donc fait. L'évêque d'Orléans Guy Riobé les soutient. Est-ce que vous voulez vous solidariser dans ce soutien en signant cette pétition. Nono et moi nous avions signé, ainsi que Gaby Maire, Pierre Demoulière, (que je retrouverai au Brésil sur les pas de Gaby en 1999)

 

Quarante-six ans après, qu'est-ce que je suis heureux, d'avoir signé cette pétition !

Oui, il y a ce que l'on dit d'un ami écrivain quand on le présente à d'autres de nos amis, on voudrait tellement que les amis en question se mettent un jour à se nourrir de ce qu'écrit cette personne, et de sa pensée si nécessaire à notre humanité, de son dynamisme, de sa force de conviction. Il y a les mots pour dire tout cela, mais en même temps il y a la quête de signes autres que nos mots, afin de corroborer ce que l'on balbutie. On voudrait tellement convaincre en même temps que respecter.

 

Je me trouvais dans cette situation, lorsque Jean-Marie nous disait d'entrer et qu'ensemble, nous franchissions le seuil de la maison, avec ma nièce Esther et sa filleule Apolline. Je sais qu'elles ne vont pas pouvoir rester longtemps ... Elles vont devoir repartir rejoindre la famille à Chilleurs aux Bois.

 

C'est alors qu'il me vient l'idée de demander à Jean-Marie, s'il veut bien offrir à Apolline et à Esther, ce cadeau qu'il m'a fait il y a deux ans, quand j'étais venu les voir, lui et sa famille, à mon retour de Palestine-Israël ... Mon voyage avait consisté à marcher de Dampierre à Bethléem pour faire avancer la paix en nous démunissant en France de nos armes nucléaires de manière unilatérale ... J'étais venu chez Jean-Marie et Hélène pour leur signifier ma reconnaissance profonde pour la manière dont ils m'avaient alimenté tout au long de cette marche ... et aussi pour tout ce que j'avais pu boire, grâce à eux, à la source de la non-violence ... particulièrement pour tout ce qui m'était parvenu par les livres que Jean-Marie a écrit sur la non-violence et sa stratégie.

 

Et il y a un endroit dans la maison de Jean-Marie et Hélène, et c'est dans le grenier sous le toit, où sont étagés et sertis, comme des filaments, incrustés dans une merveilleuse tapisserie aux nombreux fils d'or, les livres que Jean-Marie a écrits. Ils sont au cœur d'étagères qui n'en finissent pas d'aller rejoindre les murs de chaque côté qui font tenir la maison. Mais peut-être que ce sont les livres qui font tenir les murs de la maison, tellement ils sont porteurs d'une pensée si nécessaire et vitale à notre humanité, je pense à la prestigieuse tapisserie de Lurçat, nous appelant à barrer la route au péril nucléaire.

 

Je demande à Jean-Marie : " Tu voudrais bien montrer ta bibliothèque à nos amies Esther et Apolline" - " Bien volontiers ..." Et nous voilà, grimpant par les escaliers de bois que nous entendons s'émouvoir de notre arrivée, par les bruissements qu'ils émettent ... Ils nous préparent à l'émerveillement qui ne tarde pas à jaillir de l'écarquillement des yeux et des balbutiements de la bouche d'Apolline et d'Esther, et aussi de mon être tout entier, au moment où nous entrons de plein pied dans le grenier. Je devine que cela serait un signe profond de notre reconnaissance, adressé à Jean-Marie, pour le travail de penseur qu'il réalise en cet endroit-laboratoire depuis plus de 40 ans. 

 

Photos prises par Appoline
Photos prises par Appoline
Photos prises par Appoline

Photos prises par Appoline

C'est là qu'est venue aboutir la réalisation de son 1er livre : " L'Evangile de la non-violence", qui va marquer tant de gens à travers la France tout d'abord, et puis le monde entier au fur et à mesure qu'il en fera le tour, grâce aux traductions qui s'en réaliseront. Je suis heureux de voir Jean-Marie, mettre la main dessus ce livre dans l'immédiat que j'en prononce le titre.

 

Je dis à Apolline : " Le plus tôt que je pourrai Apolline, je me débrouillerai pour t'en procurer un exemplaire, car hélas, il n'est plus édité. Je demanderai à Maggy de nous le trouver par Internet" Je trouve très beau aussi le moment, où dans la continuation de  notre contemplation commune, Jean-Marie empoigne le livre : " Désarmer les dieux" et qu'il nous dit avec une joie profonde et sûrement avec plus qu'un brin de fierté: "En voici la traduction en Arabe." Je pense en moi-même: C'est tellement important quand on a 17 ans comme toi, Apolline et que l'on est à la recherche du Dieu qui soit source d'Amour et non pas affublé de puissance destructrice et annihilante de ceux que l'on fait passer pour être nos irréductibles ennemis."

 

Esther est la marraine d'Apolline. Pendant que sa filleule se déplace d'un bout à l'autre des étagères afin de prendre des photos de quelques-uns des très nombreux livres qui ont été travaillés, compulsés par Jean-Marie, afin d'en produire les siens, Esther demande discrètement à Jean-Marie : " Quel est le 1er livre écrit par vous, que je pourrai offrir à ma filleule ?" Il lui répond" Le dictionnaire de la non-violence" Au moment où Apolline revient vers nous, je suis heureux de lui présenter le livre que Jean-Marie a écrit sur les moines de Tibhirine. Grâce à la couleur bleue de la couverture, je l'ai repéré sur l'étagère centrale de la bibliothèque. Avec beaucoup d'émotion, je dis à Apolline et Esther, que Jean-Marie l'a dédicacé à la mémoire de Gabriel Maire, prêtre français, assassiné le 23 décembre 1989 à Vitoria au Brésil. Gaby Maire est l'ami avec qui j'ai fait tout mon petit et grand séminaire dans le Jura. Comme les moines de Tibhirine, sa vie ne lui a pas été dérobée. Il l'avait donnée et offerte à la ressemblance de Jésus.

 

Je demande à Jean-Marie de nous épeler les noms des personnes dont il a écrit la vie et qui ont été les témoins artisans de la non-violence qui seule peut faire tenir le monde. Nous entendons les noms prestigieux et humbles en même temps, de Gandhi, de César Chavez, de Martin Luther-King, de Simone Weil, de Guy Riobé, de Jacques Gaillot, des moines de Tibhirine, de Pierre Claverie et de son chauffeur Mohamed, de Gaby Maire, des religieuses Léonie Duquet et Alice Domon ... et de beaucoup d'autres qui se sont nourris et alimentés dans le sermon sur la montagne de Jésus, dont Gandhi disait aux chrétiens que nous essayons d'être: " Vous avez dans l'évangile de Matthieu la mine qui contient les trésors capables de structurer notre humanité ... Il est urgent d'aller y creuser et y puiser... "

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31 mai 2016 2 31 /05 /mai /2016 12:50
Lettres d'Alice DOMON

Le mercredi 1er juin 2016 à 18 heures

au Foyer Sainte Anne
16 rue d'Avanne
25320 MONTFERRAND LE CHATEAU

en présence de l’auteure.

