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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 12:21

Dampierre, le 29 juillet 2016

 

Chère Rachel,

 

Nous sommes bouleversés par toutes ces violences qui déchirent notre humanité, que ce soit en Inde où tu es depuis une quinzaine de jours, ou en Europe, en France avec les attentats de Nice et de Saint Etienne du Rouvray où le Père Jacques Hamel a été égorgé dans l'église où il s'apprêtait à célébrer la messe.

Je pense encore à beaucoup d'autres blessures que nous avons partagées ensemble.

Vous nous touchez profondément, Varghese, Rachel et les personnes de votre étonnante équipée, par votre réalisme.

Je te sens heureuse, Rachel et vous tous ensemble.

Vous vous organisez pour enrayer la violence, en suscitant des relations.

Vous trouvez des sentiers pour ressusciter la force d'aimer qui nous habite tous, mais dont on ne soupçonne pas toujours la présence.

Vous ne passez pas à côté de ce qui fait le conflit.

Vous réveillez les compétences et les capacités des gens que vous rencontrez et aussi bien sûr, celles qui sont en vous et du coup, celles qui sont en nous.

Ainsi, vous nous interpellez à arrêter le mal à nous-mêmes.

Rachel, tu vas nous revenir porteuse d'un souffle, que déjà tu nous fais parvenir.

 

Nous essayons d'être dans votre sillage, en train de nous organiser en jeûnant, priant, et réfléchissant aujourd'hui avec les chrétiens et tous les hommes et femmes de bonne volonté du Jura et de France «  pour la paix, ici et dans le monde »

Nous préparons aussi les journées de jeûne et de temps de rencontres où ça nous fera du bien de nous laisser travailler et interpeller par vos méthodes d'action non-violente .

Nous allons en effet commémorer les drames conséquents aux éclatements des bombes nucléaires les 6 et 9 août 1945 à Hiroshima et Nagasaki afin de demander instamment l'arrêt de l'armement nucléaire de la France de manière unilatérale.

Nous inaugurerons la plantation du ginkgo biloba à Dampierre le 6 août à 11h avec la présence de membres de la municipalité.

C'est sûr que, si tu pouvais nous arriver ces jours-là, notre joie serait grande de t'entendre nous raconter ce qui vous fait vivre.

 

Heureux d'être en liens de partage, en ce jour anniversaire du 29 juillet 1981, où il y a 35 ans les ânes nous étaient offerts par Jean et Michou MICHEL-BECHET, Michel et Andrée WULLSCHLEGER, Alain et Danièle LASSERE, ainsi que Jean et Bernadette COULET, et leurs enfants.

Comme je suis heureux que tu y aies pensé dans ton message, c'est une date tellement fondamentale.

J'ai téléphoné à la famille WULLSCHLEGER et leur ai dit ta pensée profonde.

C'est à vous tous, Rachel, Varghese et toute la communauté que vous formez, que nous exprimons notre amitié fraternelle et reconnaissante.

C'est beau que nous puissions parler ainsi entre l'Inde et la France. Ça ressemble à ce qui se passe entre le Brésil et la France.

Gaby Maire, dont c'est l'anniversaire ce lundi 1er août, doit être profondément heureux.

Une fois encore, nous traversons et franchissons océans et montagnes, cette fois-ci l'océan indien et la montagne de l'Himalaya.

 

Il y a grande joie aux pieds du Mont Poupet et du massif de la Dôle.

Nous vous embrassons tous fraternellement.

A la revoyotte !

Lulu

 

Du mont Poupet au massif de la Dôle dans le Jura, de l'Himalaya au Couvent de la Penha à Vitoria au Brésil
Du mont Poupet au massif de la Dôle dans le Jura, de l'Himalaya au Couvent de la Penha à Vitoria au Brésil
Du mont Poupet au massif de la Dôle dans le Jura, de l'Himalaya au Couvent de la Penha à Vitoria au Brésil
Du mont Poupet au massif de la Dôle dans le Jura, de l'Himalaya au Couvent de la Penha à Vitoria au Brésil

Du mont Poupet au massif de la Dôle dans le Jura, de l'Himalaya au Couvent de la Penha à Vitoria au Brésil

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30 juillet 2016 6 30 /07 /juillet /2016 07:09
Mercredi 27 juillet 2016
 
Lettre aux Français après l’assassinat du Père Jacques Hamel.
par Varghese Alengaden USM, Indore, INDE
 
Réponse à l’Intégrisme et au Fondamentalisme
 
13 jours après le massacre de Nice qui a tué 84 personnes et blessé d'autres nombreuses personnes, nous sommes choqués d'apprendre le meurtre du prêtre Jacques Hamel par deux hommes du groupe terroriste de l'état islamique dans une église de Normandie en France. C'est encore plus choquant d'apprendre que ce meurtre s'est perpétré dans une église lors d'une messe en présence de gens. C'est triste d'apprendre que ces personnes ont crié "Allah Akbar" avant de commettre leur crime odieux. Ces attaques répétées en des lieux publics et dans des églises terrorisent certainement les gens et les insécurisent. Ces incidents peuvent créer plus de peur, de violence, de haine et de soupçons dans l'esprit des gens. C'est pourquoi j'exprime mon profond chagrin par rapport à ces terribles et choquants incidents, je souhaite et je prie pour que le pays qui a donné des idéaux de liberté, d'égalité et de solidarité universelle au monde entier n'abandonne pas l'espoir et ne tourne pas vers le désespoir et des réactions négatives. J'espère que les gens ne vont pas réagir négativement et abandonner leurs nobles valeurs. Je souhaite et je prie pour que chacun de vous ait assez de force pour dépasser ces moments de confusion et de tragédie, c'est ma prière que les gens développent leur "endurance" mentale, émotionnelle, et spirituelle face à des jours difficiles à venir, avec des attitudes positives et des actions de prévention pour les jeunes et les moins jeunes afin de ne pas tomber dans des réactions négatives et le désespoir.
 
Le Mouvement de Solidarité Universelle dans l'Education des valeurs pour la paix que nous avons lancée en 1993, était une réponse dynamique aux meurtres en masse et à la grande propagation de haine à travers tout le pays, en Inde. Des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants innocents ont été tués dans des conflits de religions. Conflits religieux, attaques à la bombe, assassinats et hostilités continuent encore. Nous continuons de vivre dans l'espoir malgré ces attaques terroristes répétées et les conflits de religion. L'action dynamique d'USM est due à la possibilité de penser : pourquoi je n'allumerais pas une bougie au lieu de maudire l'obscurité? Pourquoi je ne commencerais pas un mouvement avec des gens appartenant à différentes fois, cultures, couleurs, parlant différentes langues, pour travailler à construire ensemble une société libérée de haine, de violence, de racisme et de préjugés? Pourquoi ne pas utiliser l'énergie et les talents de la jeunesse pour construire une civilisation de l'amour ?
 
Le début a été difficile. La passion d'une vision durable et inclusive m'a permis de nager à contre-courant. Après 24 longues années, nous voyons des signes de changement. Des centaines de jeunes et de nombreux adultes appartenant à différentes religions et cultures sont en train de travailler ensemble pour construire une civilisation d'amour et de paix. Ensemble avec la jeunesse, de nombreux adultes font également partie de cette mission de paix aujourd'hui.
 
Par mon expérience de trente années de travail auprès de gens de toute foi, particulièrement les jeunes, je crois et je suis convaincu que cela est possible. C'est toujours possible et c'est possible partout. C'est l'heure du test, de tester nos convictions, nos idéaux, notre patience. Le monde a fait face à des situations dans le passé encore plus terribles et a trouvé de merveilleuses solutions. L'union européenne, l'ONU, le rotary international et beaucoup d'autres organisations n'en sont que quelques exemples. Ces défis auxquels nous faisons face maintenant passeront et des jours meilleurs se profilent pour ceux qui seront capables de travailler positivement avec patience. Je souhaite juste que le peuple français n'abandonne pas ces merveilleux idéaux en acceptant des solutions temporaires par voie d'exclusion, de préjugés, et de représailles, ce que les Britanniques ont fait en votant contre l'Union européenne. Ni que les personnes puissent opter pour plus de politique extrémiste, radical. Il est temps pour chacun d'allumer une bougie. En d'autres termes, chacun doit explorer les façons d'éduquer les gens en petits groupes pour soutenir les grandes valeurs du pluralisme (à savoir l'acceptation, l’appréciation et la promotion de la différence). Il devrait y avoir des petits groupes partout pour discuter et analyser diverses questions et prendre des mesures dans sa localité en donnant des signes de paix et de fraternité. Plus tard, il pourrait devenir un grand mouvement qui influence plus de gens. Commencez par investir une heure dans une semaine pour cela. Ici, dans la communauté USM nous faisons cela dans une atmosphère de prière. Commencez la réunion assis en cercle. Gardez une bougie allumée au milieu. Lisez des phrases courtes des passages de l'Écriture de différentes religions liées à la paix et gardez le silence pendant deux minutes. Après cette courte prière et le silence, tous pourront discuter et partager leurs idées. Le but de la discussion est d'éduquer, de s'enrichir mutuellement et de prendre des mesures « innovantes et créatives » pour la paix et la fraternité dans la localité et plus tard à plus grande échelle.
 
Dans nos plans d'action, nous pouvons exiger d'accepter les erreurs du passé, si certaines de nos actions ont blessées les sentiments et la dignité de différents groupes. Il est important de savoir si les jeunes qui se joignent aux groupes terroristes et se livrent à la violence, le font en réaction négative et en expression de colère réprimée contre un système oppressif ? Nous sommes impliqués dans ce processus d'éducation et nous avons trouvé qu'il était très efficace. Nous ne pouvons pas laisser la responsabilité de construire la paix et la lutte contre le terrorisme aux gouvernements seuls, tandis que nous continuons à rester à la maison.
 
