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13 janvier 2019 7 13 /01 /janvier /2019 11:00

Notre-Dame de l'Atlas - Midelt (Maroc)


Bien chers parents, amis, frères et soeurs, Paix et Joie à vous tous !


L’année 2018 a été pour nous un beau cadeau du ciel, tout enveloppé de la grâce de la Béatification de nos sept Frères Bienheureux Martyrs. Le 26 janvier, le Pape François signait à Rome le Décret de Béatification des 19 martyrs d’Algérie. Le 8 décembre, sept frères de Notre-Dame de l’Atlas étaient présents à Oran pour participer à cet événement majeur pour l’Eglise, pour notre Ordre, et pour nous-mêmes en tant qu’héritiers de nos Frères martyrs. En annexe, vous trouverez un bref récit de notre pèlerinage de Midelt à Tibhirine.


La présente lettre circulaire se veut une action de grâces pour les bienfaits que le Dieu de Miséricorde a répandu sur notre communauté au cours cette bienheureuse année.


Action de grâces, d’abord, pour la bonne santé de nos deux Pères Jean-Pierre, si éprouvés en 2017, et qui leur a permis de voyager en Algérie.


Action de grâces, ensuite, pour l’ordination épiscopale, le 10 mars, du nouvel Archevêque de Rabat, Mgr Cristóbal López Romero. Ce religieux Salésien avait déjà servi l’Eglise au Maroc, entre 2003 et 2010, en tant que membre de la communauté de Kenitra et directeur de l’Ecole Dom Bosco. Voici l’une des premières paroles de notre évêque : « Ma mission n’est pas de faire l’Eglise, mais de construire le Royaume de Dieu, plein de paix, de justice, de liberté, de vie, de vérité et d’amour ».


Action de grâces pour la Profession Solennelle de notre Frère Nuno de Sao José, le 31 mai, Fête de la Visitation. Moment fort pour notre communauté qui a rassemblé plus d’une centaine de personnes, parents et amis, chrétiens et musulmans, au monastère. La dernière Profession Solennelle pour Notre-Dame de l’Atlas remontait à 1991, celle de Frère Paul, à Tibhirine.


Action de grâces pour les fruits de la Visite Régulière réalisée, au début du mois d’août, par Dom Benoit, Père Abbé de N.-D. de Timadeuc, délégué par notre Père Immédiat démissionnaire, Dom Eric, d’Aiguebelle. Au cours de cette visite, le 6 août, Fête de la Transfiguration, Frère Antony s’est engagé dans notre communauté par le changement de sa stabilité. Dom Daniel, son ancien Père Abbé au monastère de Caldey, nous a honorés de sa présence.


Action de grâces, encore, pour la réalisation d’un projet que nous attendions depuis longtemps. Une très belle et significative rencontre de trois jours avec des amis musulmans soufis, à Fès, lors du Festival de la Culture Soufie. L’organisateur de cet événement, Mr. Faouzi Skali, nous avait rendus visite en début d’année et avait sollicité notre présence. Fin septembre, nous sommes donc partis quatre frères dont notre aspirant espagnol, Alberto qui, quelques jours plus tard, le 6 octobre, commençait officiellement son postulat à Notre-Dame de l’Atlas.


Pour l’année 2019, nous avons le projet d’aménager un beau mémorial en l’honneur de nos Frères Martyrs, dans l’enceinte du monastère. Une célébration de leur Béatification aura lieu chez nous pour l’Eglise du Maroc et nos nombreux amis musulmans. Notre Eglise se prépare également à accueillir le Pape François qui visitera le Maroc les 30 et 31 mars prochain. Inch’Alla !


Nous ne pouvons pas terminer cette lettre sans évoquer avec une profonde émotion notre Frère Amédée, en cette année de son 10e anniversaire de sa naissance au Ciel.


Les Frères de Notre-Dame de l’Atlas vous souhaitent un Joyeux Noël et Bonne Année 2019.

Bienheureux Martyrs, Luc, Bruno, Célestin, Paul, Christophe, Christian et Michel, priez pour nous

Bienheureux Martyrs, Luc, Bruno, Célestin, Paul, Christophe, Christian et Michel, priez pour nous

Bref récit de notre pèlerinage en Algérie – 6 / 10 décembre 2018


La communauté de Notre-Dame de l’Atlas a eu la grâce de pouvoir aller à la Béatification de leurs sept frères de Tibhirine, ainsi que 12 autres religieux et religieuses, dont Mgr. Pierre Claverie, évêque d’Oran, assassinés pour leur foi, entre le 8 mai 1994 et le 1er août 1996.


Notre pèlerinage a commencé le jeudi, 6 décembre, par un voyage en taxi collectif de Midelt à Casablanca, où les prêtres de la paroisse Notre-Dame de Lourdes nous ont accueillis fraternellement. Le vendredi matin, nous étions six moines, accompagnés par notre cher évêque Père Cristóbal, à prendre l’avion à destination d’Oran. Arrivés vers 14h00, une petite commission d’accueil nous a reçus dans la joie. Un bus nous attendait pour nous amener à l’hôtel où nous avons rejoint des centaines d’amis et de parents des 19 bienheureux martyrs.


Après un bon dîner, nous sommes partis ensemble vers la Cathédrale d’Oran afin de participer à une veillée de prière. Moment riche d’émotions et de témoignages, dont celle de notre Père Jean-Pierre et celle de Soeur Chantal, survivante de l’attentat qui a tué Soeur Odette Prévost.


La présence de nombreux amis musulmans nous a beaucoup touchés, en particulier celle de la maman du jeune Mohamed Bouchekhi, chauffeur et ami de Pierre Claverie, qui a perdu sa vie en compagnie de l’évêque d’Oran, le 1er août 1996. Aussi, celle du fils d’un autre Mohamed, l’ami musulman qui a donné sa vie pour protéger celle du jeune officier français Christian de Chergé, à la fin des années 1950. Des prières chrétiennes et musulmanes ont enrichi cette belle rencontre qui s’est achevée par une procession à la tombe du Bienheureux évêque Pierre Claverie. Chacun des participants y a déposé une bougie allumée, signe de la Vie plus forte que la mort.


Le lendemain matin, nous avons été accueillis chaleureusement à la grande Mosquée Abdelhamid Ben Badis par les autorités religieuses locales et le Ministre Algérien des Affaires Religieuses, Mr. Mohamed Aïssa. Cette visite s’inscrivait dans le cadre de l’hommage de l’Algérie aux 19 martyrs religieux et religieuses chrétiens et aux 114 imams assassinés durant la décennie noire.


A l’arrivée, chacun des participants a reçu une rose des mains de jeunes filles habillées en costume traditionnel. Une brochure nous a aussi été offerte : « Jésus dans le saint Coran ». Suite aux discours des représentants des deux traditions religieuses, nous avons découvert la beauté de ce lieu de culte. La visite s’est achevée par une réception, avec thé et pâtisseries.


Ensuite, nous sommes montés vers le sanctuaire de Notre-Dame de Santa Cruz.
Le ciel bleu et le soleil étant au rendez-vous, la Messe de béatification a pu avoir lieu sur l’esplanade du temple marial où 1 400 personnes environ étaient rassemblées.


Mgr Jean-Paul Vesco, évêque d’Oran, a prononcé les premiers mots de bienvenue, et après la lecture du testament spirituel de Mohamed Bouchekhi, une minute de silence a été gardée en mémoire des milliers de victimes innocentes de la guerre civile algérienne.


Avant la célébration eucharistique, un message du Pape François a été lu. Pour l’occasion, le saint Père était représenté par le Cardinal Angelo Becciu, Préfet de la Congrégation pour les causes des saints. Pour la première fois dans l’histoire de l’Eglise, un événement de cette portée se réalisait dans un pays musulman. L’Evangile, proclamé d’abord en français, a ensuite été chanté en arabe par un prêtre d’Oran, le P. Becker. Toute la célébration a été animée par une vivante et joyeuse chorale africaine. Deux moments forts sont à signaler : l’échange d’un geste de paix entre l’évêque d’Oran et les imams présents et la descente d’un grand panneau portant les visages et les noms des 19 bienheureux martyrs qui a suscité les you-yous des femmes et les applaudissements de l’assemblée.


Les trois heures de la célébration sont passées comme un souffle léger, dans une grande sérénité. Pour terminer, l’évêque d’Oran a exprimé sa joie profonde et son immense reconnaissance à tous les chrétiens et musulmans qui ont rendu possible la réalisation de cette fête en Algérie.


Le dimanche, 9 décembre, une centaine des pèlerins ont entrepris un voyage de huit heures en car pour se rendre d’Oran à Tibhirine.


A notre arrivée, les amis de Tibhirine nous attendaient les bras ouverts, à la porte du monastère. Pour notre père Jean-Pierre, qui a vécu à Tibhirine durant 32 ans, il s’agissait d’un retour « chez lui », 20 ans plus tard. Nous avons été témoins de l’émouvante rencontre de notre ancien, âgé de 95 ans, avec ceux qui ont vécu tant de choses avec lui : Mohamed, le gardien, Youssef, Benali, Père Robert, Samir, entre autres.


Pour chacun de nous, la visite au monastère fut courte mais d’une grande intensité. Un repas d’accueil, la célébration d’une Messe d’action de grâce, présidée par le Cardinal Becciu, la visite des bâtiments et une prière silencieuse au cimetière en présence de nos sept frères bienheureux martyrs, et d’autres moines dont les corps reposent en ce lieu. La communauté du Chemin Neuf, qui vit actuellement sur place, était heureuse de nous recevoir et de partager ce moment inoubliable avec familles et amis.

Photos partagées dans l'annexe de la lettre circulaire de la Communauté de l'Atlas
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24 novembre 2018 6 24 /11 /novembre /2018 15:52

Dampierre le 13 novembre 2018

 

Chers Jean-Pierre l’Ancien et Jean-Pierre le Jeune,
tous les amis moines, Omar et  Bacha, les amies religieuses, 
et tous les membres de la communauté de Midelt.