 

39 ans après la disparition tragique d’Alice DOMON en Argentine,
Diana VIGNOLES, de nationalité argentine,
a relu les lettres envoyées par Alice à sa famille, à ses proches et amis, entre les années 1967 et 1977.

Cette période est celle de la dictature imposée par la junte militaire, entre 1973 et 1985.

Ce livre émouvant nous fait suivre l’itinéraire d’Alice, et nous interpelle par le sens de son engagement et son témoignage de vie auprès des plus pauvres, des paysans sans terre, des familles des disparus, des Mères de la place de Mai, dans la fidélité à la suite du Christ.

Avec ce livre, nous découvrons, combien ses paroles et ses actes son engagement jusqu’à la mort rejoignent l’enseignement exprimé par le Pape François dans son exhortation apostolique Evangelii Gaudium, ‘’pour une église en sortie’’, mais aussi dans sa lettre encyclique Laudato Si, ‘’pour une destination commune des biens’’


La présentation du livre sera suivie d’un débat avec l’auteure

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Published by luluencampvolant - dans Coup de projecteur Alice DOMON
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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 11:00

Ça aurait pu être moi, qui ait eu à tirer

sur l’homme qui vient de tomber.

 

3ème partie du témoignage de Lucien lors des journées "histoires et mémoires de la guerre d'Algérie" à Besançon. 

 

Je sens bien que si ce n’est pas moi qui ai tiré sur l’homme de l’Oued El Ardjemm, ça aurait pu être moi. 

Je suis donc impliqué dans la mort de cet homme.

 

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Mais sont impliqués aussi tous ceux et celles qui nous ont embarqués, poussés, obligés à faire cette guerre, comme ils nous poussent et nous obligent, jusqu’à en violer notre conscience à nous impliquer dans la guerre actuelle du Moyen Orient et d’Afrique, et dans la fabrication et la vente des armes et dans la préparation d’une guerre nucléaire.

 

Quand on se trouve comme moi, comme la poignée de mes camarades, impliqués à tendre une embuscade, dans le but de tuer des hommes, le champ laissé à nos consciences, pour rester des hommes est très limité et réduit. Des fois il disparaît totalement.

 

D’autant plus que surgissent dans un régiment comme celui dans lequel, je me trouve incorporé, des lois, non écrites : « les morts fellaghas où supposés tels, sont laissés sur le terrain ». J’avais fait des opérations avant celle ci dans la région d’El Milia, qui m’avaient prouvé, que les cadavres des hommes tués, pourrissaient sur le terrain et étaient mangés par les chacals.

 

Sans nous en apercevoir, nous avons fait là, un recul terrible en humanité. Nous avons basculé notre humanité en arrière. Nous nous sommes poussés à reculons, les uns les autres, pour nous reporter avant le moment de la préhistoire, où les humains ont commencé de donner des signes qu’ils devenaient des hommes, en enterrant leurs morts.

 

Nous sommes assis sur nos sacs à dos, autour du cadavre de l’homme de l’Oued El Ardjem, qui commence à se décomposer dans la chaleur torride de juillet.

 

Durant toute la matinée de ce dimanche, je lutte au plus profond de ma conscience, pour oser demander, au commandement de ma section et de ma compagnie, l’autorisation d’enterrer le corps de cet homme de l’oued El Ardjem. C’est long et difficile, d’oser se lever, et ressurgir de là, où la violence et la peur, nous ont fait tomber et nous maintiennent enfermés. C’est dur et difficile de chercher à aller à contre courant du mouvement ambiant qui consiste à laisser pourrir les corps des hommes que nous avons tués.

 

Ce qui m’apparaîtra être la grâce de Jésus, m’est donnée comme humble force, pour me lever, et oser affronter ceux à qui on a fait croire qu’ils avaient autorité et droit, d’enfouir plus bas que terre, notre humanité et la leur. J’appellerai cela « une humble audace ». Je me lève.

 

Cette humble audace m’est donnée par la médiation de quelques femmes, que je prie, d’être là, près de moi, avec moi, bien qu’elles soient très loin dans le temps ou l’espace. Qui donc est là, tout proche de moi ?

 

-         SUZANNE, ma maman…Il me revient dans mon cœur de fils, soldat, toutes tes luttes, Maman, et tes paroles de résistance et de résilience, lorsque ta vie partait là, où tombe notre humanité… A cette heure, en ce dimanche matin, tu es à la messe à Dampierre avec notre papa, mes sœurs et mon petit frère. C’est toi et notre papa, qui m’avez mis sur le chemin du respect de tout homme, et appris à ne laisser tomber personne, dans la mort et le mépris…

-         ANTIGONE, jeune fille qui s’est opposées aux décrets de son oncle Créon, détenteur du pouvoir. Il lui interdisait de recouvrir avec de la terre, le corps de son frère Polynice, tué dans une guerre fratricide. Antigone est tenace, pour donner à son frère une sépulture. Elle nous dit : « je ne suis pas venue sur terre, je ne suis pas née pour haïr mais pour aimer ».

-         MARIE, la mère de Jésus, serrant son fils, qui vient d’être décloué de la croix, transpercé. Elle le tient serré tout contre son corps, ce corps d’où il était sorti. Pieta, sous le regard d’une escouade de soldats : « je vous salue Marie, bénie avec toutes les femmes de la terre », vous apprêtant à déposer, le corps de votre fils, dans le ventre de la terre.

-         MADELEINE qui au lever du jour au matin de Pâques, vient embaumer le corps de Jésus : « Dis-nous Marie Madeleine, qu’as tu vu en chemin ? »

 

Ce sont les femmes qui, pour que ressurgisse notre humanité, savent chercher et trouver les gestes, afin d’enterrer les morts sans les enfouir, de sorte qu’ils puissent repousser… Comme quand quelqu’un plante un petit arbre.

 

Oh qu’elles sont merveilleuses tes mains maman, qui ont été les premières, à m’élever en humanité, quand je suis sorti de toi.

 

En vous saluant Marie, maman de jésus, et vous Marie Madeleine, Antigone, Suzanne, ma maman, je contemple vos mains, leur délicatesse, l’humble audace avec laquelle vous savez approcher nos corps d’hommes, accomplir les gestes dans lesquels, vont pouvoir être sertis, les mots libérateurs qui vont faire surgir, notre parole d’homme. Une fois encore, c’est par vous femmes, que « le Verbe va se faire chair ». (Jean 1 14).

 

Me voilà donc rendu fort, par la présence de ces femmes. Je peux oser affronter ceux à qui l’État à donné droit de vie et de mort sur nous tous.

 

Je m’adresse au sous lieutenant de ma section :

-         « je ne peux pas laisser pourrir cet homme sur le terrain. Est ce que vous me donnez l’autorisation de l’enterrer ? »

-         Ricanement du sous lieutenant qui me renvoie au lieutenant, qui fait fonction de capitaine de la compagnie. Je vais demander à ce lieutenant. Lorsque l’aumônier était venu célébrer la messe quelques temps au paravent, au régiment, j’avais remarqué que le lieutenant était à la messe. Je lui dis les mêmes paroles. Par contre, lui me signifie que je peux enterrer l’homme.