Si chacun prend en charge la situation et agit MAINTENANT, alors les miracles vont sûrement arriver. Je veux terminer cette lettre avec ma conviction que je partage toujours avec les membres de mon équipe. Chacun doit croire que rien n’est impossible : plus il y a de problèmes, plus grande devrait être notre détermination, plus il y a d'obscurité, plus il est nécessaire pour nous d'être la lumière, plus il y a d'indifférence, plus grande devrait être notre sensibilité, plus il y a de violence, plus grands devraient être nos efforts à travailler pour la paix et la solidarité universelle. Encore une fois, je tiens à exprimer ma solidarité et vous assure de toutes mes prières. S'il vous plaît transmettez mes salutations dans la prière à tous vos amis. Avec mes meilleurs voeux dans la prière,
 
Varghese Alengaden

 

Lettre aux Français après l’assassinat du Père Jacques Hamel
Lettre aux Français après l’assassinat du Père Jacques Hamel
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23 juillet 2016 6 23 /07 /juillet /2016 12:00

En 1989, Varghese Alengaden découvrait la communauté de Taizé. Très marqué par ce qui s'y vivait, il a créé le Mouvement pour la Solidarité Universelle en Inde en 1992Par l'intermédiaire de Rachel, partie à sa rencontre et de celle de ce mouvement, il nous envoie un message. Habité par 24 ans d'expérience au service de la paix, il nous partage quelques clés pour être chacun et chacune artisan de paix.

Varghese Alengaden, lors d'un séminaire pour parents et enseignants (photo http://youthaction.in/)

Varghese Alengaden, lors d'un séminaire pour parents et enseignants (photo http://youthaction.in/)

Mercredi 20 juillet 2016

 

Mes chers amis, 

 

Recevez nos meilleurs souhaits et nos prières de la part de la Communauté USM, à Indore (Mouvement pour la Solidarité Universelle) ! Tandis que nous nous préparions à célébrer le 24ème anniversaire de la fondation de notre Mouvement, le 16 juillet, nous avons été une fois de plus choqués par la tragique nouvelle de l'attentat de Nice. Pendant nos rencontres nous en avons parlé et avons prié pour les familles des victimes et pour tout le peuple de France. Nous avons ressenti le besoin d'intensifier nos efforts pour faire la paix en touchant le plus grand nombre possible de gens.

 

Une fois encore le fondamentalisme religieux a attaqué l'héritage laïque, mais aussi spirituel de la solidarité humaine, le 14 juillet, en assassinant plus de 80 personnes à Nice, en France. Comme je l'ai lu dans les journaux à propos des derniers attentats dans une ville française, dirigés contre ses principes démocratiques laïques et ses policiers. Je souhaite seulement que le peuple de France et d'autres parties du monde ne réagissent pas d'une façon négative contre cette folie. Les valeurs nobles de liberté, égalité et fraternité ont changé radicalement les choses partout dans le monde. Notre mouvement pour la paix, le Mouvement de Solidarité Universelle pour l'Education à la Paix a pour but d'édifier une civilisation de l'amour fondée sur ces principes. Le préambule de la Constitution de l'Inde est lui aussi fondé sur ces principes. Encore pire, deux jours plus tard, le 16 juillet, plus de 250 personnes ont été tuées en Turquie. On continue à tuer des innocents dans différentes parties du monde, au nom de Dieu.

 

Ce même jour nous étions occupés à célébrer le 24ème anniversaire de la Fondation de notre Mouvement dont le but est de construire la paix et la solidarité universelle. Ce mouvement a été fondé en réaction à la violence et ses éducateurs ont commencé à concevoir le besoin de paix et de solidarité humaine en se dépouillant de leurs personnalités mesquines et de leur étroitesse d'esprit. Le nombre croissant d'attaques à la bombe et de massacres d'innocents dans divers pays de la planète  ne fait que confirmer l'urgence de notre vision du monde et de notre mission d'édification d'une civilisation de l'amour. Je me rends bien compte que cette mission a besoin d'aller plus vite et que plus de gens y participent afin de faire face aux menaces croissantes de violence que causent les préjugés et la haine.

 

J'ai toujours cru que la réponse aux forces négatives ne doit pas être confiée aux seuls gouvenements. Chaque citoyen de chaque pays devrait agir selon ses propres convictions. Le Mouvement pour la Solidarité Universelle s'engage à mobiliser les gens, spécialement les jeunes, pour ce défi. Il est temps que chacun rassemble au moins 5 ou 10 amis, organise des rencontres régulières et planifie des actions afin de sensibiliser la population. Ce groupe devrait s'engager à se rencontrer une fois par semaine pendant une heure ou une fois par mois pour discuter des problèmes qui concernent les gens et lancer des actions positives Ces groupes devraient se multiplier dans chaque quartier. Ceci devrait devenir une priorité pour tous ceux qui aiment la paix.

 

Peur, suspicion, réactions négatives et haine n'aideront pas à installer la paix. Chacun a besoin d'audace pour faire naître l'espoir dans les esprits en ce temps de crise. La laïcité et la solidarité humaine ne devraient pas être réprimés par la violence et la folie de fanatiques religieux .

 

Nous, de notre côté, sommes décidés à intensifier nos efforts de construction de la paix et de la solidarité humaine au moyen de diverses activités. Une activité particulière : la Convention Nationale pour la Paix, est organisée chaque année dans différentes parties du pays. Nous avons eu deux manifestations similaires les deux dernières années : l'une à Indore, dans le centre de l'Inde, une autre à Nagaland (dans le nord-est de l'Inde) et la troisième se tiendra à Goa (Inde de l'ouest) du 30 janvier au 1er février 2017. Bien qu'il s'agisse d'un événement national nous accueillerons des délégués venus du monde entier. Plus de 400 délégués de différentes parties de  l'Inde, appartenant à diverses religions, ethnies et professions , se rassembleront pour débattre de problèmes variés concernant la vie humaine et proposeront des plans d'action constructifs. Etant donné que les attentats et le fondamentalisme sont en augmentation, de tels rassemblements pour explorer les moyens de construire une civilisation de l'amour sont devenus une urgente nécessité.

 

En vous assurant de mes prières et de mes meilleurs vœux pour vous, votre famille et vos proches.

Varghese Alengaden

 

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21 juillet 2016 4 21 /07 /juillet /2016 21:07

Chers amis,

....

Je voudrais vous remercier d'avoir contribué à nous transmettre la lettre de Jean-Marie Muller et d'avoir rendu possible le jaillissement d'un ressourcement de la petite fille Espérance, grâce aux réponses de Maryse, de Toinette et de Rachel depuis l'Inde, où elle réalise justement ce qu'il est urgent de donner à notre humanité, face au déferlement de la violence (...)

Et voici, dans le même sillage qu'arrive un mail des Vosges. 

Les Soeurs Denise, (dont une soeur d'Alphonse Georger) réagissent dans le même sens que celui que nous essayons d'étayer.

Voici le très beau mail qu'elles ont envoyé. 

Tout cela nous prépare beaucoup à notre voyage en direction de Midelt et contribue humblement à cultiver en nous et entre nous, le climat de la non-violence, dont nous avons tous tant besoin.

Est ce que ça ne serait pas trop vous demander de mettre tous ces documents sur le blog, quand vous le pourrez:

- la lettre de Jean-Marie

- les réponses de Maryse, Toinette et Rachel

- Et cette dernière lettre des Soeurs Denise sur laquelle il y a un lien sur : "Attentats: Repenser notre rapport au monde"

Cela suscitera sans doute encore d'autres réactions afin de travailler à la culture de la non-violence. Nous sommes en train de préparer un temps très fort dans ce sens: le jeûne du 6 au 9 août, la pose de la plaque, les rencontres très riches que nous allons vivre, fortifiées par les conférences qui vont nous être données.

Et puis, quand vous le pourrez, (et tant que nous y sommes) pouvez-vous rajouter: Oh ! Ce qu'il est beau ce tas de fumier !

Grosses bises fraternelles.

A la revoyotte 

Lulu et Rosaline

 

Bonjour, Jean Marie,

Après avoir lu votre "faire part", nous continuerons d'avoir confiance en l' "HOMME", en nos consciences...et nos ginkgos bilobas, bien enracinés dans la terre, et nos espoirs en un monde meilleur, demain.

Bien amicalement, à tous.

Maryse 

 

Plantation du ginkgo biloba à Dampierre

Plantation du ginkgo biloba à Dampierre

Merci Maryse, de sauver du feu nucléaire la petite sœur Espérance.
 
Aujourd'hui plus que jamais, nous partageons cette volonté tenace, rendue plus facile dans la solidarité.
  • Après Dampierre, St Maur, Saligney, la commune de Pesmes souhaite la plantation d'un Ginkgo biloba.
  • Nous avons avancé dans notre pratique non-violente au sein du groupe,
  •  Le groupe EELV Bourgogne-Franche-Comté me sollicite pour organiser un atelier sur la Non-Violence à leur congrès d'octobre,
que de signaux positifs, modestes mais réels, se manifestent à nous  (et n'est-ce pas cela-même, la "petite fille Espérance" ?)
 