 


Une profonde et humble joie habite en moi à l’approche du 8 décembre, date où vont être reconnus saints, les moines de Tibhirine vos chers compagnons, ainsi que Pierre Claverie et les onze autres témoins et artisans de la non-violence, sans oublier les noms de nos frères et sœurs de l’Islam que Dieu a écrit sur la paume de ses mains.      

  
J’espère pouvoir être à Oran ce jour-là. J’emporterai dans mon cœur tout plein d’amis. J’essaierai d’être tout proche de vous, même si je ne peux pas entrer dans l’église de Santa Cruz, ce que je comprends.


J’espère bien pouvoir vous saluer de vive voix, vous embrasser fraternellement, et vous exprimer notre reconnaissance. 


Je devine que je pourrai rapporter grâce à vous, tout plein de graines de non-violence, d’amour et de justice, afin de les ensemencer dans le morceau de terre et d’humanité dont nous nous sentons responsables avec mes amis, ici dans le Jura en France.


« A la revoyotte »
Lulu
 

Lettre à la communauté des frères de Notre-Dame de l'Atlas

réponse de frère Jean-Pierre Schumacher :

Cher Lulu,


Avec mes frères et mes amis, dont Baha et Omar, nous te remercions pour ta lettre, tes vœux, et ta joie communicative.


Que le Seigneur lors de ce passage à Oran et de ta participation à la grâce qui va se reprendre de la part du Seigneur sur toute cette assemblée, te comble de graines de non-violence, de justice et d'amour, dont tu es assoiffé. Oh, oui, qu'il en sait ainsi vraiment... je le Lui demande avec toi.


Nous serons heureux de 's'il plait au Seigneur', que nous nous rencontrions là-bas.


Ton frère Jean-Pierre
 

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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 17:35
De Tibhirine...

De Tibhirine...

Dampierre, le samedi 24 septembre 2016

 

D'UN ATLAS A L'AUTRE, DU FLANC DES DJEBELS ALGERIENS AU CREUX DE L'OUED AYACHI MAROCAIN

 

Lorsque j'étais allé en Algérie en mars 2014, grâce à Luc Chauvin, en compagnie de ses parents Nelly et Bernard et de son oncle Claude, nous avions eu la chance de pouvoir aller à Tibhirine par la médiation du " jardinier de Tibhirine" lui-même: Jean-Marie Lassausse. Nous avions été aidés par Jean-Marie Muller et son épouse Hélène qui nous avaient mis en lien avec Anne et Hubert Ploquin. Ils nous avaient permis d'expérimenter que si nous voulions être des constructeurs d'humanité, il fallait faire habiter en nous et entre nous tous, le souffle de Tibhirine, celui-là de la non-violence.

 

Jean-Marie Muller m'avait dit: "Christian de Chergé et ses compagnons, c'est de l'or pur" Il ne nous avait pas fallu beaucoup de temps pour expérimenter que Tibhirine est un endroit- phare, un lieu-source pour les chercheurs et bâtisseurs de paix. J'avais un peu plus pris conscience (en ce temps-là) qu'un témoin du drame qui s'était passé dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 : le rapt des 7 moines de l'Atlas, un témoin demeurait dans le petit monastère de Midelt au Maroc. Et grâce au frère Benoit de l'abbaye d'Acey, j'allais pouvoir rencontrer ce témoin : Jean-Pierre Schumacher. En effet, la communauté d'Acey, est en liens très étroits avec celle de Midelt. L'une et l'autre sont des abbayes cisterciennes.

 

Avec Benoit, nous étions partis à Midelt en septembre 2015, afin de rencontrer le frère Jean-Pierre et les membres de sa communauté, et beaucoup de gens avec qui ils sont en lien d'humanité et de foi. J'y étais resté 15 jours.

 

J'apprenais par le frère Jean-Pierre lui-même que les deux survivants de Tibhirine qu'ils étaient le frère Amédée et lui, avaient été accueillis aux Glycines à Alger, tout de suite après le rapt de leurs frères moines, par le père Alphonse Georger, qui était à l'époque vicaire épiscopal de Léon Etienne Duval, archevêque d'Alger.

 

Durant ce séjour du 9 au 23 septembre 2015, j'avais continué de goûter et expérimenter, que le souffle de Tibhirine qui avait travaillé les flancs des djebels et le creux des oueds algériens du massif de l'Ouarsenis et de l'Atlas Blidéen, ce souffle et cet esprit ne se laissaient pas encombrer de nos empêchements de frontière, ni non plus, par nos raisonnements casaniers. Je sentais ce souffle à Midelt, dans la manière de vivre et d'aimer qui habitait les membres de la petite communauté des moines de Notre Dame de l'Atlas, Kasbah Meriem, au cœur de la cité de Midelt. Je découvrais que la meilleure façon de capter l'eau vive de Tibhirine, de laisser couler sur nos pieds, en nous et entre nous la non-violence, c'était de se mettre à vivre à la manière des gens de la communauté de Midelt dont la joie secrète sera toujours d'établir la communion et de rétablir la ressemblance en jouant avec les différences dans le sillage de ce qui s'était passé à Tibhirine. J'avais alors dit à nos amis moines, en franc-comtois que je suis, que je trouvais en me laissant rencontrer par eux, que la communauté de Midelt était une résurgence de celle de Tibhirine.

 

J'ai essayé et j'essaie toujours de rapporter avec moi, de pleins seaux de cette eau vive (Jean, 4,10-24). Ou pour prendre une autre image de jardinier qui corrobore celle de la source, je dirais que pendant ce séjour à Midelt, j'avais ramassé non seulement sur mon cahier mais aussi dans mon cœur, un plein-sac de graines de la non-violence. J'ai beaucoup écrit à propos des trésors ainsi ramassés, et, l'incendie de nos maisons le 9 juin de cette année 2016, n'a pas emporté en fumée, la confirmation de la préparation du projet né durant l'hiver 2015-2016 : aller à Midelt avec une quinzaine d'amis, réaliser un jus de pommes dans cette capitale de la pomme marocaine. Mais notre projet était aussi et surtout, de rencontrer le frère Jean-Pierre Schumacher, survivant de Tibhirine, au sein d'une petite communauté dont les frères auraient, eux aussi , beaucoup à nous apprendre. Ce que j'avais vu et entendu, goûté et savouré de ce qu'est la non-violence, la tendresse de vivre et d'aimer, le respect du droit, allait pouvoir être expérimenté par d'autres.

 

Ce que j'avais puisé dans la façon qui habite les moines d'admirer Jésus et de le contempler, allait couler dans l'être de mes amis, eux aussi. J'allais savourer la joie en plénitude, que mes amis accèderaient à des trésors que je n'avais pas encore perçus. Et par là, humblement, le monde entier en serait touché et nourri.

 

Voilà ce qui avait orienté et guidé la préparation, la réalisation de notre voyage du 13 au 20 septembre 2016, en direction de Midelt au Maroc, dans la communauté cistercienne Kasbah Meriem, avec les moines de Notre Dame de l'Atlas.

 

Ce qui allait beaucoup me marquer c'est la tournure communautaire que prenait la préparation de ce voyage. Nous prenions tous des responsabilités selon nos aspirations et nos compétences, pour que soit facile et accessible le voyage des autres et le nôtre. En ramassant sur mon cahier ce que j'écris ce 24 septembre, quelques jours après notre retour, je dis qu'il me semble bien, que ce que j'espérais, s'est réalisé. Nous avons tous fait une sacrée expérience. Chacun des amis-compagnons de voyage, sont en train d'écrire ce qu'ils ont goûté, expérimenté et savouré en se mettant tous proches et à l'écoute de frère Jean-Pierre et de ses compagnons. Quelque chose, comme une sève, nous a été offerte. Nous l'avons reçue, et nous sentons bien que c'est dans le quotidien que nous sommes attendus, pour la faire couler en nous et entre-nous. Tous nous essayons de nous démunir de nos violences et de nos prises de pouvoir. Nous laissons ruisseler la paix entre nous, en faisant place à l'autre, aux autres. Ainsi, nous trouvons notre place.

Ainsi l'humanité se construit.

 

Comme le frère Jean-Pierre, chacun de nous a connu et expérimenté de grandes épreuves, voire des naufrages où tout a semblé sombrer. Nous nous disons : "Mais comment donc, avons-nous pu nous en sortir ?"

 

L'écoute du frère Jean-Pierre, "survivant du drame de Tibhirine", met en chacun de nous, un peu ... beaucoup ... de lumière et de force, pour que nous nous ramassions nous-mêmes, que nous collections les morceaux de nos êtres qui ont volé en éclats, et que nous trouvions raison et sens à notre condition de "survivants dans nos nouvelles embarcations".

Lulu

... à Midelt

... à Midelt

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10 janvier 2017 2 10 /01 /janvier /2017 13:24

23.09.2016

 

Retour de Midelt, au Maroc. Envie d’écrire…

Par où commencer ?…

Par ce qui est doux quand on est dans un pays musulman…

 

L’appel du muezzin me provoque toujours une émotion intense : au monastère, parfois je l’entendais pendant l’office où nous étions en train de prier. J’imaginais alors les musulmans aller à la prière et je rêvais que leurs prières se mêlent aux nôtres… Quelle belle image… Parfois je l’entendais en étant dans ma chambre, le soir, ou quand nous étions ensemble à discuter en petit groupe, dans la cour intérieure ou dans le réfectoire. Parfois j’avais envie d’aller directement à la mosquée me joindre à eux, me rappelant dans mon for intérieur, la fois où cette femme en Malaisie, m’a accompagnée pour que je puisse prier avec elle, à la mosquée… Je me souviens… Que d’émotions dans nos regards partagés, une fois la prière terminée. La prière se poursuivait encore en secret je pense, dans nos cœurs, souhaits de vie pour l’une et pour l’autre. Deux inconnues en communion totale dans le profond de leur cœur. Parfois j’ai envie de retourner prier avec eux, nos amis musulmans, pour retrouver cette force et cette union.