 

Au camarade qui m’est le plus proche, je demande : « veux tu m’aider à creuser la terre pour enterrer cet homme ? »

Et nous nous mettons à l’œuvre, en utilisant la petite pelle U.S. que nous avions avec nous.

Bien que le sol soit très rocailleux, nous arrivons à creuser un trou, dans la terre du flanc de l’Oued El Ardjem. L’homme va enfin pouvoir reposer, dans le ventre de la terre, notre mère. Tout cela s’accomplit, dans un silence de… Vie.

 

Il n’y a que le bruit de la pelle, avec laquelle, nous creusons la rocaille. Pas le moindre soupçon d’un mot de reproche, mais au contraire, un regard, tout pétri de fraternité solidaire, de la part de nos camarades, qui vont pour un temps, cesser d’être, « des compagnons d’armes ». Nous avons trouvé de la force, les uns grâce aux autres, pour nous désarmer, pour nous démunir de nos puissances violentes. Nous ne parlons pas.

Ce sont nos regards mutuels que nous entendons parler, particulièrement, le regard d’A., harki obligé de s’engager, en tant qu’ « interprète » dans notre compagnie, il y a un an et demi, et qui dans la nuit de Noël 1959 en Kabylie, à Ou Maden, m’avait dit : « Lulu, Allah ne me veut pas dans son paradis, car j’en ai tué 17 de ma race, dont 4 cousins ».

 

En creusant ce trou dans le ventre de la terre, afin de lui confier, l’homme que nous venions de tuer, même le lieutenant qui lui non plus, ne bouge pas et ne dit rien, accompli ce geste de sépulture avec nous.

Car il s’est dessaisi du pouvoir et de l’ordre odieux de ne pas enterrer les morts, quand il a accepté que nous enterrions l’homme dans le flanc de l’Oued El Ardjem.

 

Nous redevenons des hommes, lui et nous.

Nous remettons humblement notre humanité à sa place, dans l’évolution du monde.

Pauvre petite espérance en notre humanité ! Que tu es belle !

 

Mais c’était sans compter, avec les autorités supérieures du poste de commandement (P.C.). En effet, nous étant assis à nouveau sur nos sacs à dos, il y a à peine une heure que l’homme repose dans la terre, que nous entendons le radio du P.C. émettre sur les ondes qui arrivent sur notre chanel :

 

-         « Ici P.C. m’entendez vous ?

-         oui, ici Bleu, nous vous recevons.

-     Votre prise de cette nuit nous intéresse beaucoup. Un hélicoptère part sur votre position, dans quelques instants, préparez le cadavre ! »

Le sous lieutenant qui avait ricané, me regarde et me dit :

-         « Converset, tu sais ce qu’il te reste à faire ».

 

Oh comme se fut douloureux, pour trois de mes camarades et pour moi de déterrer l’homme de l’Oued El Ardjem, de l’extraire et le désincarcérer, de le sortir du ventre de la terre, de l’endroit où nous l’avions fait reposer.

Je sentais que de ces mains de Mère, la Terre luttait de toutes ses forces vives, pour le retenir. Je l’entendais qui nous disait : « Terre des hommes… Je suis la Mère des hommes ».

Nous menions avec elle, un combat inhumain.

A nouveau, nous cessions d’être des hommes.

 

Avec mes trois camarades, nous portons l’homme jusqu’à l’hélicoptère et nous le hissons dans la carlingue.

 

J’entends encore le bruit des pâles de l’hélicoptère, volant l’Homme à la Terre, en le lui dérobant.

Je ne saurai jamais, ce qu’il est advenu du corps de l’homme de l’Oued El Ardjem, sur ordre du poste de commandement.

 

Je crains, qu’il ait été balancé dans la mer, une fois que l’on aura estimé avoir fait sortir, de lui, tout ce que on aura pu en tirer.

 

Hélas, j’apprendrai des années après, que ce que m’avaient dit mes camarades de section, de compagnie et de régiment, à la base arrière de Sidi Ferruch, et que je trouvais horrible, était bien vrai.

 

Grâce au livre de Marie-Monique ROBIN « Les escadrons de la mort », j’apprendrai que dans les années 1961-1962, au moment de l’O.A.S., à peine avant les accords d’Evian, les méthodes de « la Guerre », écrites par le colonel Roger TRINQUIER, sont exportées à l’école de guerre des États Unis.

Ces méthodes ont été affinées, particulièrement, dans le 3ème RPIMA, pendant la Bataille d’Alger, et durant l’exécution du plan CHALLES. Méthodes, qui pour faire disparaître, les corps des hommes et des femmes, prisonniers, blessés, torturés, achevés, vont être jetés à la mer. Ça donnera, dans l’Argentine du président Videla, que les corps de certaines Mères de mai, les corps des religieuses franc comtoises, Alice DOMON très probablement, et Léonie DUQUET très certainement, et combien dont nous ne savons pas les noms, seront jetés à la mer, plus loin que l’embouchure du Rio de la Plata, après le 8 décembre 1977.

 

Afin que la mer Méditerranée

Mare Nostrum

Soit Mater Nostra

Et non pas Cimetière Marin

Pour que nos vies ne soient pas méprisées

Ni non plus nos corps jetés à la mer

Pour que ne soit pas démolie ni non plus cassée

Notre Humanité

Pour qu’elle ne soit pas « délenda est »

Je demande, nous demandons

Que notre pays la France

Arrête de fabriquer et

Vendre des armes,

Des rafales et autres engins de mort,

Et tout particulièrement,

Les armements nucléaires.

Nous le demandons de manière unilatérale.

Et que l’argent englouti dans cette œuvre de mort,

Soit reversé aux parents qui n’ont pas les moyens

De faire vivre leurs enfants.

 

 Si je ne résiste pas, devant tous ces faits odieux, si je ne dis rien, je suis complice.

Je suis consentant. Je pactise avec la puissance destructrice et criminelle qui est nôtre. De cela je veux me démunir, de cela, nous nous défaisons, et avec Jean FERRAT nous chantons :

 

 

 

 

Nous ne voulons plus de guerres,

Nous ne voulons plus de sang.

Halte aux armes nucléaires,

Halte à la course au néant.

Devant tous les peuples frères,

Qui s’en porteront garants,

Déclarons la Paix sur Terre

UNILATÉRALEMENT.

 

Lucien CONVERSET

27 ET 28 NOVEMBRE 2014

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7 juin 2014 6 07 /06 /juin /2014 09:08

D'Alger à Tibhirine, Lundi 10 mars 2014

AVEC QUI PARTONS-NOUS POUR TIBHIRINE ?

QUELLE SERA NOTRE ESCORTE ? « Apoc. 3 4 »

 

Ainsi j’ai pu me lever tôt ce lundi matin. Révéillé bien avant quatre heures, je me mets debout afin de marcher vers la lumière… Partir pour Tibhirine.

La grâce qui nous est donnée, à Nelly, Bernard et Claude et à moi, c’est qu’en vivant de tels moments, nous n’allons pas garder, rien que pour nous, ce dont nous sommes témoins.