La Prière de Charles Péguy « La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’Espérance » : 

« La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’Espérance. La Foi ça ne m’étonne pas. Ce n’est pas étonnant. J’éclate tellement dans ma création. La Charité, dit Dieu, ça ne m’étonne pas. Ça n’est pas étonnant. Ces pauvres créatures sont si malheureuses qu’à moins d’avoir un cœur de pierre, comment n’auraient-elles point charité les unes des autres. Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’Espérance. Et je n’en reviens pas. L’Espérance est une toute petite fille de rien du tout. Qui est venue au monde le jour de Noël de l’année dernière. C’est cette petite fille de rien du tout. Elle seule, portant les autres, qui traversa les mondes révolus. La Foi va de soi. La Charité va malheureusement de soi. Mais l’Espérance ne va pas de soi. L’Espérance ne va pas toute seule. Pour espérer, mon enfant, il faut être bienheureux, il faut avoir obtenu, reçu une grande grâce. La Foi voit ce qui est. La Charité aime ce qui est. L’Espérance voit ce qui n’est pas encore et qui sera. Elle aime ce qui n’est pas encore et qui sera. Sur le chemin montant, sablonneux, malaisé. Sur la route montante. Traînée, pendue aux bras de des grandes sœurs, qui la tiennent par la main, la petite espérance s’avance. Et au milieu de ses deux grandes sœurs elle a l’air de se laisser traîner. Comme une enfant qui n’aurait pas la force de marcher. Et qu’on traînerait sur cette route malgré elle. Et en réalité c’est elle qui fait marcher les deux autres. Et qui les traîne, et qui fait marcher le monde. Et qui le traîne. Car on ne travaille jamais que pour les enfants. Et les deux grandes ne marchent que pour la petite ». 

 

Antoinette 

 

Messages d'espérance

Bonjour Jean-Marie,

 

Pardonne-moi, je me permets de te répondre et de te tutoyer comme si nous nous connaissions depuis longtemps, mais Lulu me parle tellement de toi, que j'ai l'impression de te compter dans mes proches, même si je ne te l'ai jamais signifié.

Je viens de lire ta lettre, qui me rend très triste. 

Et à la fois je comprends, qu'après autant d'années de lutte, la petite fille Espérance semble être malade et bien fragile.

Toutefois, je voudrais répondre à une de tes interpellations: Où sont les clercs?

Je suis actuellement en Inde, à Indore (ouest).

Et je vis aujourd'hui le 24e anniversaire de la création d'USM, Universal Solidarity Mouvement, fondé par Varghese Alengaden, qui est toujours présent.

Les clercs sont là !

Tant ! Tant de personnes, et parmi eux, tant de jeunes de 15-16ans, qui après avoir suivi une formation de "leadership pour la paix", agissent, en ayant pris des résolutions et en agissant à leur échelle ! Tant d'actions se répandent ici ! Pour tous sujets. (Celui du nucléaire pourrait en faire partie.)

Les consciences sont en sommeil, oui...

Mais à certains endroits de la planète, elles se réveillent ! Tu connais l'Inde et je sais que tu as reçu là-bas un prix très beau l'année dernière.

La petite fille espérance te demande de ne pas laisser s'éteindre la dernière étoile qui reste...

Et de la protéger, d'en prendre soin, pour qu'elle se répande à nouveau...

 

Elle est venue en voyage avec moi, je lui dis de revenir en France au plus vite..

Te chuchoter ce beau message.

 

Bien amicalement,

 

Rachel

 

Merci Rachel, tu as su trouver les mots qui je l'espère redonneront de la force à Jean-Marie. Il est découragé, malheureux et cela nous fait de la peine.
Merci d' avoir renvoyé en France la petite fille Espérance, on a tous besoin d'elle et on va se battre pour ne pas la laisser mourir.
God blessed you !
Best regards
Rosaline
Chère Rosaline,
 
Quelle richesse que les messages que vous nous avez adressés ! MERCI !
 
L'analyse de Jean-Marie Muller ne peut que secouer la conscience des disciples de Jésus dont nous nous réclamons ! La petite fille Espérance vacille ! Pourtant, au milieu du tragique de notre monde, elle est présence ; elle est le moteur de tant d'engagements d'hommes et de femmes pour qu'advienne un monde plus humain !
 
Vos relations avec des connaissances qui œuvrent en Inde, visant l'éducation des jeunes qui s'impliquent progressivement dans une filière humanitaire pour s'y donner totalement ! Quel souffle d'humanité ;  il ne peut que les faire grandir et avoir un impact sur leur entourage, voire leur pays !..
 
Et puis, il y a ces voix qui semblent crier dans le désert quand elles dénoncent les injustices criantes qui accablent la grande Humanité ! Nous soutenons François, notre Pape, de tout notre cœur pour que ses appels pour combattre la haine, les violences... trouvent un écho dans le cœur et l'agir de tous nos frères les hommes.
 
Et combien souhaiterait-on que nos responsables d'Eglise sortent de leur frilosité pour
condamner la fabrication et le commerce des armes, en particulier nucléaires.
Nous sommes solidaires d' associations qui luttent et s'investissent pour leur abolition et l'arrêt des constructions en cours. Hommes de Foi en l'Humanité ! 
 
Me vient en mémoire ces trois religieuses dominicaines des Etats-Unis qui furent emprisonnées pour avoir manifesté et dénoncé les armes nucléaires en pénétrant simplement sur un site de fabrication. Il y a de cela une dizaine d'années. De 2 à 3 ans pour certaines, furent leurs temps d'incarcération dans des maisons d'arrêt différentes. Notre congrégation, via sa commission Justice et Paix,  a pu leur témoigner par la prière et des échanges de correspondance notre solidarité dans leur combat exemplaire. Lors d'un deuxième emprisonnement, l'une a du être hospitalisée,
puis est décédée ! Femmes d’Évangile pour un monde de Paix ! 
 
Je me permets de vous communiquer une tribune intéressante parue dans le journal Le Monde,  parvenue via le Mouvement de la Paix : "Attentats: Repenser notre rapport au monde"
 
....
 
Nous vous embrassons
Denise et Denise
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20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 13:36

Jean-Marie Muller*

 

Le 14 juillet 2016

 

En 1957, Jean Lurçat (1892-1966) réalise une tapisserie qui représente L’Homme d’Hiroshima : celui-ci, affirme-t-il, « a été brûlé, dépouillé, vidé par la bombe… Mais avec lui, ce sont toutes nos raisons de vivre qui ont été saccagées… » Parmi la pluie de ruines qui tombent autour de son personnage, figure « La Croix », ce qui signifie que la bombe a provoqué la déliquescence du christianisme. « La bombe n’épargne aucune idéologie, aucun système… Elle anéantit toutes les pensées de l’homme, tout le patrimoine culturel commun… »

 

L'homme d'Hiroshima (Jean Lurçat 1957)

L'homme d'Hiroshima (Jean Lurçat 1957)

Le 8 août 1945, deux jours après l’explosion de la bombe atomique sur Hiroshima, Albert Camus écrit : « La civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie . » Il conclut : « Devant les perspectives terrifiantes qui s’ouvrent à l’humanité, nous percevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d’être mené. Ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison  . » Mal-heureusement, face aux gouvernements qui ont choisi l’enfer, les peuples ont renoncé à leur faire entendre raison…

 

En 1946, Bernanos écrits plusieurs articles qui stigmatisent la bombe atomique comme une dérive de l’intelligence à laquelle l’homme raisonnable ne peut qu’opposer l’objection de sa conscience. Selon lui, le plus grand danger, ce n’est pas que la bombe atomique détruise l’humanité, mais quelle « détruise la raison humaine en anéantissant l’humanité raisonnable  ». La bombe crée un « ordre inhumain » qui doit être refusé : « Au monde de la bombe atomique, on ne saurait déjà plus rien opposer que la révolte des consciences, du plus grand nombre de consciences possible . » Force nous est de reconnaître que l’appel de Bernanos à l’insurrection des consciences n’a pas été entendu. Les hommes – du moins le plus grand nombre d’entre eux - ne se sont pas révoltés, ils se sont habitués, résignés, accommodés, adaptés, soumis. Ils ont démissionné. Ils ont accepté l’inacceptable.

 

Avant même qu’aucune bombe atomique n’ait explosé, la préméditation du crime contre l’Humanité et la Civilisation qui fonde la dissuasion nucléaire consacre le reniement et la négation de toute morale, de toute éthique, de toute philosophie et de toute sagesse. Une fois que nous avons accepté de consentir au meurtre nucléaire, c’est toute la morale publique qui se trouve gangrenée. La civilisation s’effondre et toutes nos espérances dans l’Humanité deviennent douteuses. En outre, la menace de l’explosion accidentelle ou délibérée d’une bombe dont les conséquences humanitaires seraient irréparables est bien réelle. Compte tenu de la modernisation des arsenaux nucléaires, l’horloge de l’Apocalypse (ou horloge de la fin du monde), créée en 1947 par des scientifiques atomistes de l’Université de Chicago, a été avancée de 2 minutes le 22 janvier 2015 et affiche désormais minuit moins trois.

 

Si les peuples se sont tus, c’est tout particulièrement parce que les clercs eux-mêmes, dont la fonction est de défendre les valeurs éternelles et désintéressées qui fondent l’Humanité de l’Homme, ont gravement trahi leur mission. Parmi les clercs, ceux qui se réfèrent à l’Évangile chrétien ont une mission dont l’importance est décisive. Selon Julien Benda, les hommes d’Église sont « les clercs par excellence ». Non pas parce que l’Évangile serait la parole de Dieu qui devrait s’imposer à tous les hommes, mais parce qu’il est la parole de l’Homme qui exprime les aspirations spirituelles universelles qui donne sens à l’existence de tout être humain. Mal-heureusement, les clercs chrétiens se sont eux-mêmes résignés à la menace de l’apocalypse nucléaire qui pèse sur notre société. Certes, d’autres clercs pourraient et devraient s’exprimer. Mais où sont les clercs des autres religions ? Où sont les clercs de l’université française ? Où sont les clercs d’une laïcité authentique ? Et où sont les clercs d’une écologie conséquente ? Et, encore, où sont les clercs d’une vraie gauche ?

 

Bien sûr, sans attendre la parole des clercs, les citoyens ont la liberté de penser et d’agir selon leur conscience en s’organisant au sein de la société civile pour affirmer leur dissidence éthique et politique avec la dissuasion nucléaire. Mais le pouvoir de leur parole au sein de l’opinion publique, leur capacité de se faire entendre auprès des pouvoirs publics sont sans commune mesure avec ceux des clercs. Sans le concours de ces derniers, les citoyens risquent fort de demeurer impuissants pour faire céder les gouvernements. Qui saurait nier le retentissement international considérable qu’aurait une déclaration solennelle des évêques français en faveur de l’abandon unilatéral par la France de son arsenal nucléaire ?

