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11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 10:12
Venez rencontrer, écouter et échanger avec Fadila aujourd'hui et demain

Fadila, auteure de "L'ami parti devant" est bien arrivée dans le Jura. Elle se prépare à vous rencontrer ! Venez nombreux ce soir à la salle des fêtes de Dampierre à 20h00, demain jeudi chez les Clarisses à Poligny à 10h00, et à la librairie "la Passerelle" dès 17h30.

Un diaporama vous présentera les moines Notre-Dame de l'Atlas, de Tibhirine à Midelt avant la conférence.

 

Pour rappel : 

"L'ami parti devant", c'est le musulman qui est mort parce qu'il a sauvé le chrétien.

Le livre "l'ami parti devant" relate l'enquête que Fadila a faite pour mieux comprendre l'amitié entre un sous-lieutenant français et un garde-champêtre musulman dans la région de l'Ouarcenis, en 1959 pendant la guerre d'Algérie.

Leur amitié a duré 4 mois seulement, leurs échanges sur leur foi respective étaient très profonds. L'algérien a empêché l'assassinant du français, mais l'a payé de sa vie. 

Cette amitié et le don de la vie de Mohammed-Benmechay ont influencé la vocation de Christian de Chergé et des moines de Tibhirine. Elle peut aussi influencer les relations entre chrétiens et musulmans aujourd'hui.

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31 décembre 2016 6 31 /12 /décembre /2016 19:22

Nous vous souhaitons plein de petits moments à savourer en 2017, et pour commencer ...

 

Fadila SEMAI dans le Jura

Une belle rencontre en perspective, de beaux échanges si vous y participez ! On compte sur vous ! Invitez votre famille, vos amis...

A partager sans modération !

Belle année 2017 !

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31 mai 2016 2 31 /05 /mai /2016 07:23

Neufchâteau, mardi 10 mai 2016, suite ...

 

En écoutant les sœurs Denise, je trouve la confirmation que Jean-Marie Lassausse est actuellement dans une situation très grave à Tibhirine en Algérie.

Denise G. : «Voilà l'article dans le journal local Vosges Matin du 7 mai dernier : Le prêtre vosgien de Tibhirine, bloqué au monastère … Les autorités algériennes lui refusent le renouvellement de ses papiers … » C'est le même article que Rosaline m'a communiqué la veille, avant notre départ sur Neufchâteau envoyé par Henryelle de Poligny et Antoinette de Saligney.

Lucien : «Le déplacement de Jean-Marie Lassausse à Milan en mars dernier serait-il un motif du blocage qu'il subit actuellement ? » Je raconte aux sœurs Denise que c'est Jean-Marie qui m'a conduit d'Alger à Tibhirine en mars 2014 avec Nelly, Bernard et Claude Chauvin. Les sœurs m'expliquent comment elles sont allées à Tibhirine en 1974. Elles y sont retournées en 1985 alors qu'Alphonse est le vicaire général de Léon-Etienne Duval archevêque d'Alger… qu'il est curé aussi de la cathédrale d'Alger…

Denise D. «Nous avions fait la petite boucle : Alger, Cherchell, Médéa, Tibhirine, Djelfa, Laghouat, Ghardaïa, Ouargla, Touggourt, Biskra, Bou Saada, Alger... »

Nous avions rencontrés à Tibhirine plusieurs des frères qui ont disparu en 1996. Lorsque mon frère Alphonse a été ordonné évêque en 1998, Jean-Pierre Shumacher est venu à Metz pour son ordination …»

Mgr Alphonse Georger photo partagée sur internet

Mgr Alphonse Georger photo partagée sur internet

Les deux sœurs Denise sont bien en train de continuer à m'aider à chercher et trouver les sentiers de la non-violence. J'évoque alors l'amitié profonde qui me relie à Jean-Marie Muller. Cela fait sourire ces deux femmes car elles connaissent très bien «L' Évangile de la non-violence » et ce que Jean-Marie n'a cessé d'écrire depuis. C'est le signe de la reconnaissance que nous buvons à la même source dans le sillage des gens engagés dans la lutte non-violente.

Je trouve confirmation dans ce que me partage Denise G. aidée par Denise D., qu'Alphonse, né à Sarreguemines en Moselle en 1936, est ordonné prêtre en 1965. Après des études à Fribourg en Suisse, à Echterbach au Luxembourg, il revient en Algérie continuer ses études à Alger-Kouba. Il choisit alors de vivre en Algérie où il sera curé de Cherchell, vicaire général de Léon Etienne Duval puis directeur du centre diocésain d'Alger … C'est là qu'il accueillit en 1996 Jean-Pierre et Amédée au lendemain du rapt des moines de Tibhirine, durant les deux mois d'éprouvantes recherches, du 27 mars au 21 mai 1996. En 1998, il devient évêque d'Oran en remplacement de Pierre Claverie, assassiné avec son chauffeur Mohamed, deux mois et demi après la disparition des frères de Tibhirine. Alphonse sera évêque d'Oran jusqu'en 2012. Il sera remplacé par Jean-Paul Vesco, qui en 2014 nous accueillera dans la maison diocésaine d'Oran, alors que j'arrivais dans cette ville avec Nelly, Bernard, et Claude Chauvin.

Oran mars 2014

Oran mars 2014

Avec beaucoup de limpidité et de clarté, nos deux amies religieuses sortent de leur mémoire de sœurs une multitude de noms et de faits de vie, personnels et collectifs, et me les partagent. Tout cela est confirmé par des documents écrits et bien rangés dans la corbeille en osier … et donc faciles à retrouver. Elles font surgir de merveilleuses photos de manifestations auxquelles elles ont participé durant leurs engagements et leurs partages de vie, ouvrières ou rurales. Parmi les personnes auxquelles elles se réfèrent, je vois la photo d'Henri Godin, d'André Depierre de la Mission de Paris qu'ils ont fondé en janvier 1944 à Lisieux avec le cardinal Suhard... Je raconte à ces deux sœurs comment Henri et André sont des francs-comtois, des gens de chez nous. Henri est né à Audeux, (25) et André, à Vadans (39) Ils ont marqué la vie de l'abbé Jean Jourdain qui lui-même au petit séminaire de Vaux sur Poligny a marqué la vie de Gaby Maire, notre ami prêtre originaire de Port Lesney, assassiné au Brésil à Vittoria, le 23 décembre 1989. Puis j’entends et je lis dans les documents qu'elles mettent sous mes yeux, les noms des Rices, d'Henri Perrin, de Jean Legendre … C'est alors que Denise G. dit «  C'est ce dernier qui est à l'origine de ma demande de passer à la vie de salariée  … Quand je suis allée voir Alphonse en Algérie, j'ai vu des hommes venir embrasser mon frère, tellement ils avaient partagé la vie ensemble »

 

Nous reparlons de sœur Martine Ortigues, venue habiter aux Rousses dans les années 1980-1990 … Je dis aux sœurs que je l'ai connue grâce au C.A.P.C.O.

( Cercle d'Approfondissement pour Prêtres en Classe Ouvrière ) … puis je l'avais retrouvée lorsqu'elle était venue en retraite dans la communauté des sœurs dominicaines d'Orchamps. Sœur Denise D. me dit alors : «  Martine faisait partie des sœurs de notre ordre qui sont allées au boulot … comme elle et avec elle, nous avons eu la chance de pouvoir nous exprimer, de pouvoir nous engager en associations et syndicats, et ainsi, nous avons fait avancer les choses dans l'Eglise et dans la société. »

 

Je repense à Sœur Madeleine d'Orchamps, quand elle s'est engagée comme institutrice de jeunes enfants, puis d'enfants et d'adolescents en difficulté à l'école Jean Bosco de Dole. Si des personnes comme Jean-Luc lisent le journal chaque jour et essayent de ne pas laisser le monde comme ils le trouvent, l'engagement de ces religieuses n'y est pas pour rien.