La grâce qui nous arrive, c’est déjà de vous porter dans nos cœurs de chair, vous tous les amis. Jean Marie (le jardinier de Tibhirine) nous a dit hier soir, qu’il n’y aurait pas d’escorte policière à notre embarcation pour Tibhirine. Notre escorte sera donc non violente. Ce sera vous : nous allons partir accompagnés par vous tous, que nous nommons avec vos paroles et vos mots, que nous appelons par vos noms. La grâce qui nous est offerte, c’est de vous porter dans nos cœurs de chair, vous tous. Et je me réjouis en conscience, d’être porté dans vos cœurs en vous portant dans le mien. Tout ce travail est une mise au monde, un enfantement…Nous le vivons en action de grâce.

 

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Je vous nomme, vous qui êtes au commencement de ma  vie, maman et papa, Susanne et Marius, et tout de suite, en même temps, vous mes sœurs et frère, comme je vous nommais sur cette même terre d’Algérie dans l’Ouarsenis…Il y a un peu plus de cinquante ans…Quand vos noms s’inscrivaient dans le cœur de Monsieur Mohamed H, dans celui, de Fatima, de Yasmina et d’Allia, ses filles, et dans celui d’Amed et Abdelkader, ses fils, pendant que c’était la guerre.

 

Après vous avoir nommés, vous, grâce à qui, j’ai commencé de vivre en votre chair et d’y être aimé, je vous vois vous tous dont les noms sont écrits sur mes cahiers : Sur celui là, qui va de Dampierre en France à Bethléem en Palestine, sur celui là aussi, qui va de Dampierre en France à Oued Fodda en Algérie, et sur celui là encore qui va de l’abbaye d’Acey en France à l’abbaye de Latroun en Palestine-Israel, et l’abbaye de Tibhirine en Algérie. Je vous nomme tous, celles et ceux dont le nom est paru dans mes cahiers, qui sont une part du livre de vie (Apoc 1- 11 ; 3- 6) Vous êtes notre escorte.

 

Oh ! qu’elle est de chair, ma prière ! Elle est de votre chair, de la mienne, et de la tienne ami Jésus, en qui repose tous celles et ceux que je nomme, mais aussi tous ceux et celles que tu n’oublies pas, et que tu sais appeler par leurs noms, toi Jésus Christ.

 

En découvrant dans la prière d’hier soir et dans celle de ce matin, ce qui se passe en ton cœur ami Jésus Christ, et dans le tien Christian de Chergé, et dans celui de tes compagnons de Tibhirine, je suis émerveillé de ce qui habite en vos êtres profonds. Cela me fait partir à la recherche de celles et ceux dont nous ne savons pas, ni le nombre, ni le chiffre, ni le nom. Combien êtes vous, et qui êtes vous, vous tous, dont le sang a coulé sur la terre d’Algérie. Vous êtes aussi notre escorte. Je pense à ce qui vous est arrivé à vous, frères et sœurs humains, dont le sang a coulé, suite à beaucoup de tortures, à la villa Susini, dans la forêt de Sidi Ferruche, à votre place Maurice Audin, à ton endroit Jean Marie Buisset, en plein djébel Ouarsenis, quand ta vie comme celle de tant d’autres, à « voltigée » en éclats… Je pense à vous tous frères et sœurs. Vous êtes aussi notre escorte. Vous tous, victimes  des luttes d’intérêts et de pouvoirs, durant les années noires, de 1990 à l’an 2000.

 

Je pense à vous, qui aux portes de la Casba et de Bab-el-oued, humblement vous vouliez être les petites branches, du grand et unique arbre, qu’est l’humanité, pour protéger les petits oiseaux, qui venaient se réfugier auprès de vous… Je pense à toi Abdelkader d’Oued Fodda, mort en 1997…

 

Et voici  que c’est tout l’arbre de vie qui a été saccagé, mis à feu et à sang, par la guerre. Je pense à toi l’homme de l’Oued Ardjem, tué durant une nuit d’embuscade, en 1960, pendant  l’opération Jumelles… Et à toi aussi, petit enfant des environs de Ténes, blessé durant une autre opération. Tu es mort dans nos bras. Je t’ai enterré, et ta maman n’aura jamais su où tu étais tombé. Je pense à vous tous, qui avez sombré, dans les affres de la mort, dont le sang et la chair ont pourri sans sépulture. Nous découvrions d’une opération à l’autre, «  vos ossements desséchés », comme dans le livre du prophète Ezéchiel au chapitre 37.  Je vous entends dire encore aujourd’hui : « nos os sont desséchés, notre espérance est détruite, c’en est fait de nous » (v.12), alors que nous allons prendre le chemin de Tibhirine. Et nous n’avons même pas retrouvé tous vos ossements, moines de Tibhirine. Dans vos cercueils,  il n’y a que vos têtes. C’est alors que Yahwé-Dieu nous dit, à vous et à nous, car nous sommes nous aussi des gens qui sont tombés : «  Voici que j’ouvre vos tombeaux. De l’endroit où vous êtes tombés, je vais vous faire remonter…Et je mettrai mon esprit  en vous, et vous vivrez. » (Ez. 37 11- 14. )

 

Nous avons l’impression que tout a été arraché de cet arbre de vie. Pas facile de dire que « quand il est venu chez lui, il y en a quelques uns qui l’ont reconnu, là ou notre humanité est cassée, fracturée, abîmée. » (Jo 1 12 - Lc 24)

 

Petit reste !  vous êtes là, c’est vous aussi qui nous accompagnez ! C’est vous tous qui êtes notre escorte, infinie petite église d’Algérie. Merci à vous Hélène et Jean Marie Muller qui nous avez mis en lien, avec vos cousins, Anne et Hubert Ploquin. Vous avez été hôtes d’accueil, au monastère de Tibhirine, durant les années 2012, 2013. C’est grâce à vous que nous frappons à la porte de cette infime petite église d’Algérie et que nous entendons : «  Entrez ! » Emportés par vous, vous êtes aussi notre escorte.

 

Je vous vois dans l’escorte, des personnes qui nous accompagnent, vous aussi Bernadette et Jean  Coulet, qui m’avez offert le livre : «  Le jardinier de Tibhirine ». Et vous faites partie de l’équipée, des amis qui nous avez offert les ânes, il y a 33 ans : Andrée et Michel, Danielle et Alain, Michou et Jean, et vos enfants à tous . Grâce vous, nous avons pris goût à marcher aux pas de l’âne et ainsi, retrouvé le pas de l’homme que nous avons perdu. Tout cela fait partie intégrante de la culture de la non violence.  C’est pour en chercher les graines que nous nous sommes mis en route, afin d’entrer dans le jardin de Tibhirine et les y ramasser… Vous nous escortez, Bernard, Jean, Alphonse, et vous membres des familles de Jean-Claude et de Jean-Marie, du Lot et Garonne, du Gers, des Ardennes et du Jura, qui auriez tant voulu, que nous ne partions pas, à la guerre… Vous êtes aussi de notre escorte, Gaby Maire, Alice Domon, et Léonie Duquet. Votre sang a coulé sur une autre terre, celle d’Amérique Latine, pour que la paix vienne par la justice. Cette terre est aussi la Terre des Hommes.

