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3 septembre 2016 6 03 /09 /septembre /2016 12:07

 

Dampierre samedi 27 août 2016

 

« ET SI NOUS NOUS REJOUISSIONS

DE CE QUE LES AUTRES REUSSISSENT » (Gil ROUX)

 

C’est la parole d’un ami, Gil Roux, à qui j’aime me référer. Je laisse chanter dans mon cœur cette parole, lorsque j’apprends que quelqu’un de mon âge ou de très jeune a réussi une animation, a réalisé un changement, a apporté de la lumière dans un domaine où je m’étais beaucoup investi et dans lequel je n’étais pas arrivé à faire sortir grand-chose.

 

La première fois que j’avais entendu cette parole de Gil, c’était au cours d’une « révision de vie ». La révision de vie c’est un exercice qui est exigeant, mais auquel nous tenons dans les mouvements d’action Catholique tels que la JOC, l’ACE, l’ACO, et le MRJC. Jean Marc BALICOT, notre ami diacre, y tenait beaucoup dans l’équipe d’ACO à laquelle lui et moi nous appartenions. En raison de son coltinage à la réalité dans le quotidien qu’il a à affronter, Jean Marc nous aidait beaucoup à avancer. Quand ça faisait un bout de temps que nous n’avions pas réalisé une telle réunion, Jean Marc s’impatientait et il fallait sortir nos agendas et absolument trouver une date pour faire une révision de vie en ACO.

 

Le jour où la parole : «  Et si nous nous réjouissions de ce que les autres réussissent » est venue pour la première fois habiter dans mon être, c’est le jour où nous avions appris qu’un tout jeune aumônier, Michel,  avait réussi à constituer une équipe de J.O.C. avec des jeunes en grande précarité. Il avait su trouver le filon et la veine pour déceler les capacités et les compétences de ces jeunes. Il n’en était pas resté aux regards premiers qui sont souvent des préjugés. Oh que c’était beau ce que Michel nous partageait ! Des paroles découlaient d’engagements de la part de jeunes en grande difficulté, de qui on n’attendait pas qu’ils accomplissent de tels actes. La tendance aurait pu être aussi de nous lamenter sur nous-mêmes parce que nous n’y étions pas arrivés. C’est là que Gil avait dit dans son souci de coordination et d’avancée dans le mouvement : « Michel, nous nous réjouissons que tu aies réussi dans un domaine ou nous n’avons pas su ou pas pu y arriver ».

 

Et quelqu’un de nous avait dit à Michel : « Raconte-nous davantage comment tu y es arrivé. » C’était simple et étonnant en même temps ce qu’il nous racontait. Et de continuer à l’écouter nous faisait nous réjouir de ce qu’il avait réussi. Cette joie communicante nous rendait tous acteurs et réalisateurs, collectivement avec Michel, de ce qui surgissait de neuf dans notre communauté. Nous participions à la réussite de Michel. Sa réussite devenait nôtre. Il n’avait pas gardé pour lui les raisons de sa réussite. Nous apprenions à faire comme lui, parce que nous faisions avec lui.

 

Tout cela m’avait marqué. J’avais dû l’écrire sur mon cahier d’aumônier de J.O.C. du moment… Et bien que ce cahier fasse parti des écrits qui sont partis en fumée et devenus cendres dans l’incendie qui a ravagé nos maisons, il y a un peu plus de deux mois, la parole de Gil est restée écrite dans mon cœur, à tout jamais. Et elle continue de m’apporter beaucoup de lumière en ce matin où je pars à la recherche du lever du soleil, avec trois amies, en marchant aux pas des ânes Gamin et Rameaux. Durant notre marche, nous portons dans nos cœurs : Philippe et les gens du spectacle, les artistes intermittents et les autres, les membres de nos familles, nos amis, et aussi les personnes arrachées au flanc de l’humanité oubliée, particulièrement, ceux qui sont maintenus en esclavage à travers le monde. Notre visite, hier à Champagney, de la maison de la négritude et des droits de l’Homme, nous empêche de sombrer dans l’indifférence. Nous tentons d’accrocher les prénoms et les noms de tous ces gens là, ainsi que leur appartenance, aux étoiles scintillantes dans le ciel, dorlotant pour quelques instants encore le sommeil des habitants de mon village.