Nous revenons avec les sœurs Denise sur un des voyages qu'elles ont accompli en Algérie lorsqu'Alphonse était vicaire général du cardinal Duval. « Mon frère nous avait emmenées à Tibhirine, nous avions alors rencontré Christian de Chergé, le frère Luc, le frère Amédée et le frère Jean-Pierre Schumacher. Celui-ci était venu à Metz quand Alphonse a été ordonné évêque. »

En ramassant toutes ces graines d'action non-violente, nous nous redisons combien il est urgent et important de continuer à les semer et planter en nos jardins intérieurs et communaux … Nous pressentons en nous disant Au Revoir que la venue d'Alphonse à Neufchâteau au 12 rue du Moulinot, vers la fin du mois de juillet, va nous permettre d'enfin nous envisager l'un l'autre.

Déjà, nous nous reconnaissons ...

 

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18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 11:33

Mardi 10 mai 2016

 

 

   SIMPLES ET CLAIRES COMME L'EAU QUI COULE DANS LE

            RUISSEAU DU MOULINOT A NEUFCHATEAU



Nos amies religieuses de la communauté des sœurs dominicaines des campagnes d'Orchamps, m'avaient dit : « Alphonse Georger dont tu présentes le livre intitulé " Journal d'un séminariste en Algérie "  Alphonse !  Mais nous le connaissons ! Sa sœur Denise fait partie de notre congrégation … Elle est à Neufchâteau avec une autre sœur qui s'appelle aussi Denise. Je leur avais dit : « Mais c'est là qu'est la sœur Thérèse Favre avec son frère Claude. » Et les sœurs m'avaient dit: " Tu retrouveras sûrement encore d'autres sœurs … entre autres Mauricette "


Merci Rosaline et Geneviève de m'avoir emmené ce mardi matin 10 mai jusqu'aux portes de Neufchâteau, en allant à Vittel pour vos soins. Merci à vous Pauline et Damien,  jeunes qui m'avez pris en stop dans votre voiture alors que vous vous rendiez à votre travail. Vous m'avez fait entrer dans ce coin de la terre vosgienne, alors que tombaient des sacs d'eau sur nos têtes.

 

Rencontre à Neufchâteau

Me voici devant la maison Justine Pernot, 12 rue du Moulinot. Comme elle est belle et pure l'eau qui coule dans le ruisseau. J'y étais venu il y a une dizaine d'années voir Thérèse et Claude Favre originaires de Falletans, avec qui nous avions réalisé des balades mémorables au pas des ânes. Je sais en appuyant sur la sonnette à l'entrée que je vais les rencontrer tout à l'heure… Je les trouverais éprouvés dans leur santé et mobilité … J'apporte dans un petit sac un petit âne gris en peluche … Ce sera pour Claude, afin d'évoquer et aider à faire mémoire des merveilleux liens créés ensemble durant nos randonnées des années 1995-2000 ... Je me souviens particulièrement de la balade qui s'était réalisée entre Salins et Port-Lesney il y a une quinzaine d'années. Le blog n'existait pas encore. J'avais alors raconté par écrit dans mon cahier,  comme on ramasse dans un panier tout ce qui s'était vécu durant cette randonnée, avec des gosses de Salins, des adultes du CAT d'Arbois, accompagnés par Geneviève, François et mes sœurs Elisabeth et Bernadette. Cette journée avait débouché dans un climat de pardon des offenses et des blessures que nous nous étions faites. « Ne sachant pas toujours ce que nous nous faisions les uns aux autres » et « ne nous connaissant pas encore beaucoup les uns les autres, porteurs de handicaps, traversant des difficultés bien empêchantes ".


Après avoir sonné à la porte d'entrée, je me présente. Tout de suite, je suis invité à entrer et quelqu'un me conduit auprès de la sœur Denise Georger ... Je lui dis en me présentant: " Bien que je n'ai encore jamais rencontré votre frère Alphonse … je le connais déjà un petit peu par son livre : « Journal d'un séminariste en Algérie." Je compte beaucoup sur notre rencontre d'aujourd'hui pour que vous m'aidiez à pouvoir un jour causer avec votre frère de vive voix ...


De manière très belle et fraternelle, une autre religieuse, Denise Desbouis se trouve à nos côtés alors que je balbutie comment, grâce à la médiation du frère Jean-Pierre Shumacher survivant de Tibhirine, je suis en train d'accomplir cette recherche. 

Rencontre à Neufchâteau

Je sors de mon sac à dos les trois livres qui sont comme cousus ensemble avec le même fil, celui-là de l'amour fraternel, de la lutte non-violente pour sortir de l'horreur de la guerre… notamment sortir de la guerre d'Algérie, celle-là qu'Alphonse et moi malheureusement nous avons faite, et de toutes celles que nous continuons à faire subir partout dans le monde. 


Lucien : "C'est Jean-Pierre Shumacher qui m'a offert le livre de votre frère Alphonse, alors que je me trouvais à Midelt au Maroc en septembre de l'année dernière … dans le monastère de Notre Dame de l'Atlas ... Et qu'est-ce que je trouve en dévorant les pages du journal d'Alphonse ! Des citations très importantes du petit livre réalisé avec mes amis Bernard Robe et Jean-Claude Paulay ainsi que notre aumônier Marcel Jégo, que nous avions fait imprimer en 1959. Ce témoignage d'amour cité par Alphonse à la page 128 avait été fait avec les lettres que notre ami Jean-Marie Buisset nous avait envoyées durant les trois mois d'opérations qu'il avait faites en Algérie. Jean-Marie se fit tuer au cours d'une opération dans l'Ouarsenis, pas très loin de Tibhirine. Nous étions alors Bernard, Jean-Claude et moi soldats en France. Nous nous préparions à partir pour l'Algérie, dans le même coin où Alphonse votre frère allait arriver soldat lui aussi en juillet 1960, dans une compagnie de transports à Castiglione. Votre frère m'a peut-être transporté avec mon régiment, quand nous nous déplacions pour des opérations, puisqu'il est arrivé en Algérie en juillet 1960 et que j'y étais déjà depuis septembre 1959 à Sidi-Ferruch. Il y a tellement de faits bouleversants que nous avons vécus !  Ces faits nous appellent à nous rencontrer avec votre frère Alphonse ! Je compte beaucoup sur vous Denise !

 

Et voilà que les deux sœurs Denise s'aident l'une et l'autre, à plonger et dans leur mémoire et dans la corbeille en osier où sont merveilleusement rangées une multitude de documents, qui vont étayer tout ce qu'elles vont vouloir m'offrir et me donner comme trésors d'action non-violente.

Ce n'est pas tous les jours que, dans l'immédiat de la prononciation ou de l'évocation du nom d'un homme, d'une femme, d'un livre, d'un mouvement, d'une date, d'une manifestation, tout de suite, les êtres qui se rencontrent vivent à l'unisson.

Voilà ce qui nous est offert pendant près de deux heures.

 
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28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 13:36
Photo de frère Jean-Pierre prise par Caroline le jour de Pâques à Midelt

Photo de frère Jean-Pierre prise par Caroline le jour de Pâques à Midelt

Vendredi 11 septembre 2015

 

 

DIS-NOUS, FRERE JEAN-PIERRE ! QU'AS TU VU EN CHEMIN ?

 

Ces paroles que j'adresse au frère Jean-Pierre Schumacher, survivant de Tibhirine, en ce matin de présence intense dans le monastère de Midelt, ce sont les paroles que, dans sa liturgie pascale, l'Eglise adresse à Marie-Madeleine. L'Eglise  pose cette question à Marie-Madeleine au matin de Pâques, quand elle revient de prendre soin du corps de Jésus, déposé dans le tombeau et que, Jésus lui-même lui apparaît ressuscité dans le jardin.

 

Dis-nous Jean-Pierre ce que tu vois sur ce chemin sur lequel tu continues de marcher, depuis, voilà bientôt 20 ans que tes compagnons de vie ont été enlevés à ton regard pour être mis à mort. A voir ton humble comportement, ne sont-ils pas vivants à tes yeux ? La vie leur a-t-elle été prise ? Ne l'avaient-ils pas donnée pour Dieu et pour l'Algérie ? Et la manière dont vous avez vécus et dont vous vous êtes aimés avec les gens de Tibhirine, la façon dont, ni la violence ni la haine n'ont eu raison de vous, le comment vous êtes restés branchés avec les habitants, tout cela n'est-il pas chemin d' Emmaüs où Jésus est en train de nous rattraper ? Merci d'être là Jean-Pierre, de prendre le temps de causer avec nous. Nous avons l'impression que tu chemines avec nous afin de mieux nous laisser rattraper par Jésus.