 

Quelqu’un a merveilleusement écrit ta présence Gaby, dans cette escorte, pour Tibhirine. C’est ta sœur Marie Thérèse, qui dans les échos de Vitoria dit : « Qu’il y a un parallèle entre la vie des moines et la tienne. Comme à eux, la vraie question qui s’est posée à toi, c’est : doit-on partir ? doit-on rester au risque de notre vie ? Comme eux, tu es resté, en disant je préfère une mort qui mène à la vie, qu’une vie qui mène à la mort»  

 

Toi aussi Gaby, tu as tellement été bouleversé, par la guerre d’Algérie, où tu étais venu soldat, à Colomb-Béchar avec Gérard Mouquod et tant d’autres... 

 

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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 20:35

 

Dampierre le 24-09-2013

 

Vous vous souvenez chers amis, qu’en revenant de Bethléem, à la fin du mois de Juin, je vous avais partagé une découverte importante....

 

Je vous avais dit : «  je n’aurai jamais fini d’entrer à Bethléem, ou plutôt, je n’aurai jamais terminé, de laisser entrer en moi, le souffle de Bethléem ». C'est-à-dire que pour laisser s’élever notre humanité, la mienne et celle des autres, élever et éduquer nos enfants,  ou les enfants des autres qui nous sont confiés, il nous faut descendre, très profondément en notre humanité. Nous ne pouvons rester à la surface.

 

Qu’est ce que ça veut dire ? ça veut dire, me semble t’il, qu’à la manière et à la ressemblance de Jésus, nous sommes appelés à entrer en relation, en pourparler avec les gens qui sont en conflits. Il est important, de ne pas nous éviter, les uns les autres, de ne pas passer les uns à coté des autres, en nous ignorant, en nous méprisant, mais de nous laisser aborder les uns par les autres…

 

C’est en nous rendant là où il y a conflits, difficultés, risques d’explosion sociale, risques de guerre, en nous écoutant les uns les autres, que nous allons pouvoir désamorcer, ce qui risque de se casser, de se briser. C’est en nous faisant confiance les uns dans les autres, que nous découvrirons, nous nous découvrirons capables, d’être tous, les uns par les autres, des artisans de paix. Nous ne pouvons témoigner qu’un autrement est possible, que si nous sommes dans le réel de la vie. Nous ne pouvons offrir ou recevoir le témoignage d’une attitude non violente et le goût de s’y engager, que si nous appréhendons la situation conflictuelle.

 

C’est le réel qui est à considérer. Ce sont par les personnes bouleversées par leurs épreuves, ou habitées par des espérances, que nous nous sentons appelés à nous laisser toucher. Celui qui m’avait donné rendez vous à Bethléem, dans le lieu où il est né, il y a un peu plus de deux mille ans, m’a fait un peu plus comprendre, qu’il continuait de naitre, de venir au monde des exclus, à Bethléem, lieu d’enfer et d’humiliation, au pied de ce mur séparateur, de deux peuples frères, « frères de sang », comme dans beaucoup d’autres endroits de Palestine, d’Israël, et de la planète… C’est pour ça qu’avec tout un groupe d’amis de Besançon, voilà que nous nous dirigeons dans une quinzaine de jours, en ces lieux, Bethléem et d’autres, vivant le drame de la séparation, de l’injustice.

 

Voyager, aller, voir ailleurs, et pour nous rendre compte, prendre conscience, qu’à l’endroit de la planète où nous revenons, c’est aussi la foire d’empoigne, le royaume des préjugés, le forum des paroles assassines, et reniantes. C’est là où je reviens, où nous revenons, qu’il y a l’enfermement.  L’enfer est chez nous…

 

C’est bien là que nous revenons, dans ce réel, qu’il nous faut descendre,  essayer de modeler nos attitudes, sur celles de celui qui a dit,  et qui a fait ce qu’il a dit, celui qui a dit «  je ne suis pas venu juger le monde mais je suis venu pour le sauver ».

 

C’est un p’tit peu tout ça que nous nous sommes raconté, redit, réinsufflé les uns aux autres, tous ces jours à Dampierre, en vivant des partages d’espérance, en notre humanité, à partir de ce que réellement nous vivons, les uns, et les autres.

 

Il y avait, Jeannot et Béa, Alice, Bernadette, et nous avons vu arriver Adeline, Maggy, et Bernard et leurs petites filles Allissia et Noémie, Gilles le frère de Maggy, Hervé, Daniel, Christophe et Nadia et leur fille Soumaya, Pierre et Michelle (amie journaliste), Annelyse et Roland, Laurence et son mari et sa sœur, et beaucoup d’autres amis.

 

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Nous ne nous y attendions pas, mais nos cœurs étaient tout prêts à nous attendre, les uns les autres, à tendre les uns vers les autres.

 

Nous avons cheminé le long du chemin du halage, aux pas des ânes, Gamin et Grisette. Nous avons fait mémoire du dernier chemin emprunté par l’âne Isidore, de ce qu’il concourt à libérer dans l’être d’enfants en difficultés, au sein d’une association. Nous avons écrit à Tatiana et à Dimitri, et à leur fille Myrto, nos amis grecs de KOROPI, au sud d’Athènes, et nous avons reçu une lettre très belle que nous mettrons aussi sur le blog, où nous découvrons, ce qui est en train de se créer, et grâce à Tatiana et Dimitri et à beaucoup d’autres, qui rendent possible, que des enfants partent en vacances et se mettent à marcher aux pas des ânes, Isidore et deux ânesses, Lili et une autre,  et ainsi, et eux aussi, devenant artisans de paix, rendant possible que soit créé des temps de repos, de paix, de joie, pour des enfants. Car, en raison de la crise, ils n’ont pas la possibilité d’y accéder.

 

Nous avons appris et décidé que la fabrication du jus de pommes allait continuer, avec les enfants des écoles de Dampierre, de Ranchot, les jeunes du MRJC de Franche Comté, les amis des foyers Gevot et Emergence, de Dole, d’Orchamps, et on s’est dit que nous essaierions  de nous rendre le plus nombreux possible, à la fête de la vie à Orgelet, ce dimanche 29 septembre 2013. Parce que, c’est dans ces bouts de chemin, traits d’union, réalisés grâce aux autres, que nous nous sortirons de nos chagrins, des injustices, qui nous accablent…

 

Des situations où on a l’impression que c’est impossible, c’est ainsi que nous allons pouvoir nous en sortir, les uns grâce aux autres, et faire en sorte, que, le souffle de Bethléem change nos comportements. Là où nous sommes, dans l’enfer où nous vivons, pour que nous nous en sortions et que nous accédions à la lumière de l’espérance, remettons-nous à suivre la petite étoile, qui vient de réapparaitre sur nos chemins. Elle nous indique le chemin de l’action non violente, comme plein de témoins, qui nous ont précédés,  à la suite de Jésus, Gandhi, Tolstoï, Martin Luther-King, Jean Marie Muller, les sœurs Alice Domont, Léonie Duquet, les moines de Tibhirine, Gaby Maire, et combien d’autres artisans de paix, dans les pas desquels, nous avons soif de mettre nos pas.

 

Coucou.

 

A la revoyotte.