 

Le matin où mon papa a été malade, quelle ne fut pas mon émotion quand, dans toute mon inquiétude, étant retournée dans ma chambre prendre quelques affaires, avant de partir à l’hôpital, j’ai entendu l’appel à la prière…

 

Les musulmans allaient prier pour moi, pour nous, c’est cela que je ressentais au plus profond de mon être, en lien avec tous les amis musulmans de notre beau voyage. Comme s’ils étaient connectés à nous, sans ne s’être rien dit par la parole, et que nous allions prier ensemble. C’est comme si cet appel à la prière, interrompant mes tourments, me rappelait : « Tu sais ce que tu as à faire ! Je suis là pour vous ! Et à travers vous. Vous êtes là pour vous soutenir entre vous. Vous êtes tous frères. » C’est comme si cet appel me rappelait que la seule chose qui restait à faire était de prier, en communion les uns avec les autres.

 

Ce qui me marque chez les musulmans, c’est cette confiance et lâcher-prise totale en Dieu. Ils ont cette reconnaissance éternelle, que nous avons il me semble beaucoup perdu : reconnaissance pour ce qui fonctionne, reconnaissance d’avoir notre famille, nos proches, notre santé, d’avoir notre travail, notre maison, nos amis…

 

Un sourire, toujours, et cette douceur dans le regard, relié à Dieu en disant : « Hamdoulah ! » « Grâce à Dieu, tout va bien ! ». Ça, je l’ai encore découvert chez Fatima, ses filles Nadia et Marya de 19 et 29 ans, chez Addi le mari et père, qui tient le café, et leur fils Mehdi. Quelle énergie et quelle douceur ! Dans l’ouverture et la simplicité. J’ai été tellement marquée par cette joie profonde en chacun d’eux que j’ai exprimé à Nadia mon étonnement et mon émerveillement de tout ce qu’ils dégageaient dans leurs yeux et dans leurs rires, avec sa famille. Je trouve des étincelles dans leurs yeux, une force et un bonheur profond et immense ! Une confiance et une Reconnaissance ! Nadia les yeux pétillants et en riant m’a dit : « C’est grâce à Dieu tout ça, oui ! Il nous comble de joie, moi et ma famille ! Hamdoulah ! On a beaucoup de chance, oui ! » Et elle continue de rire ! Quelle incroyable beauté cette famille ! Surprenant !

 

Inversement, quand ils parlent de l’avenir, de quelque chose d’incertain ou de l’amélioration de la santé de quelqu’un : « Inch’Allah » rappelle toujours que l’Avenir est dans les Mains de Dieu : « Si Dieu le veut !»

 

J’aime cette formulation qui rappelle que nous n’avons pas le pouvoir sur tout comme nous aimerions parfois. Que tout ne nous appartient pas. Accepter que ça nous échappe. Dans la confiance cependant que ça peut s’améliorer, car Dieu peut faire de grands miracles ; ou dans la confiance que si ça ne s’améliore pas, une force venue d’Ailleurs pourra incroyablement nous aider pour traverser tout cela. Une force qu’on n’estime pas sans l’avoir connue.

 

« Inch’allah » nous ramène à notre Nature d’Homme, dans nos fragilités et notre grandeur, si l’on accepte de recevoir ce qui nous est donné, à travers le Lâcher-prise et l’accueil tout à la fois de l’extraordinaire venu d’Ailleurs !

 

Le troisième mot, qui est celui qui m’est venu en premier auprès de papa à l’hôpital de Midelt est « Bismillah ar-Rahman ar-Rahim ». Comme une demande, pour le soigner, le confier entre Ses Mains et qu’Il agisse du mieux possible pour sa santé. Etrangement, je n’arrivais à prononcer que ces paroles, alors que le reste du temps, je n’arrive pas à bien les formuler. Je le disais sans crocher, sans balbutier, ça sortait tout seul et en flot… Incroyable cadeau encore de Notre Dieu, Allah, à tous …

 

Bismillah est aussi une manière de confier de manière générale nos actions dans les mains de Dieu, tout en reconnaissant ce qu’il nous donne. On peut ainsi le dire avant de manger, avant de conduire, ou en rentrant dans une maison. C’est une relation encore, avec Dieu, pour signifier qu’il est avec nous au quotidien, en reconnaissant sa Présence, en étant en communion dans nos actions, avec Lui.

 

C’est d’ailleurs par le mot « Bismillah » que frère Jean-Pierre Schumacher a commencé notre Rencontre. En confiant ce partage aux Mains de Notre Dieu, Dieu des Hommes.

RL

Souvenirs d'un voyage au monastère Notre-Dame de l'Atlas à Midelt
Souvenirs d'un voyage au monastère Notre-Dame de l'Atlas à Midelt
Souvenirs d'un voyage au monastère Notre-Dame de l'Atlas à Midelt
Souvenirs d'un voyage au monastère Notre-Dame de l'Atlas à Midelt
Souvenirs d'un voyage au monastère Notre-Dame de l'Atlas à Midelt
Souvenirs d'un voyage au monastère Notre-Dame de l'Atlas à Midelt

Souvenirs d'un voyage au monastère Notre-Dame de l'Atlas à Midelt

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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 10:07

Roberte est le maillon central de la visite de Fadila dans le Jura. Voici ce qu'elle écrivait au retour de Midelt le 21 septembre 2016.

 

Avant la projection du film « Des hommes et des Dieux », je ne connaissais pas l’histoire des moines de Tibhirine. Je suis très touchée par ce qu’ils ont vécu et j’ai cherché des livres les concernant pour mieux les connaître et comprendre.

 

Ce départ pour Midelt, je l’ai préparé spirituellement car je voulais partir en essayant d’être dans « l’esprit de Tibhirine » et c’est comme cela que j’ai découvert « L’ami parti devant » de Fadila Semaï. Je l’ai lu avec beaucoup d’émotion. J’en parle à Lulu qui me dit « Ecris-lui ! ». Ce que je fais, et je lui propose une rencontre avec notre association ADN-MANV. Peu de temps après, elle me répond. En voici quelques lignes :

« Vous me parlez de votre désir de vous préparer spirituellement à l’esprit de Tibhirine. Si je peux me permettre, voici comment : « Se tenir pauvre devant l’autre, se laisser ‘déranger ‘ et toucher ». C’est selon moi une voie privilégiée pour chaque rencontre. »

 

A ce jour, j’ai écrit une autre lettre, qui est partie de Midelt, car elle me dit qu’elle serait favorable à l’idée de nous rencontrer. Je lui pose alors la question : « Comment allons-nous pouvoir nous organiser avec vous pour la rencontre : frais de voyage, séjour, et organisation ? » (voir l'annonce des rencontres sur le Jura avec Fadila pour la 2ème semaine de janvier 2017)

Roberte, Fadila, et les moines de Tibhirine
Roberte, Fadila, et les moines de Tibhirine
Roberte, Fadila, et les moines de Tibhirine
Roberte, Fadila, et les moines de Tibhirine

Me voici à Midelt. Durant ce séjour, j’ai vécu des moments très forts. Pendant les journées, j’ai pris le temps de réfléchir et me ressourcer, lire et méditer.

 

En allant aux offices monastiques, j’ai aimé ces moments de prière, de silence, de chants. (Frère Antoine, lorsqu’il chantait, donnait l’impression de chanter et danser avec son corps. Très impressionnant !)

 

Je pensais souvent à ces frères moines assassinés, et je les portais dans mon cœur, et j’essayais d’être en communion avec eux et le Christ.

Lorsque j’entends le muezzin, je pense à frère Christian, et à l’ami algérien (parti devant) et à ce moment-là, je ressens beaucoup d’émotion, de cette relation entre chrétien et musulman.

 

Quelle joie et quelle émotion de rencontrer frère Jean-Pierre (rescapé de Tibhirine). Nous avions rendez-vous dans la salle du mémorial de Tibhirine. Nous étions assis près de lui. J’étais intimidée et respectueuse devant un tel homme. Un homme doux, calme et qui dit n’avoir jamais ressenti de haine pendant et après le drame.

Plus tard, j’ai eu l’occasion pendant un court instant de me retrouver seule avec lui. Nous parlions de Lulu et de notre équipe qui était en train de faire du jus de pommes. Il était heureux et émerveillé. Puis en discutant, je lui avoue qu’en moi, j’ai beaucoup de peur, et de pouvoir donner sa vie comme ses frères et lui l’ont fait, je ne sais pas si je pourrais !

« Nous aussi, on a eu peur, me dit-il, mais il faut garder confiance, et si nous gardons cette confiance, le Christ sera là jusqu’au bout ! »

Roberte le 21/092016

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3 septembre 2016 6 03 /09 /septembre /2016 12:07

 

Dampierre samedi 27 août 2016

 

« ET SI NOUS NOUS REJOUISSIONS

DE CE QUE LES AUTRES REUSSISSENT » (Gil ROUX)

 

C’est la parole d’un ami, Gil Roux, à qui j’aime me référer. Je laisse chanter dans mon cœur cette parole, lorsque j’apprends que quelqu’un de mon âge ou de très jeune a réussi une animation, a réalisé un changement, a apporté de la lumière dans un domaine où je m’étais beaucoup investi et dans lequel je n’étais pas arrivé à faire sortir grand-chose.

 

La première fois que j’avais entendu cette parole de Gil, c’était au cours d’une « révision de vie ». La révision de vie c’est un exercice qui est exigeant, mais auquel nous tenons dans les mouvements d’action Catholique tels que la JOC, l’ACE, l’ACO, et le MRJC. Jean Marc BALICOT, notre ami diacre, y tenait beaucoup dans l’équipe d’ACO à laquelle lui et moi nous appartenions. En raison de son coltinage à la réalité dans le quotidien qu’il a à affronter, Jean Marc nous aidait beaucoup à avancer. Quand ça faisait un bout de temps que nous n’avions pas réalisé une telle réunion, Jean Marc s’impatientait et il fallait sortir nos agendas et absolument trouver une date pour faire une révision de vie en ACO.