 

Dis-nous Jean-Pierre comment tu es arrivé à Tibhirine ?

Jean-Pierre : « J'ai été ordonné prêtre à Lyon en 1953 chez les frères maristes. Certains supérieurs dans notre ordre, après l'indépendance de l'Algérie voulaient faire arrêter l'expérience de l'abbaye de Tibhirine, où le frère Luc était présent depuis 1946... En 1955, Luc est fait prisonnier par le FLN avec le frère Matthieu. Ça dure une semaine. Ils sont mis en prison par représailles de la part du FLN en raison que l'armée française a tué un de leurs chefs fellaghas. Mais frère Luc a soigné la femme de l'un d'entre eux. Cet homme dit aux membres du FLN : « Ne touchez pas à cet homme. » C'est alors qu'un autre homme du groupe en libérant frère Luc lui dit : « Tu pourras nous demander tout ce que tu voudras ... » Luc leur dit : « Des cerises ! » La saison était passée. Ils lui en trouvèrent quand même. Ils sont libérés de la manière suivante : « Demain matin l'armée française va ouvrir la route. Vous montez dans le car qui va passer après. » En fait, c'est l'armée qui les a ramenés à Tibhirine. Tout cela a bouleversé frère Luc. Il devra aller se reposer en France.

 

J'ai été ordonné prêtre chez les frères maristes à Lyon en 1953. Quand j'arrive à Tibhirine en 1955 frère Luc n'est pas là. Comme je te l'ai dit, certains supérieurs de notre ordre voudraient faire arrêter l'expérience de Tibhirine, mais le cardinal Duval veut garder et que soit maintenue l'abbaye. Quand Luc revient de France, des frères de Tibhirine disent : « Il ne faut pas que frère Luc continue d'exercer son métier. Le père Lebeau qui prêche notre retraite dit : « Il est bon qu'il y ait un dispensaire à l'ombre du monastère. » Il avait bien raison. Je venais d'être nommé commissionnaire. Quand j'allais en ville, je me rendais bien compte comment le travail de frère Luc rayonnait à Tibhirine, à Médéa et aux environs. C'était le seul médecin d'Algérie à ne pas être dépendant du ministère de la santé.

 

Lucien : « Et c'est en 1971 que vous voyez arriver Christian de Chergé ? »

Jean-Pierre : « Christian avait fait son séminaire chez les Carmes. Il avait été soldat dans l'Ouarsenis. »

Lucien : « Vers Tiaret ! »

Jean-Pierre : « Oui, dans une SAS. Il faisait le lien avec la population. Il était aidé par un homme qui s'appelait Mohammed, un supplétif. Cet homme pouvait être considéré comme traitre à la population par certains membres du FLN. Un jour, le FLN a voulu descendre Christian. Mohammed s'y est opposé en disant : « Cet homme fait du bien à notre peuple. » le FLN a laissé Christian tranquille, mais quelques jours après, Mohammed ce père de famille de 10 gosses, était égorgé. Cette expérience a marqué toute la vie de Christian. Il ne nous en parlait pas. Il y a des choses, je les ai sues par après, récemment. Christian a relié cela à la passion du Christ, à sa parole lorsqu'il dit : « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime. »

Ce sommet de notre foi a été vécu par un musulman, pour moi. Depuis ce jour, Christian avait pris la résolution : « Quand je serai prêtre, je reviendrais servir l'Algérie, me mettre au service du peuple algérien jusqu'à la fin de ma vie. » C'est ce qu'il a fait. Il n'a jamais démordu de cette résolution, jusqu'au martyre.

Christian est devenu prêtre. Son premier poste a été la basilique de Montmartre à Paris. Là, il était responsable de la liturgie et de la manécanterie.

Un beau jour il dit à sa maman : « Je vais à Aiguebelle pour devenir moine pour l'Algérie. »

 

Tibhirine ne pouvait pas avoir de noviciat. C'était une communauté en voie de disparition et de fermeture. Nous étions après l'indépendance de l'Algérie. Avec quelques moines, nous avions été envoyés de Timadeuc pour empêcher cette fermeture. Nous étions demandés par le cardinal Duval. Nous étions envoyés au nombre de dix : quatre de Timadeuc, quatre d'Aiguebelle, et deux de Cîteaux. Il y en avait trois qui étaient déjà là, trois seulement de « stabilisés ». Nous étions des religieux prêtés. Lorsque Christian arrive en 1971, nous nous sommes dit : «  Il faudrait qu'on ait un frère qui sache bien l'arabe et qu'il ait une bonne culture du monde musulman et du peuple algérien. » Christian est resté deux ans à Rome.

En 1976, Christian fait sa profession solennelle, il voulait faire profession pour Tibhirine. Il fallait alors qu'il y ait avec lui, six religieux « stabilisés ». Il n'y en avait que trois. C'est alors que trois nouveaux ont alors accepté de l'être : Aubin, Roland et moi.

 

Le 1er octobre, pour la fête de sainte Thérèse, Christian fait profession solennelle à Notre Dame de l'Atlas à Tibhirine. Nous réalisons alors, une vraie communauté monastique : ça a tout changé (sourire apaisant de Jean-Pierre).

Il fallait donc nommer un abbé. On a demandé que ce soit un prieur. On a alors réduit l'abbaye à être un prieuré.

En 1984, on élit le 1er prieur, c'est Christian.

 

Lucien : « Vous étiez déjà très ouverts au monde musulman ! »

Jean- Pierre : « De Rome, Christian était revenu très motivé dans ce sens-là. Les anciens avaient des relations avec l'islam, mais pas comme celles de Christian.  Nous n'étions pas uniformes dans le prieuré, mais nous étions amis. Dans toute communauté, c'est un frère, André, venu nous voir qui nous le dit : « Dans toute communauté, il doit y avoir des tensions … »

Pour les anciens, l'union se faisait par la convivialité avec le monde musulman. Il y avait eu jusqu'à 50 ouvriers avant l'indépendance. Les anciens c'était Luc, Etienne, le cellérier, ingénieur agronome … Christian lui, son orientation était dans le sens des soufis. L'Eglise après le concile, recherchait les rencontres avec l'Islam. L'orientation de Christian, c'est la spiritualité, l'intérieur. Il faut relire son testament. Nous le trouvons idéaliste, naïf. On lui disait de ne pas regarder avec des lunettes roses, mais de regarder objectivement. Christian citait des paroles du Coran dans la messe. Certains lui disaient : » Le Coran et l'Evangile, ne les mets pas au même plan. Christian ne voulait pas que l'on prononce et que l'on entende le mot Israël dans la liturgie, à cause des résonnances politiques. Il était toujours en avance.

 

Le frère Christian de Chergé dans son testament dit : « Ceux qui me traitaient de naïf et idéaliste, doivent savoir que maintenant mon vœu est exaucé, ma curiosité en amont est satisfaite. Je vois les fils de l'Islam avec le regard de Dieu. »

Ce n'est pas Christian uniquement qui a fait évoluer la communauté dans l'accueil de l'Islam. Ce n'est pas Christian uniquement qui nous a appris à aimer les musulmans. On était parmi eux depuis 1946, avec une très bonne compréhension de l'islam. On ne voulait pas être traités de novices dans la relation avec l'Islam. On est restés ce que nous étions. La preuve que j'étais ouvert, c'est moi qui ai découvert les soufis. Il y a eu le concile. Quand j'ai su que j'étais appelé à vivre à Tibhirine, j'étais heureux.

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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 06:51

« LA VIOLENCE N'EST PAS UNE FATALITE.