 

Lulu

 

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5 septembre 2013 4 05 /09 /septembre /2013 21:28

Dampierre le 3 septembre 2013

 

 

Parmi les jeux qui comblaient ma vie d’enfant il y avait la cachette. Et notre joie de gosse était encore plus intense lorsque notre papa jouait avec nous. Il avait l’art d’entrer dans notre jeu. Cela réjouissait aussi notre maman. Nous étions ravis que notre papa nous cherche lorsque nous nous cachions. Mais comme nous étions heureux aussi lorsqu’il se cachait, que nous le cherchions, et qu’enfin nous arrivions à le trouver. Il jouait le jeu. 

 

Lorsque j’ai quitté DAMPIERRE, l’endroit de mes terrains de jeux d’enfant en direction de BETHLEEM l’année dernière, je suis parti en quête de l’endroit de la terre  où Jésus  le fils de Dieu avait caché sa naissance et sa façon d’aimer la terre des hommes là où il pouvait bien crécher.

 

  

J’ai un petit peu plus découvert qu’en lui JESUS, Dieu se cache au cœur de l’humanité, et c’est en Lui et en nous, par Lui et par nous, avec Lui et avec mous, que Dieu a lancé le jeu d’a qui perd gagne.

 

  

Je lis en ce moment un des trésors tout empreint de la saveur de l’évangile, la vie de la petite Thérèse de Lisieux. Dans ses « manuscrits autobiographiques » écrits de sa propre main, Thérèse nous raconte comment elle était heureuse d’entendre et voir son papa jouer à la cachette avec elle (page 49) Elle nous fait part de toute sa découverte, que c’est dans ces jeux-là qu’elle a senti combien elle était aimée.

 

Son appel à aimer le monde entier s’est joué dans ces moments-là.

 

En prenant le train en gare de Dole lundi, j’achetais le journal « La Croix » pour m’informer particulièrement du drame SYRIEN. Je trouvais l’appel de notre pape François à jeûner et prier samedi 7 septembre pour que nous ne partions pas davantage en guerre en SYRIE, que nous ne laissions pas la guerre appeler la guerre, la violence appelle la violence, mais qu’au contraire nous poursuivions sans plus d’hésitation des initiatives claires basées sur le dialogue et la négociation, avec l’appui de la communauté internationale.   

 

J’ai senti à travers cet appel qu’une fois encore Dieu fait part à notre recherche, demandant aux hommes que nous sommes , si nous voulons bien l’accepter et l’accueillir dans ce qui se joue de notre destinée. En Jésus-Christ le Verbe se fait chair. Dieu part à notre recherche. J’ai le sentiment qu’il nous dit : «  Que faites-vous ö hommes de ce que vous êtes ? Que faites-vous du vêtement de ressemblance que nous avons tissé ensemble depuis que mon fils a commencé d’habiter parmi vous ? Dans quel jeu dramatique vous embarquez-vous ? Quand vous découvrez qu’il y a de la casse chez les autres, pourquoi tomberiez-vous dans la tentation d’en rajouter. 

 

La où l’humanité est blessée, ne cherchez pas à engouffrer votre force de frappe ! En vous façonnant un visage et un cœur semblables à ceux de mon fils, est-ce que je ne vous ai pas fait détecteurs de ce qui risque d’exploser ? Mais capables aussi et en même temps de désamorcer vos violences ? Et par là celle des autres, de vos frères et vos sœurs »

 

En prenant le temps de jeûner et prier le samedi 7 septembre , en faisant cercle de silence, nous nous sentons appelés  à nous remettre dans l’attitude et la manière de faire comme TOLSTOI, GANDHI, MARTIN LUTHER KING, Gaby MAIRE, Alice DOMON, Léonie DUQUET, Jacques PARIS de la BOLLARDIERE, Jean-Marie MULLER, Guy RIOBE, les MOINES de THIBIRINE et beaucoup d’autres. 

 

Nous prenons le chemin de la Montagne de Galilée, où l’ami de tous, Jésus, nous fait prendre conscience qu’il est urgent de nous défaire de la loi du talion. 

 

Si nous sommes tentés par des déclarations de guerre, nous sommes capables aussi de revenir sur nos attitudes premières, agressives et guerrières. 

 

La guerre n’est pas fatale. 

 

Nous sommes remplis de graines de possible, nous sommes à même d’arrêter de fabriquer des armes, de vouloir en faire le trafic et particulièrement l’arme nucléaire. 

 

Prenons le temps d’aller relire ce que Jésus nous a dit dans l’Evangile de Matthieu : « Vous êtes fils de mon père – A cause de cela vous êtes capables d’être artisans de paix » Mt 5-9.

 

 

Une grande joie est en moi dit Dieu, notre Père : parce qu’en jouant à la cachette avec vous, je découvre tout ce qui est caché comme graines d’amour au profond de vos êtres… Plantez-les !

 

Et vous-mêmes, hommes et femmes de bonne volonté, vous découvrez ce qui est caché en moi, en Jésus mon Fils et votre frère.

 

Je ne suis pas un «  Dieu des armées » comme on a pu le penser et l’écrire jusque dans la Bible, mais je suis un Dieu « désarmé » comme vous le voyez dans la crèche de BETHLEEM à l’Eglise de la Mangeoire, et aussi sur la Croix en dehors de JERUSALEM.

 

C’est dans ces lieux que mon Fils se donne à aimer.

 

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Aux abords de cette mangeoire, au pied de cette Croix, laissez-vous interpeller à vous aimer les uns les autres comme mon Fils et moi nous nous aimons et vous aimons dans le souffle de l’Esprit.

 

« Seul, si cet Esprit souffle sur votre glaise, l’homme sera suscité, et l’Humanité pourra se mettre debout. Place sera faite à toutes et à tous »  

 

Photo : Lulu dans la grotte de la mangeoire 

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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 22:29

KOVILJ, le 8 décembre 2012

 

Imaginons un grand repas dans un village où tous les habitants sont invités parce que c’est un évènement très important qui est fêté. Et voilà que le président a presque fini de placer chacune et chacun des membres de cette grande assemblée. Presque tout le monde est à table. Il ne reste plus que 2 places à pourvoir : celle du président et la place qui est à sa droite. Tout le monde a les yeux fixés sur ces 2 personnes qui restent à placer. Il s’agit du président lui-même et de … Le président, on sait où est sa place … ! Mais qui est donc cet homme qui reste à placer ? Le président ne va quand même pas mettre cet homme sans envergure de notre village à sa droite ! Cet homme est bien sympathique. Oui ! Il élève bien ses enfants. Mais regardez voir l’air emprunté qu’il a ! Eh bien ! Vous avez raison ! Le président ne va pas mettre cet homme à sa droite. Mais le président met cet homme effacé sur le siège d’honneur de président et lui, le président  se met et se tient à la droite de cet  homme.

« Mais c’est le monde à l’envers » sommes-nous tentés de dire.

 

Où est-ce que tu as vu se jouer ça ?