 

Le jour où la parole : «  Et si nous nous réjouissions de ce que les autres réussissent » est venue pour la première fois habiter dans mon être, c’est le jour où nous avions appris qu’un tout jeune aumônier, Michel,  avait réussi à constituer une équipe de J.O.C. avec des jeunes en grande précarité. Il avait su trouver le filon et la veine pour déceler les capacités et les compétences de ces jeunes. Il n’en était pas resté aux regards premiers qui sont souvent des préjugés. Oh que c’était beau ce que Michel nous partageait ! Des paroles découlaient d’engagements de la part de jeunes en grande difficulté, de qui on n’attendait pas qu’ils accomplissent de tels actes. La tendance aurait pu être aussi de nous lamenter sur nous-mêmes parce que nous n’y étions pas arrivés. C’est là que Gil avait dit dans son souci de coordination et d’avancée dans le mouvement : « Michel, nous nous réjouissons que tu aies réussi dans un domaine ou nous n’avons pas su ou pas pu y arriver ».

 

Et quelqu’un de nous avait dit à Michel : « Raconte-nous davantage comment tu y es arrivé. » C’était simple et étonnant en même temps ce qu’il nous racontait. Et de continuer à l’écouter nous faisait nous réjouir de ce qu’il avait réussi. Cette joie communicante nous rendait tous acteurs et réalisateurs, collectivement avec Michel, de ce qui surgissait de neuf dans notre communauté. Nous participions à la réussite de Michel. Sa réussite devenait nôtre. Il n’avait pas gardé pour lui les raisons de sa réussite. Nous apprenions à faire comme lui, parce que nous faisions avec lui.

 

Tout cela m’avait marqué. J’avais dû l’écrire sur mon cahier d’aumônier de J.O.C. du moment… Et bien que ce cahier fasse parti des écrits qui sont partis en fumée et devenus cendres dans l’incendie qui a ravagé nos maisons, il y a un peu plus de deux mois, la parole de Gil est restée écrite dans mon cœur, à tout jamais. Et elle continue de m’apporter beaucoup de lumière en ce matin où je pars à la recherche du lever du soleil, avec trois amies, en marchant aux pas des ânes Gamin et Rameaux. Durant notre marche, nous portons dans nos cœurs : Philippe et les gens du spectacle, les artistes intermittents et les autres, les membres de nos familles, nos amis, et aussi les personnes arrachées au flanc de l’humanité oubliée, particulièrement, ceux qui sont maintenus en esclavage à travers le monde. Notre visite, hier à Champagney, de la maison de la négritude et des droits de l’Homme, nous empêche de sombrer dans l’indifférence. Nous tentons d’accrocher les prénoms et les noms de tous ces gens là, ainsi que leur appartenance, aux étoiles scintillantes dans le ciel, dorlotant pour quelques instants encore le sommeil des habitants de mon village.

 

«  Et si nous nous réjouissions de ce que les autres réussissent… » Ce refrain va continuer de nous aider durant notre marche en direction du lever du soleil. En effet, parmi les gens dont nous avons attaché le prénom à une étoile, il y a celui des quinze personnes avec qui nous nous préparons à partir à Midelt au Maroc du 13 au 20 septembre. Nous allons là bas essentiellement pour rencontrer le frère Jean Pierre Schumacher, survivant de Tibhirine, et les membres du petit monastère Cistercien, de Notre dame de l’Atlas. Ce sera dans le sillage de ce qui s’est vécu et réalisé à Tibhirine. Le film « Des hommes et des Dieux » nous a interpelé à ce que nous prêtions le flanc afin de recevoir l’ensemencement  de ces graines de la non violence, qui continuent de germer et pousser en ces lieux de vie et d’espérance.  Nous sommes de différents mouvements, groupements et associations : ADN, MAN, Cercle de silence, Siloé, lecteurs de livres. C’est un peu comme des corbeilles de fruits, et des sacs de graines, qui nous sont offerts tous ces jours. Roberte, une des amis de notre équipée, dans son souci de se préparer à un tel voyage, a été la première de nous tous, à lire le livre de Fadila SEMAÏ : « l’ami parti devant » aux éditions Albin Michel.

 

Dans ce livre, Fadila Semaï recherche la famille, et l’endroit où cet homme : MOHAMED, musulman,  a donné sa vie, pour sauver celle de CHRISTIAN, chrétien, parce qu’ils s’aimaient. Dans quel endroit de la terre, Mohamed a-t-il bien pu planter ses racines, dans quel sol rocailleux du massif de l’Ouarsenis, repose son corps ? Comment trouver trace du puits auprès duquel cet homme est tombé en donnant sa vie pour Christian et par là, pour combien de membres, du peuple Algérien, et par voie de conséquence  pour combien d’entre nous ?

 

Roberte a été marquée, par la lecture du livre de Fadila. A l’issue de la réunion de ADN  du premier août à Dampierre je dis à Roberte : «  Et si tu écrivais à Fadila, pour lui exprimer l’enthousiasme que tu as ressenti à la lecture de son livre, ainsi que ta reconnaissance, pour un tel ouvrage… » Roberte écrit à Fadila, et Fadila, répond à Roberte. Les voilà l’une et l’autre, auteures à nos yeux, de la découverte des traces et des empreintes d’humanité laissées par ces deux hommes : Mohamed et Christian.

 

C’est ça qui illumine mon regard ainsi que le profond de mon être, et pas seulement le mien. Quelque chose de l’ensemencement de la non violence est en train de s’enraciner en nous, grâce à la façon de faire de Roberte. La parole de Gil Roux répand une lumière sur nous tous. Chacun de nous découvre dans ce jeu d’écriture et de lecture, de travail et de partage qu’ « un ami est parti devant ». Un jour, quelqu’un a donné sa vie pour moi. Je ne l’ai pas toujours su et vu tout de suite. Et souvent, c’est aussi quelqu’un que je n’attendais pas qui me l’a fait découvrir. Je suis appelé à me réjouir de ce que quelqu’un d’autre, ait réussi à me faire découvrir. « Roberte tu nous apportes beaucoup de lumière par le partage, de ta lecture et de ta correspondance avec Fadila. Merci Roberte, de ne pas le garder rien que pour toi. En partant ensemble pour Midelt, la capitale de la pomme, au Maroc, fabriquer et presser quelques litres de jus de pommes dans la cour du monastère de Notre Dame de l’Atlas, nous découvrons que beaucoup d’amis sont partis devant nous. Nous allons avoir à cœur de le reconnaître. Et comme me le disait Guenièvre et Adrien,  à propos de leur terrain de maraîchage : «  les champs de Vigearde où nous cultivons nos légumes, tout cela nous vient de beaucoup de gens qui ont vécu avant nous, qui ont travaillé et se sont organisés  et qui ont donné d’eux-mêmes... »

 

L’apôtre Paul, dans une de ses lettres aux Corinthiens, se demande à lui-même : « qu’as-tu que tu n’aies reçu ». 1 Cor. 4-7.  Et j’aime ajouter : « qu’es tu que ça ne te vienne de quelqu’un d’autre ? »

 

Ça y est. Nous voici arrivés au lieu dit : la Fin Basse où le soleil nous attend pour se lever. Ce matin il y met beaucoup de temps, car de nombreux nuages, et beaucoup de brumes, se sont accumulés à l’endroit de la terre, d’où il va sortir. Nous attachons nos ânes dans un bosquet voisin et nous attendons, assis sur la berge du Doubs. Ça ressemble à l’attente vécue par nous lorsque nous sommes au théâtre, et que nos êtres sont tendus vers le lieu et le moment du commencement de la pièce. Dans le silence qui s’instaure, beaucoup de choses peuvent nous être dites. Il dut y avoir des moments d’une telle intensité comme celui-là, au commencement du monde, et sans doute aussi au moment de notre naissance à chacun. Et voici qu’une toute petite lumière très vive, un peu comme un point de soudure à l’arc, perce l’épaisseur des nuages. La lumière devient très vite incandescente. Avec beaucoup de délicatesse, au fur et à mesure que le soleil sort de la terre et monte à l’horizon, Madame Nature, avec je ne sais quelle baguette magique, rend possible que se forme l’image du soleil, afin qu’Il se mire dans la rivière, et qu’elle y atteigne les profondeurs de l’eau. Alors seulement, nous pouvons voir le soleil, grâce à ce reflet. Ça me fait penser au dialogue de Moïse avec Dieu sur le mont du Sinaï pour préparer l’entrée du peuple dans la terre promise. Moïse demande à Dieu : « Fais-moi, de grâce, voir ta face. » Dieu lui dit : «  Tu ne peux pas voir ma face, car l’homme ne peut me voir et demeurer en vie ». Mais Yahvé Dieu, par amour de Moïse et de son peuple, tient à leur communiquer son amour et sa gloire, sa présence et son mystère. Il dit à Moïse : « Je vais faire une place à ta demande. Quand passera ma gloire, je te mettrai dans le creux du rocher. Je t’abriterai de ma main durant mon passage. Puis j’écarterai ma main et tu me verras de dos. Mais ma face, on ne peut la voir. » Ex. 33 18-23.

 

A notre retour, avec mes trois amies nous nous émerveillons de ce qui se passe durant cette marche aux pas des ânes.

La première dit : « je n’avais jamais remarqué ça… C’est étonnant comment sur le dos des ânes, dans la descente de leurs épaules, tout le long de leur échine, il y a une croix qui les enveloppe… ».

La seconde : « comme je suis heureuse d’avoir tenu l’âne Rameaux… ».

Et la troisième : «  Et moi, d’avoir tenu un âne pour la première fois de ma vie ».

Il me revient alors avec une profonde émotion la parole de Jean et Michou, les amis qui nous ont offert les ânes il y a 35 ans, le 29 juillet 1981.