L'HISTOIRE PEUT DEVENIR NON VIOLENTE »

(Guy RIOBBE, cité par JEAN MARIE MULLER)

 

Lettre commencée à Midelt le vendredi 11 septembre 2015

Durant mon voyage de Dampierre à Bethléem en 2012- 2013, en quête de la paix, il me revenait souvent des paroles fortes de l'évangile, des psaumes, de Job et des prophètes ou d'autres endroits de la bible.

 

Certaines venaient éclairer les ruelles sombres ou les sentiers ténébreux dans lesquels parfois je me trouvais, les passages chaotiques que j'avais à assumer à certains jours. D'autres paroles venaient éclairer et mettre en lettres de lumière, des attitudes et des gestes ainsi que des moments porteurs de bonne nouvelle, comme lorsque j'ai appris la naissance d'un petit enfant chez des amis qui m'étaient chers, quand des gens aux yeux de qui j'étais « camp volant », m'ont fait une place avec grand cœur dans leut tout petit lieu de vie. 

 

Aujourd'hui, un peu de la même manière, c'est dans la liturgie des heures partagées avec les moines de Midelt, car ils m'ont fait entrer dans leur communauté, que des paroles vives viennent éclairer ma vie, par exemple quand tout à l'heure le frère Antoine nous a aidés à chanter : « Ami Jésus, continue en nous ce que tu as commencé » et hier soir, dans la célébration des complies au psaume 90 Dieu nous disait à chacun : « Plus tu chercheras à t'unir à moi, plus tu deviendras toi même : libéré, libérant et libre » Et ces autres mots égrenés et semés dans l'inquiétude de ma chair blessée :  « Toi qui es mon allié, tu es aussi mon libérateur. » ( Ps 143 )

 

Dans les partages de 10h30 et de 16h sur invitation d'Omar : « Venez boire le thé que Baha a préparé », j'aime entendre comment Jean-Pierre Flachaire ( le jeune ) et Omar ont travaillé à la réfection de la chapelle, en gravissant l'un et l'autre le musulman et le chrétien, les barreaux de l'échelle à deux battants. Et c'est aussi dans la lecture du livre d'Alphonse Georger : « Journal d'un séminariste en Algérie, en 1960-1962 » que Jean-Pierre m'a prêté hier, que je trouve aujourd'hui : « Ma lumière et mon salut » ( Psaume 26 ) à propos de ce que j'ai vécu moi aussi séminariste en Algérie en 1959-1960. Je viens de lire ce livre en pleurant, parce que Alphonse nous révèle à partir de la situation dans laquelle il se trouve, quelle horreur répand la guerre que l'on nous a fait faire et que nous avons faite en Algérie. En même temps, la lecture de ce livre intensifie en moi, cette conviction qu' « à l'impossible nous sommes tenus ». Devant l'attitude des officiers qui étaient ses chefs, Alphonse a appris à s'opposer à des ordres injustes, à oser dire non alors qu'il était mêlé à une ambiance dégradante, à faire objection de conscience, tout en étant un homme très relié à tous ses camarades de compagnie et section.

La violence n'est pas une fatalité

Et parmi toutes les ressources que je découvre contenues dans ce journal, voici à mes yeux le trésor des trésors.

 

Alphonse raconte qu'un jour, il quitte son casernement de Castiglione pour venir à Alger. Il vient y rencontrer des aumôniers, des séminaristes et des chrétiens et aussi des hommes de bonne volonté, ne se reférant pas forcément à l'évangile, mais étant tous des lutteurs pour se défaire et démunir de la violence, de la haine et de la guerre. Il y est accueilli fraternellement et sur la table de la salle de réunion, parmi les revues et documents mis à leur disposition, il tombe sur un petit livre : «  Témoignage d' Amour » de Jean-Marie Buisset.

 

Vous devinez ma stupéfaction quand à mon tour, là, à Midelt, ce vendredi 11 septembre, en lisant ce journal d'un séminariste en Algérie, je tombe sur la recension du livret que nous avions fait au sein de l’aumônerie de la caserne de Bayonne avec le père Jégo, Bernard Robbe, Jean-Claude Paulay et moi.

 

Ce petit livre est constitué des lettres que Jean-Marie nous adressait en avril-mai 1959 depuis l'Algérie, là où il était venu soldat au 2ème RPIMA six mois avant nous. En effet, avec Jean-Marie Buisset, nous avions scellés une amitié merveilleuse dès notre arrivée à la caserne Bosquet de Mont de Marsan dès le 2 septembre 1958, jour de notre incorporation. Tout de suite, l'étincelle de l'amitié s'était allumée entre nous deux, ainsi qu'avec Jean-Claude et Bernard et avec combien d'autres camarades.

 

Parti en Algérie à la fin mars 1959, Jean-Marie nous écrivait à l’aumônerie de la caserne de Bayonne où nous poursuivions notre stage pré AFN ( Afrique Française du Nord ). Les faits et paroles écrits par Jean-Marie dans les lettres qu'il nous adressait nous révélaient dans quel drame cette guerre nous faisait plonger.

 

A chaque lettre reçue, nous sentions ce qui déchirait le cœur de notre ami Jean-Marie et nous devinions ce qui nous attendait lorsqu'à notre tour nous arriverions de l'autre côté de la méditerranée. Ces lettres, par l'amitié et la prière qu'elles recelaient nous préparaient à entrer comme Jean-Marie dans la résistance à la haine et à la violence. Nous étions touchés par l'amour qui continuait de résider et habiter dans l'être de notre ami et dans son attitude face à la guerre. Nous nous prêtions ces lettres les uns aux autres (les photocopieurs n'existaient pas) Je me souviens que nous nous disions que c'était comme lui qu'un jour nous serions appelés à agir et réagir. Nous lisions ces lettres dans nos rassemblements d’aumônerie avec le père Jego et nos groupes d'amis. Nous nous racontions que ça ressemblait au partage des lettres des apôtres Pierre, Paul et Jean dans les 1ères communautés chrétiennes de l'église naissante. Nous sentions bien que nous étions en train de constituer une église qui continuait de naître. Les lettres, une fois lues, nous revenaient et à nouveau nous les partagions avec d'autres.

 

A la fin mai, quand nous avons appris que Jean-Marie était tué (tombé en embuscade dans le massif de l'Ouarsenis, ses parents, ses sœurs et son frère  apprenant sa mort le 29 mai 1959, jour de la fête des mères) nous avons rassemblé toutes les lettres et avons cherché à constituer un petit livre que nous avons offert et envoyé à une multitude de camarades et amis en Algérie et en France dans les équipes d’aumônerie avec lesquelles nous étions en lien. Elles atteignirent le cœur de beaucoup et déposèrent en chacun un souffle d'amour et de résistance à la violence. Cependant, ces amorces d'pobjections de conscience, ne me conduisent pas à penser refuser de partir en Algérie . Dans l'ambiance où nous vivions ce n'était pas pensable.

 

Cinquante sept ans après, là au Maroc, à Midelt, je trouve le livre écrit par Alphonse Georger : « Journal d'un séminariste-soldat. » Ce livre m'est prêté par Jean-Pierre Schumacher, survivant de Tibhirine, et dans ce livre je découvre page 128, la reprise du petit cahier « Témoignage d'Amour » constitué des lettres que Jean-Marie Buisset nous avait envoyées à Bayonne depuis Boghari Castiglione, Aïn-Dahlia du cœur de l'Ouarsenis, montagne dans laquelle était cachée Tibhirine ! Quelle convergence !

 

Bien sûr qu'un jour j'espère pouvoir rencontrer Alphonse Georger. C'est lui qui a accueilli Amédée et Jean-Pierre au lendemain de la disparition des 7 témoins de l'Atlas. Amédée et Jean-Pierre ne pouvaient plus demeurer à Tibhirine. Alphonse, alors évêque co-adjuteur de Léon Etienne Duval à Alger, leur avait offert un lieu de vie aux Glycines. Alphonse devint par la suite évêque d'Oran, succédant à Pierre Claverie, assassiné le 1er août 1996, avec son chauffeur Mohammed. Alphonse est aujourd'hui évêque-ermite dans la région de Cherchell. C'est Jean-Paul Vesco qui lui a succédé comme évêque d'Oran. Nous avons rencontré Jean-Paul et été accueilli par lui à l'évêché d'Oran en mars 2014 avec Nelly et Bernard et Claude Chauvin.