 

Pour ma part, j’ai longtemps espéré que les évêques de France auraient l’audace évangélique et le réalisme politique de dénoncer la dissuasion nucléaire et de préconiser le désarmement nucléaire unilatéral de la France. Aujourd’hui, tout me laisse penser que je dois renoncer à cette espérance. Interprétant à l’envers la sagesse supposée des « trois petits singes », ils ont décidé d’être aveugles, d’être sourds et d’être muets devant le Mal nucléaire. Si les évêques français dénonçaient la dissuasion nucléaire française, probablement que le gouvernement n'y renoncerait pas immédiatement. Mais eux-mêmes seraient désarmés alors qu'aujourd'hui ils sont eux-mêmes armés.

 

Luc Ravel, évêque aux armées, le 13 février 2014, lors d’une audition  devant la Commission de la défense de l’Assemblée Nationale, précise que l’Église appelle à un « désarmement mondial, multilatéral, progressif et simultané » ; mais il ne s’agit là que d’un vœu pieu qui n’engage strictement à rien et ne peut avoir aucun impact sur la réalité. Il affirme ensuite « qu'en l'état du monde d'aujourd'hui, le nucléaire et la dissuasion sont nécessaires ». À l’évidence, cette nécessité militaire efface l’exigence évangélique. Quand tout est dit, l’arme nucléaire n’est pas une arme légitime de défense, mais une arme criminelle de terreur, de destruction, de dévastation et d’anéantissement Au-delà de l’im-moralité intrinsèque de l’acte nucléaire, il est essentiel de prendre conscience de son in-faisabilité substantielle. À aucun moment, dans aucune crise internationale, la menace de l’emploi de l’arme nucléaire ne pourrait être opérationnelle. À l’arme nucléaire, l’homme raisonnable, l’homme moral, l’homme spirituel, l’homme sage, l’homme enfin ne peut qu’opposer un non catégorique et définitif qui exige le désarmement unilatéral de son pays.

 

En 2014, l’Institut catholique  de Paris, la commission Justice et Paix France et le mouvement Pax Christi France ont publié un livre intitulé La paix sans la bombe ? Dès l’introduction, il est clairement affirmé que « ces analyses ne concluent pas à la nécessité d’un abandon unilatéral de l’arme nucléaire ». Il est précisé : « Le nucléaire militaire est sans doute une réalité durable ; sa disparition ne pourra résulter que de décennies d’efforts internationaux concertés. » Des décennies ! Autant dire une éternité ! Ce qui signifie qu’en attendant des lendemains improbables qui chanteront le désarmement mondial, les citoyens français sont invités à s’accommoder de la dissuasion nucléaire fondée sur la préméditation d’un crime contre l’Humanité…

 

D’autres événements sont survenus qui confirment que les évêques ont décidé de se taire. Après avoir tenté de dialoguer avec nombre d'entre eux, j'en viens à la conviction que face à la foi nucléaire, ils n’oseront pas l’apostasie. Le silence des évêques  est d’autant plus grave qu’il ne vaut pas seulement une abstention, mais qu’il vaut une acceptation du crime nucléaire. Selon la sagesse des nations : « Qui ne dit mot, consent ». Leur silence vaut un consentement criminel au meurtre nucléaire.

 

Cette position de l’Église de France est non seulement une erreur mais c’est une faute, une faute contre l’esprit… C’est véritablement un « scandale » au sens évangélique du terme… Et le plus affligeant, ce n’est peut-être pas que désormais nous devions vivre avec la bombe, mais que nous devions vivre sans l’Espérance Évangélique… Certes, le caractère subversif intrinsèque de l’Évangile reste entier, mais, par lui-même, il est impuissant à agir dans l’histoire…

 

J’ai bien conscience que d’aucuns viendront me reprocher la dureté de mon intransigeance. J'assume cette dureté. C'est la dureté de mon opposition à l'arme nucléaire. Si je suis scandalisé, si ce scandale m’atteint au plus profond de mon être, que voulez-vous que j’y fasse ? « Et si je suis désespéré, que voulez-vous que j’y fasse ? » Ainsi se termine un entretien avec le philosophe Günther Anders . Selon lui s’accommoder de la bombe, c’est être « frappé de cécité de l’âme  ». Face à la préparation de l’apocalypse nucléaire, l’homme raisonnable est rongé par la honte : « La honte d’aujourd’hui : la honte de ce que des hommes ont pu faire à d’autres hommes ; la honte aussi, donc, de ce qu’ils peuvent encore aujourd’hui se faire, donc aussi de ce que nous pouvons nous faire les uns aux autres, donc la honte d’être aussi un homme . » Ce qui désespère Anders, c’est d’être dans la situation de ne pouvoir rien faire d’autre, jour après jour, année après année, que d’alerter la conscience de ses contemporains devant la menace d’apocalypse nucléaire qui pèse sur le monde alors même que ceux-ci restent sourds à ses appels et s’enferment dans une attitude d’irresponsabilité. Je dois avouer que j’en suis arrivé là… Je suis désespéré de voir la société française prisonnière des armes nucléaires dans l’indifférence générale.

 

Victime des radiations de la bombe d’Hiroshima, la petite fille espérance a contracté un cancer nucléaire. Elle aurait pu guérir si le mal avait été soigné à temps. Mais les hommes ne s’en sont pas souciés et, aujourd’hui, la petite fille espérance est en train de mourir de son cancer nucléaire…

 

* Philosophe et écrivain.

Auteur notamment de  libérer la France des armes nucléaires, Chronique Sociale, Lyon, 2014.

Lauréat 2013 du Prix international de la fondation indienne Jamnalal Bajaj pour la promotion des valeurs gandhiennes.

Site personnel : www.jean-marie-muller.fr

 

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3 juillet 2016 7 03 /07 /juillet /2016 14:35

Dampierre, le 29 juin 2016

 

Le soir même de l'incendie où le feu brûlait nos maisons, mon neveu, mes voisins et moi-même, nous étions bouleversés et nous le sommes toujours, par le drame qui nous arrivait.

Nous nous sommes dit en nous envisageant : « Nous sommes là … Il n'y a pas de morts, ni de blessés …»

Nous ne sommes pas allés jusqu'à dire : « Estimons nous heureux …»

Nous ne le pouvions pas. Nous pleurions. Nous cherchions à relativiser le drame.

Je pense en fait, qu'il nous faut tous, amis qui nous êtes solidaires et nous-mêmes, non pas relativiser ce qui nous arrive, mais le relier.

 

Il me semble que dans notre élan de solidarité les uns avec les autres, il est fondamental de nous rattacher à celles et ceux dont les maisons ont brûlé ou sont encore en train de s'écrouler en raison du feu de la guerre.

Des hommes continuent de déverser sur des enfants et sur leurs parents le feu provoqué par l'invention, la fabrication, et le trafic de nos armes.

Il revient dans ma conscience les milliers de mechtas qui ont brûlé sous le feu de nos armes pendant la guerre d'Algérie.

Qu'est-ce que j'ai fait pour empêcher qu'on y mette le feu ?

Je repense aux milliers d'abris qui continuent de brûler en Syrie et ailleurs.

A ce feu-là, nous pouvons quelque chose.

 

Le feu qui a déchiqueté ma maison natale ne doit pas dévorer mon âme et ma conscience d'homme.

A ceux qui nous placardent que ces guerres sont fatales, en notre âme et conscience, ne devons-nous pas faire objection ?

Ne sentons-nous pas comme un appel à inventer une stratégie de paix dès aujourd'hui, stratégie de l’action non-violente ?

Et il est un feu encore pire que celui-là.

Un feu où nous risquons de délabrer l'humanité par pans entiers, probablement même en totalité. C'est le feu du nucléaire.

A celui-là aussi, nous pouvons quelque chose, en commençant par demander immédiatement, l'arrêt de l'armement nucléaire de la France de manière unilatérale.

 

Avec une profonde amitié solidaire, vous êtes nombreux à me dire ces jours-ci quand nos regards se croisent et que nous nous envisageons : « Te voilà donc relogé … T'as retrouvé une partie de tes affaires … Ça va aller ? »

Vous sentez bien que ça ne peut pas aller.

Merci bien sûr, pour ce que vous m'avez aidé à retrouver : un logement, une partie des cahiers où j'avais ramassé vos paroles dans nos cheminements et nos luttes.

Mais si nous ne nous prenons pas davantage par la main pour empêcher le déferlement du feu de la violence et de la guerre, il nous manque l'essentiel.

 

Vous nous avez aidés à retrouver un logement. Pour cela, nous tous, nous vous disons notre profonde reconnaissance. Mais si un jour, malheureusement nous laissions venir le feu du nucléaire, la possibilité de reloger les sinistrés serait anéantie elle aussi. Après nous un déluge de feu risquerait de tout emporter. Nous risquerions de ne plus pouvoir dire : « il y eut un soir, il y eut un matin…» Nous ne pouvons pas nous accommoder de cela. A l'impossible, ne sommes-nous pas tenus ?

 

Je vais de temps en temps frotter mon dos contre l'écorce du ginkgo biloba sur la place de notre commune. Je demande à cet arbre qu'il me communique de son huile essentielle, qui est de résister au feu du nucléaire, feu de l'anéantissement du sens de l'humain.

Et je vais causer aussi avec le petit ginkgo biloba que nous avons planté le 9 janvier de cette année. Je trouve qu'il pousse bien dans ce sens-là, de la résistance à la violence et je lui dis en l'admirant, combien les enfants de l'humanité que nous sommes, ont grand besoin de ce qu'il nous donne.