 

«  Et si nous nous réjouissions de ce que les autres réussissent… » Ce refrain va continuer de nous aider durant notre marche en direction du lever du soleil. En effet, parmi les gens dont nous avons attaché le prénom à une étoile, il y a celui des quinze personnes avec qui nous nous préparons à partir à Midelt au Maroc du 13 au 20 septembre. Nous allons là bas essentiellement pour rencontrer le frère Jean Pierre Schumacher, survivant de Tibhirine, et les membres du petit monastère Cistercien, de Notre dame de l’Atlas. Ce sera dans le sillage de ce qui s’est vécu et réalisé à Tibhirine. Le film « Des hommes et des Dieux » nous a interpelé à ce que nous prêtions le flanc afin de recevoir l’ensemencement  de ces graines de la non violence, qui continuent de germer et pousser en ces lieux de vie et d’espérance.  Nous sommes de différents mouvements, groupements et associations : ADN, MAN, Cercle de silence, Siloé, lecteurs de livres. C’est un peu comme des corbeilles de fruits, et des sacs de graines, qui nous sont offerts tous ces jours. Roberte, une des amis de notre équipée, dans son souci de se préparer à un tel voyage, a été la première de nous tous, à lire le livre de Fadila SEMAÏ : « l’ami parti devant » aux éditions Albin Michel.

 

Dans ce livre, Fadila Semaï recherche la famille, et l’endroit où cet homme : MOHAMED, musulman,  a donné sa vie, pour sauver celle de CHRISTIAN, chrétien, parce qu’ils s’aimaient. Dans quel endroit de la terre, Mohamed a-t-il bien pu planter ses racines, dans quel sol rocailleux du massif de l’Ouarsenis, repose son corps ? Comment trouver trace du puits auprès duquel cet homme est tombé en donnant sa vie pour Christian et par là, pour combien de membres, du peuple Algérien, et par voie de conséquence  pour combien d’entre nous ?

 

Roberte a été marquée, par la lecture du livre de Fadila. A l’issue de la réunion de ADN  du premier août à Dampierre je dis à Roberte : «  Et si tu écrivais à Fadila, pour lui exprimer l’enthousiasme que tu as ressenti à la lecture de son livre, ainsi que ta reconnaissance, pour un tel ouvrage… » Roberte écrit à Fadila, et Fadila, répond à Roberte. Les voilà l’une et l’autre, auteures à nos yeux, de la découverte des traces et des empreintes d’humanité laissées par ces deux hommes : Mohamed et Christian.

 

C’est ça qui illumine mon regard ainsi que le profond de mon être, et pas seulement le mien. Quelque chose de l’ensemencement de la non violence est en train de s’enraciner en nous, grâce à la façon de faire de Roberte. La parole de Gil Roux répand une lumière sur nous tous. Chacun de nous découvre dans ce jeu d’écriture et de lecture, de travail et de partage qu’ « un ami est parti devant ». Un jour, quelqu’un a donné sa vie pour moi. Je ne l’ai pas toujours su et vu tout de suite. Et souvent, c’est aussi quelqu’un que je n’attendais pas qui me l’a fait découvrir. Je suis appelé à me réjouir de ce que quelqu’un d’autre, ait réussi à me faire découvrir. « Roberte tu nous apportes beaucoup de lumière par le partage, de ta lecture et de ta correspondance avec Fadila. Merci Roberte, de ne pas le garder rien que pour toi. En partant ensemble pour Midelt, la capitale de la pomme, au Maroc, fabriquer et presser quelques litres de jus de pommes dans la cour du monastère de Notre Dame de l’Atlas, nous découvrons que beaucoup d’amis sont partis devant nous. Nous allons avoir à cœur de le reconnaître. Et comme me le disait Guenièvre et Adrien,  à propos de leur terrain de maraîchage : «  les champs de Vigearde où nous cultivons nos légumes, tout cela nous vient de beaucoup de gens qui ont vécu avant nous, qui ont travaillé et se sont organisés  et qui ont donné d’eux-mêmes... »

 

L’apôtre Paul, dans une de ses lettres aux Corinthiens, se demande à lui-même : « qu’as-tu que tu n’aies reçu ». 1 Cor. 4-7.  Et j’aime ajouter : « qu’es tu que ça ne te vienne de quelqu’un d’autre ? »

 