 

A la veille du jeudi saint de cette année 2016, Jean-Luc Bey me dit : « Si on allait voir la Madeleine ? Elle m'a souhaité mon anniversaire hier. » Sœur Madeleine a été institutrice de Jean-Luc, Eric, Brigitte et de combien d'autres de nos amis à l'école Jean Bosco durant les années 1970-1980. Il y avait aussi dans l'équipe éducative, Odile, Vivianne, Christine, Fabienne, Gaby … Sœur Madeleine est depuis plusieurs années en retraite dans la communauté des sœurs dominicaines d'Orchamps, à deux pas de chez nous. Jean-Luc et son épouse Béatrice et moi, nous sommes infiniment reconnaissants à Madeleine de nous avoir appris à lire et à écrire, à faire lecture et écriture des humbles évènements fondamentaux de nos vies, à la lumière de l'évangile de Jésus. Nous ne voyions pas d'emblée l'essentiel de ce nous vivions. Souvent, cela demeurait caché à nos yeux. C'est alors que Madeleine nous disait : « En vous écoutant raconter ce que vous me dites, voyons donc ! » Merci Madeleine de continuer à chercher dans le fouillis de nos vies le sens de notre existence.

 

 

Et me voilà heureux de raconter à Madeleine et aux religieuses dominicaines d'Orchamps en cette veille du jeudi-saint, l'émouvante histoire qui m'est arrivée avec Jean-Pierre Schumacher à Midelt en septembre 2015, grâce au frère Benoit de l'abbaye d'Acey : l'offrande du livre d'Alphonse Georger : » Journal d'un séminariste soldat ». Je leur raconte ma découverte que dans ce livre est serti le »témoignage d'amour » de Jean-Marie Buisset, tout petit livre réalisé par l'équipe de l'aumonerie de Bayonne et le père Marcel Jégo dont je suis le secrétaire. » Et voilà qu'en entendant le nom d'Alphonse Georger, les sœurs me disent : « Mais nous le connaissons Alphonse Georger. Il est le frère d'une de nos sœurs, religieuse à Neufchateau dans les Vosges. Plusieurs disent : « Je l'ai lu ce livre. »

 

Me voilà profondément heureux de trouver le chemin qui me permettra de rencontrer un jour très prochain je l'espère, celui qui devient notre ami Alphonse.

 

C'est grâce à une plénitude d'amis !

 

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24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 06:00

Le jour de Pâques, le 27 mars, c'est le 20ème anniversaire de l'enlèvement des moines à Tibhirine. A l'occasion de ce triste anniversaire, Lulu nous parle aujourd'hui de frère Célestin assassiné le 23 mai 1996 avec 6 de ses frères moines

Les moines de Tibhirine - frère Célestin

Jean-Pierre : « Un de nos frères de Tibhirine, le frère Célestin Ringeard est venu comme toi faire son service en Algérie. C'était en 1957. Il a 24 ans

 

«  Le groupe auquel il appartient a fait prisonnier un jeune combattant du FLN. C'est la première fois qu'il est confronté à semblable situation. Il est bouleversé. Il intervient alors auprès de ses camarades afin que la vie du fellaga soit épargnée. Grâce à lui, le jeune homme ne sera pas exécuté et des années plus tard, le fils de ce rescapé viendra jusqu’au monastère de Bellefontaine retrouver le père Célestin pour le remercier.

C'est un homme de terrain. Dans la mouvance des prêtres ouvriers qui émergent à la fin des années 1960, il devient éducateur des rues à Nantes.

Pendant des années, il travaille auprès des plus démunis... Il les soutient jusqu'au fond des abîmes où les circonstances de la vie les ont plongés.


Il a accompagné ainsi non seulement les pauvres, mais aussi des drogués et des prostituées... n'abandonnant personne et veillant à ce que les plus malheureux ne passent jamais Noël dans la solitude. Il a accompagné les démunis. Il n'envisage pas un instant de ne pas être avec eux, tant il se sent l'un d'eux. Une nuit un jeune homme homosexuel lui lance un appel. Célestin se rend à son chevet, mais le garçon se défenestre au moment où le prêtre parvient au bas de l'immeuble. Ce désespéré meurt à ses pieds sur le trottoir. Après des années de confrontation à la violence permanente, il entre à la Trappe à Bellefontaine où il restera 4 ans.

Il y fait connaissance avec Michel Fleury et Bruno Lemarchand. Ensemble ils font route pour Notre Dame de l'Atlas en Algérie en 1986. Célestin a 52 ans.

 

Célestin comme Christian de Chergé expérimente cette arrivée en Algérie comme un retour. Il semble répondre à un appel. Depuis toutes ces années, le lien est resté sous jacent mais puissant entre eux et cette terre où ils trouveront tous les deux la mort. A son arrivée, il est accueilli au pied de la passerelle par l'homme qu'il a épargné pendant la guerre et qui le serre dans ses bras. D'emblée, le contact avec ce pays passe par la communion avec l'autre, l'étranger, pour lui sans aucun doute, le frère. C'est en 1989 qu'il prononce ses vœux définitifs à l'Atlas. Choqué et meurtri émotionnellement et physiquement, par l'incursion du groupe du GIA en 1993, il est rapatrié en France pour subir plusieurs pontages. Il reste en convalescence à Bellefontaine. Son plus ardent désir est de rejoindre sa communauté et l'Algérie. Comme le dira et vivra Pierre Claverie, évêque d'Oran, assassiné avec son chauffeur Mohamed le 1er Août 1996 «  Nos sangs sont mêlés dans la violence. Jésus s'est posé sur ces lignes de fractures de l'Humanité. Il est mort là. C'est le sens de la croix ». Célestin reviendra en France. Comme si il avait  conscience du dénouement proche, il a tenu à être du nombre.

 

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23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 06:00

Le jour de Pâques, le 27 mars, c'est le 20ème anniversaire de l'enlèvement des moines à Tibhirine. A l'occasion de ce triste anniversaire, Lulu nous parle aujourd'hui de frère Christophe assassiné le 23 mai avec 6 de ses frères moines. 

Les moines de Tibhirine - frère Christophe

Christophe Le Breton né à Blois en 1950

Marqué par les événements de 1968. Il ressent à travers le printemps révolté une soif d'absolu. C'est pour être coopérant qu'il part en Algérie de 1972 à 1974. Enseignant dans un quartier populaire d'Alger, il prend à cœur le sort des personnes handicapées. Pendant sa période de coopération, un prêtre d'Alger l'invite à participer à une messe chez les moines de l'Atlas. C'est là qu'il décide de sa vocation monastique.

 

En 1975, il a fini sa coopération. Il revient à l'Abbaye de Tamié.

C'est de là, après quelques années, que le désir de revenir à Tibhirine le gagne.

C'est là qu'il fera vœu de stabilité. Il prononce ses vœux temporaires en 1976 à Tibhirine. Cette année là, Christophe revient à Tamié. Il y reste jusqu'en 1980. Il y est ordonné prêtre. Il fait un séjour aux Dombes. Il y suit une formation de menuisier. Il reprend confiance en Tibhirine et fait connaître à Christian son souhait de revenir à Tibhirine. Tamié lui accorde son changement de stabilité. Christophe prend à Tibhirine la charge du jardinage. Il fait appel à des gens du village pour certaines tâches spécifiques. En 1992 il y devient maître des novices.

 

Avec Célestin ils se chargent de la liturgie, adaptent des chants en arabe. Il se joint très tôt au Ribat Es Salam.

Les moines à Tibhirine comme dans tous les monastères, composent une mosaïque d'opinions et de tempéraments divers qui se nourrit chaque jour d'une confrontation féconde.