 

Les 2 ginkgos bilobas de Dampierre
Les 2 ginkgos bilobas de Dampierre

Les 2 ginkgos bilobas de Dampierre

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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 17:00

MIDELT, mardi 15 septembre 2015

 

TIBHIRINE DANS LES ANNEES NOIRES,

ATELIER DE LA NON-VIOLENCE

 

Très heureux de retrouver Jean-Pierre afin de continuer nos partages et ainsi pouvoir remporter les graines d'action non-violente que tout cela me permet de ramasser.

Lucien : "J'aimerais parler avec toi, Jean-Pierre, de votre relation avec votre prieur Christian, durant ces années fondamentales vécues à Tibhirine en communauté."

Jean-Pierre : "J'ai apporté ce livre de Christine RAY : "Christian de Chergé, prieur de Tibhirine" afin de pouvoir davantage encore répondre à tes questions."

 

 

Tibhirine dans les années noires

Lucien : "J'ai écrit sur mon cahier les questions que je vais essayer de ne pas manquer de te poser Jean-Pierre ! J'ai remarqué beaucoup de délicatesse et de respect entre vous les moines, entre votre prieur et vous-mêmes, mais je suis frappé aussi par toute l'exigence qui règne entre vous. Qu'est-ce qui t'a beaucoup marqué dans l'attitude de Christian pendant que vous étiez à Tibhirine ? Qu'est-ce que tu voudrais qu'en notre humanité nous n'oublions pas de ce que vous avez vécu, vous les moines, avec votre prieur et grâce à lui ? Christian ne nous a-t-il pas appris à nous désarmer, à ressembler à Jésus qui est Dieu désarmé, et non pas dieu des armées ?"

Jean-Pierre : "Le livre de Christine RAY m'a fait beaucoup connaitre Christian, j'ai passé une matinée à parler avec Christine quand elle a écrit son livre en 1998. Elle était journaliste à La Croix, en équipe avec Bruno CHENU. Tu voulais Lulu, qu'on reparle de Christian... de ce qu'il nous avait..."

Lucien : "De ce qu'il vous avait apporté de spécifique ?"

Jean-Pierre : "Ce qui est mauvais dans une communauté, ce sont les divisions, quand on travaille les uns contre les autres. L'échelle double, si nécessaire entre les musulmans et les chrétiens, afin de réaliser la rencontre avec Dieu, cette échelle double est déjà nécessaire et valable entre nous dans la communauté. C'est comme dans un couple, on va vers le même but, on monte chacun de son côté afin de parvenir au même endroit."

 

 

Tibhirine dans les années noires

Lucien : "Oui, le rôle d'un supérieur, d'un prieur, c'est important. Cette importance, vous l'avez trouvée chez Christian, mais pas comme ça d'emblée."

Jean-Pierre : "Son attitude a avancé. C'est venu de plus en plus. Au début, il était désireux de donner tout ce qu'il avait trouvé, ce qui lui donnait force et dynamisme, à cause de ce que Mohamed en mourant l'avait protégé, empêché de mourir. Cette force-là qui était en lui et qui donnait sens à sa vie, il voulait nous la communiquer, ainsi que toute sa relation avec l'Islam et sa connaissance du monde arabe, qu'il avait acquise à Rome par l'I.P.E.A. (Institut Pontifical des Etudes Arabes) pendant les 2 ans que nous l'avions envoyé là-bas. Il voulait nous former selon son modèle à lui. Nous, nous avions nos personnalités et nos expériences personnelles de la relation avec l'Islam. On avait une communauté qui fonctionnait avant que Christian n'arrive. Notre modèle fonctionnait aussi. Il fallait faire un tout avec ça. Au départ, ce n'était pas ça. Christian était très motivé, il voulait nous initier à ce qui le motivait et passionnait. On résistait, on ne voulait pas se laisser faire. On voulait que la relation se fasse entre nous, sur un plan d'égalité par rapport à l'autorité."

Lucien : "Sur le plan comportemental, vous sentiez qu'il y avait des choses sur lesquelles il fallait avancer ?"

Jean-Pierre : "On était désireux de progresser dans la connaissance de l'Islam et de la relation qu'on devait avoir en tant que chrétiens, français, moines, avec la culture musulmane et algérienne. Tous, nous avions à apprendre. Nous étions tous des novices, tout en ayant déjà une expérience. Personne ne pouvait dire : "Je", ou "Voilà ce qu'il faut faire" Nous étions tous assis sur le même banc, dans la même école, chacun devant amener sa part sur un plan d'égalité. C'est ça qui était le nœud de la bonne relation en communauté et dans l'unité. C'était quelque chose de vivant."

Lucien : "Nous l'avons senti dans le film "Des hommes et des dieux", ce que tu es en train de me dire."

 

Jean-Pierre : "Nous n'avions pas choisi Christian pour... on ne t'a pas choisi pour que tu décides seul ! "Ce problème se posait beaucoup au moment de décider si nous partions de Tibhirine ou si nous y restions. Christian a bien compris que ce n'était pas encore l'unanimité, qu'il fallait encore prendre le temps de réfléchir, pour que les plus timides ne se laissent pas influencer par la majorité... "

Lucien : "...ou par ceux qui sont persuasifs !"

Jean-Pierre : "C'est ça !"

Lucien : "Alors, comment Christian a-t-il su et pu coordonner ?"

Jean-Pierre : "Christian a beaucoup évolué, surtout, à partir du moment où il est devenu prieur. Un supérieur ne doit pas être directif, il doit être attentif à la personnalité de chacun, et avec ça, faire l'unité, tendre vers l'unité. Christian l'a très bien réalisé et accompli, au moment où on devait prendre cette décision grave : PARTIR ou RESTER."

Après le 1er échange, il a vu que ce n'était pas mûr, il n'a rien imposé. Il aurait pu dire : "Selon l'avis de la majorité...  Il a voulu l'unanimité. Il a appris à patienter pour écouter ce que chacun avait en lui... Il est parti parler avec Christophe... Je ne sais pas ce qu'ils se sont dit. Peut-être lui a t il dit : "Tu as décidé de donner ta vie... c'est pas le moment de..." Il nous a tous écoutés."

La décision engageait les frères, c'est leur vie qui se jouait. Lui, Christian, ne disait pas qu'il voulait rester. On a levé la main pour s'exprimer. Il y a eu des mains un peu timides à se lever, mais toutes étaient levées...

Lucien : "Vous avez votés à main levée que vous décidiez et vouliez rester à Tibhirine."

Jean-Pierre : "C'est un don de soi qui s'exprimait à travers ça."

Lucien : "Tu as levé la main Jean-Pierre..."

Jean-Pierre : "...A cause de tout mon passé avec le Seigneur, et la présence au peuple algérien. J'avais fait le voeu de stabilité. Cet échange, on l'a vécu en 1993..."

Lucien : "...Après la venue de Satya... Quelle trempe d'homme habitait l'être de Christian !"

Jean-Pierre : "Il était très ... pour faire fonctionner la communauté dans les moments difficiles. On le voit avec les militaires et avec Satya, le chef local du GIA. Il ne voulait pas qu'on s'engage, ni avec les uns (les membres du GIA, Groupe Islamique Armé) ni avec les autres (les militaires) Il les appelait : " Frères de la montagne (les gens du GIA), et frères de la plaine, (les militaires). Christian voulait les réconcilier les deux, et l'armée et les maquisards...

Lucien : "...en les désarmant..."

Jean-Pierre : "...en s'envisageant, en leur montrant qu'ils étaient frères. Le mot ENVISAGER ! On a vu Satya surgir tout bardé d'armes. Christian est arrivé ... C'est là qu'on a vu que Christian était fils d'un général. Christian est arrivé en bas de l'escalier au-dessus duquel il y avait Satya. Il s'est mis à crier : "AH NON ! ON N'ENTRE PAS ICI AVEC DES ARMES !..."

Lucien : "...Tu l'entends encore..."

Jean-Pierre : "Oui, il y avait devant Satya, des hommes armés de coutelas et de mitraillettes. Christian leur a dit : "Si vous voulez qu'on discute, il faut mettre les armes dehors. Jamais personne n'est entré ici avec des armes !"

 

Alors Satya a pris Christian par le bras, ils ont descendu vers une statue de la Sainte Vierge à l'entrée du monastère. Ils se sont envisagés. Christian a dit : "Non" aux 3 choses que demandait Satya :

- Le docteur frère Luc, ne pourra pas aller dans la montagne. Il est âgé et asthmatique... Venez ici, le docteur vous soignera.

(Christian ne jouait pas à celui qui commande. Les membres du GIA auraient réagi... Christian agissait et parlait plus discrètement que ce n'est exprimé dans le film.)

- Satya demandait à emporter des médicaments. Christian lui a dit : "les médicaments, c'est pour les gens qui viennent se faire soigner ici. Si vous avez besoin de vous faire soigner, venez ici !"

- Satya demandait de l'argent. Christian lui a dit : "On n'est pas riches. On gagne notre vie avec le jardin." Satya lui a dit : "Mais si, vous avez de l'argent !" Puis Christian a détourné la conversation et il a dit : "Vous savez quel jour nous sommes ? Vous savez à quel moment vous arrivez ? C'est le jour où nous nous préparons à fêter le prince de la paix : Aïssa. Satya a répondu : "Oh, excusez-nous, on ne savait pas. Mais on reviendra !"

 

Après cet évènement, Christian nous a dit qu'en envisageant cet homme violent qui avait beaucoup de sang sur les mains, en l'envisageant avec douceur et courtoisement, cet homme avait été apaisé parce qu'ils étaient entrés dans une relation d'homme à homme. Christian étant désarmé, il respectait l'homme. On arrivait à un dialogue d'homme à homme. Christian a gardé ce principe de l'importance de s'envisager. Christian est venu à la rencontre de cet homme avec une force non-violente, la volonté de se désarmer soi-même.

Lucien : "Qu'est-ce que tu réponds profondément à mes questions !"