Jean, toi aussi, « l’ami parti devant », tu m’avais dit : « tu verras, l’âne c’est une véritable médiation… ». Votre présence d’amis s’est logée dans mon cœur de manière originale, en votre compagnie Michel et Andrée, Alain et Danielle, Jean et Bernadette et vos chers enfants et petits enfants. C’est vous qui nous avez offert les autres ânes, et les bâts, et tous les trésors d’amitié que l’on peut mettre dedans. J’ai confiance, non seulement que cette présence est en moi pour toujours, mais aussi, qu’elle va tenir une place dans le cœur de tous ces gens qui un jour ou l’autre se sont mis à tenir un âne, à expérimenter les merveilles réalisées et offertes, d’entrer dans le rythme de la marche aux pas de l’âne, de sentir tout ce qui se dénoue et se déligote, afin de nous relier les uns aux autres. De combien de violences nous allons pouvoir continuer à nous démunir pour envisager une manière de vivre et d’aimer, qui soit originelle et originale. « Ici petits et grands se confondent ». Job 3 19.

Photo de Patricia le 23 mars 2013 lors de la marche de la paix

Photo de Patricia le 23 mars 2013 lors de la marche de la paix

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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 17:00

MIDELT, mardi 15 septembre 2015

 

TIBHIRINE DANS LES ANNEES NOIRES,

ATELIER DE LA NON-VIOLENCE

 

Très heureux de retrouver Jean-Pierre afin de continuer nos partages et ainsi pouvoir remporter les graines d'action non-violente que tout cela me permet de ramasser.

Lucien : "J'aimerais parler avec toi, Jean-Pierre, de votre relation avec votre prieur Christian, durant ces années fondamentales vécues à Tibhirine en communauté."

Jean-Pierre : "J'ai apporté ce livre de Christine RAY : "Christian de Chergé, prieur de Tibhirine" afin de pouvoir davantage encore répondre à tes questions."

 

 

Tibhirine dans les années noires

Lucien : "J'ai écrit sur mon cahier les questions que je vais essayer de ne pas manquer de te poser Jean-Pierre ! J'ai remarqué beaucoup de délicatesse et de respect entre vous les moines, entre votre prieur et vous-mêmes, mais je suis frappé aussi par toute l'exigence qui règne entre vous. Qu'est-ce qui t'a beaucoup marqué dans l'attitude de Christian pendant que vous étiez à Tibhirine ? Qu'est-ce que tu voudrais qu'en notre humanité nous n'oublions pas de ce que vous avez vécu, vous les moines, avec votre prieur et grâce à lui ? Christian ne nous a-t-il pas appris à nous désarmer, à ressembler à Jésus qui est Dieu désarmé, et non pas dieu des armées ?"

Jean-Pierre : "Le livre de Christine RAY m'a fait beaucoup connaitre Christian, j'ai passé une matinée à parler avec Christine quand elle a écrit son livre en 1998. Elle était journaliste à La Croix, en équipe avec Bruno CHENU. Tu voulais Lulu, qu'on reparle de Christian... de ce qu'il nous avait..."

Lucien : "De ce qu'il vous avait apporté de spécifique ?"

Jean-Pierre : "Ce qui est mauvais dans une communauté, ce sont les divisions, quand on travaille les uns contre les autres. L'échelle double, si nécessaire entre les musulmans et les chrétiens, afin de réaliser la rencontre avec Dieu, cette échelle double est déjà nécessaire et valable entre nous dans la communauté. C'est comme dans un couple, on va vers le même but, on monte chacun de son côté afin de parvenir au même endroit."

 

 

Tibhirine dans les années noires

Lucien : "Oui, le rôle d'un supérieur, d'un prieur, c'est important. Cette importance, vous l'avez trouvée chez Christian, mais pas comme ça d'emblée."

Jean-Pierre : "Son attitude a avancé. C'est venu de plus en plus. Au début, il était désireux de donner tout ce qu'il avait trouvé, ce qui lui donnait force et dynamisme, à cause de ce que Mohamed en mourant l'avait protégé, empêché de mourir. Cette force-là qui était en lui et qui donnait sens à sa vie, il voulait nous la communiquer, ainsi que toute sa relation avec l'Islam et sa connaissance du monde arabe, qu'il avait acquise à Rome par l'I.P.E.A. (Institut Pontifical des Etudes Arabes) pendant les 2 ans que nous l'avions envoyé là-bas. Il voulait nous former selon son modèle à lui. Nous, nous avions nos personnalités et nos expériences personnelles de la relation avec l'Islam. On avait une communauté qui fonctionnait avant que Christian n'arrive. Notre modèle fonctionnait aussi. Il fallait faire un tout avec ça. Au départ, ce n'était pas ça. Christian était très motivé, il voulait nous initier à ce qui le motivait et passionnait. On résistait, on ne voulait pas se laisser faire. On voulait que la relation se fasse entre nous, sur un plan d'égalité par rapport à l'autorité."

Lucien : "Sur le plan comportemental, vous sentiez qu'il y avait des choses sur lesquelles il fallait avancer ?"

Jean-Pierre : "On était désireux de progresser dans la connaissance de l'Islam et de la relation qu'on devait avoir en tant que chrétiens, français, moines, avec la culture musulmane et algérienne. Tous, nous avions à apprendre. Nous étions tous des novices, tout en ayant déjà une expérience. Personne ne pouvait dire : "Je", ou "Voilà ce qu'il faut faire" Nous étions tous assis sur le même banc, dans la même école, chacun devant amener sa part sur un plan d'égalité. C'est ça qui était le nœud de la bonne relation en communauté et dans l'unité. C'était quelque chose de vivant."

Lucien : "Nous l'avons senti dans le film "Des hommes et des dieux", ce que tu es en train de me dire."

 

Jean-Pierre : "Nous n'avions pas choisi Christian pour... on ne t'a pas choisi pour que tu décides seul ! "Ce problème se posait beaucoup au moment de décider si nous partions de Tibhirine ou si nous y restions. Christian a bien compris que ce n'était pas encore l'unanimité, qu'il fallait encore prendre le temps de réfléchir, pour que les plus timides ne se laissent pas influencer par la majorité... "

Lucien : "...ou par ceux qui sont persuasifs !"

Jean-Pierre : "C'est ça !"

Lucien : "Alors, comment Christian a-t-il su et pu coordonner ?"

Jean-Pierre : "Christian a beaucoup évolué, surtout, à partir du moment où il est devenu prieur. Un supérieur ne doit pas être directif, il doit être attentif à la personnalité de chacun, et avec ça, faire l'unité, tendre vers l'unité. Christian l'a très bien réalisé et accompli, au moment où on devait prendre cette décision grave : PARTIR ou RESTER."

Après le 1er échange, il a vu que ce n'était pas mûr, il n'a rien imposé. Il aurait pu dire : "Selon l'avis de la majorité...  Il a voulu l'unanimité. Il a appris à patienter pour écouter ce que chacun avait en lui... Il est parti parler avec Christophe... Je ne sais pas ce qu'ils se sont dit. Peut-être lui a t il dit : "Tu as décidé de donner ta vie... c'est pas le moment de..." Il nous a tous écoutés."

La décision engageait les frères, c'est leur vie qui se jouait. Lui, Christian, ne disait pas qu'il voulait rester. On a levé la main pour s'exprimer. Il y a eu des mains un peu timides à se lever, mais toutes étaient levées...

Lucien : "Vous avez votés à main levée que vous décidiez et vouliez rester à Tibhirine."

Jean-Pierre : "C'est un don de soi qui s'exprimait à travers ça."

Lucien : "Tu as levé la main Jean-Pierre..."

Jean-Pierre : "...A cause de tout mon passé avec le Seigneur, et la présence au peuple algérien. J'avais fait le voeu de stabilité. Cet échange, on l'a vécu en 1993..."

Lucien : "...Après la venue de Satya... Quelle trempe d'homme habitait l'être de Christian !"

Jean-Pierre : "Il était très ... pour faire fonctionner la communauté dans les moments difficiles. On le voit avec les militaires et avec Satya, le chef local du GIA. Il ne voulait pas qu'on s'engage, ni avec les uns (les membres du GIA, Groupe Islamique Armé) ni avec les autres (les militaires) Il les appelait : " Frères de la montagne (les gens du GIA), et frères de la plaine, (les militaires). Christian voulait les réconcilier les deux, et l'armée et les maquisards...

Lucien : "...en les désarmant..."

Jean-Pierre : "...en s'envisageant, en leur montrant qu'ils étaient frères. Le mot ENVISAGER ! On a vu Satya surgir tout bardé d'armes. Christian est arrivé ... C'est là qu'on a vu que Christian était fils d'un général. Christian est arrivé en bas de l'escalier au-dessus duquel il y avait Satya. Il s'est mis à crier : "AH NON ! ON N'ENTRE PAS ICI AVEC DES ARMES !..."

Lucien : "...Tu l'entends encore..."

Jean-Pierre : "Oui, il y avait devant Satya, des hommes armés de coutelas et de mitraillettes. Christian leur a dit : "Si vous voulez qu'on discute, il faut mettre les armes dehors. Jamais personne n'est entré ici avec des armes !"

 

Alors Satya a pris Christian par le bras, ils ont descendu vers une statue de la Sainte Vierge à l'entrée du monastère. Ils se sont envisagés. Christian a dit : "Non" aux 3 choses que demandait Satya :

- Le docteur frère Luc, ne pourra pas aller dans la montagne. Il est âgé et asthmatique... Venez ici, le docteur vous soignera.

(Christian ne jouait pas à celui qui commande. Les membres du GIA auraient réagi... Christian agissait et parlait plus discrètement que ce n'est exprimé dans le film.)

- Satya demandait à emporter des médicaments. Christian lui a dit : "les médicaments, c'est pour les gens qui viennent se faire soigner ici. Si vous avez besoin de vous faire soigner, venez ici !"