Jean-Pierre : « Tu vois, on parlait d'une échelle à deux battants tout à l'heure pour exprimer par cette image notre recherche de Dieu, entre chrétiens et musulmans, notre quête de l'Absolu. Mais dans un monastère, nous pouvons reprendre cette image de l'échelle à plusieurs battants cette fois, pour dire le chemin escarpé et particulier que chaque moine emprunte pour tendre à rencontrer Dieu, en respectant le fait que chacun de ses compagnons emprunte un chemin lui aussi unique mais que tous convergent vers le même point . »

Lucien : « En t'écoutant Jean-Pierre et en retraçant ces chemins empruntés personnellement par chacun de tes frères de Notre Dame de l'Atlas, et par toi-même, je suis renvoyé au chemin que j'ai pris moi-même un jour de 1959 en direction de l'Algérie, en compagnie de Jean-Claude, Bernard, Jean, Alphonse et combien d'autres ... ceux que j'appelle mes amis-copains de régiment. C'était le même chemin que vous, les moines de Tibhirine. Nous prenions, nous aussi depuis Alger-Sidi Ferruch la route des gorges de la Chiffa ... Nous traversions Médéa... Nous entrions dans le massif de l'Ouarsenis... Nous ne connaissions pas encore l'existence du monastère de Tibhirine.

 

Jean-Pierre : « Déjà Luc Dochier et Amédée Noto étaient là à Tibhirine... Moi j'y entrerai en 1964 au lendemain de l'indépendance.

Lucien : « Nous empruntions le même chemin que vous, mais ce n'était pas dans le même but. C'était le contraire de l'échelle à double battant. Nous venions pour soi-disant (pacifier)...Comme nous avons abîmé ce mot !

Nous avons jeté dans l'abîme sa signification. En fait, massivement (nous étions en permanence plus de 400.000 soldats en Algérie pour maintenir l'ordre... celui-là de la colonisation !) Nous venions poursuivre des vivants, des résistants. Afin de justifier cette traque et la mort qui souvent s'en suivait, nous mettions sur ces hommes et ces femmes les étiquettes de « rebelles » et « terroristes ».

Et des fois, c'étaient aussi de nos amis et compagnons qui trouvaient la mort dans la profondeur de ces oueds ou sur le flanc des djebels.

 

C'est pas très loin de là que notre ami Jean-Marie Buisset fut tué dans une embuscade, à quelques kilomètres de Médéa-Tibhirine. Ses parents apprirent sa mort le jour de la fête des mères, le 29 Mai 1959 à Beaulieu dans les Ardennes.

Je dis « notre ami » en parlant de Jean-Marie, car parti quelques mois avant nous en Algérie, il avait écrit à plusieurs d'entre nous des lettres tellement marquantes qu'avec l’aumônier, le Père Jego, nous en avions fait un petit livre que nous avions intitulé «  Témoignage d'Amour ». Que de crapahuts et opérations j'ai moi aussi accomplies dans cette région avec les camarades du régiment parachutiste dans lequel je me trouvais : le 3ème RPIMA. Je ne savais pas bien sûr, que des frères comme Luc et Amédée étaient à Tibhirine depuis 1946 déjà, «  témoins d'une invincible espérance » au flanc de cet Atlas que nous rendions si meurtrier pour les algériens et aussi pour les soldats que nous étions.

 

Et toi Jean-Pierre, tu es venu à Tibhirine en quelle année ?

Jean-Pierre : « C'est en 1964 que je suis arrivé avec un groupe de religieux envoyé par notre Abbaye de Timadeuc en Bretagne ».

C'était au lendemain de l'Indépendance. « A cette époque en effet, l'avenir est incertain pour les européens d'Algérie, il est sérieusement question d'abandonner Notre Dame de l'Atlas. Le Père Duval, célèbre « progressiste » que l'OAS surnomme « Mohammed Duval » oppose toute son énergie à la fermeture de l'abbaye... Évêque d'Hippone en 1946, il est depuis 1954 Évêque d'Alger et affirme ses positions en faveur de l'auto-détermination. Plusieurs moines s'en vont en France rejoindre leur abbaye d'origine et seuls quelques frères résistent, fidèles aux vœux de « vivre et mourir dans ce nid d'aigle »

Lucien : « C'est dans cet Ouarsenis, face à ce rouleau compresseur que fut le plan Challes, où tant de gens trouvèrent la mort, la déportation, l'engament forcé dans la constitution de harkas, qu'avec quelques camarades nous opposions  ce que nous disait notre conscience d'homme. C'est extrêmement dur d'oser faire sortir de sa bouche et de son regard de tout petit soldat tout seul face à un cordon d'officiers parachutistes baraqués et baroudeurs, certains ayant fait l'Indochine, que la dignité de n'importe quel homme est intouchable.

 

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2 août 2014 6 02 /08 /août /2014 21:11

Tibhirine le 10 mars 2014

 

«  LES MOINES, ILS NOUS AIMAIENT »

(Un habitant du village de Tibhirine)

Nous avons du mal de quitter la chapelle. Il s’est échangé en cet endroit, tant de choses entre « ces hommes et leur Dieu », de ces « choses cachées depuis le commencement du monde. » (Ps 77, 2 - Mt 13,35) C’est en ce lieu qu’ont retenti dans le silence avec une humble intensité,  tant de paroles s’enracinant dans la chair de nos frères moines. C’est là, « qu’ils ont donné chair aux psaumes », pour reprendre un mot du jardinier de ces lieux. C’est là que la parole de Dieu, s’entremêlant à la parole des gens du voisinage et aussi de tous les gens d’Algérie, leur est rentrée dans la peau. 

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Cette peau va en être labourée, tellement déchiquetée, qu’un jour elle ne leur restera même plus sur le dos. » ( Ps : 128, 3 ; Job 19) Voilà que nos frères moines sont devenus des jardiniers et des cultivateurs de l’action non violente. Nous ramassons et nous cueillons les fruits de cette action dessous ce que les moines ont semé et planté. ( Jn, 4,28 ; Ps 125 ). Il y a urgence pour nous-mêmes de semer et planter les graines de leurs comportements dans nos rencontres. Jean-Marie nous disait encore tout à l’heure en venant,  qu’à Tibhirine « les moines ont tenté de faire un pont entre leur prière et les cris des hommes d’aujourd’hui. » Au moment où nous allons franchir le seuil pour sortir de la chapelle, c’est avec un sens aigu de l’histoire que nous entendons Patrick nous raconter : « il ne faut pas que j’oublie de vous dire que c’est dans cette chapelle qu’il s’est passé un évènement initiateur le 21 septembre 1975. Vous irez voir dans le livre de Jean-Marie, reprenant ce qui s’est passé ce soir-là.

 

« Christian de CHERGE n’étant pas encore prieur du monastère, nous sommes en pleine période du ramadan. Il prend le temps après complies pour l’adoration silencieuse. Il sent alors la présence d’un autre dans la chapelle. Un homme en prière, mais ce n’est pas un moine, qui laisse venir sur les lèvres « Allah Akbar » Commence alors, entre silence et prière à deux voix, un moment de grâce inédit, inouï. L’arabe et le français se mélangent, se rejoignent mystérieusement, se répondent, se fondent et se confondent, se complètent et se conjuguent. Le musulman invoque le Christ. Le chrétien se soumet au plan de Dieu sur tous les croyants, et l’un d’entre eux qui fut le prophète Mahomet. »

 

Il y a comme cela des petites anecdotes, des petits faits révélateurs de ce qui s’est vécu à Tibhirine. «  Les travaux du prieur à propos du dialogue interreligieux sont un trésor dont nous découvrons seulement l’étendue. » Ce sont tous ces faits, les travaux en commun dans le jardin avec Christophe, les paroles qui situent bien qui ils sont les uns par rapport aux autres, petits oiseaux et petites branches du grand arbre qu’est notre humanité. C’est encore tout le long et quotidien défilé des enfants, des femmes et des hommes venant se faire soigner auprès du frère Luc, le visiteur-priant de ce fameux soir du 21 septembre 1975, revenant de temps en temps et disant : « il y a longtemps que nous n’avons pas creusé notre puits » A partir de 1993 jusqu’au 26 mai 1996, il y a eu tous ces moments où ces hommes se sont affrontés dans une attitude non violente en reconnaissant : « Pouvons-nous partir de cet endroit, après ce que nous entendons et voyons, ne sommes-nous pas appelés à rester avec les gens de Tibhirine … ? » C’est toute cette longue histoire qui a fait dire récemment à un homme du village de Tibhirine : « Les moines, ils nous aimaient »