Jean-Pierre : "Le Wali (préfet) voulait que notre maison, le monastère, soit protégé par un groupe de militaires. Alors un jour, un groupe de militaires s'est installé dans la pièce à côté de celle où j'étais portier. Christian arrive : "Non ! on n'entre pas ici avec des armes ! Pour vous coucher, allez dans la salle du dispensaire." Le lendemain, leurs chefs arrivent. Christian les a reçus dans la rue. Il est sorti les attendre dehors et leur a dit : "Si vous voulez vous installer ici, il y a assez de place dans la montagne." Arriver à persuader l'autre de ce qu'on veut en le respectant. C'est dans ce sens que Christian a évolué.

Lucien : "Je suis en recherche de la non-violence, afin de la cultiver en moi, de la laisser travailler, entre les gens que je rencontre et moi. C'est pour ça que je suis venu ici afin de chercher auprès de vous les sentiers de la non-violence. Je suis venu pour te rencontrer et écouter ce que tu es en train de me donner, particulièrement ce que vous avez vécu à Tibhirine, et que vous continuez de vivre ici à Midelt. C'est pour ça, que je vous ai dit l'autre jour en franc-comtois que je suis, que Midelt est comme une résurgence de Tibhirine."

Jean-Pierre : "La non-violence, c'est ça: Dans chacun de nous, il y a une pointe de cristal comme dit Guy Gilbert. Elle n'est pas abimée par la violence. C'est ça qu'il faut considérer, reconnaitre, mettre à jour, ce meilleur de nous-même."

Lucien : "Je t'embrasse Jean-Pierre pour te remercier."

Jean-Pierre : "On n'est pas loin de l'échelle à double battant. Voici le livre de Christine Ray."

Lucien : "Je vais me replonger dedans, même que je l'ai relu avant de venir à Midelt avec le frère Benoit pour vous rencontrer."

Jean- Pierre : "J'avais écrit à Christine pour la remercier de m'avoir fait découvrir et apprendre des choses de l'enfance de Christian de Chergé, que je ne connaissais pas."

 

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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 16:00

Suite des notes prises par Lulu à Midelt, ramassées, méditées et partagées par Lulu...

Cette lettre inspirée des échanges entre Lulu et frère Jean-Pierre Schumacher est dans le dossier à publier depuis février 2016... Il n'est jamais trop tard pour partager des graines d'humanité. La voici !

Pour voir l'ensemble des articles relatifs à la visite de Lulu aux moines de Midelt (résurgence de Tibhirine) Cliquez sur le tag : Midelt.

Jeudi 10 septembre 2015

 

Nous continuons Jean-Pierre Schumacher et moi à nous raconter pourquoi nous sommes si attachés à l'Algérie.

Jean-Pierre : « Tu m'as raconté hier que tu avais été séminariste soldat pendant la guerre d'Algérie, et que tu avais crapahuté avec les camarades de ton régiment dans les djebels du massif de l'Ouarsenis, pas très loin de Tibhirine où l'un de tes grands amis avait été tué »

Lucien : « Au cours de ces opérations et à ce moment-là, on ne parlait pas de Tibhirine. Je n'en connaissais pas l'existence … Tu m'as parlé hier d'Alphonse Georger qui a écrit un livre : « Journal d'un séminariste en Algérie »1960-1962 Editions Cana.

Jean-Pierre : « Je t'ai apporté le livre, le voici. »

Lucien : « Comme ça me touche que tu me le confies ainsi. »

Jean-Pierre : « Cet homme m'a beaucoup marqué par l'accueil qu'il a offert à Amédée et à moi dans la maison des Glycines au lendemain du rapt de nos 7 compagnons. Alphonse est devenu évêque d'Oran après la mort de Pierre Claverie. Pendant la guerre d'Algérie, Alphonse est devenu objecteur de conscience. Maintenant, il est évêque ermite. Il nous avait accueillis aux Glycines, bibliothèque de l'évêché pour les étudiants musulmans. Amédée et moi nous étions en ce lieu comme dans un monastère. Cet accueil a duré pendant les deux mois d'avril et mai 1996, pendant que nous cherchions ce que devenaient nos 7 compagnons. Nous espérions tant, avec beaucoup de gens à travers le monde, que les moines seraient libérés par une intervention de l'état algérien ou de l'état français ou encore de l’Église.

Lucien : « Je suis très touché Jean-Pierre d'être près de toi et de t'entendre me raconter tout cela... »

Jean-Pierre : « On a vécu tellement de choses … »

Lucien : «  C'est en Algérie, en pleine opération, que je suis devenu objecteur de conscience... »

Jean-Pierre : « Alphonse Georger m'a raconté comment il est devenu objecteur de conscience lui aussi … Il avait les officiers sur le dos, car ceux-ci sentaient bien de quel bord était Alphonse... Tu vas découvrir tout cela en lisant ce livre … Une fois qu'il est devenu prêtre ici en Algérie, le cardinal Duval l'a envoyé faire du droit. C'est après cela qu'Alphonse est devenu évêque d'Oran. »

Lucien : « Tu as donc connu le cardinal Duval ? »

Jean-Pierre : « Oui, il venait à Tibhirine chaque année pour la fête du 15 août »

Lucien : « Il tenait beaucoup à vous, membres du monastère de Tibhirine ! »

Jean-Pierre : « Il nous avait dit un jour « Vous resterez ici » ad vitam aeternam » il y a eu un moment où on devait partir dans les 15 jours. L'ordre nous avait été donné, c'était sous Boumédienne en 1976. C'était une question de jalousie entre deux hommes pour la détention du pouvoir. Il y avait un malentendu entre Boumédienne, président de la république algérienne, et Ben Cherif qui était alors responsable de la police nationale. Ben Cherif voulait que 4 lieux soient évacués de la présence d'étrangers :

  • Notre Dame d'Afrique à Alger
  • La maison saint Augustin à Anaba
  • Une maison dont je ne sais plus le nom à Santa Cruz
  • et nous, le monastère de Tibhirine.

On devait s'apprêter à partir dans 15 jours. Notre prieur est allé au cabinet de la sous-préfecture. Ils répondaient qu'ils ne pouvaient pas l'empêcher. On a téléphoné au cardinal Duval qui nous a dit : « Préparez tout comme si vous deviez partir, mais ne bougez pas. » Alors, on faisait les cartons. Des policiers passaient voir ce que nous faisions, afin de se rendre compte si on se préparait. On a su que le cardinal Duval était allé voir Boumédienne qui lui avait dit : « Je ne suis pas seul chef ici, allez voir Ben Cherif. » Il est allé voir Ben Cherif, il a été reçu avec les honneurs militaires. Ben Cherif a fait publier la venue du cardinal dans le journal El Moujahid, et les menaces d'expulsions ont été terminées.

Lucien : «  C'est formidable Jean-Pierre ce que tu as vécu avec tes frères de Notre Dame de l'Atlas à Tibhirine. Je suis très touché par l'histoire qui est reprise et racontée dans le film « Des hommes et des dieux », par les mots qui sortent de la bouche de cet homme disant à frère Christophe : «  Ne dites pas que vous êtes comme des oiseaux sur la branche, car la branche c'est vous, et les oiseaux c'est nous. Si vous partez, où est ce que nous allons pouvoir nous poser ? »

Jean-Pierre : « Nous avons eu des pressions de l'état algérien pour partir, ainsi que de l'ambassade de France en Algérie. Nous avons dit que nous ne partirions que si nos voisins nous le demandaient, parce qu'alors nous serions devenus dangereux pour eux par notre présence, parce que notre présence aurait pu provoquer leur massacre. Si les gens nous avaient dit ça, on serait partis. Nous entendions les confidences de parents : Si notre jeune part dans l'armée algérienne comme il y est appelé, notre famille est menacée par le GIA (Groupe Islamique Armé) Si notre jeune part au maquis, c'est l'armée algérienne qui menace notre famille, considérée comme alliée avec le GIA.

 

Objecteurs de conscience

Lucien : « Ce que tu me racontes Jean-Pierre me bouleverse, car j'ai été témoin du même drame durant mon séjour en Algérie durant les années 1959-1960. Ahmed, fils de Mohamed était engagé dans l'armée française dans la région de Constantine. Il combattait dans un régiment français contre les idées de son père qui était pour l'indépendance de l'Algérie. J'écrivais à Ahmed sous la dictée de son père, lequel père comptait plus ou moins sur notre présence de soldats de l'armée française, par rapport aux incursions possibles des membres du maquis de l'Ouarsenis. »

Jean-Pierre : «  On a connu ça dans les années 1990-1996, le pays était divisé. Vous aussi, objecteurs de conscience vous avez été dans cette situation. Le cardinal Duval lui aussi était dans cette situation. Le clergé d'Algérie était divisé. Le cardinal voulait l'indépendance. Une partie de ses prêtres s'y opposaient … C'est dans ce contexte que les frères de Tibhirine ont été enlevés. Ils étaient gênants pour l'armée. Le gouvernement algérien et l'armée savaient que frère Luc soignait des blessés du GIA … Frère Luc soignait toute personne qui était blessée d'où qu'elle vienne. Après l'incursion de l'armée avant Noël 1993 qui nous intimait de partir, frère Christian, tous les frères de la communauté et moi même nous avons dit NON. L'armée et la préfecture voulaient nous mettre dans un hôtel à Médéa, nous avons dit NON. Nous n'aurions plus eu de raisons d'être là dans ces conditions. Ils voulaient nous imposer une protection militaire, nous avons dit NON. Un soir, des militaires se sont installés dans la pièce à côté de l'entrée. Ils portaient leurs armes sur eux. Christian leur a dit : « Vous ne pouvez pas entrer avec des armes dans le monastère... » Ces soldats nous disaient en parlant des membres du GIA : « Comment vous pouvez soigner ces brutes-là ? »

Ce que je te raconte là ressemble beaucoup à ce que tu as vécu quand tu étais soldat dans l'Ouarsenis, tout près de Tibhirine.