Ça y est. Nous voici arrivés au lieu dit : la Fin Basse où le soleil nous attend pour se lever. Ce matin il y met beaucoup de temps, car de nombreux nuages, et beaucoup de brumes, se sont accumulés à l’endroit de la terre, d’où il va sortir. Nous attachons nos ânes dans un bosquet voisin et nous attendons, assis sur la berge du Doubs. Ça ressemble à l’attente vécue par nous lorsque nous sommes au théâtre, et que nos êtres sont tendus vers le lieu et le moment du commencement de la pièce. Dans le silence qui s’instaure, beaucoup de choses peuvent nous être dites. Il dut y avoir des moments d’une telle intensité comme celui-là, au commencement du monde, et sans doute aussi au moment de notre naissance à chacun. Et voici qu’une toute petite lumière très vive, un peu comme un point de soudure à l’arc, perce l’épaisseur des nuages. La lumière devient très vite incandescente. Avec beaucoup de délicatesse, au fur et à mesure que le soleil sort de la terre et monte à l’horizon, Madame Nature, avec je ne sais quelle baguette magique, rend possible que se forme l’image du soleil, afin qu’Il se mire dans la rivière, et qu’elle y atteigne les profondeurs de l’eau. Alors seulement, nous pouvons voir le soleil, grâce à ce reflet. Ça me fait penser au dialogue de Moïse avec Dieu sur le mont du Sinaï pour préparer l’entrée du peuple dans la terre promise. Moïse demande à Dieu : « Fais-moi, de grâce, voir ta face. » Dieu lui dit : «  Tu ne peux pas voir ma face, car l’homme ne peut me voir et demeurer en vie ». Mais Yahvé Dieu, par amour de Moïse et de son peuple, tient à leur communiquer son amour et sa gloire, sa présence et son mystère. Il dit à Moïse : « Je vais faire une place à ta demande. Quand passera ma gloire, je te mettrai dans le creux du rocher. Je t’abriterai de ma main durant mon passage. Puis j’écarterai ma main et tu me verras de dos. Mais ma face, on ne peut la voir. » Ex. 33 18-23.

 

A notre retour, avec mes trois amies nous nous émerveillons de ce qui se passe durant cette marche aux pas des ânes.

La première dit : « je n’avais jamais remarqué ça… C’est étonnant comment sur le dos des ânes, dans la descente de leurs épaules, tout le long de leur échine, il y a une croix qui les enveloppe… ».

La seconde : « comme je suis heureuse d’avoir tenu l’âne Rameaux… ».

Et la troisième : «  Et moi, d’avoir tenu un âne pour la première fois de ma vie ».

Il me revient alors avec une profonde émotion la parole de Jean et Michou, les amis qui nous ont offert les ânes il y a 35 ans, le 29 juillet 1981.

Jean, toi aussi, « l’ami parti devant », tu m’avais dit : « tu verras, l’âne c’est une véritable médiation… ». Votre présence d’amis s’est logée dans mon cœur de manière originale, en votre compagnie Michel et Andrée, Alain et Danielle, Jean et Bernadette et vos chers enfants et petits enfants. C’est vous qui nous avez offert les autres ânes, et les bâts, et tous les trésors d’amitié que l’on peut mettre dedans. J’ai confiance, non seulement que cette présence est en moi pour toujours, mais aussi, qu’elle va tenir une place dans le cœur de tous ces gens qui un jour ou l’autre se sont mis à tenir un âne, à expérimenter les merveilles réalisées et offertes, d’entrer dans le rythme de la marche aux pas de l’âne, de sentir tout ce qui se dénoue et se déligote, afin de nous relier les uns aux autres. De combien de violences nous allons pouvoir continuer à nous démunir pour envisager une manière de vivre et d’aimer, qui soit originelle et originale. « Ici petits et grands se confondent ». Job 3 19.

Photo de Patricia le 23 mars 2013 lors de la marche de la paix

Photo de Patricia le 23 mars 2013 lors de la marche de la paix

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  • : Lulu en camp volant
  • Lulu en camp volant
  • : Lucien Converset, dit Lulu est prêtre. A 75 ans, il est parti le 25 mars 2012 avec son âne Isidore en direction de Bethléem, où il est arrivé le 17 juin 2013. Il a marché pour la paix et le désarmement nucléaire unilatéral de la France. De retour en France, il poursuit ce combat. Merci à lui ! Pour vous abonner à ce blog, RDV plus bas dans cette colonne. Pour contacter l'administrateur du blog, cliquez sur contact ci-dessous.
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