 

Patrick nous dit : « Voulez-vous que nous nous dirigions vers la fontaine et ensuite vers le cimetière » En faisant ce trajet, je pense à l’attitude de Christian et de ses frères moines, aux actes qu’ils ont été amenés à réaliser et aux paroles qui en sont sorties. Ils nous appellent à nous démunir, à nous défaire et à nous désarmer de tout ce qui nous empêche d’être des hommes. Plusieurs faits vécus ici me reviennent, dont Jean-Marie et Patrick témoignent. La veille de Noël 1993, un commando avec Sayah Attiyah à sa tête, fait irruption dans le monastère. Ils rattroupent les moines et les gens de l’hôtellerie et commencent à vouloir poser leurs exigences. Christian intervient en disant : » Jamais personne n’est entré ici avec des armes. Si vous voulez discuter avec nous, entrez, mais laissez vos armes dehors. Si ce n’est pas possible, allons dehors … car Noël pour nous, c’est la fête du Prince de la paix et vous venez en armes. Le chef des rebelles finira presque par s’excuser : « Je ne savais pas »

 

En septembre 1994, frère Luc dira dans son journal : « la vie chrétienne ce n’est pas d’abord d’écrire sur Dieu, c’est de révéler chacun à sa manière, le visage de Jésus dans la vie de chaque jour.

 

Dans sa prière, Christian dira : « Seigneur, désarme-moi, désarme-les »

 

Nous sentons, en respirant profondément durant notre déplacement, que ce lieu appelé par Etienne Léon Duval : « le poumon du diocèse » est en train de le devenir pour des horizons encore plus larges que ceux-là. Ce que nous comprenons et ramassons en notre for intérieur, nous voulons l’emporter, pour le planter, le semer et le partager, avec vous, amis de France, avec qui nous allons bientôt nous retrouver. Nous voulons vraiment faire avec vous cette découverte, que l’Eglise d’Algérie, dans le sillage des moines de Tibhirine, est une Eglise de la rencontre.

 

En accomplissant ce trajet, c’est merveilleux d’apercevoir toutes ces graines de non violence, que Patrick va encore nous aider à ramasser. J’aime beaucoup réentendre de sa bouche ce que nous avons déjà entendu de celle de Jean-Marie ou lu dans son livre, particulièrement ce qui s’est passé le 14 décembre 1993. Ce jour là, 12 croates de confession chrétienne, sont assassinés à Tamesguida … là, dans ce village que vous voyez en contrebas de chez nous. Christian de CHERGE écrira dans La Croix du 24 février 1994, «  Il faut dire l’humiliation de tous ceux qui dans notre environnement ont ressenti ce massacre comme une injure faite à l’islam, tel qu’ils le professent et cela au double titre de l’innocence sans défense et de l’hospitalité accordée. Si nous nous taisons, les pierres de l’oued, encore baignées de leur sang, crieront jusqu’aux cieux. » (Luc 19, 40)

 

Nous relirons à ce sujet les paroles de frère Christophe dans son journal : « Le massacre des croates nous a traumatisé. Oui, car nous ne sommes pas blindés par la clôture. Elle délimite un espace d’accueil, elle figure un espace ouvert. Blessée par la souffrance de ce monde, elle pose une résolution d’amour crucifié face aux ennemis. » Il faut relire ce que ce frère a écrit dans son journal ! C’est une mine pour nous ressourcer en action non violente. Les moines ne sont pas naïfs, ils savent qu’ils pourront être directement concernés par cette violence.

 

En parvenant auprès de la source en contre haut du jardin, il me revient des paroles que Jean-Marie nous a partagées hier soir et ce matin et particulièrement celles-ci : » L’Eglise d’Algérie ne dénombre que quelques milliers de chrétiens dans un pays de quelque 35 millions d’algériens. Elle ne compte que quelques chrétiens algériens, une majorité des pratiquants venus d’occident ou d’Afrique sub saharienne. Nous sommes invités à poursuivre, à réinventer chaque jour l’Église de la rencontre. Il n’y a pas d’autre visage possible en terre musulmane ou en terre non chrétienne. Peut-être même l’Eglise d’Algérie a quelque chose à dire à l’ensemble de l’Eglise sur cette façon d’être en relation avec le monde… Etre en Église au service des autres, une Eglise qui se nourrit de la foi et aussi de la non foi, de l’indifférence des autres. Elle se doit de dénoncer l’image trompeuse qui lui colle à la peau, d’une Eglise qui condamne, qui juge, pour révéler une Eglise qui ressent, qui fait siennes les interrogations des hommes d’aujourd’hui.

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13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 13:53

 

Barrage de l’Oued Fodda, le 8 mars 2014  (suite)

 

«  JAMAIS NOUS NE VOUS OUBLIERONS » Isaïe 49, 15

 

Durant ce repas confectionné par les mains des filles et petites filles de Monsieur H, je repense, comme j’en ai parlé plus haut, à l’attitude et aux paroles essentielles de Madame Germaine TILLION. Alors qu’elle réalisait ses travaux d’ethnologue dans les Aurès pendant les années où je venais au monde en 1936-1937, elle avait toujours veillé à ne pas faire dire aux Chaouias qu’elle rencontrait ce que parfois elle aurait aimé entendre de leurs bouches.

« C’est ce qu’ils pensent et veulent me dire que j’ai à écouter et à écrire », disait-elle.

 

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Volontairement donc, par respect pour ce qui nait et vient de la bouche de mes amis de l’Ouarsenis, je ne leur reparle pas de ma famille en France. Je laisse naitre et venir les choses. Et voilà que pendant que nous savourons ce repas de l’hospitalité offert par ces femmes de tout leur cœur, Yahmina et Fatima me disent : « Lucien, comment va ta petite sœur Bernadette ? » et quelques instants après : » et ton petit frère Georges, comment va t il ? » Les larmes me viennent aux yeux. Car ces noms de mes frère et sœurs de sang en France, que j’avais donnés à mes amis d’Algérie il y a plus de cinquante ans,  alors qu’ils me donnaient les leurs, ces noms sont restés écrits dans les paumes des mains des enfants de l’homme qui m’avait dit alors : « Ici tu es loin de ton Père. Je suis comme ton Père. Tu es comme mon Fils. »

 

Monsieur Mohammed H. avait alors donné à ses enfants ainsi qu’à moi et aux membres de ma famille de nous regarder les uns les autres comme des frères et sœurs. Quel bâtisseur de l’humanité il était ! N’était-ce pas bouleversant comment en pleine guerre la parole de cet homme, avait fait se rapprocher les deux rives et plages de la Méditerranée, comme se contractent les parois de l’utérus de notre Maman qui nous pousse à naitre. Cet homme avait alors suscité, et ça se continuait aujourd’hui, que cette mer en nous enfantant, nous engendre à nous reconnaitre de la même et unique humanité dans l’étonnement de nos différences : « Mare Nostrum, Nostra Mater »

 

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Les enfants de Monsieur H. accomplissaient les paroles de leur père à mon égard, en adoptant et en parlant de mes frère et sœurs comme s’ils étaient les leurs. Ces femmes vont mettre encore une cerise sur le gâteau qu’elles sont en train de nous offrir. En effet, pour continuer de nous signifier que nos noms à chacun sont écrits dans les paumes de leurs mains, l’une d’entre elles en riant me dit : « Monsieur Lucien Converset, 9 rue Carondelet 39100 Dole » C’était mon adresse au moment où nous nous étions écrits peu de temps après que j’étais arrivé à la cure Notre Dame de Dole en septembre 1966.