Lucien : « C'est toi Jean-Pierre qui traces des ressemblances entre l'objection à la violence et aux armes que vous avez vécu et réalisé à Tibhirine, et la manière dont mes camarades et moi nous avons cherché à devenir objecteurs en face des violences dans lesquelles nous nous trouvions à tous moments... »

Jean-Pierre : « Tu verras quand tu liras le livre d'Alphonse Georger que je te donne … Comme ça ressemble à ce que nous sommes en train de nous raconter … »

Il est 10 heures et demi. Omar est venu frapper à la porte de la salle adjacente à la chapelle où nous sommes en train de causer Jean-Pierre et moi. Il dit : « Venez, on va boire le thé que Baha nous a préparé. »

 

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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 13:37

La vie reprend... Lulu est dans son nouveau chez lui... 

Voici une lettre qu'il a écrite le 20 mai. Merci à Appoline pour les photos.

Chanteau dans le Loiret, le 20 mai 2016

 

COMME UNE TAPISSERIE DE LURCAT

 

Après la célébration dans l'église du village de la vie et de la mort de Jean-Paul, après l'appel adressé à ses enfants et petits-enfants, ainsi qu'à nous tous à continuer ce qu'il a commencé, nous venons à la maison familiale vivre un moment de partage, d'une profonde fraternité.

 

Ce qui me marque intensément, c'est la présence de tous ces gens du village de Chilleurs-aux-bois, de tous les membres de la famille de Jean-Paul et Jeannine, et aussi de la famille de Michèle ... des collègues de travail d'Esther et d'Arnaud, venus de Charix dans l'Ain. Je suis heureux de retrouver Jean-Baptiste, professeur et artisan et de parler avec lui sur "l'élévation" dans  laquelle nous sommes interpelés par la médiation des escaliers qu'il fabrique.

 

D'autant plus que nous assistons à la rupture de tant de réalités structurantes de notre humanité, qui nous font nous casser la figure les uns aux autres et dégringoler dans des situations enfermantes.

 

Et nous voilà partis avec ma nièce Esther et Apolline sa filleule âgée de 17 ans, en direction de Chanteau, village distant de 20km, chez Jean-Marie et Hélène Muller ... En arrivant dans la cour, la joie de nous retrouver est grande pour Jean-Marie et moi, tant nous nous sentons en profonde communion dans la recherche de cette voix de la non-violence. Elle est, pensons-nous humblement, la seule possibilité donnée à notre humanité, de trouver une issue, une porte de sortie, la porte de sortie de notre enfer-me-ment, afin de trouver le centre vital qui va nous permettre de nous libérer.

 

Je présente à Jean-Marie ma nièce Esther et sa filleule Apolline. Jean-Marie sait, par un appel téléphonique que je lui ai adressé, que nous arrivons de l'enterrement  de Jean-Paul. Esther et Apolline savaient, durant notre court trajet, qu'elles m'emmenaient chez Jean-Marie Muller. Durant nos rencontres familiales ou à l'occasion de campements dans les plateaux du Jura, Esther m'avait souvent entendu parler de Jean-Marie et de la non-violence. Mais qui est Jean-Marie aux yeux d'Apolline ? Un de mes amis, dont la relation m'est précieuse. Mais Apolline ne se doute pas de tout ce que cette relation a comme conséquences dans ma vie. Il y a ce qu'a écrit Jean-Marie, il y a ce qu'on dit à propos de Jean-Marie et il y a ce dont on voudrait que nos mots explicatifs soient porteurs. J'ai balbutié dans la voiture quelques mots à Esther et à Apolline, afin de traduire la place que Jean-Marie tient dans mon cœur et dans ma vie depuis 1969 ... date du procès d'Orléans. J'avais appris l'existence de ce procès par Christiane Meyer, venue nous voir à la cure Notre Dame de Dole, où j'étais jeune vicaire depuis 3 ans. Nous formions là une équipe de prêtres avec Noel Girardet, Maurice Roux, Michel Damnon, Maurice Petit, Maurice Vandel ... Nous avions comme curé notre ancien supérieur du petit séminaire de Vaux: François Chaignat. Christiane était venue nous dire : " Je suis cousine de Jean-Marie Muller ... qui avec les prêtres Desbois et Perrin, sont en train de renvoyer leurs livrets militaires ... Ils veulent obtenir le statut d'objecteurs de conscience ... ce qui leur est refusé, parce qu'ils ont fait leur service militaire. Un procès leur est donc fait. L'évêque d'Orléans Guy Riobé les soutient. Est-ce que vous voulez vous solidariser dans ce soutien en signant cette pétition. Nono et moi nous avions signé, ainsi que Gaby Maire, Pierre Demoulière, (que je retrouverai au Brésil sur les pas de Gaby en 1999)

 

Quarante-six ans après, qu'est-ce que je suis heureux, d'avoir signé cette pétition !

Oui, il y a ce que l'on dit d'un ami écrivain quand on le présente à d'autres de nos amis, on voudrait tellement que les amis en question se mettent un jour à se nourrir de ce qu'écrit cette personne, et de sa pensée si nécessaire à notre humanité, de son dynamisme, de sa force de conviction. Il y a les mots pour dire tout cela, mais en même temps il y a la quête de signes autres que nos mots, afin de corroborer ce que l'on balbutie. On voudrait tellement convaincre en même temps que respecter.

 

Je me trouvais dans cette situation, lorsque Jean-Marie nous disait d'entrer et qu'ensemble, nous franchissions le seuil de la maison, avec ma nièce Esther et sa filleule Apolline. Je sais qu'elles ne vont pas pouvoir rester longtemps ... Elles vont devoir repartir rejoindre la famille à Chilleurs aux Bois.

 

C'est alors qu'il me vient l'idée de demander à Jean-Marie, s'il veut bien offrir à Apolline et à Esther, ce cadeau qu'il m'a fait il y a deux ans, quand j'étais venu les voir, lui et sa famille, à mon retour de Palestine-Israël ... Mon voyage avait consisté à marcher de Dampierre à Bethléem pour faire avancer la paix en nous démunissant en France de nos armes nucléaires de manière unilatérale ... J'étais venu chez Jean-Marie et Hélène pour leur signifier ma reconnaissance profonde pour la manière dont ils m'avaient alimenté tout au long de cette marche ... et aussi pour tout ce que j'avais pu boire, grâce à eux, à la source de la non-violence ... particulièrement pour tout ce qui m'était parvenu par les livres que Jean-Marie a écrit sur la non-violence et sa stratégie.

 

Et il y a un endroit dans la maison de Jean-Marie et Hélène, et c'est dans le grenier sous le toit, où sont étagés et sertis, comme des filaments, incrustés dans une merveilleuse tapisserie aux nombreux fils d'or, les livres que Jean-Marie a écrits. Ils sont au cœur d'étagères qui n'en finissent pas d'aller rejoindre les murs de chaque côté qui font tenir la maison. Mais peut-être que ce sont les livres qui font tenir les murs de la maison, tellement ils sont porteurs d'une pensée si nécessaire et vitale à notre humanité, je pense à la prestigieuse tapisserie de Lurçat, nous appelant à barrer la route au péril nucléaire.

 

Je demande à Jean-Marie : " Tu voudrais bien montrer ta bibliothèque à nos amies Esther et Apolline" - " Bien volontiers ..." Et nous voilà, grimpant par les escaliers de bois que nous entendons s'émouvoir de notre arrivée, par les bruissements qu'ils émettent ... Ils nous préparent à l'émerveillement qui ne tarde pas à jaillir de l'écarquillement des yeux et des balbutiements de la bouche d'Apolline et d'Esther, et aussi de mon être tout entier, au moment où nous entrons de plein pied dans le grenier. Je devine que cela serait un signe profond de notre reconnaissance, adressé à Jean-Marie, pour le travail de penseur qu'il réalise en cet endroit-laboratoire depuis plus de 40 ans. 

 

Photos prises par Appoline
Photos prises par Appoline
Photos prises par Appoline

Photos prises par Appoline

C'est là qu'est venue aboutir la réalisation de son 1er livre : " L'Evangile de la non-violence", qui va marquer tant de gens à travers la France tout d'abord, et puis le monde entier au fur et à mesure qu'il en fera le tour, grâce aux traductions qui s'en réaliseront. Je suis heureux de voir Jean-Marie, mettre la main dessus ce livre dans l'immédiat que j'en prononce le titre.

 

Je dis à Apolline : " Le plus tôt que je pourrai Apolline, je me débrouillerai pour t'en procurer un exemplaire, car hélas, il n'est plus édité. Je demanderai à Maggy de nous le trouver par Internet" Je trouve très beau aussi le moment, où dans la continuation de  notre contemplation commune, Jean-Marie empoigne le livre : " Désarmer les dieux" et qu'il nous dit avec une joie profonde et sûrement avec plus qu'un brin de fierté: "En voici la traduction en Arabe." Je pense en moi-même: C'est tellement important quand on a 17 ans comme toi, Apolline et que l'on est à la recherche du Dieu qui soit source d'Amour et non pas affublé de puissance destructrice et annihilante de ceux que l'on fait passer pour être nos irréductibles ennemis."

 

Esther est la marraine d'Apolline. Pendant que sa filleule se déplace d'un bout à l'autre des étagères afin de prendre des photos de quelques-uns des très nombreux livres qui ont été travaillés, compulsés par Jean-Marie, afin d'en produire les siens, Esther demande discrètement à Jean-Marie : " Quel est le 1er livre écrit par vous, que je pourrai offrir à ma filleule ?" Il lui répond" Le dictionnaire de la non-violence" Au moment où Apolline revient vers nous, je suis heureux de lui présenter le livre que Jean-Marie a écrit sur les moines de Tibhirine. Grâce à la couleur bleue de la couverture, je l'ai repéré sur l'étagère centrale de la bibliothèque. Avec beaucoup d'émotion, je dis à Apolline et Esther, que Jean-Marie l'a dédicacé à la mémoire de Gabriel Maire, prêtre français, assassiné le 23 décembre 1989 à Vitoria au Brésil. Gaby Maire est l'ami avec qui j'ai fait tout mon petit et grand séminaire dans le Jura. Comme les moines de Tibhirine, sa vie ne lui a pas été dérobée. Il l'avait donnée et offerte à la ressemblance de Jésus.