- Satya demandait de l'argent. Christian lui a dit : "On n'est pas riches. On gagne notre vie avec le jardin." Satya lui a dit : "Mais si, vous avez de l'argent !" Puis Christian a détourné la conversation et il a dit : "Vous savez quel jour nous sommes ? Vous savez à quel moment vous arrivez ? C'est le jour où nous nous préparons à fêter le prince de la paix : Aïssa. Satya a répondu : "Oh, excusez-nous, on ne savait pas. Mais on reviendra !"

 

Après cet évènement, Christian nous a dit qu'en envisageant cet homme violent qui avait beaucoup de sang sur les mains, en l'envisageant avec douceur et courtoisement, cet homme avait été apaisé parce qu'ils étaient entrés dans une relation d'homme à homme. Christian étant désarmé, il respectait l'homme. On arrivait à un dialogue d'homme à homme. Christian a gardé ce principe de l'importance de s'envisager. Christian est venu à la rencontre de cet homme avec une force non-violente, la volonté de se désarmer soi-même.

Lucien : "Qu'est-ce que tu réponds profondément à mes questions !"

Jean-Pierre : "Le Wali (préfet) voulait que notre maison, le monastère, soit protégé par un groupe de militaires. Alors un jour, un groupe de militaires s'est installé dans la pièce à côté de celle où j'étais portier. Christian arrive : "Non ! on n'entre pas ici avec des armes ! Pour vous coucher, allez dans la salle du dispensaire." Le lendemain, leurs chefs arrivent. Christian les a reçus dans la rue. Il est sorti les attendre dehors et leur a dit : "Si vous voulez vous installer ici, il y a assez de place dans la montagne." Arriver à persuader l'autre de ce qu'on veut en le respectant. C'est dans ce sens que Christian a évolué.

Lucien : "Je suis en recherche de la non-violence, afin de la cultiver en moi, de la laisser travailler, entre les gens que je rencontre et moi. C'est pour ça que je suis venu ici afin de chercher auprès de vous les sentiers de la non-violence. Je suis venu pour te rencontrer et écouter ce que tu es en train de me donner, particulièrement ce que vous avez vécu à Tibhirine, et que vous continuez de vivre ici à Midelt. C'est pour ça, que je vous ai dit l'autre jour en franc-comtois que je suis, que Midelt est comme une résurgence de Tibhirine."

Jean-Pierre : "La non-violence, c'est ça: Dans chacun de nous, il y a une pointe de cristal comme dit Guy Gilbert. Elle n'est pas abimée par la violence. C'est ça qu'il faut considérer, reconnaitre, mettre à jour, ce meilleur de nous-même."

Lucien : "Je t'embrasse Jean-Pierre pour te remercier."

Jean-Pierre : "On n'est pas loin de l'échelle à double battant. Voici le livre de Christine Ray."

Lucien : "Je vais me replonger dedans, même que je l'ai relu avant de venir à Midelt avec le frère Benoit pour vous rencontrer."

Jean- Pierre : "J'avais écrit à Christine pour la remercier de m'avoir fait découvrir et apprendre des choses de l'enfance de Christian de Chergé, que je ne connaissais pas."

 

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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 16:00

Suite des notes prises par Lulu à Midelt, ramassées, méditées et partagées par Lulu...

Cette lettre inspirée des échanges entre Lulu et frère Jean-Pierre Schumacher est dans le dossier à publier depuis février 2016... Il n'est jamais trop tard pour partager des graines d'humanité. La voici !

Pour voir l'ensemble des articles relatifs à la visite de Lulu aux moines de Midelt (résurgence de Tibhirine) Cliquez sur le tag : Midelt.

Jeudi 10 septembre 2015

 

Nous continuons Jean-Pierre Schumacher et moi à nous raconter pourquoi nous sommes si attachés à l'Algérie.

Jean-Pierre : « Tu m'as raconté hier que tu avais été séminariste soldat pendant la guerre d'Algérie, et que tu avais crapahuté avec les camarades de ton régiment dans les djebels du massif de l'Ouarsenis, pas très loin de Tibhirine où l'un de tes grands amis avait été tué »

Lucien : « Au cours de ces opérations et à ce moment-là, on ne parlait pas de Tibhirine. Je n'en connaissais pas l'existence … Tu m'as parlé hier d'Alphonse Georger qui a écrit un livre : « Journal d'un séminariste en Algérie »1960-1962 Editions Cana.

Jean-Pierre : « Je t'ai apporté le livre, le voici. »

Lucien : « Comme ça me touche que tu me le confies ainsi. »

Jean-Pierre : « Cet homme m'a beaucoup marqué par l'accueil qu'il a offert à Amédée et à moi dans la maison des Glycines au lendemain du rapt de nos 7 compagnons. Alphonse est devenu évêque d'Oran après la mort de Pierre Claverie. Pendant la guerre d'Algérie, Alphonse est devenu objecteur de conscience. Maintenant, il est évêque ermite. Il nous avait accueillis aux Glycines, bibliothèque de l'évêché pour les étudiants musulmans. Amédée et moi nous étions en ce lieu comme dans un monastère. Cet accueil a duré pendant les deux mois d'avril et mai 1996, pendant que nous cherchions ce que devenaient nos 7 compagnons. Nous espérions tant, avec beaucoup de gens à travers le monde, que les moines seraient libérés par une intervention de l'état algérien ou de l'état français ou encore de l’Église.

Lucien : « Je suis très touché Jean-Pierre d'être près de toi et de t'entendre me raconter tout cela... »

Jean-Pierre : « On a vécu tellement de choses … »

Lucien : «  C'est en Algérie, en pleine opération, que je suis devenu objecteur de conscience... »

Jean-Pierre : « Alphonse Georger m'a raconté comment il est devenu objecteur de conscience lui aussi … Il avait les officiers sur le dos, car ceux-ci sentaient bien de quel bord était Alphonse... Tu vas découvrir tout cela en lisant ce livre … Une fois qu'il est devenu prêtre ici en Algérie, le cardinal Duval l'a envoyé faire du droit. C'est après cela qu'Alphonse est devenu évêque d'Oran. »

Lucien : « Tu as donc connu le cardinal Duval ? »

Jean-Pierre : « Oui, il venait à Tibhirine chaque année pour la fête du 15 août »

Lucien : « Il tenait beaucoup à vous, membres du monastère de Tibhirine ! »

Jean-Pierre : « Il nous avait dit un jour « Vous resterez ici » ad vitam aeternam » il y a eu un moment où on devait partir dans les 15 jours. L'ordre nous avait été donné, c'était sous Boumédienne en 1976. C'était une question de jalousie entre deux hommes pour la détention du pouvoir. Il y avait un malentendu entre Boumédienne, président de la république algérienne, et Ben Cherif qui était alors responsable de la police nationale. Ben Cherif voulait que 4 lieux soient évacués de la présence d'étrangers :

  • Notre Dame d'Afrique à Alger
  • La maison saint Augustin à Anaba
  • Une maison dont je ne sais plus le nom à Santa Cruz
  • et nous, le monastère de Tibhirine.

On devait s'apprêter à partir dans 15 jours. Notre prieur est allé au cabinet de la sous-préfecture. Ils répondaient qu'ils ne pouvaient pas l'empêcher. On a téléphoné au cardinal Duval qui nous a dit : « Préparez tout comme si vous deviez partir, mais ne bougez pas. » Alors, on faisait les cartons. Des policiers passaient voir ce que nous faisions, afin de se rendre compte si on se préparait. On a su que le cardinal Duval était allé voir Boumédienne qui lui avait dit : « Je ne suis pas seul chef ici, allez voir Ben Cherif. » Il est allé voir Ben Cherif, il a été reçu avec les honneurs militaires. Ben Cherif a fait publier la venue du cardinal dans le journal El Moujahid, et les menaces d'expulsions ont été terminées.

Lucien : «  C'est formidable Jean-Pierre ce que tu as vécu avec tes frères de Notre Dame de l'Atlas à Tibhirine. Je suis très touché par l'histoire qui est reprise et racontée dans le film « Des hommes et des dieux », par les mots qui sortent de la bouche de cet homme disant à frère Christophe : «  Ne dites pas que vous êtes comme des oiseaux sur la branche, car la branche c'est vous, et les oiseaux c'est nous. Si vous partez, où est ce que nous allons pouvoir nous poser ? »

Jean-Pierre : « Nous avons eu des pressions de l'état algérien pour partir, ainsi que de l'ambassade de France en Algérie. Nous avons dit que nous ne partirions que si nos voisins nous le demandaient, parce qu'alors nous serions devenus dangereux pour eux par notre présence, parce que notre présence aurait pu provoquer leur massacre. Si les gens nous avaient dit ça, on serait partis. Nous entendions les confidences de parents : Si notre jeune part dans l'armée algérienne comme il y est appelé, notre famille est menacée par le GIA (Groupe Islamique Armé) Si notre jeune part au maquis, c'est l'armée algérienne qui menace notre famille, considérée comme alliée avec le GIA.

 

Objecteurs de conscience

Lucien : « Ce que tu me racontes Jean-Pierre me bouleverse, car j'ai été témoin du même drame durant mon séjour en Algérie durant les années 1959-1960. Ahmed, fils de Mohamed était engagé dans l'armée française dans la région de Constantine. Il combattait dans un régiment français contre les idées de son père qui était pour l'indépendance de l'Algérie. J'écrivais à Ahmed sous la dictée de son père, lequel père comptait plus ou moins sur notre présence de soldats de l'armée française, par rapport aux incursions possibles des membres du maquis de l'Ouarsenis. »

Jean-Pierre : «  On a connu ça dans les années 1990-1996, le pays était divisé. Vous aussi, objecteurs de conscience vous avez été dans cette situation. Le cardinal Duval lui aussi était dans cette situation. Le clergé d'Algérie était divisé. Le cardinal voulait l'indépendance. Une partie de ses prêtres s'y opposaient … C'est dans ce contexte que les frères de Tibhirine ont été enlevés. Ils étaient gênants pour l'armée. Le gouvernement algérien et l'armée savaient que frère Luc soignait des blessés du GIA … Frère Luc soignait toute personne qui était blessée d'où qu'elle vienne. Après l'incursion de l'armée avant Noël 1993 qui nous intimait de partir, frère Christian, tous les frères de la communauté et moi même nous avons dit NON. L'armée et la préfecture voulaient nous mettre dans un hôtel à Médéa, nous avons dit NON. Nous n'aurions plus eu de raisons d'être là dans ces conditions. Ils voulaient nous imposer une protection militaire, nous avons dit NON. Un soir, des militaires se sont installés dans la pièce à côté de l'entrée. Ils portaient leurs armes sur eux. Christian leur a dit : « Vous ne pouvez pas entrer avec des armes dans le monastère... » Ces soldats nous disaient en parlant des membres du GIA : « Comment vous pouvez soigner ces brutes-là ? »

Ce que je te raconte là ressemble beaucoup à ce que tu as vécu quand tu étais soldat dans l'Ouarsenis, tout près de Tibhirine.