J’ai vu ça souvent avant de partir pour ce grand voyage en direction de BETHLEEM, quand j’allais aux rencontres de l’association SILOE, à SALINS ou à MONT sous VAUDREY, ou à CHAMPAGNOLE. Ce qui me touchait c’était l’humble force que déploient  les amis qui se sortent de la dépendance de l’alcool, afin d’aider d’autres à s’en sortir à leur tour. Ils se disent les uns aux autres, au cœur de leurs lettres : « Tu verras … tu vas y arriver… tu vas t’en sortir … tu es sur le chemin… » Les paroles qu’ils se donnent les uns aux autres sont d’une force étonnante. J’ai beaucoup aimé ramasser sur mon cahier ces mots de fraternité et de vérité quand je les entendais lors de nos réunions. Et il est une autre chose que me marquait dans nos rencontres SILOE, c’est l’attitude des médecins qui nous accompagnaient. S’il en est qui connaissent les mécanismes de la dépendance de l’alcool, c’est bien eux ! et ce qu’il faut faire pour s’en sortir, c’est encore eux ! Eh bien, souvent j’ai entendu ces médecins dire aux malades qui avaient trouvé le chemin pour traverser l’épreuve et aider les autres à s’en sortir « vous savez mieux faire et dire que nous qui sommes médecins. » J’ai aimé voir dura    nt nos réunions, le docteur Daniel MAYAUX à la droite de Luc, puis de Louis que nous avions élu comme président de notre association SILOE et le docteur Gérard VERGOBY à la droite de Denis que nous avions élu président après la mort de Louis.

Où que c’est que j’ai vu jouer ça encore ? eh bien ! tout dernièrement dans le fait de « manger un petit morceau de la bible chaque jour «. Comme le disait Régina JULIEN ou Daniel MOYNE à nos rencontres SCEPI-PPH . Dans le psaume 108 que je goûtais il y a quelques jours, j’ai trouvé cette perle au verset 31 : « Yahwé s’est mis et se tient à la droite du pauvre ». Oui, nous voyons se jouer ça dans la bible, depuis que Jésus fils de Dieu est venu partager notre condition humaine ; Voilà son Père, par l’intermédiaire de l’ange Gabriel, nous dit que désormais celui autour duquel le monde va pivoter et prendre ses repères et son assurance, ce n’est plus lui Dieu Père mais « c’est l’enfant qui va naître de toi, Vierge Marie » (Luc 1-30) . Autrement dit, ce qui avait été exprimé dans le psaume 108, se vérifie en cette ANNONCIATION : « Dieu lui-même se met et se tient à la droite d’une femme, de la mère de son fils, donc de son fils lui-même ».

Chacun de nous a fait un pas de géant dans son existence lorsque notre père ou notre mère ont eu un jour l’humble sagesse de nous dire à propos de telle ou telle grande ou petite responsabilité, comme de conduire la voiture ou de se lancer dans un travail : « maintenant c’est toi qui vas faire …  c’est toi qui vas conduire … C’et toi qui commenceras … Je ne te laisserai  pas tomber … Je serai toujours avec toi, à côté de toi : à ta droite ! ». Il y a des parents qui arrivent heureux chez vous en disant : « c’est notre fils, ou notre fille qui conduisait ! » Ils s’étaient mis à la droite de leur enfant.

Il y a 3 ans, le congrès national du CMR de France avait eu lieu à PONTARLIER, j’avais été heureux d’y aller avec ma sœur Elisabeth. Dans le film qui avait été présenté par notre ami de MONTAIN et Claude CHEVASSU de POLIGNY, on voyait un jeune paysan de BONNEVAUX dans le Doubs à qui un paysan du village et aussi partant en retraite, avait remis toute sa ferme. Et ça roulait très bien. Il s’était mis au service de cette réussite : la reprise de sa ferme par un jeune ! on voyait le retraité arriver en vélo à la ferme qu’il avait laissée au jeune. Il se mettait à la droite du jeune.

J’ai dû faire une pause en SERBIE, durant mon voyage en attendant que l’herbe repousse pour l’âne Isidore en MACEDOINE. Je suis chez BRACHA et NICOLE, des amis chez qui je me sens bien. Ils me disent : « Tu es chez toi, chez nous ». Nicole est artiste peintre. Elle remet tous ses pinceaux, ses gouaches, ses pots, ses crayons, ses conseils pour agencer et allier les couleurs sur la toile à une toute jeune fille Serbe : Aleksandra … mais l’artiste peintre dit à Aleksandra : « crée et peins ce qui vient de toi… je me mets à côté de toi, je suis à ta droite… mais la peinture est de toi. » Et j’apprécie de voir et entendre Nicolas, le fils de Bracha me dire les mêmes paroles que Nicole et son papa : « ici, tu es chez toi, chez nous. » Nicolas sent combien son papa est à sa droite.

Il y a aussi ce que j’ai vu jouer en MACEDOINE dans le village d’ALGUNIA dans ce qui se transmettait entre SLAGJANA et ses filles JELENA et EMMANUELA pour accueillir l’étranger que j’étais, comment la mère savait se mettre à la droite de ses filles et les laisse faire. Tout cela fait croître et grandir l’espérance de l’avancée de ces peuples. De même à JAGODINA, entre MAJA, professeur et les jeunes de son collège ; de même ZORIČA, professeur et les enfants de son école à KUMANOVO. J’ai apprécié comment ces professeurs se mettent à la droite de leurs élèves.

Puisque j’écris en ce jour du 35ème anniversaire de l’emprisonnement et du commencement des tortures de Alice DOMON et Léonie DUQUET à BUENOS AIRES, je voudrais souligner comment ces 2 femmes ont tenu à se mettre au sein du mouvement des Mères de Mai à la droite des mères et femmes de disparus pendant la dictature argentine (1976-1977). Nous savons aussi par les échos de Vitoria comment notre ami Gaby MAIRE, tout initiateur de mouvement qu’il savait être, cherchait lui aussi, à se mettre à la droite d’hommes et de femmes du BRESIL, « préférant une mort qui mène à la vie plutôt qu’une vie qui mène à la mort ». 

 

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Vous nous marquez Gaby, Alice et Léonie, Pierre DUBOIS et combien d’autres. Vous nous interpellez par votre parole et votre vie offertes dans le sillage de Jésus, à laisser Dieu nous donner une attitude et un cœur de pauvre. Alors nous découvrirons un jour que Dieu lui-même est venu se blottir à la droite de notre humanité. Et si c’était ça Noël !

Il est fondamental d’exprimer notre espérance et notre conviction que ça tourne mieux dans le monde, dans la mesure où les pays, pour qui l’économie va bien, se mettront au service de la réussite des pays écrasés par la dette, en commençant par la supprimer, en continuant d’éviter qu’elle réapparaisse. Ainsi nous nous mettrons à la droite de ces pays. N’est-ce pas dans ce but qu’en France, au sein du mouvement pour une alternative non violente, le M.A.N.V. nous demandons à notre gouvernement d’arrêter l’armement nucléaire de manière unilatérale. En nous défaisant de ce que nous croyons être une suprématie de ce qui risque de faire exploser la Terre et en remettant l’argent que ça coûte aux pays dont les gens meurent de faim, nous nous plaçons dans le concert des nations à la droite de ces pays. C’est pour cela et dans ce sens que j’ai commencé ce voyage au pas de l’âne Isidore en direction de BETHLEEM. Avec cette conviction et certitude que  des hommes et des femmes d’ISRAËL sont déjà en train de se mettre à la droite d’hommes et de femmes de PALESTINE. C’est ce que je sais que je vais trouver quand j’arriverai à BETHLEEM, même si ce n’est pas le 25 décembre 2012 … : des hommes et des femmes qui se disent les uns aux autres : «  vous avez aussi bien que nous, les compétences et les capacités de faire reverdir le NEGUEV … L’eau du lac de TIBERIADE et du JOURDAIN est aussi bien la vôtre que la nôtre. Nous nous mettons à votre droite et nous nous y main-tenons. A cet impossible nous nous tenons. »  

 

Photos Alice Domon et Léonie Duquet 

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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 14:22

Le mercredi 31 octobre2012 à Z….