 

Il s’est passé durant la guerre de libération d’Algérie, entre cette famille de Monsieur H. et ma famille, ce qui s’est passé entre Yahwé Dieu et le peuple hébreu retenu en exil sous Nabuchodonosor. Quelque chose d’aussi intense, profond et indélébile que ce que les prophètes ont relaté : « Yahwé Dieu nous a caché dans l’ombre de sa main » Isaïe 49, 2, pour nous protéger de la haine pendant la guerre. Nos noms à tous sont écrits sur les paumes de ses mains. En nous ouvrant les bras et les mains les uns aux autres, nous certifions l’efficacité de la Parole de Dieu : « J’ai gravé votre nom à chacun sur les paumes de mes mains »

« Je vais même aller plus loin, dit Dieu. Une femme oublie-t-elle l’enfant qu’elle nourrit ? Cesse-t-elle de chérir le fils de ses entrailles ? Eh bien, même s’il s’en trouvait une pour l’oublier, moi, je ne t’oublierai jamais. «  (Isaïe 49, 15)

Une fois encore le Verbe se faisait chair dans la chair de mes amis, dans celle des membres de ma famille et dans la mienne. (Jean 1, 14)

 

Oh, comme j’étais heureux ! Et je sentais bien que ce bonheur inondait le cœur de Claude, de Nelly et Bernard. Leur persévérance et leur confiance que nous arriverions à nous retrouver et à nous rencontrer avec la famille de Monsieur H., était en train de pleinement aboutir. Voilà que je me trouvais entouré d’amis, comme d’une grande famille, à l’endroit même où il y a 54 ans j’avais vécu à plusieurs reprises des retours d’opérations dans le Djebel qui faisaient que mon être se retournait.

 

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Il y avait eu le moment où nous revenions de Ténès. Et celui là du retour de l’Oued El Ardjem et celui là encore de Teniet-el-Haad, et il y avait eu un soir une nuit particulière. Le soir où jusque très tard dans la nuit je m’étais battu avec moi-même, avec ma conscience, comme Jacob avec l’ange au gué du Yaboq (Genèse 32,23 ) Peut-être était-ce avec Dieu lui- même que moi aussi je m’étais affronté.  Et comme Jacob, « j’étais resté seul » Mes copains ne m’avaient pas délaissé. Ils m’avaient laissé seul. Et quelqu’un était venu lutter avec moi jusqu’au lever de l’aurore. De ce quelqu’un qui m’était apparu durant cette nuit, je n’avais pu percevoir qu’un reflet de sa présence. Je l’avais un petit peu envisagé dans le miroir de ma conscience. Ça avait suffi pour me faire comprendre que je ne pouvais pas, que je ne devais plus continuer à porter des armes, si je voulais poursuivre mon chemin afin de devenir un homme porteur de paix. Enfin, à travers beaucoup de tempêtes et de temps tumultueux, la pauvre embarcation de ma conscience parvenait au port quand nous revenions d’opérations et que nous entrions dans ce petit village d’Oued Fodda.  C’est Monsieur H. et sa famille,  qui étaient devenus en pleine guerre comme des phares dans la tempête, un havre de paix, une sorte de port d’attache.

 

Grâce à eux, avec eux et pour eux, et pour moi, j’allais naitre à l’objection de conscience.  Ils me faisaient comprendre que : « Tout ce qui est signe de pouvoir absolu sur les autres, il faut t’en défaire. De ces munitions explosives, il faut te démunir. » Et aujourd’hui, 50 ans après, il m’était donné en présence de mes amis, Nelly, Bernard et Claude, de pouvoir revenir en plein cœur de l’Ouarsenis, retrouver ce qui restera pour toujours le berceau qui me reçut alors que je naissais à l’objection de conscience.

 

Après ce repas, tout empreint d’amitié reconnaissante et réciproque, Yahmina et son mari et toute une partie de la famille, voulurent nous emmener à quelques pas de là, voir où ils habitent : «  C’est dans la maison où il y avait ton commandant quand tu étais militaire. »

 

 

Nous voici en train de prendre le thé, le café  et les petits gâteaux de leur confection, dans la maison, où après des jours et des nuits de lutte, 50 ans auparavant, j’avais osé venir frapper à la porte de l’endroit où résidaient à nos retours d’opérations, ceux qui détenaient l’autorité sur nous. Ils auraient bien voulu commander aussi  nos consciences de jeunes hommes «  qui avions 20 ans dans l’Ouarsenis ».  Afin de garder le territoire de l’Algérie Française, croyant faire œuvre de civilisation, à combien de jeunes Français ces centurions avaient fait perdre le sens du respect, de la dignité des Algériens et Algériennes que nous rencontrions et poursuivions.

 

 

Du sein d’une plénitude de mots d’amitié, de tendresse fraternelle de la part de mes amis d’il y a plus de 50 ans, il me revenait aussi le ressac des paroles de mon capitaine, qui m’avait laissé « au garde à vous »  en ce lieu même. Il n’avait pas voulu me donner de « repos » durant tout l’entretien que nous avions eu alors : «  Converset, vous n’êtes qu’un objecteur de conscience, vous refuseriez de défendre vos camarades de section … Déjà il y a quelque temps, j’aurais du vous faire passer le tribunal militaire … « J’avais dit à mon capitaine : « Nous n’avons pas le droit de torturer une femme comme nous venons de le faire. »  Il m’avait alors rétorqué : « Les femmes du Djébel je les connais, ce sont des traitres et des menteuses ! »

 

Il eut fallu à cet homme avec qui je m’affrontais en conscience, dans une démarche non violente, de se laisser interpeller comme l’avait fait trois ans plus tôt le général Jacques Paris de la Bollardière, en pleine bataille d’Alger, au printemps 1957. A l’époque, le général Jacques Paris de la Bollardière était allé dire sa réprobation au général Massu puis au Général de Gaulle, par rapport à la violence pensée et organisée avec laquelle se faisait le ratissage de la Casbah. J’aimerais retrouver la citation des paroles du général Massu, quelques années avant de mourir, disant que durant la guerre d’Algérie nous aurions du et pu, ne pas pratiquer la torture comme ça s’était passé. Ce regret et ces remords, qui ont taraudé la conscience du général Massu, probablement suite à son affrontement avec Jacques Paris de la Bollardière, peut-être ont-ils meublés aussi la tête et le cœur du capitaine avec qui nous nous étions affrontés en juillet 1960, en cet endroit même. Ce lieu où Yahmina et son mari venaient de nous faire entrer, devenait l’endroit où nous nous exprimions notre fraternité avec les enfants et petits enfants de Monsieur H.

 

En tout cas, comme dans la vie du centurion romain et de ses proches à Capharnaüm, tu venais d’entrer, ami Jésus, tu venais nous retrouver là, en cet endroit de fracture, pour que nous réussissions à reconstruire notre humanité.

Tu étais en train de te faire chair. Nous te disions une fois encore : « Descends dans nos vies, pour que nous ne mourrions pas (Jean 4, 49). Nous ne sommes pas dignes que tu viennes sous ce toit, mais donne-nous la sagesse de savoir panser nos blessures en nous écoutant les uns les autres, et penser notre guérison en trouvant les mots pour oser dire humblement ton chemin de libération.

 

PS : Voici les paroles du Général MASSU que recherchait Lulu :

Dans une interview au journal Le Monde le 22 juin 2000 et reprise par la LDH-Toulon, le Général MASSU regrette la torture :

 "Non, la torture n'est pas indispensable en temps de guerre, on pourrait très bien s'en passer. Quand je repense à l'Algérie, cela me désole, car cela faisait partie d'une certaine ambiance. On aurait pu faire les choses différemment".

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  • : Lulu en camp volant
  • Lulu en camp volant
  • : Lucien Converset, dit Lulu est prêtre. A 75 ans, il est parti le 25 mars 2012 avec son âne Isidore en direction de Bethléem, où il est arrivé le 17 juin 2013. Il a marché pour la paix et le désarmement nucléaire unilatéral de la France. De retour en France, il poursuit ce combat. Merci à lui ! Pour vous abonner à ce blog, RDV plus bas dans cette colonne. Pour contacter l'administrateur du blog, cliquez sur contact ci-dessous.
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