Lucien : « C'est toi Jean-Pierre qui traces des ressemblances entre l'objection à la violence et aux armes que vous avez vécu et réalisé à Tibhirine, et la manière dont mes camarades et moi nous avons cherché à devenir objecteurs en face des violences dans lesquelles nous nous trouvions à tous moments... »

Jean-Pierre : « Tu verras quand tu liras le livre d'Alphonse Georger que je te donne … Comme ça ressemble à ce que nous sommes en train de nous raconter … »

Il est 10 heures et demi. Omar est venu frapper à la porte de la salle adjacente à la chapelle où nous sommes en train de causer Jean-Pierre et moi. Il dit : « Venez, on va boire le thé que Baha nous a préparé. »

 

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31 mai 2016 2 31 /05 /mai /2016 07:23

Neufchâteau, mardi 10 mai 2016, suite ...

 

En écoutant les sœurs Denise, je trouve la confirmation que Jean-Marie Lassausse est actuellement dans une situation très grave à Tibhirine en Algérie.

Denise G. : «Voilà l'article dans le journal local Vosges Matin du 7 mai dernier : Le prêtre vosgien de Tibhirine, bloqué au monastère … Les autorités algériennes lui refusent le renouvellement de ses papiers … » C'est le même article que Rosaline m'a communiqué la veille, avant notre départ sur Neufchâteau envoyé par Henryelle de Poligny et Antoinette de Saligney.

Lucien : «Le déplacement de Jean-Marie Lassausse à Milan en mars dernier serait-il un motif du blocage qu'il subit actuellement ? » Je raconte aux sœurs Denise que c'est Jean-Marie qui m'a conduit d'Alger à Tibhirine en mars 2014 avec Nelly, Bernard et Claude Chauvin. Les sœurs m'expliquent comment elles sont allées à Tibhirine en 1974. Elles y sont retournées en 1985 alors qu'Alphonse est le vicaire général de Léon-Etienne Duval archevêque d'Alger… qu'il est curé aussi de la cathédrale d'Alger…

Denise D. «Nous avions fait la petite boucle : Alger, Cherchell, Médéa, Tibhirine, Djelfa, Laghouat, Ghardaïa, Ouargla, Touggourt, Biskra, Bou Saada, Alger... »

Nous avions rencontrés à Tibhirine plusieurs des frères qui ont disparu en 1996. Lorsque mon frère Alphonse a été ordonné évêque en 1998, Jean-Pierre Shumacher est venu à Metz pour son ordination …»

Mgr Alphonse Georger photo partagée sur internet

Mgr Alphonse Georger photo partagée sur internet

Les deux sœurs Denise sont bien en train de continuer à m'aider à chercher et trouver les sentiers de la non-violence. J'évoque alors l'amitié profonde qui me relie à Jean-Marie Muller. Cela fait sourire ces deux femmes car elles connaissent très bien «L' Évangile de la non-violence » et ce que Jean-Marie n'a cessé d'écrire depuis. C'est le signe de la reconnaissance que nous buvons à la même source dans le sillage des gens engagés dans la lutte non-violente.

Je trouve confirmation dans ce que me partage Denise G. aidée par Denise D., qu'Alphonse, né à Sarreguemines en Moselle en 1936, est ordonné prêtre en 1965. Après des études à Fribourg en Suisse, à Echterbach au Luxembourg, il revient en Algérie continuer ses études à Alger-Kouba. Il choisit alors de vivre en Algérie où il sera curé de Cherchell, vicaire général de Léon Etienne Duval puis directeur du centre diocésain d'Alger … C'est là qu'il accueillit en 1996 Jean-Pierre et Amédée au lendemain du rapt des moines de Tibhirine, durant les deux mois d'éprouvantes recherches, du 27 mars au 21 mai 1996. En 1998, il devient évêque d'Oran en remplacement de Pierre Claverie, assassiné avec son chauffeur Mohamed, deux mois et demi après la disparition des frères de Tibhirine. Alphonse sera évêque d'Oran jusqu'en 2012. Il sera remplacé par Jean-Paul Vesco, qui en 2014 nous accueillera dans la maison diocésaine d'Oran, alors que j'arrivais dans cette ville avec Nelly, Bernard, et Claude Chauvin.

Oran mars 2014

Oran mars 2014

Avec beaucoup de limpidité et de clarté, nos deux amies religieuses sortent de leur mémoire de sœurs une multitude de noms et de faits de vie, personnels et collectifs, et me les partagent. Tout cela est confirmé par des documents écrits et bien rangés dans la corbeille en osier … et donc faciles à retrouver. Elles font surgir de merveilleuses photos de manifestations auxquelles elles ont participé durant leurs engagements et leurs partages de vie, ouvrières ou rurales. Parmi les personnes auxquelles elles se réfèrent, je vois la photo d'Henri Godin, d'André Depierre de la Mission de Paris qu'ils ont fondé en janvier 1944 à Lisieux avec le cardinal Suhard... Je raconte à ces deux sœurs comment Henri et André sont des francs-comtois, des gens de chez nous. Henri est né à Audeux, (25) et André, à Vadans (39) Ils ont marqué la vie de l'abbé Jean Jourdain qui lui-même au petit séminaire de Vaux sur Poligny a marqué la vie de Gaby Maire, notre ami prêtre originaire de Port Lesney, assassiné au Brésil à Vittoria, le 23 décembre 1989. Puis j’entends et je lis dans les documents qu'elles mettent sous mes yeux, les noms des Rices, d'Henri Perrin, de Jean Legendre … C'est alors que Denise G. dit «  C'est ce dernier qui est à l'origine de ma demande de passer à la vie de salariée  … Quand je suis allée voir Alphonse en Algérie, j'ai vu des hommes venir embrasser mon frère, tellement ils avaient partagé la vie ensemble »

 

Nous reparlons de sœur Martine Ortigues, venue habiter aux Rousses dans les années 1980-1990 … Je dis aux sœurs que je l'ai connue grâce au C.A.P.C.O.

( Cercle d'Approfondissement pour Prêtres en Classe Ouvrière ) … puis je l'avais retrouvée lorsqu'elle était venue en retraite dans la communauté des sœurs dominicaines d'Orchamps. Sœur Denise D. me dit alors : «  Martine faisait partie des sœurs de notre ordre qui sont allées au boulot … comme elle et avec elle, nous avons eu la chance de pouvoir nous exprimer, de pouvoir nous engager en associations et syndicats, et ainsi, nous avons fait avancer les choses dans l'Eglise et dans la société. »

 

Je repense à Sœur Madeleine d'Orchamps, quand elle s'est engagée comme institutrice de jeunes enfants, puis d'enfants et d'adolescents en difficulté à l'école Jean Bosco de Dole. Si des personnes comme Jean-Luc lisent le journal chaque jour et essayent de ne pas laisser le monde comme ils le trouvent, l'engagement de ces religieuses n'y est pas pour rien.

Nous revenons avec les sœurs Denise sur un des voyages qu'elles ont accompli en Algérie lorsqu'Alphonse était vicaire général du cardinal Duval. « Mon frère nous avait emmenées à Tibhirine, nous avions alors rencontré Christian de Chergé, le frère Luc, le frère Amédée et le frère Jean-Pierre Schumacher. Celui-ci était venu à Metz quand Alphonse a été ordonné évêque. »

En ramassant toutes ces graines d'action non-violente, nous nous redisons combien il est urgent et important de continuer à les semer et planter en nos jardins intérieurs et communaux … Nous pressentons en nous disant Au Revoir que la venue d'Alphonse à Neufchâteau au 12 rue du Moulinot, vers la fin du mois de juillet, va nous permettre d'enfin nous envisager l'un l'autre.

Déjà, nous nous reconnaissons ...

 

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14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 20:29

Midelt, mardi 15 septembre 2015

 

FRERE JEAN-PIERRE, SONNEZ LES MATINES …

 

Réveillé à 3 heures et demi, je suis heureux de pouvoir me rendre à la chapelle et participer à l'office de matines. Je revois et je repense à la vie de nos frères de Tibhirine … Je nous sens en communion les uns avec les autres, avec les moines de l'abbaye d'Acey, les moniales de l'abbaye de la Grace Dieu maintenant à Igny, et par là avec tous nos frères et sœurs religieuses et religieux à travers le monde. Et voilà que se met à retentir la voix du muezzin dans un minaret proche dans la ville de Midelt … Quelle merveille que cette reconnaissance que le Dieu clément et miséricordieux est notre Père à tous ... Quel ressourcement pour l'établissement effectif de cette fraternité, dans nos cités, dans nos villages, de pays à pays, d'état à état, de nation à nation …

Quand je sors de l'office, il continue à venir en mon être une multitude de merveilles. Je prends conscience en cette nuit étoilée sous la voûte des cieux, que ces merveilles me sont offertes en permanence. Cela nécessite un travail pour en avoir conscience. Comme il fait bon s'y mettre très tôt le matin, juste au moment où va naître le jour. Est-ce que ce ne serait pas cela prier, contempler ?