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Quand les oiseaux migrateurs parlent avec les camps volants

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-          Qu’en dites-vous mes frères les oiseaux, si nous allions jusqu’au bout de ce que nous pouvons, que nous nous mettions à pardonner à nos agresseurs, à nos videurs. Que nous nous tenions à cet impossible, et que, comme le dit un ami, Gérard, « nous arrêtions le mal, la violence à nous-mêmes… ». Quand frère François et ses compagnons se faisaient mettre en dehors de monastères auxquels ils avaient demandé asile et refuge, il repartait en disant à Dieu « Père, pardonne leur… ils ne savent pas ce qu’ils font… » (Lc  23 34) « pardonne nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés… » (Mt 6 12)

La mère des oiseaux qui avec son compagnon cherchaient leurs petits me dit :

-          Crois-tu que je sois à même de pardonner au chien et aux chats qui voulaient nous déchiqueter les cinq tout vifs et à leurs maîtres qui ne leur apprennent pas à être doux et respectueux vis-à-vis des autres ?

-          Ça, je crois que tu as raison. Rien qu’avec nos forces cela ne nous est pas possible. Et cependant à cet impossible, il nous faut chercher à nous tenir !

-          Mais comment donc, me répondit la maman des petits oiseaux

-          Ceux qui prennent appui sur Jésus pour vivre leur existence de manière joyeuse et passionnante, tels que François et Claire d’ASSISE et aussi comme TOLSTOI, GANDHI, Martin LUTHER KING, Jean-Marie MULLER, Julos BEAUCARNE, Guy RIOBE, Gaby MAIRE, Alice DOMON, Léonie DUQUET, TIM GUENARD, François NAEGELEN, Marcel BLONDEAU, la petite Thérèse de Lisieux… tous ces gens-là et combien d’autres en cette veille de la TOUSSAINT … ont fait un pacte avec la GRACE DE DIEU. Ils ont dit et ils ont fait en sorte que si tout seuls ils ne pourraient pas arriver à pardonner, alors en ouvrant leur cœur à la GRACE de DIEU, ils allaient devenir capables de pardonner. Ils ont dit et ils ont fait. Et ce qu’ils ont commencé de réaliser, ils l’ont fait jusqu’au bout…

C’est  alors que le papa des petits oiseaux me dit :

-          Tu nous parlais tout à l’heure d’un certain Gérard qui disait que nous pouvons en pardonnant arrêter le mal à nous-mêmes… Tu saurais nous dire comment tu as découvert cette parole ?

-          Je traversais un moment très dur de ma vie. Et quand il m’arrivait des épreuves comme celle-là, j’allais souvent dans le village de PUPILLIN, dans les côtes d’ARBOIS dans le JURA en France voir un de mes grands amis : Da niel PETIT, qui dans sa belle cheminée réchauffe sa vie et celle des autres avec les sarments du PARDON. Ce jour là je lui ouvris tout grand mon cœur pour lui montrer comment il était blessé. Daniel avait cheminé avec Gérard BESSIERE, dans un groupe de gens qui a pour nom : JONAS, le prophète qui allait à l’envers de la direction où Dieu l’envoyait, et qui un jour, travaillé par la grâce, s’est mis à marcher à l’endroit où Dieu l’envoyait : celui-là justement, l’endroit du Pardon. Gérard BESSIERE venait de faire parvenir à Daniel ce message. Daniel le mit fraternellement sur les blessures de mon cœur. Depuis ce temps là, j’essaye toujours de m’y référer. Tiens, comme aujourd’hui, alors que nous venons d’être vidés de la cour du poulailler industriel de Z… par le gardien de nuit. Allez, je ne mettrai pas le nom du village pour ne pas agrandir les blessures mais au contraire les panser.

Alors le papa des petits oiseaux perdus me dit :

-          Tu nous confierais ce poème sur le pardon vécu et écrit par Gérard ! Comme ça, en continuant de traverser la MACEDOINE… on le pépierait à d’autres… ainsi que dans les autres pays que nous allons continuer de traverser…

-          Bien volontiers ! Votre demande me touche profondément. Je crois à votre manière de traverser les frontières et les barrières, les empêchements et les encombrements, oh vous les oiseaux ! Avec vous, je crois que nous pouvons briser les filets des oiseleurs, de ceux qui voudraient empêcher nos envols vers la PAIX.

 

Ceux qui pardonnent sont les guérisseurs de l'humanité.
Plutôt que de ressasser l'offense du dommage,
plutôt que de rêver de revanche ou de vengeance,
ils arrêtent le mal d'eux-mêmes...

Pardonner, c'est l'acte le plus puissant
qu'il soit donné aux hommes d'accomplir.
L'événement qui aurait pu faire grandir la brutalité
dans le monde sert à la croissance de l'amour.

Les êtres blessés qui pardonnent
transforment leur propre blessure.
Ils guérissent - là où ils sont - la plaie qui défigure
l'humanité depuis ses origines : la violence.

L'homme qui pardonne ressemble à Jésus.
L'homme qui pardonne rend Dieu présent.

Gérard Bessière   

 

 

Je finissais de leur confier le poème de Gérard, que leurs 3 petits oiseaux apparaissaient dans le ciel, pépiant de bonheur de retrouver leurs parents. Ils purent partir ensemble et moi avec mon âne en direction de KUMANOVO, chercher et heureux de trouver les uns et les autres, oiseaux migrateurs et camps volants, des cieux cléments et une terre asilaire, habités de l’apprentissage du pardon si les vents venaient à nous être contraires. Les uns et les autres nous chantions dans nos cœurs ce que le Psalmiste lui aussi avait traversé, quand il dit au Psaume 123 :

« Sans Yahwé qui était pour nous

Quand on sauta sur nous

Alors ils nous avalaient tout vifs

Dans le feu de leur colère

Béni Yahwé qui n’a point fait de nous
La proie de leurs dents

Notre âme comme un oiseau s’ est échappée

Du filet de l’oiseleur

Voici le filet s’est rompu

Et nous avons échappé

Notre secours est dans le nom de Yahwé

Qui a fait le ciel et la terre. » (Ps. 123 1-7)

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  • : Lulu en camp volant
  • Lulu en camp volant
  • : Lucien Converset, dit Lulu est prêtre. A 75 ans, il est parti le 25 mars 2012 avec son âne Isidore en direction de Bethléem, où il est arrivé le 17 juin 2013. Il a marché pour la paix et le désarmement nucléaire unilatéral de la France. De retour en France, il poursuit ce combat. Merci à lui ! Pour vous abonner à ce blog, RDV plus bas dans cette colonne. Pour contacter l'administrateur du blog, cliquez sur contact ci-dessous.
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