 

Je demande à Jean-Marie de nous épeler les noms des personnes dont il a écrit la vie et qui ont été les témoins artisans de la non-violence qui seule peut faire tenir le monde. Nous entendons les noms prestigieux et humbles en même temps, de Gandhi, de César Chavez, de Martin Luther-King, de Simone Weil, de Guy Riobé, de Jacques Gaillot, des moines de Tibhirine, de Pierre Claverie et de son chauffeur Mohamed, de Gaby Maire, des religieuses Léonie Duquet et Alice Domon ... et de beaucoup d'autres qui se sont nourris et alimentés dans le sermon sur la montagne de Jésus, dont Gandhi disait aux chrétiens que nous essayons d'être: " Vous avez dans l'évangile de Matthieu la mine qui contient les trésors capables de structurer notre humanité ... Il est urgent d'aller y creuser et y puiser... "

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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 15:29

Abbaye d’Acey le 23 avril 2016

 

Cher Jean-Marie

 

C’est à l’abbaye cistercienne d’Acey que me parvient, grâce à des amis du mouvement A.D.N.-M.A.N., le message que tu nous adresses à ton retour de Rome, de la conférence internationale intitulée : « Non-violence et Paix juste, une contribution à la compréhension de la non-violence et à l’engagement envers celle-ci de la part des catholiques ».

 

J’étais venu à Acey où en me reposant je fais ramasser en moi dans la prière le témoignage de la non violence des moines de TIBHIRINE, en lisant le livre qui vient de paraître « Tibhirine : l’Héritage ». Comment ramasser les graines de cet héritage de non violence et l’ensemencer dans la terre de nos jardins intérieurs et communaux ? Et c’est au moment de la prière des complies, hier soir :

« Maintenant tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix »

que le frère Benoît me communique ton message où tu nous donnes quelque chose, comme tu le dis, « qui s’apparente à une véritable révolution copernicienne », où vous dites, et c’est un acte : «  Nous croyons qu’il n’existe pas de guerre juste. »

 

J’ai tout de suite chanté en mon cœur le Magnificat. Ce chant est révolutionnaire où il est dit de Dieu « qu’il renverse les puissants de leur trône et qu’il élève les humbles, qu’il comble de biens les affamés et renvoie les riches les mains vides », et que c’est à cela que nous devons nous atteler pour que chaque homme et femme puisse trouver sa place de manière non violente, car plus rien ne justifie quelque guerre que ce soit.

 

Place première doit être faite aux migrants, aux affamés. Ce n’est pas dans l’utilisation de l’argent avec un profit effréné et non humain que nous ferons le monde. Il nous faut nous organiser de manière non violente. Aux pauvres et aux  blessés de la vie nous devons dire, comme je te l’ai souvent entendu dire : « Après vous ».

 

A Hélène et à toi Jean-Marie,  à vos enfants et petits-enfants je vous dis toute mon amitié fraternelle et reconnaissante pour le don que vous nous offrez. Comme je suis bien heureux que tu sois allé « acteur » à Rome à cette conférence. Tu te souviens quand nous en parlions il y a deux ans ? Nous espérions humblement …C’est inouï ce qui en sort. C’est merveilleux comme tous ces membres de la conférence, et toi, vous nous permettez de ressourcer et renforcer notre espérance, la présence de la petite fille espérance dans non luttes non-violentes. S’ouvre devant nos yeux le seul chemin qui puisse libérer notre humanité : celui-là de la non violence

 

Je vous embrasse chers Jean-Marie et tous les tiens, de tout mon cœur d’ami profondément reconnaissant

Lulu      

 

conférence de Rome : photo du web

conférence de Rome : photo du web

Faire prévaloir l’Évangile de la non-violence

 

dans la pensée et l’action de l’Église

 

Jean-Marie Muller*

 

À l’initiative du Conseil Pontifical Justice et Paix et de Pax Christi International s’est tenu à Rome du 11 au 13 avril 2016 une conférence internationale intitulée « Non-violence et paix juste : une contribution à la compréhension de la non-violence et à l’engagement envers celle-ci de la part des catholiques. » Nous nous sommes retrouvés quelque quatre-vingts participants venant d’Afrique, des Amériques, d’Asie, d’Europe, du Moyen-Orient et d’Océanie. Notons la présence de plusieurs évêques et de nombreux théologiens. Dès avant le début  de cette rencontre, nous avions reçu une note qui précisait clairement qu’il était urgent de repenser la compréhension catholique de la non-violence.

 

Pendant ces trois jours, dans une ambiance particulièrement chaleureuse, nous avons pu partager nos réflexions et nos expériences. Nous avons été unanimes pour affirmer que tout au long de sa vie Jésus a témoigné de la non-violence et que les Chrétiens avaient l’obligation morale de devenir eux-mêmes des témoins de la non-violence. 

 

Le pape François a adressé aux participants un message qui a été lu par le Cardinal Peter Turkson, Président du Conseil Pontifical Justice et Paix. « L’humanité, affirme François, a besoin de rénover tous les meilleurs outils à sa disposition pour aider les hommes et les femmes d’aujourd’hui à réaliser leurs aspirations pour la justice et la paix. En ce sens, vos idées sur la revitalisation des outils de non-violence, et de non-violence active en particulier, seront une contribution nécessaire et positive. C’est ce que vous vous proposez de faire en tant que participants à la Conférence de Rome. » Il précise : « Dans notre monde complexe et violent, c’est une entreprise véritablement formidable de travailler pour la paix en vivant la pratique de la non-violence ! (…) Nous pouvons nous réjouir à l’avance de l’abondance des différences culturelles et de la variété des expériences de vie parmi les participants à la Conférence de Rome et celle-ci ne fera qu’augmenter le niveau des échanges et contribuer au renouveau du témoignage actif de la non-violence comme une « arme » pour réaliser la paix. »

 

La Conférence a adopté un document qui appelle l’Église catholique à s’engager à faire prévaloir l’importance centrale de « l’Évangile de la non-violence ». Ce qui est remarquable, et probablement décisif, c’est que les participants ne se contentent pas d’ajouter un paragraphe sur la non-violence dans la doctrine de la légitime violence et de la guerre juste, mais qu’ils remettent en cause cette doctrine au nom de l’exigence de non-violence. « Ceux d’entre nous, est-il affirmé, qui se situent dans la tradition chrétienne sont appelés à reconnaître le caractère central de la non-violence active dans la vision et le message de Jésus. (…) Ni passive, ni faible, la non-violence de Jésus était le pouvoir de l’amour en action. De manière claire, la Parole de Dieu, le témoignage de Jésus, ne devraient jamais être utilisés pour justifier la violence, l’injustice et la guerre. Nous confessons qu’à maintes reprises le peuple de Dieu a trahi ce message essentiel de l’Évangile en participant à des guerres, à la persécution, l’oppression, l’exploitation et la discrimination. »

 

Et puis vient ce passage décisif : « Nous croyons qu’il n’existe pas de « guerre juste ». Trop souvent la « doctrine de la guerre juste » a été utilisée pour approuver la guerre plutôt que pour l’empêcher ou la limiter . Le fait même de suggérer qu’une « guerre juste » est possible mine l’impératif moral de développer les moyens et les capacités nécessaires pour une transformation non-violente du conflit. Nous avons besoin d’un nouveau cadre éthique qui soit cohérent avec l’Évangile de la non-violence. »

 

Dans leurs conclusions, les participants appellent à ne « plus utiliser ni enseigner la « théorie  de la guerre juste », mais à « promouvoir les pratiques et les stratégies non-violentes (la résistance non-violente, la justice restaurative, la protection civile non armée, la transformation des conflits et les stratégies de construction de la paix) ». Soulignons également qu’il est demandé de plaider pour « l’abolition des armes nucléaires » Enfin, les participants « appellent le Pape François à partager avec le monde une encyclique sur la non-violence et la paix juste ».

 

Le malheur, jusqu’à présent, était que l’Église, d’une part, prêchait l’amour et, d’autre part, justifiait la violence. Entre ces deux discours, il y avait un vide immense, la partie manquante étant précisément la non-violence. La Conférence de Rome propose de remplir ce vide.

 

Cette rencontre propose donc un renouvellement en profondeur de la pensée de l’Église sur la question de la violence qui veut rompre avec la doctrine séculaire de la guerre juste pour proposer aux Chrétiens de devenir des acteurs de la non-violence. Cette rupture qui est un ressourcement évangélique s’apparente à une véritable révolution copernicienne. Elle pourrait être décisive pour l’avenir même de l’Église.

 

 

* Philosophe et écrivain. Auteur notamment de L’évangile de la non-violence (Fayard, 1969) et de Désarmer les dieux, Le christianisme et l’islam au regard de l’exigence de non-violence ( Le Relié Poche, 2009)

Site personnel : www.jean-marie-muller.fr

 

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Présentation

  • : Lulu en camp volant
  • Lulu en camp volant
  • : Lucien Converset, dit Lulu est prêtre. A 75 ans, il est parti le 25 mars 2012 avec son âne Isidore en direction de Bethléem, où il est arrivé le 17 juin 2013. Il a marché pour la paix et le désarmement nucléaire unilatéral de la France. De retour en France, il poursuit ce combat. Merci à lui ! Pour vous abonner à ce blog, RDV plus bas dans cette colonne. Pour contacter l'administrateur du blog, cliquez sur contact ci-dessous.
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