 

Frère Jean-Pierre, sonnez les matines...

En entrant dans cette nuit étoilée, je fais ce que j'ai aimé réaliser durant certaines nuits de mon voyage en direction de Bethléem. J'accroche les noms des membres de ma famille à chacune des étoiles que je vois naitre de la nuit. Et je fais de même pour les noms de mes amis. Je les nomme, je les verbalise, je dis le verbe de leurs noms à chacun. A travers l'immensité de l'univers qui paraît-il, ne cesse de cavaler en extension, je ficelle votre prénom à une étoile, mes chéris. Oh, qu'elle est belle cette nuit, où j'entends retentir et résonner vos noms enchanteurs : Suzanne et Marius, mes parents, Christiane, Edwige, Elisabeth et Bernadette mes soeurs, et Georges mon petit frère. Je fais pareil avec les prénoms de ceux que vous aimez et qui vous aiment, de vos enfants et petits-enfants … Et au fur et à mesure, il y a toujours une étoile qui accepte que je lui accroche votre prénom, que j'attache à elle votre nom … Il me revient alors que Jésus disait un jour où plein de choses s'embrouillaient dans l'esprit des apôtres, dans leur rapport au pouvoir : «  Ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis, réjouissez-vous de ce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux. » (Luc 10, 20)

Sur la route en direction de Bethléem

Sur la route en direction de Bethléem

Je découvre alors que je suis appelé à faire de même pour les membres de la communauté de Tibhirine. J'accroche vos noms à chacun à une étoile : Christian, Christophe, Bruno, Michel, Célestin … Je cherche dans la nuit le nom des deux autres, ça y est, je les vois écrits sur le livre de Jean-Marie Muller dédicacé à Gaby Maire, je trouve Luc et Paul. Je fais quelques pas dans la cour du monastère pour accrocher leur nom à une étoile et je les attache avec le nom d'Amédée à des étoiles qui sont à côté de celle à laquelle est lié le nom de frère Jean-Pierre Shumacher : Vénus. « Jean-Pierre a toujours aimé les étoiles » (L'esprit deTibhirine, page 142)  J'accroche alors les noms des autres frères de la communauté avec lesquels nous venons de chanter matines: l'autre frère Jean-Pierre le jeune, Antoine qui nous aide si bien à chanter, José-Luis qui vient de partir en Allemagne, Nuno très discret mais non moins servisant, Omar et Bahra nos hôtes d'accueil ainsi que Corine, les sœurs de Tatiouine et Benoit grâce à qui j'ai pu venir ici à Midelt. J'accroche alors aussi à une étoile le nom de Daniel* de l'abbaye d'Acey afin qu'il sorte de la maladie qui l'éprouve … Et voilà qu'en continuant d'accrocher les noms des moines d'Acey à une étoile : Jean-Marc, Benjamin, François, Elie, Bernard, Pierre, Albert, Benoit, Marie-Bernard, Emile, Philippe … je tente de faire pareil avec le frère Marie-Bernard de l'abbaye de Latroun en Palestine Israël qui m'avait accueilli là-bas en juin 2013. Je tente dans ma prière de relier à des étoiles le nom des sœurs de la Grace-Dieu : Marcelle, Marie-Ange, elles sont maintenant à Igny avec plein d'autres sœurs … et me voici aussi à Poligny chez les clarisses, en train de ficeler les noms de Marie-Elisabeth, Marie-Monique, Géraldine … Je fais de même avec Odile et les sœurs carmélites de Saint Maur, la sœur de Louis Grillot, la sœur de Bernadette Baudet, la tante de Jean-Yves Pointelin : Denise, la tante de Jean-François David : Thérèse.

Les moines d'Acey, janvier 2016

Les moines d'Acey, janvier 2016

Je prends conscience alors dans cette nuit comblée d'étoiles, toute ruisselante de luminosité, je découvre en essayant d'accrocher à une étoile les prénoms d'Alain, Jean-Marc, Fabrice, Michel, Raymond, Nicole, Caroline, avec qui j'étais venu en campement ici au Maroc il y a une dizaine d'années, que vos noms sont déjà écrits dans le ciel. Une main m'a précédé. En tentant d'accrocher vos prénoms à une étoile, vous tous à qui je vais écrire une carte de Midelt : » Jacques et Elisabeth, Rachel, Maguy et Bernard, vos enfants et petits-enfants … en écoutant que le nom de Jean-Pierre est attaché à l'étoile de Vénus, je vois que quelqu'un bien avant moi a écrit vos noms dans la paume de ses mains au profond de son cœur. C'est ce qu'avait découvert une nuit la petite Thérèse de Lisieux. Dans la configuration d'un groupe d'étoiles, elle voyait se dessiner le T de Thérèse. C'est souvent comme ça dans la prière. Alors que je vous nomme Roberte, Patrice, vos enfants et petits-enfants ainsi que vous Rosaline, Jacques-Henri et vos enfants Anne, Ajay et leur petite Olivia ainsi qu'Elisabeth et Marie, notre amie Rosine, par grâce, ce que je crois faire est déjà en train de se réaliser et s'écrire par la main du Père. Je découvre que vos noms à vous tous mes amis, ceux que je viens de nommer et ceux que je n'ai pas encore prononcés, sont gravés dans le cœur même de Dieu. C'est toi Jésus, ami des femmes et des hommes que nous sommes, c'est toi qui nous le dis. Ce que nous tentons de réaliser est déjà commencé et entrepris : «  Vos noms sont écrits dans les cieux »

Faire ce que je vais essayer de faire, c'est découvrir que «  Ces choses sont cachées depuis le commencement du monde » (Mt, 13, 35 ; Ps,17, 2)

 

Notre travail, c'est de nous les laisser révéler afin que nous les contemplions, et d'entendre, alors que tu es tenté de croire que les choses ne se font que parce que tu es en pleine action : «  Ma grâce te suffit » (2 Cor,12, 9) … et d'entendre aussi cette autre parole que tu adresses à ton Père, ami Jésus : «  Abba, je te bénis, Seigneur du ciel étoilé et de la terre habitée, d'avoir caché cela au sage que je croyais être et de le révéler aux tout-petits que je rencontre ici au Maroc et bientôt à nouveau en France, celles et ceux pour qui tu voudrais que les choses évoluent et changent grâce à ta présence à leur côté . Qu'eux aussi découvrent que ta grâce leur suffit. » (Mt, 11, 25)

C'est probablement quelque chose qui conditionne la façon et la manière d'intensifier la culture de la non-violence. En ne faisant pas violence à Dieu dans la prière, cela me donne la grâce de ne pas faire violence à mes frères, de me démunir de toute violence même par rapport à moi-même.

L'angélus ne va pas tarder de sonner. Je pense à la Vierge Marie, enceinte de Jésus, à Marie une amie résidente ici au Maroc m'ayant confié récemment qu'elle est enceinte d'une petite fille, je pense à ma maman enceinte de moi, puis de mes petites sœurs et de notre petit-frère, sous le regard émerveillé de notre papa. Je pense à toutes les mamans. D'elles, l'Humanité est en perpétuelle extension.

Je comprends un petit peu plus, que prier ça peut être ce que je viens de vivre et d'expérimenter. Sentir en vous nommant amis, en n'arrêtant pas d'évoquer de nouveaux noms qu'il y a longtemps que je n'avais pas nommés, à qui il y a longtemps que je n'avais pas pensé, cette façon de prier, contribue à ce qu'il y ait de la place pour vous tous dans le monde, à la surface de la terre, et jusque dans la voûte des cieux. Cela je le veux un peu comme le Père Joseph Wrezinski, qui dit : «  A gauche et à droite de celles et ceux avec qui tu chemines, il y en a d'autres qui n'ont pas encore senti qu'ils avaient leur place dans la société … »  La découverte que ta grâce nous suffit, se réalise à travers tout le mouvement de l'humanité en perpétuelle extension. Je pense à la lutte tenace, de jour et de nuit, que mènent les migrants depuis tous temps et particulièrement aujourd'hui en traversant la Méditerranée pour trouver une place, essayant de faire tomber les murs de nos indifférences. Je pense à la lutte que nous sommes interpellés à mener, pour vivre notre devoir de les accueillir, de leur faire une place parce qu'ils ne pourront découvrir que leurs noms sont écrits dans le ciel, que si nous écrivons leurs noms sur un papier qui leur signifie, qu'ils ont un logement, du travail, une place sur la terre.

Photo lequotidien.lu

Photo lequotidien.lu

C'est ça ta grâce, ami Jésus, et c'est celle-là qui nous suffit. Voilà le soleil que je vois se lever dans ma conscience, alors qu'il est un peu plus de six heures et demi. Dans le sillage de l'angélus, nous allons célébrer la messe, faire eucharistie. Dans cette part de la pâte humaine, fermente déjà ce levain qui nous vient de toi, ami Jésus, et qui faisait chanter à Dieu par ta maman, alors qu'elle était en train de te concevoir sous l'action du souffle de l'Esprit :

Lever de soleil sur Jérusalem, cliché de Lulu en juin 2013

Lever de soleil sur Jérusalem, cliché de Lulu en juin 2013

« Sa miséricorde s'étend d'âge en âge, sur ceux qui l'aiment ; il a renversé les puissants de leurs trônes et élevé les humbles, il a rassasié de biens les affamés, renvoyé les riches les mains vides. » (Luc 1, 50-54)

 

*frère Daniel est décédé le 25 octobre 2015

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  • : Lulu en camp volant
  • Lulu en camp volant
  • : Lucien Converset, dit Lulu est prêtre. A 75 ans, il est parti le 25 mars 2012 avec son âne Isidore en direction de Bethléem, où il est arrivé le 17 juin 2013. Il a marché pour la paix et le désarmement nucléaire unilatéral de la France. De retour en France, il poursuit ce combat. Merci à lui ! Pour vous abonner à ce blog, RDV plus bas dans cette colonne. Pour contacter l'administrateur du blog, cliquez sur contact ci-dessous.
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